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La glose du Pater – 2

La glose du Pater – 2

La glose

Ce terme qui désigne les commentaires annexes à un texte en vue de l’expliquer plus clairement, peut aussi être considéré de façon péjorative comme un discours oiseux. Il me revient donc de veiller à demeurer dans le premier sens sans tomber dans le second.
Proposer des interprétations d’un texte est à la portée du premier venu. Cependant, si on veut s’y risquer avec un texte philosophique ou religieux, il convient de faire preuve d’une grande prudence. Et si l’on veut le faire avec le texte essentiel du Christianisme, la prudence ne suffit plus ; il faut y adjoindre une grande humilité et une foi à toute épreuve.
Autant dire que je suis très conscient de la difficulté de mon entreprise, ce qui explique je veuille avancer sous le contrôle de tous pour limiter les risques de dérive.

Principes

Pour chacun des termes que je vais proposer je vous énoncerai ceux qui ont prévalu auparavant et j’expliquerai — avec si nécessaire des références — pourquoi j’ai choisi celui-là. Cela va donc demander du temps, mais il faut toujours avancer prudemment dans ces sujets et veiller à disposer d’appuis solides et bien repérés.
Pour me servir de base de réflexion, j’utiliserai le texte des Cathares médiévaux tel que l’indique Jean Duvernoy[1], c’est-à-dire :

Notre père qui es dans les cieux,
Que soit sanctifié ton nom,
Que vienne ton règne,
Que soit faite ta volonté sur terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain au-dessus de toutes choses ;
Remets-nous nos dettes comme nous remettons aussi à nos débiteurs ;
Et ne nous fais pas entrer en épreuve mais délivre-nous du mauvais.[2]

« Que vienne ton règne, que soit faite ta volonté sur terre comme au ciel. »

Sources

Matthieu : que vienne ton règne, que soit faite ta volonté sur terre comme au ciel.
Luc[3] : que vienne ton règne ;
Marcion[4] : que vienne ton règne ;
Didachè[5] : Que ton règne vienne, Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Rituel latin de Dublin[6] : Adveniat Regnum tuum Fiat voluntas tua sicut in caelo et in terra
Rituel occitan de Lyon[7] : Avenga lo Teus Regnes E sia faita la Tua voluntatz sico el Cel e la terra.
Simone Weil[8] : Vienne ton règne. Soit accomplie ta volonté. Pareillement au ciel et sur terre.
Yves Maris[9] : que vienne ton règne, que soit faite ta volonté dans cet univers comme au-delà des cieux.
André Chouraqui[10] : ton royaume vient, ton vouloir se fait, comme aux ciels sur la terre aussi.
Jean-Yves Leloup[11] : Que ton règne vienne Que ta volonté soit faite Sur la terre comme au ciel

Critique

Que vienne ton règne, que soit faite ta volonté

La toute puissance que nous attribuons à Dieu implique qu’il peut tout ce qu’il veut et qu’il veut tout ce qu’il peut[12].

La venue du règne

Toutes les sources évoquent ce point, même si la meilleure traduction est royaume — c’est-à-dire espace de pouvoir — et non règne qui est ambivalent puisque désignant de façon identique, le pouvoir et son espace d’action.
Cependant, il nous faut définir quel est ce royaume — ce règne — où peut s’exercer le pouvoir divin. Bien entendu, la plupart des auteurs sont conditionnés par les anciennes écritures et notamment l’Apocalypse de Jean qui nous explique de Christ viendra établir le royaume de Dieu sur terre par le biais de la Jérusalem terrestre.

Peut-on croire à cette idée que ce monde créé par le démiurge au service du Mal puisse devenir le lieu d’élection du bon principe ? Bien évidemment non. Et surtout où serait la logique divine de venir s’établir dans la création maléfique alors qu’elle s’exerce absolument partout où il y a une once de son émanation ? L’Esprit est unique et il émane de Dieu. Il faut abandonner les images anthropomorphiques qui ont bercé notre enfance où l’on nous présentait le paradis comme un lieu clos. Le « royaume » de Dieu n’est pas un lieu mais un état. Quand nous éveillons notre part divine et que nous progressons dans notre cheminement, nous voyons apparaître un état particulier qui croît au fur et à mesure que disparaissent les prégnances mondaines que nos sens projettent à notre égo. Cet état que l’on appelle l’ataraxie ne reconnaît plus qu’une seule valeur : la Bienveillance, cet Amour absolu qui ne fixe aucune limite et dont l’universalité ne demande rien.

S’il nous faut proposer une sphère de puissance où s’exerce le pouvoir divin — ce fameux règne — c’est la Bienveillance, qui répond à tous les critères exigés, qui s’impose à notre analyse. Donc, le règne de Dieu, son royaume, n’est bien entendu pas matériel ; il n’est pas non plus un pouvoir qui s’impose, car Dieu ne nous domine pas en écrasant une volonté contraire à la nôtre. Il s’agit de la Bienveillance qui gagne à sa cause par la persuasion et la conviction et qui règne par l’harmonie et l’ataraxie. Mais, pour que la Bienveillance soit la seule référence il faut que nous soyons aptes à atteindre cet état d’ataraxie.

La volonté divine

Comme je l’ai dit précédemment, dans mon texte initial, si nous étions capable de nous sauver nous mêmes il y a bien longtemps que la Mal aurait échoué. Mais notre enfermement dans les corps de matière éteint en nous la capacité au Salut. Pour y parvenir il faut deux choses : l’éveil et la progression personnelle avec l’aide de l’exemple de Christ et le soutien du paraclet et, l’assistance divine sous le couvert de la grâce.
La volonté que nous appelons de nos vœux c’est la grâce par laquelle Dieu choisira de nous appeler à lui, considérant que nous avons fait la plus grande part de l’effort nécessaire au recouvrement de notre état initial d’esprit saint ferme. Attention, cette grâce n’est pas dispensée au cas par cas par une divinité qui porterait un jugement sur ceux qui relèvent de son émanation. Non, la grâce est offerte sans partage et sans limite à tous mais nous ne sommes pas tous capables de nous en saisir à tout instant.

Il est possible d’illustrer cela avec l’épisode du fils prodigue[13]. Le fils prodigue fait le choix de quitter sa famille car il est trompé par l’attrait de ce que son héritage lui offrira de voluptés. Pour autant, la Bienveillance de son père n’a rien perdu de sa valeur. C’est son éloignement qui lui fait perdre conscience de sa réalité et qui l’amène même à croire qu’elle lui sera désormais refusée. Seulement, pour pouvoir la redécouvrir il lui faut parcourir le chemin intellectuel et physique qui est responsable de son isolement. Intellectuel, en comprenant son erreur et en découvrant qu’elle l’a réduit à un état inférieur à celui des serviteurs qui officient au service de son père. Intellectuel, en comprenant qu’il est seul responsable de sa situation, en raison de sa folie, qui l’a poussé à quitter l’environnement protecteur de sa famille, pour l’illusion qu’une vie basée sur d’autres valeurs pouvait être meilleure. Physique, en acceptant de redevenir petit, lui qui s’était cru plus grand que tous, et en retournant auprès des siens pour quémander le statut inférieur qu’il en est venu à espérer.

Proposition

« Que ta grâce s’étende… »

La grâce

Le règne et le royaume sont, à mon avis, des notions héritées du judéo-christianisme, que l’on retrouve notamment dans l’Apocalypse. Ces mots portent en eux l’idée d’une relation de pouvoir, donc d’un assujettissement de l’un à l’autre. Ce n’est pas ainsi que je vois l’action de Dieu sur ce qui relève de sa substance. De même que des parents ont pour leurs enfants une relation basée sur l’affection et l’amour et non sur la domination, Dieu ne peut vouloir régner et établir un royaume. Ce que nous savons de l’action divine est la manifestation de la Bienveillance absolue sous la forme de la grâce qui nous est donnée quand nous sommes aptes à la recevoir. Dans une prière adressée à notre origine c’est donc bien cette grâce que nous souhaitons disponible à notre usage. En outre, cette grâce représente à la fois la volonté et le pouvoir divin selon le principe déjà évoqué qui veut que Dieu peut tout ce qu’il veut et veut tout ce qu’il peut. Encore une fois, une prière n’a pas pour objet de débiter des lapalissades. Émettre le vœu de voir se réaliser la puissance et la volonté divine revient à les mettre en doute. Or, nous sommes bien placés pour savoir qu’ils sont une évidence liée à la nature même du bon principe. C’est peut-être en ce sens que Luc et Marcion se contentent de la phrase sur le règne sans y adjoindre la volonté. En effet, il est possible que pour eux, le règne soit l’état de grâce permanent et absolu.

Critique

sur terre comme au ciel

Les limites d’action de Dieu

Là encore nous voyons les interférences du judéo-christianisme qui, considérant la création mondaine comme divine, veut l’inclure dans le champ d’action de Dieu. Les plus anciennes versions mettaient le ciel en premier ce qui faisait le lien avec la suite où la fourniture du pain supra-substantiel était demandée pour ici-bas.
Pour nous Dieu n’a pas de limite dans son champ d’action, c’est-à-dire sur le Bien. Ce qui n’a pas d’être n’est donc pas concerné par l’action divine et il est inutile de l’évoquer, car en le privant de l’être dérobé à Dieu, il est appelé à se néantiser. Il est donc inutile et impensable d’envisager de proposer à Dieu d’agir sur la création maléfique. Cette formulation devient donc impossible dans le cadre d’une prière cathare et il faut recentrer la proposition sur les éléments relevant de la doctrine cathare.

Proposition

« …sur tous les esprits saints »

Les esprits saints concernés

Notre prière ne peut concerner que ce qui relève du champ d’action divin mais il ne faut pas oublier la Bienveillance. Cela nécessite donc d’inclure tous les esprits saints, qu’ils soient tombés dans le pouvoir du Mal ou qu’ils soient demeurés fermes dans le domaine du Bien.
C’est pourquoi cette formulation me semble meilleure puisqu’elle regroupe l’ensemble du domaine d’action du bon principe. Ce domaine n’est plus territorial, comme dans la formulation classique, mais substantiel, c’est-à-dire qu’il concerne l’émanation divine dans sa totalité.
Enfin, la précision « esprits saints » rappelle que si la grâce nous concerne c’est que nous sommes en état de la recevoir, c’est-à-dire purifiés comme nous l’avons demandé précédemment.

Choix de formulation

Par conséquent, je pense plus justifié d’utiliser la formulation suivante :

« Que ta grâce s’étende sur tous les esprits saints »

Cette fois elle est plus courte que celle qui prévaut. Cela n’est pas important mais j’ai aussi à l’esprit d’essayer de conserver au texte global un rythme qui soit en accord avec sa pratique rituelle. En effet, comme pour les mantras bouddhistes, je crois intéressant d’avoir un rythme qui permette une pratique apte à aider l’esprit à se distancier. N’oublions pas que ce sont les Bons-Chrétiens qui vont pratiquer ce texte jusqu’à plus de deux cents fois par jour.

[1] La religion des cathares – Le catharisme t.1. Collection Domaine cathare – Éd. Privat 1976 (Toulouse)
[2] Évangile selon Matthieu, VI, 9-13. La Bible – Nouveau Testament – Bibliothèque de la Pléiade – Éd. NRF Gallimard 1971 (Paris)
[3] Évangile selon Luc, XI, 2-4. La Bible – Nouveau Testament – Bibliothèque de la Pléiade – Éd. NRF Gallimard 1971 (Paris)
[4] Évangélion, VII, 4. Tentative de restitution par A. Wautier (https://www.catharisme.eu/religion/les-confluences/evangelion-de-marcion/)
[5] La doctrine des douze apôtres (Didachè). Éd. du Cerf 1998 (Paris)
[6] Le Rituel de Dublin in Écritures cathares – Éd. du Rocher 1995 (Monaco). Traduction et commentaires de Anne Brenon
[7] Le Nouveau testament, reproduction photolithographique du Manuscrit de Lyon – Éd. Slatkine reprints 1968 (Genève). Traduction de Jean Duvernoy.
[8] Attente de Dieu – Éd. Fayard 1966 (Paris)
[9] La résurgence cathare – Le manifeste – Éd. Le mercure dauphinois 2007 (Grenoble)
[10] Un pacte neuf – Éd. Brépols 1997 (Paris)
[11] Le « Notre Père » une lecture spirituelle – Éd. Albin Michel 2007 (Paris)
[12] Voir Le livre des deux principes de Jean de Lugio (Abrégé pour servir à l’instruction des ignorants § Que Dieu ne peut pas faire le mal) in Écriture cathares op. cit.
[13] Évangile selon Luc XV, 11-32

La glose du Pater – 1

La glose du Pater – 1

La glose

Ce terme qui désigne les commentaires annexes à un texte en vue de l’expliquer plus clairement, peut aussi être considéré de façon péjorative comme un discours oiseux. Il me revient donc de veiller à demeurer dans le premier sens sans tomber dans le second.
Proposer des interprétations d’un texte est à la portée du premier venu. Cependant, si on veut s’y risquer avec un texte philosophique ou religieux, il convient de faire preuve d’une grande prudence. Et si l’on veut le faire avec le texte essentiel du Christianisme, la prudence ne suffit plus ; il faut y adjoindre une grande humilité et une foi à toute épreuve.
Autant dire que je suis très conscient de la difficulté de mon entreprise, ce qui explique je veuille avancer sous le contrôle de tous pour limiter les risques de dérive.

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Le Pater, prière des Cathares – 5

Le Pater, prière des Cathares – 5

Autres sources et inspirations

Source juive

On ne peut s’empêcher de remarquer une ressemblance entre le Pater et le Kaddish :

Kaddish Pater
Magnifié et sanctifié soit le Grand Nom

dans le monde qu’il a créé selon sa volonté

et puisse-t-il établir son royaume

Notre père qui es dans les cieux, que soit sanctifié ton nom,

que vienne ton règne, que soit faite ta volonté sur terre comme au ciel.

Il faut également noter l’intérêt de cet autre texte juif :

Les Shemonei ‘Esrei ou 18 bénédictions se récitent 3 fois par jour et la première série démarre à la troisième heure, la seconde à la sixième heure et la dernière série à la neuvième heure (Voir Actes 3,1 et Actes 10,3-30). En voici un extrait :

« Pardonne-nous, notre Père, car nous avons péché contre Toi, efface et enlève nos iniquités de devant tes yeux, car nombreuses sont tes miséricordes. Béni sois-tu qui pardonnes abondamment ».

Là nous avons deux informations essentielles. D’une part la proximité du texte avec celui du Pater et ensuite la répartition des prières dans la journée.

Dans mon texte précédent, je rappelais que lors des retraites, Ruben et ses amis avaient fait le choix de trois prières quotidiennes, une le matin, une vers midi et une le soir. Chez les Juifs la répartition est la même : troisième heure (tierce), sixième heure (sexte) et neuvième heure (none). Cela correspond dans le Rituel cathare des Heures à 9h30, 12h30 et 15h30 en cette saison.

Cela montre qu’il se peut que des éléments du rituel juif aient servi de base à cette prière très ancienne.

Source chrétienne primitive

Cette prière se retrouve dans la tradition chrétienne primitive ; elle figure notamment dans la Doctrine des douze apôtres (Didachè) sous la forme suivante :

Notre Père qui es au ciel,
Que ton nom soit sanctifié,
Que ton règne vienne,
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,
Pardonne-nous notre offense,
Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation,
Mais délivre-nous du mal ;
Car c’est à toi qu’appartiennent la puissance et la gloire dans les siècles.

La Didachè précise qu’il faut prier ainsi trois fois par jour. Cela nous renvoie à la source juive.

Nous avons donc un texte juif d’une part qui est ressemblant dans l’entame et le texte de référence des communautés judéo-chrétiennes des trois premiers siècles.

La doxologie finale fut abandonnée à l’exception des Églises réformées qui la pratiquent toujours.

Depuis 2015, la Conférences des Évêques de France a introduit une nouvelle traduction qui remplace Et ne nous soumets pas à la tentation par Et ne nous laisses pas entrer en tentation. Validée par les cultes protestant et orthodoxe, elle permet de résoudre l’épineux doute sur le fait que Dieu pouvait être à l’origine de la tentation.

Dans Attente de Dieu, Simone Weil, se livre à une glose du Pater très intéressante, dont je ne manquerai pas de m’inspirer autant que de besoin.

Place de Jésus

Quelle serait éventuellement la place de Jésus dans cette prière ?

Contrairement à ce que beaucoup pensent — ce qui les conduit à sacraliser cette prière — je ne pense pas que Jésus ait fait de ce texte quelque chose d’exceptionnel.

D’abord, nous savons que le texte est variable dans sa forme, ce qui confirme qu’il n’est pas celui que Jésus aurait pu donner aux disciples. Cette transmission est également une hypothèse fragile car peu relayée dans les textes anciens.

Ensuite, nous savons que l’historicité de Jésus est toujours en débat et que ce texte emprunte des éléments importants, dans sa forme et sa pratique, au Judaïsme. On peut donc proposer que, si Jésus a existé, il a utilisé la pratique traditionnelle des disciples pour leur proposer une évolution du texte juif et, s’il n’a pas existé, ce sont des Juifs qui se sont inspirés de leur tradition pour proposer un texte visant à structurer la communauté chrétienne.

Par contre, et cela me semble le plus important, la pratique de la prière — quand elle se fait dans les conditions adéquates — provoque chez le pratiquant un état spirituel indéniable. Je dirais donc qu’elle est un outil qui conduit à une expérience mystique, un peu comme une fusée spatiale est un outil technologique qui place l’homme dans une situation émotionnelle particulière.

Donc, pour qu’aujourd’hui encore ce texte remplisse son rôle, il me semble utile et important d’en adapter la forme à ce que le fond doit provoquer et d’en préciser la pratique, comme le firent les Cathares, afin que son usage ne vienne pas ni le dénaturer ni le banaliser.

Qu’est-ce que le Pater ?

Comme on le voit, le Pater est une prière adressée à Dieu — celui qui est resté à la maison (domus) —, d’où le nom d’oraison dominicale. Même si les Cathares savent que Dieu est étranger et absent de ce monde, ils le prient par l’intermédiaire du Saint-Esprit consolateur.

On le voit mieux maintenant, cette prière n’est pas un texte directement issu de Jésus, mais un texte construit par des hommes de leur époque et de tradition juive. Pour autant, il ne faut pas le rejeter mais en comprendre le sens et les différents thèmes. Par contre, dans le respect de ces éléments il n’y a rien qui puisse nous interdire de le rendre plus compréhensible par des hommes de notre époque.

Le Pater est avant tout un moyen de se placer dans un contexte spirituel précis afin de favoriser l’émergence de la part divine qui, en nous, est emprisonnée dans ce monde malin. Pour ce faire il comporte différentes parties ayant chacune sa fonction précise. L’entame vise à préciser notre appartenance à un corps spirituel précis en désignant notre référence et notre rapport à elle. Ensuite, elle permet de rappeler les deux points essentiels que le Chrétien met en avant en vue de sa progression : l’apport spirituel et l’oubli des erreurs. Enfin, elle se termine par le rappel de la nécessité de la grâce qui nous permettra d’éviter les pièges qui nous sont tendus en ce monde.

Cette pratique rituelle demande néanmoins une préparation. Et l’on voit bien comment le Judéo-christianisme s’est fourvoyé en la banalisant à outrance. En effet, le pratiquant doit être profondément imprégné du sens des mots qu’il prononce. Cela implique qu’il les comprenne, donc qu’ils lui soient familiers et sans ambiguïté, mais aussi qu’il soit dans un état psychologique et spirituel qui lui permette de les prononcer sans les dévaloriser.

Les Bons-Chrétiens cathares prononçaient le Pater dans des moments précis et essentiels. Bien entendu lors de rituels et du sacrement de la Consolation, mais aussi pour la bénédiction du pain de la sainte oraison et dans des moments clés de leur vie, notamment quand un danger pouvait les atteindre. Cela leur permettait d’être en état de pureté spirituelle maximale. C’est pour cela, entre autre, que cette prière n’était pas autorisée aux croyants car ces derniers étaient insuffisamment préparés à la mise en condition qu’exigeait cette pratique rituelle.

Il est donc essentiel de faire tut ce qui est en notre pouvoir pour donner à ce texte la forme adaptée à notre siècle et à notre culture pour que ceux qui seront aptes à le prononcer puissent le faire en respectant la seconde condition qui est celle d’être en état spirituel adapté à sa pratique.

Et je vais m’employer à ces deux conditions.

Le Pater, prière des Cathares – 4

Le Pater, prière des Cathares – 4

Le Pater aujourd’hui – version des retraites spirituelles de Ruben

Lors de la neuvième Rencontre cathare de Carcassonne, Ruben Sartori, qui organise des semaines de retraites spirituelles depuis 2013, est venu nous parler de ce qui s’y passait.
Or, lors de la semaine de janvier 2013 qui s’est tenue à Canhac, Ruben nous a dit qu’ils avaient travaillé sur le texte du Notre Père. En effet, j’ai récupéré en 2014 un texte sur ce sujet.
Il semblerait que, récemment, ce travail ait fait l’objet d’une révision et d’une mise à niveau. Sur le site, j’ai trouvé dans l’Oraison un texte qui semble toujours en valeur aujourd’hui.

Je me propose donc d’étudier ces deux textes pour voir ce qui me semble positif ou discutable. C’est en effet par l’échange de nos travaux respectifs, par la critique positive et par l’acceptation que les bonnes idées et l’inspiration ne sont pas l’apanage d’un seul courant que l’on pourra améliorer notre compréhension du Catharisme et progresser dans notre cheminement.

Version de 2014

Notre Père,
Que ton Esprit Saint vienne sur nous, et
Qu’il nous purifie.
Que ta volonté soit faite en lieu de la nôtre.
Que nous recevions notre pain spirituel de ce jour.
Que nos offenses soient pardonnées et effacées à jamais,
en cela même que nous le faisons les uns pour les autres.
Que nous ne succombions pas dans l’épreuve, et surtout
Que nous soyons délivrés du Mauvais.
Amen.

Version de 2017

Notre Père,
Que l’Esprit Saint vienne sur nous
et qu’il nous purifie.
Que ta volonté soit faite en lieu et place de la nôtre.
Que nous recevions notre pain spirituel de ce jour.
Que nos offenses soient pardonnées et effacées à jamais, en cela même que nous le faisons les uns pour les autres.
Que nous ne succombions pas dans l’épreuve,
et surtout, que nous soyons délivrés du Mauvais.
Amen

Mon analyse

Peut-être que je n’ai pas les bons textes, mais de prime abord ces deux-là me semblent extrêmement proche l’un de l’autre et aucun ne reflète une avancée majeure dans la compréhension.

L’entame est conforme à celle de Luc et s’affranchit fort justement de la digression matthéenne de la position de Dieu dans les cieux. Si je souscris absolument à ce point de vue, je reste néanmoins dubitatif sur le vocable Père ou Notre Père en raison du caractère anthropomorphique qu’il véhicule.

En effet, une prière — une oraison ou une méditation pour être plus précis — est un moment spirituel bien précis et à la fonction bien définie. Il s’agit de s’extraire de ce monde et de ses codes pour faire émerger en nous la part spirituelle enfermée dans le corps de boue et contrainte par le monde maléfique où nous sommes retenus prisonniers. Il me semble donc essentiel que les termes employés nous projettent au maximum vers la spiritualité au lieu de reprendre des références mondaines. Le Père est le géniteur et ce terme, s’il est parfaitement justifié pour le démiurge et sa création, ne l’est pas pour Dieu qui n’a rien créé mais qui laisse émaner de sa substance des entités découlant de son principe et disposant des mêmes propriétés. Notre père donne à penser qu’il pourrait y avoir également une mère et qu’il ne nous a transmis qu’une partie de sa substance.

Concernant l’Esprit saint, je me sens plus proche de la version initiale car il est par définition émanation de Dieu, donc le possessif est justifié. Par contre le verbe venir me semble inadapté car il introduit là encore une référence mondaine qui n’a pas lieu d’être. Christ l’a dit aux disciples, une fois partit, le Saint-Esprit Consolateur le remplacera immédiatement et définitivement. D’ailleurs le récit de la Pentecôte — même si son caractère allégorique n’échappe à personne — confirme bien qu’il est partout où l’on a besoin de lui sans qu’il ait à se déplacer pour nous rejoindre.

La phrase sur la volonté me gêne bien davantage. Elle laisse entendre qu’il aurait pu y avoir un conflit de volonté entre Dieu et nous. C’est extrêmement orgueilleux de l’imaginer. Les autres textes se contentaient de rappeler que la volonté de Dieu s’exerçait partout et non pas que la nôtre pouvait éventuellement exister.

Mais je comprends l’idée générale, même si je la trouve mal exprimée.

En fait, la volonté c’est le vouloir qui chez Dieu, comme nous l’explique fort bien Jean de Lugio dans le Livre des deux principes, est équivalent au pouvoir. Tout ce que Dieu veut, il le peut et tout ce qu’il peut, il le veut. Émettre la moindre objection à cela reviendrait à amoindrir le statut divin.

Or, comment s’expriment ce pouvoir et ce vouloir de Dieu en ce monde ? Rappelons-nous qu’il n’agit pas sur ce monde maléfique car le Bien n’a pas de mal à opposer au Mal. Par contre, il agit pleinement et totalement sur la part de Bien prisonnière ici-bas, c’est-à-dire sur notre part spirituelle. Mais il agit également sur les autres parts spirituelles non tombées en ce monde. C’est en cela que les autres versions du Pater parlaient de la volonté qui devait se faire aussi bien sur terre que dans le ciel.

Quel est le pouvoir que Dieu manifeste envers la part spirituelle, où qu’elle se trouve ? De mon point de vue, c’est la grâce. Quand nous recevons la grâce divine nous sommes à égalité d’état avec les parts spirituelles qui ne sont pas tombées ici-bas. La grâce « gomme » notre part mondaine et nous remet dans le sein de la consubstantialité du bon principe. La voilà la volonté et c’est parce que ce mot me semble mal assorti à l’idée que j’évoque que je préfèrerais que l’on parle de la grâce en lieu et place de la volonté. Mais notre volonté n’existe pas sur le plan spirituel, elle n’a donc rien à faire dans l’histoire, si ce n’est de nous ramener mentalement dans le monde dont cette oraison est censée nous éloigner.

L’histoire du pain spirituel de ce jour participe à l’anthropomorphisme que nous essayons de gommer au maximum. D’abord le pain, comme référence alimentaire spirituelle, est trop connoté. Rappelons-nous la parole de Jésus selon qui l’homme ne vit pas seulement de pain mais de la parole de Dieu. Or, ce que nous espérons c’est justement cet apport qui n’est pas matérialisé à l’excès. D’où ma proposition de nourriture qui est un terme générique dont l’usage courant prévoit qu’il puisse également désigner un apport non matériel. Ne parle-t-on pas dans le langage courant des nourritures de l’esprit ?

Quant à restreindre cette nourriture à une limite temporelle (de ce jour), cela me semble inadapté. La nourriture spirituelle ne nous vient pas par à-coup, mais elle est espérée de façon permanente. Je comprends bien l’idée de n’attendre que le strict nécessaire et rien de plus, et je pense essayer d’améliorer mon projet en ce sens.

La phrase sur les offenses me semble complexe et mal construite. La notion d’offense pose le problème du ressenti sur celui qui est touché. Dieu est bon et est donc insensible à la notion d’offense. La question est ce que nous faisons et non ce qu’il serait censé ressentir. Donc, je préfère le mot manquements, qui est plus étendu en sens que offenses et qui nous concerne directement. Le terme pardonné relève d’une traduction qui me semble inadaptée. Parcat veut dire épargner, c’est-à-dire abandonné, oublié. Dans le pardon il y a la notion que la faute est connue et validée mais qu’elle ne donnera pas lieu à sanction. En outre, cela place celui qui pardonne en position de pouvoir par rapport à celui qui est pardonné. L’effacement est de ce point de vue meilleur mais il devient redondant. C’est pourquoi je préfère la notion d’épargne de la part de Dieu et de non prise en compte de notre part. Ainsi, dans les deux cas, la faute que nous ressentons avoir commise ou avoir subie disparaît de fait. C’est comme dans la phrase « épargner la vie », on ne ressuscite pas un mort, mais on évite la mort.

Pareillement, face à l’épreuve, ce que nous attendons c’est un soutien, une aide et non pas le miracle d’échapper à notre nature mondaine qui nous permettrait d’y échapper. Nous succombons toujours mais, avec l’aide du Saint-Esprit, représentant de Dieu à nos côtés, nous la surmontons.

D’un point de vue plus global, je trouve dommage que dans cette méditation, le fait d’indiquer en début « Que » puisse donner à penser que ce qui arrive n’est pas le fait d’une action concrète. Autant, cela me semble justifié au début concernant le Saint-Esprit et la grâce divine, autant pour ce qui relève de nos besoins, il me semble préférable d’indiquer qui les assure.

Voilà comment je perçois ce texte, que je trouve intéressant en cela qu’il oblige à réfléchir à mes propres compréhensions. Je vois d’ailleurs que j’évolue sur mon propre travail, ce qui est peut-être dû au fait que mon texte initial était antérieur à mon noviciat. Je ne vois plus les choses de la même façon depuis un an.

Le Pater, prière des Cathares – 3

Le Pater, prière des Cathares – 3

Le Pater aujourd’hui

Dans l’ouvrage de Yves Maris, La résurgence cathare. Le manifeste, publié en 2007, l’auteur cite une version qui semble être de son cru :

« Principe parfait qui es au-delà des cieux,
sois glorifié,
que vienne ton règne,
que soit faite ta volonté dans cet univers comme au-delà des cieux.
Donne-moi aujourd’hui ma part de pain spirituel ;
remets-moi sur la voie qui mène vers toi.
Ne me laisse pas dans l’épreuve,
mais délivre-moi du Principe mauvais. »

Analyse personnelle

Je vois dans cette proposition le commencement d’un travail de spiritualisation du texte par le retrait du terme Père au profit de celui de principe parfait. La fin de phrase (qui es au-delà des cieux) amoindrit un peu ce concept et peut même être vécu par certains comme une forme de gnosticisme. En outre, cela crée une idée de situation physique de Dieu qui est complètement extérieure à la vision cathare.
La reprise de la version médiévale de glorification me semble constituer une perte de qualité par rapport à la conception marcionite qui avait compris que le besoin de purification n’est pas en direction de Dieu mais de nous. Il n’a nul besoin d’être glorifié, nous si. Et notre gloire ne peut nous être apportée que par lui, mais forcément de façon indirecte.
De même, la notion de règne qui persiste dans toutes les versions est marquée du sceau de son temps antique ou médiéval et n’a plus de raison d’être de nos jours. Yves Maris ajoute une phrase sur la volonté par laquelle il veut marquer l’universalité divine au-delà des limites temporelles. Mais cela alourdit le texte et n’apporte en fait rien, car si l’on considère ce que veut dire le terme règne, il y a forcément redondance entre les concepts.
L’idée de parler de pain spirituel est un plus par rapport à celle de surnaturel, car enfin ce pain perd son aspect matériel. Pourtant, il me semble dommage de se limiter à une image de nourriture précise. L’homme ne vit pas que de pain (Luc IV, 4) est une réponse de Jésus au tentateur. Aussi me semble-t-il adéquat de ne pas limiter l’apport demandé à Dieu à cet unique aliment. Ce qui me gêne également dans cette phrase c’est l’idée de demander sa part de pain. Cela fait de la prière quelque chose d’individualiste alors qu’elle devrait être un moment de communion. En cela le pluriel des marcionites me semble plus adapté. Yves fait l’impasse complète sur la notion de remise des péchés, ce qui occulte de fait la réciprocité qui figure dans les autres versions. Il la remplace par la demande d’une remise dans le bon chemin. Certes, c’est intéressant, mais je trouve dommage de se priver de la double rémission et je trouve que la reprise du bon chemin n’est pas du ressort de Dieu mais de nous. Comme pour le fils prodigue, c’est par notre prise de conscience de nos erreurs que nous devons comprendre quelle est la voie qui mène à Dieu et choisir de l’emprunter. Sinon, nous devenons passifs, tout comme l’étaient les Juifs qui laissaient à Iahvé toute la charge de la direction.
Par contre, je trouve intéressante la fin qui associe une demande d’aide face à l’épreuve actuelle et la délivrance du Principe mauvais.

Mes propositions générales

De mon côté, j’ai essayé de proposer une version qui reprenne les principes que j’avais évoqués.
Initialement j’avais proposé le texte suivant :

« Principe parfait, que ton esprit saint soit sur nous et nous purifie ;
que ta grâce nous éclaire tous ici comme dans ta création ;
donne-nous chaque jour notre nourriture spirituelle ;
ne nous comptes pas nos manquements
comme nous ne les comptons pas à nos frères d’esprit,
soutiens-nous dans l’épreuve actuelle
et, à la fin, délivre-nous du Principe mauvais. »

J’ai vu le texte utilisé lors d’une semaine de retraite évangélique, organisée par Ruben. Malheureusement je ne suis pas autorisé à vous le diffuser ici.
J’y vois des similitudes intéressantes et quelques différences qui ne me semblent pas inconciliables.
Pour porter ma pierre au débat, je propose donc d’expliquer le pourquoi des termes que j’ai choisi.
Tout d’abord, parce que je suis convaincu que les Bons-Chrétiens cathares n’avaient pas adopté ce texte par hasard et qu’en modifier le sens et la structure me semble devoir être une erreur grave.
J’ai déjà expliqué que j’avais cherché à rétablir dans ce texte le caractère méditatif en lui donnant une lecture neutre, donc en rejetant tout ce qui pouvait favoriser l’anthropomorphisme et les références à une époque qui n’est plus la nôtre.
C’est pourquoi j’ai préféré le terme « Principe parfait » qui désigne à la fois la nature de celui que l’on désigne comme notre référence unique et son caractère d’absolue perfection puisque principiel et parfait.
En supprimant Notre père, je retire l’anthropomorphisme, mais on pourrait me faire justement remarquer que je retire aussi le lien entre notre créateur et nous.
Il y a du vrai quoique il me semble important de préciser qu’il ne s’agit pas de création mais d’émanation. Nous ne sommes pas créés par le Principe parfait — faute de quoi nous ne serions pas éternels car une chose créée a un début donc une fin — mais nous émanons de lui de toute éternité — comme le rayon émane du soleil — ce qui nous donne une identité de substance (d’où le terme consubstantiel). On pourrait éventuellement vouloir renforcer et affirmer le lien avec une dénomination du type :
 Principe parfait dont nous sommes issus
Si je n’ai pas repris la phrase : Que ton nom soit sanctifié c’est que je considère que Principe parfait la sous-entend puisqu’il ne peut rien n’y avoir de plus saint que la perfection principielle. Mais j’ai cru utile d’ajouter : que ton Esprit saint soit sur nous et nous purifie. En me relisant je m’aperçois que j’ai pour habitude d’appeler le Consolateur, le Saint-Esprit alors que j’appelle esprit saint l’émanation divine (la création donc) dont nous sommes une part prisonnière en ce monde.
Je serais donc tenté de corriger en : que ton Saint-Esprit soit sur nous et nous purifie. C’est à mon avis un complément nécessaire à la reconnaissance du caractère saint du Principe parfait car si nous ne sommes pas purifiés par le Saint-Esprit cette reconnaissance nous est impossible.
Que ta volonté soit faite sur terre comme au ciel peut sembler clair quand on est avancé dans la connaissance du catharisme mais cela m’a semblé assez flou pour tout un chacun.
J’ai donc choisi de préciser ce que ce terme de « volonté » représentait à mes yeux. Pour moi le principe parfait nous apporte son aide, non pas en affirmant une volonté qui viendrait s’opposer à la volonté du monde (le Bien n’a pas de mal à opposer au Mal), mais en nous remplissant de sa grâce quand nous sommes en état de la recevoir. Mais cette grâce n’est pas délivrée de façon préférentielle et limitative aux seuls esprits sains exilés, mais à toute l’émanation divine, ici comme dans la « création » spirituelle.
J’ai retiré le mot pain et l’ai remplacé par nourriture afin de ne pas créer une forme de sélectivité. Le pain, même spirituel, est limitatif alors que la nourriture est plus globale. En outre, le symbole cathare de la communion ecclésiale est représenté par le partage du pain et je ne voulais pas qu’une confusion puisse s’établir en les deux.
Dans le texte cathare l’expression « remets-nous nos dettes » est bien meilleure que la notion de pardon qui institue à mes yeux une hiérarchie entre celui qui pardonne et celui qui est pardonné.
Pour autant le verbe remettre laisse encore planer une notion de comptabilité en avoir et en dépend qui me gêne car l’amour du principe parfait est tel qu’il ne comptabilise rien et qu’il va même au-delà du fait d’effacer une dette ; en fait il n’en tient pas compte. D’où mon choix de : « ne nous comptes pas… » Et j’ai voulu également élargir le champ d’application de cette mesure, non seulement à des fautes ou des dettes avérées mais aussi à tous nos petits manquements qui finissent par peser sur le mauvais plateau de notre balance, d’où mon choix de ce mot.
J’ai également modifié la phrase suivante sur plusieurs plans car elle se semblait poser problème.
La notion cathare « ne nous conduis pas en tentation » tout comme « ne nous laisse pas succomber à la tentation » pouvait attribuer au Principe parfait un comportement à la limite de la perversion.
Un esprit sain conscient de son état et de son désir final ne demande pas à son principe d’agir à sa place ; il sait que l’effort doit venir de lui mais, comme Jésus le dit aux disciples dans les textes cathares, il compte sur son soutien pour qu’il puisse supporter cet effort. Or, quel est l’effort ? C’est celui de l’épreuve que nous subissons en ce monde dès que nous avons conscience d’y être prisonniers.
J’ai donc opté pour : « soutiens-nous dans l’épreuve actuelle » qui me semble plus approprié.
Et pour finir, la délivrance attendue étant celle d’échapper à ce monde créé par la volonté du Principe mauvais j’ai voulu appeler un chat un chat et en profiter pour rappeler sa nature principielle tout en faisant le parallèle avec le Principe dont nous sommes issus.
Voila les raisons de mon choix et pourquoi j’ai parfois adapté le texte à une compréhension plus adaptée à notre époque, me semble-t-il, sans rien retirer du contenu essentiel des cathares et sans rien ajouter qui puisse en modifier le sens.
Voici donc ma proposition de texte pour un Pater adapté à notre époque mais qui ne renie rien de celui des Bons-Chrétiens :

« Principe parfait dont nous sommes issus,
Que le Saint-Esprit soit sur nous et nous purifie ;
Que ta grâce éclaire tous les esprits saints où qu’ils soient ;
Donne-nous chaque jour notre nourriture spirituelle ;
Ne nous comptes pas nos manquement
Comme nous ne les comptons pas à nos frères d’esprit,
Soutiens-nous dans l’épreuve actuelle
Et, à la fin, délivre-nous du Principe mauvais. »

Bien entendu, chacun peut mener le même travail d’analyse et proposer sur le site ou sur les forums sa propre compréhension de ce sujet.

Ce texte ne saurait être accepté sans une étude approfondie qui permette d’en montrer la pertinence, le caractère respectueux du message initial et la pleine expression et compréhension par ceux qui devront le mettre en pratique. Ce sera mon travail désormais.

Le Pater, prière des Cathares – 2

Le Pater, prière des Cathares – 2

Le Pater marcionite

On en trouve ce texte dans l’Évangélion de Marcion de Sinope :

«  Père, que ton esprit saint soit sur nous et nous purifie ;
que vienne ton règne ;
donne-nous chaque jour ton pain surnaturel ;
remets-nous nos péchés
comme nous remettons aussi à nos débiteurs,
et ne nous laisse pas succomber à la tentation. »

Analyse

Le terme anthropomorphique Père est conservé. Par contre Que soit sanctifié ton nom est remplacé par Que ton esprit saint soit sur nous et nous purifie. Je trouve cette formulation beaucoup plus claire car elle déplace le sujet de Dieu à nous, ce qui est logique car Dieu n’a nul besoin d’une quelconque sanctification. En fait, c’est en disant que le nom de Dieu est saint — ce qui est une évidence — que nous manifestons notre foi en lui et que nous créons ce lien, via le Saint esprit qui nous permet d’avancer vers notre purification spirituelle. En cela les Marcionites avaient compris le sens profond de cette locution.

Encore, le terme de règne est utilisé, ce qui n’est pas surprenant à cette époque.

Les Marcionites ont fait le choix de corriger le terme pain de la journée par ton pain surnaturel. C’est la traduction littérale du terme grec épiousious. Cette traduction est littérale : épi = au-delà, au-dessus et ousia = existence, état actuel. Certains auteurs ont pensé que cela désignait la nourriture à venir et ont donc validé le choix de Luc : pain quotidien. Mais, en fait c’est plutôt pain du jour à venir qu’il aurait fallu dire. En fait, cela peut se comprendre plus logiquement par le pain que nous recevrons dans la vie future. Il s’agit donc bien d’un élément surnaturel, au-delà de toute substance mondaine, supersubstantiel, comme dit le texte latin de Matthieu ; c’est le pain de la parole divine. Prisonniers ici-bas, nous sommes privés de la parole divine et de sa raison, le logos, et nous prions pour qu’elle nous soit assurée afin de nous aider à atteindre le niveau d’avancement requis pour être en état de recevoir la grâce divine. Il est clair qu’il ne s’agit pas d’un pain matériel, comme on pourrait le comprendre dans la traduction néotestamentaire mais d’une nourriture spirituelle, ce qui est évident puisque nous la demandons à Dieu qui n’a rien de matériel en lui et encore moins à proposer.

Sur la rémission des péchés, il n’y aurait rien à dire excepté que cette notion de péché est un peu restrictive. Le péché est ce qui éloigne de Dieu. Je ne sais pas comment les Marcionites comprenaient ce terme. Les Cathares en avaient une lecture extensive puisqu’ils considéraient tout manquement — même involontaire — comme un péché.

La locution finale pose encore le problème du rôle négatif supputé que Dieu pourrait avoir dans notre défaillance. S’il lui est demandé de ne pas nous laisser succomber à la tentation, cela sous entend qu’il le pourrait, ce qui est faux et contraire à la divinité de Dieu.

En fait ce qui est recherché n’est pas de nous prémunir d’une tentation qui est notre lot quotidien en ce monde, mais de nous soutenir pour surmonter les épreuves de ce monde.

Commentaire

Le Pater marcionite, s’il propose une amélioration par rapport aux textes canoniques en ce qu’il présente bien la voie de la sanctification divine et la nature de la nourriture proposée, — même si le terme de pain est un peu restrictif —, reste encore perfectible sur d’autres points.

Le Pater des Bons-Chrétiens cathares médiévaux

Ce texte est issu du rituel cathare tel qu’il nous fut transmis par les textes de Lyon (occitan), de Florence (latin) et de Dublin (occitan).

Le texte est en latin qui était souvent utilisé pour les actes cérémoniels même si l’occitan restait la référence pour les prêches.

La glose du Pater ci-dessous vient du rituel de Dublin :

Pater noster qui es in celis
Sanctificetur nomen tuum
Adveniat regnum tuum
Fiat voluntas tua sicut in celo et in terra
Panem nostrum supersustancialem da nobis hodie
Et dimitte nobis debita nostra sicut et nos dimittimus debitoribus nostris
Et ne nos inducas in temptationem
sed libera nos a malo
Quoniam tuum est regnum
Et virtus
Et gloria
Dans les siècles, Amen
Notre Père qui êtes aux cieux
Que votre nom soit sanctifié
Que votre règne arrive
Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel
Donnez-nous aujourd’hui notre pain suprasubstantiel
Et remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs
Et ne nous induisez pas en tentation
Mais délivrez-nous du mal
Car à vous appartiennent le règne
Et la puissance
Et la gloire
Dans les siècles, Amen

La version cathare occitane du manuscrit de Lyon :

Lo nostre Paire que es als Cels,
Sanctificatz sia lo Teus Nom,
Avenga lo Teus Regnes
E sia faita la Tua voluntatz sico el Cel e la terra.
E dona a nos uei lo nostre pan qui es sobre tota causa.
E perdona a nos los nostres deutes,
Aisi co nos perdonam als nostres deutos.
E no nos amenes en tentatio
Mas deliura nos de mal.
Amen.

On peut penser à la lecture de ce texte que les Cathares n’avaient pas eu la version marcionite à leur disposition. En effet, pour l’essentiel, la référence est le texte de la Vulgate « amélioré » par la transcription exacte de épiousios. On constate la proximité entre la version de Dublin et celle de Lyon, alors que les écoles de pensées concernées semblaient assez éloignées l’une de l’autre.

Bien des points posent problème, dont notamment le retour du terme pardon dans la version occitane. Ce qui est intéressant est la notion de délivrance du mal. La doxologie finale, absente de la version occitane est effectivement superflue.

Ce qui ressort est que ce texte, qui n’était déjà pas unique au premier siècle, a fait l’objet d’adaptation jusqu’au Moyen Âge. Il n’est donc pas à considérer comme immuable et figé, ce qui ne peut que rassurer les Cathares qui ont toujours refusé les dogmes. Il faut donc l’étudier pour le rendre cohérent avec notre siècle.

Le Pater, prière des Cathares – 1

Le Pater, prière des Cathares – 1

Introduction

Après plus d’un an de noviciat, je crois possible de commencer à étudier sérieusement ce texte qui est un élément extrêmement important de la liturgie cathare et qui demande une approche prudente, sérieuse et respectueuse, faute de pouvoir disposer de l’aide de Bons Chrétiens pour nous guider.

Nous allons voir ensemble combien le Pater est un texte particulier et combien les Cathares le traitaient avec respect et circonspection.

Bien entendu, il n’est toujours pas question pour moi de le pratiquer, car un an de noviciat fait tout juste de moi un novice relativement éveillé, mais je ressens le besoin de prendre le temps d’une étude approfondie et aussi inspirée que possible, pour éviter toute dérive qui, en ce domaine, serait très grave et préjudiciable à mon parcours.

Que savons-nous du Pater ?

Ce texte apparaît dans les Évangiles et montre déjà qu’il est issu d’une tradition humaine et non pas d’une transmission directe de Jésus ou de Christ, puisque les deux transcriptions diffèrent légèrement. Cela veut donc dire qu’il s’est mis en place et transmis dans la tradition orale avant d’être couché par écrit bien plus tard.

Contexte du Pater

Chez Matthieu, le Pater vient après le sermon sur la montagne, dans le cadre d’un enseignement dont on ne sait s’il se fait à la foule ou aux disciples. Il fait partie d’un ensemble de recommandations concernant la vie quotidienne, telle qu’elle doit être vécue par ceux qui veulent aller vers Dieu. Au passage, Jésus invalide plusieurs éléments de la Loi juive au profit de dispositions plus contraignantes. Le fil rouge de ce chapitre semble être l’humilité qui apparaît en début de chapitre avec les conditions de la prière et de l’aumône et qui se poursuit par les règles du jeûne, de la possession matérielle, des biens de la vie quotidienne (aliments et vêtements) et des soucis de l’avenir.

Matthieu propose donc cette prière comme un élément de la vie quotidienne de celui qui veut vraiment être dans la voie qui mène à Dieu. On peut donc penser qu’il s’adresse à une partie de la communauté et non pas à tous les croyants.

Cela est renforcé par la version de Luc. Là, ce sont les disciples qui demandent une prière à Jésus, afin de se sentir comme les disciples de Jean le baptiste. Jésus accède à la demande et propose un texte très succinct suivi d’un enseignement sur le don à l’autre et la Bienveillance.

Donc, initialement, cette prière n’est pas destinée à toute la population mais uniquement à ceux qui se consacrent à suivre la voie ouverte par Christ. Malheureusement, la tradition judéo-chrétienne faisant le choix d’un baptême des nouveau-nés, la confusion s’est installée laissant croire que cette prière était à la disposition de tous.

Le Pater des évangiles

Matthieu (VI, 9-13) le présente comme un contrepoint à la prière rabâchée par les païens :


« Vous donc, vous prierez ainsi : Notre père qui es dans les cieux, que soit sanctifié ton nom,
que vienne ton règne, que soit faite ta volonté sur terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de la journée[1] ;
remets-nous nos dettes comme nous remettons aussi à nos débiteurs ;
et ne nous fais pas entrer en épreuve mais délivre-nous du mauvais. »

Luc (XI, 2-4) en fait la réponse à une requête des disciples :

« Il leur dit : Quand vous priez, dites : Père, que soit sanctifié ton nom ; que vienne ton règne ;
donne-nous chaque jour notre pain de la journée ;
et remets-nous nos péchés, car nous remettons nous aussi à tous ceux qui nous doivent ;
et ne nous fais pas entrer en épreuve. »

Remarquons les points communs :

Le terme Père est commun aux deux textes et veut renforcer la reconnaissance d’une appartenance à une même « famille ». Ensuite, nous trouvons des éléments communs non négligeables : sanctification du nom, attente du règne, demande du pain du jour, remise des fautes (dettes) commises et subies et protection contre les épreuves.

Nous pouvons dire qu’il s’agit là d’une ossature qu’il convient d’étudier.

Matthieu propose un texte un peu plus étoffé. Le père est clairement désigné comme celui de ceux qui prient et il est localisé dans les sphères supérieures, hors de la terre. On peut y voir un relent de judaïsme qui voulait que Dieu ait un peuple préféré et qu’il l’observe d’en haut. La notion de sanctification est spéciale. Cela veut dire que le nom de Dieu doit être considéré comme saint, mais aussi que ceux qui le prononcent doivent respecter son caractère saint. Pour être plus clair, il me semble qu’il faut comprendre que l’usage du nom de Dieu doit être réservé à celles et ceux qui sont dans une démarche de sanctification, de purification et qui le sont en pleine conscience. En clair, l’usage de cette prière ne peut être de pure forme mais nécessite un engagement total. Cela vient conforter en moi la justification du fait que le Pater était réservé à un certain niveau d’avancement dans le Christianisme. Celui qui prononce la prière reconnaît le caractère saint de Dieu et en reçoit l’onction purifiante de sa propre démarche. La phrase suivante est un appel à l’intervention divine auprès de ses créatures émanées sous la forme de la volonté et du pouvoir (règne) de Dieu en ce monde, qui est en fait l’apport de sa grâce.

Arrive la phrase qui fait toujours couler beaucoup d’encre. Le pain de ce jour, au dessus de la substance, est bien entendu ce qui va nourrir notre foi et notre démarche de croyant désireux d’avancer sur la voie de Christ. Dieu n’est pas une cantine où l’on viendrait retirer un plateau repas gratuit chaque jour. Il faut être englué dans un anthropomorphisme béat pour imaginer autre chose. Or, ce qui nourrit la foi est ce qui nous aide à nous tenir éloigné des contingences de ce monde. On le voit dans l’entourage des deux textes, c’est l’humilité, la modestie, la Bienveillance, la disponibilité aux autres et l’ascèse. Il est clair que là aussi nous avons un indice sur les personnes concernées par cette prière. Un simple croyant ne pouvait pas la dire sans se trouver en porte-à-faux entre son engagement et sa vie quotidienne faite de luttes et de violences.

Les deux textes sont en plein accord sur la formulation qui suit. Il ne s’agit pas de pardon des fautes commises ou subies mais bien de remise. Les termes sont importants. Remettre une dette c’est faire comme si elle n’avait jamais existée. C’est l’oublier, ne plus en tenir ; considérer l’autre comme totalement vierge de toute créance et nous considérer de même vis-à-vis de Dieu. D’ailleurs, là encore, nous voyons cela chez les Cathares quand, lors du sacrement de la Consolation, le novice demande la remise de ses fautes passées et que les Bons Chrétiens la lui accorde. Il devient un homme nouveau, vierge de toute faute. Il faut donc oublier la notion de pardon et bien préciser que cette remise est une absence de prise en compte. Le terme latin dimitte correspond à la seconde personne du singulier le l’impératif présent. Il s’agit donc bien d’une prière adressée à quelqu’un de proche, puisqu’on le tutoie. Son sens exact est : abandonner, renoncer. Ce n’est qu’au 4e siècle que la Vulgate — traduction latine du Nouveau Testament — proposera de le traduire par pardonner. Il faut donc faire fi de cette vision typiquement judéo-chrétienne, à la limite sacrificielle, qui ne rend pas le sens exact du terme. Il s’agit bien d’un abandon des charges, d’un renoncement à poursuivre, ce qui est très différent d’un pardon qui n’oublie pas et qui place celui qui pardonne en position de supériorité par rapport à celui qui est pardonné.

Enfin, les deux textes se termine par une demande de protection face à l’épreuve, précisée comme émanant du mauvais par Matthieu. Là aussi, il faut oublier l’idée de certaines versions modernes qui parlent de soumission à la tentation. Il ne peut être question que Dieu puisse avoir un rôle actif dans le Mal. Au contraire, ce que le Bon Chrétien demande c’est de l’aide dans l’épreuve qu’il vit au quotidien, aide que Dieu lui apporte par son soutien spirituel, car il ne peut agir que sur ce qui relève de lui, à savoir la part spirituelle de notre être mondain.

Le Pater des Évangiles, un texte assez clair

Nous voyons qu’en revenant à la source il nous est possible d’avoir une meilleure lecture de ce texte que des siècles de tradition judéo-chrétienne ont largement perverti.

Ce qui demeure est un sentiment d’anthropomorphisme assez important dans l’emploi de termes comme Père, règne, etc. Cela n’est pas forcément surprenant compte tenu de l’époque de sa diffusion. En effet, ces relations d’autorité existaient dans le langage courant d’un royaume existant au sein d’un empire et dans une société fortement hiérarchisée. Cela sera d’ailleurs toujours d’actualité au Moyen Âge, ce qui explique que ces points ne furent pas modifiés alors. Aujourd’hui, conserver cette terminologie n’aurait aucun sens et contribuerait au contraire à entretenir une confusion mentale invitant à un asservissement qui n’est absolument pas le propos de cette prière.

Il est donc clair que ces deux textes sont d’origine humaine, créés et construits pour les esprits de leur époque et qu’ils n’ont rien de sacrés d’un point de vue textuel, donc qu’ils peuvent être adaptés dans leur forme.

Par contre, la similitude du fond entre les deux textes ne saurait nous échapper. La première partie qui fait rappel de notre rapport à Dieu et la reconnaissance de son état divin ; la deuxième qui précise nos rapports avec le monde qui nous contraint et Dieu qui nous apporte le nécessaire et la troisième où nous recherchons la bienveillance et l’aide divine sont clairement exposées dans les deux textes et doivent donc être conservées.

La version latine ajoute une doxologie qui renforce le caractère anthropomorphique et qui n’a donc aucun intérêt.

[1] Dans l’édition de la Pléiade il est précisé en note que la Vulgate (traduction latine) le mot « de la journée » est traduit par supersubstantialis chez Matthieu alors qu’il l’est par quotidianus chez Luc.

Le Bien et le Mal

Le Bien et le Mal

Je publie ci-dessous un document rédigé par Antonin Gadal (fond Charlier) sur un sujet central de la doctrine cathare.
Je ne cautionne pas cette analyse, mais je trouve important qu’elle puisse nous aider à mieux comprendre qui était ce personnage mal connu et souvent décrié.
Je réserve mes commentaires au compte Facebook.

« Les plus grandes, les plus profondes discussions religieuses et philosophiques ont roulé et roulent encore sur la question de « l’Origine du Bien et du Mal ». Cette origine est et restera un mystère incompréhensible pour celui qui ne se rend pas compte de « l’Origine et de la Fin des choses… »

Une morale qui ne se préoccupe pas des « suprêmes destinées de l’homme » peut être utilitaire ; elle reste « imparfaite ». En outre, la liberté humaine ne peut jamais exister chez ceux qui sont « esclaves de leurs passions ». Elle ne peut pas exister de « droit » pour ceux qui ne croient « ni à l’âme, ni à Dieu » ; pour qui la vie est un « éclair entre 2 néants ». Les premiers sont incapables de raisonner, ils sont enchaînés au vice et ne vivent que pour « l’assouvir » ; les seconds, dont l’intelligence est bridée, ne voient que la vie « matérielle », n’ont pas d’autres beaux désirs, le monde physique, seul, demeurant leur seule satisfaction.

Le vrai philosophe, l’homme vraiment religieux, mettent leur liberté au service de leur intelligence ; ils savent s’élever au-dessus de l’ordinaire « connaissance ». Ils voient avec « l’œil de l’Esprit », les 3 mondes qui nous enserrent : le monde de la matière, primitif, ténébreux, où encore domine l’animalité ; le monde invisible de l’Esprit, séjour des âmes affranchies, bienheureuses Vies de la Providence ; entre les 2, le monde de l’Humanité « libre », plongeant dans les « ténèbres », s’élevant vers la providence, erreur d’un côté, vérité de l’autre.

Dès le début de l’ère chrétienne, la grande question qui occupait les philosophes était de savoir d’où vient le mal dans le monde. Pour la résoudre, quelques uns avaient imaginé que l’Être suprême, infiniment bon par nature, n’avait pas créé le monde immédiatement par lui-même ; qu’il avait laissé ce soin à des intelligences inférieures auxquelles il avait donné « l’être » ; que le mal qui s’y trouve était venu de l’impuissance et de la maladresse de ces esprits secondaires.

Cette supposition ne faisait que reculer la difficulté. Pourquoi l’être infiniment bon, maître de créer le monde par lui-même,
 en aurait il donné la commission à des ouvriers dont il aurait
prévu l’impuissance et la maladresse ? Hermogène comme les Stoïciens, supposa la matière éternelle et incréée… Dieu a tiré le mal
ou de lui-même, ou du néant ; ou d’une matière préexistante. Il n’a 
pas pu le tirer de lui-même puisqu’il est indivisible et que LE MAL N’A JAMAIS PU FAIRE PARTIE D’UN ÊTRE SOUVERAINEMENT PARFAIT… Il n’a pas pu le tirer du néant : alors Il aurait été le maître de ne pas le produire, et il aurait dérogé à sa bonté en le produisant.… Donc le mal est venu d’une matière préexistante, coéternelle à Dieu et de laquelle Dieu n’a pas pu corriger les défauts.

Et de recourir a la Genèse pour étayer ce système, en traduisant ainsi le premier verset : « Du principe, ou dans le principe ». Dieu fit le Ciel et la terre… ». Ce qui revenait à dire que Moïse, comme les Stoïciens, avaient enseigné « l’éternité de la matière ».

Tertullien réfuta ce raisonnement en expliquant ; si la matière est éternelle et incréée, elle est égale à Dieu, nécessaire comme Dieu et indépendante de Dieu. Il n’est lui-même, souverainement parfait que parce qu’il est l’Être nécessaire, éternel, existant de soi-même… Et c’est encore pour cela qu’il est immuable.

Donc, on ne peut d’abord :
Supposer une matière éternelle et cependant pétrie de mal, une matière nécessaire et cependant imparfaite ou bornée… Autant voudrait-on dire que Dieu lui-même, quoique nécessaire et existant de
lui-même, est un être imparfait, impuissant et borné…

Ensuite :
Supposer que la matière est éternelle et nécessaire, et qu’elle n’est pas immuable, que ses qualités ne sont pas nécessaires comme elle, que Dieu a pu en changer l’état et lui donner un arrangement qu’elle n’avait pas. L’éternité ou l’existence nécessaire n’admet de changement ni en bien ni en mal.

L’hypothèse de l’éternité de la matière ne résout pas la difficulté de l’origine du mal. En effet si Dieu a vu qu’il ne pouvait pas corriger les défauts de la matière, il a dû plutôt s’abstenir de former des êtres qui devaient nécessairement participer à ces défauts. Car, enfin, que vaut il mieux dire :

Que Dieu n’a pas pu corriger les défauts qu’une matière éternelle ? Ou dire que Dieu n’a pas pu créer une matière exempte de défauts, ni des êtres aussi parfaits que lui ?

Dans le premier cas, on suppose que la puissance de Dieu est gênée ou bornée par un obstacle qui est hors de lui : ce qui est une absurdité… Dans le second cas, il s’ensuit, seulement que Dieu ne peut pas produire des êtres infinis ou égaux a lui-même… Ce qui est une vérité palpable.

Moïse n’a pas dit : Du commencement…, ni : Dans le commencement, comme s’il s’agissait d’une substance, mais il a dit : Au commencement…

Or, le commencement des êtres a été la création même. Si Dieu a
eu besoin de quelque chose pour opérer la création, c’est de sa sagesse,
éternelle comme lui, de son Fils qui est le Verbe, et le Dieu-Verbe,
puisque le Père et le Fils sont Un… Peut-on dire que cette sagesse n’est pas aussi ancienne que la matière ? Que celle-ci est supérieure à la Sagesse, au Verbe, au Fils de Dieu ? Que ce n’est plus lui
qui est égal au Père, mais la matière ? Absurdité et impiété…

On ne peut admettre une matière tantôt corporelle, tantôt incorporelle, tantôt mauvaise ; ni la supposer infinie et cependant soumise à Dieu. La matière est évidemment bornée puisqu’elle est renfermée dans l’espace ; il faut donc qu’elle ait une cause, puisque rien n’est borné sans cause. Quant à la « permission du mal », en supposant le monde tiré du néant par un être tout puissant, on constate que le « mal n’est contraire ni à la bonté, ni à la toute puissance de Dieu, puisqu’il y aura un temps où tout rentrera dons l’ordre »…

Nous avons vu ailleurs (Jésus, Paul, Augustin), que cette question de « l’origine du mal » se résumait, pour les premiers Pères de l’Élise, (Tertullien lui-même, Origène, St. Augustin…) dans la sexualité. Or, c’est un besoin de trouver un appui contre la sexualité, et d’en comprendre la puissance… « Principe ténébreux du mal, dont le christianisme ultérieur d’Augustin est resté obscurci ; en somme, Manichéisme mal expliqué…

Malebranche, de la congrégation de l’oratoire, ( 1638-1715), a enseigné l’optimisme : (dans le monde tout est au mieux. Dieu n’a
rien pu faire de plus parfait que ce qu’il a fait, eu égard à l’ordre général de l’univers… » Leibniz, (1648-1716) embrasse le
système que Malebranche. « La suprême sagesse jointe a une bonté
qui n’est pas moins infinie, n’a pu manquer de choisir le meilleur ; car, comme un moindre mal est une espèce de bien, de même un
moindre bien est une espèce de mal s’il fait obstacle à un bien
plus grand ; et il y aurait quelque chose à corriger dans les actions de
Dieu s’il y avait moyen de mieux faire… »

Concilier l’existence du monde le plus parfait avec l’existence du mal ; s’imaginer des mondes possibles sans péchés et sans
malheurs, serait découvrir des mondes fort, inférieurs en bien au
nôtre… Il est plus sage d’examiner le mal qui semble défigurer
le monde terrestre.
Le mal se divise : en métaphysique , en physique, et en morale.

Le mal métaphysique, qui n’est que l’imperfection même des créatures, doit subsister dans le monde le plus parfait puisque la création n’est pas susceptible de la perfection infinie qui est propre à Dieu.

Le mal physique, ou souffrance est un bien moral, en tant qu’il
est la punition du mal moral. Il est souvent aussi le principe d’une plus grande jouissance ; et, dans tous les cas, rien ne prouve qu’il n’ait pas actuellement, ou qu’il ne doive pas avoir un jour, une compensation surabondante : 3 considérations qui induisent a penser qu’il est plutôt un bien qu’un mal.

Le mal moral, ou le péché, n’est ni une nécessité absolue de la
création, ni un moyen effectif d’un plus grand bien ; mais il peut se faire que la manifestation des perfections divines exige de Dieu qu’il le permette. « C’est dans ce sens que Dieu permet le péché ; il manquerait à ce qu’il se doit, à ce qu’il doit à sa sagesse, à sa bonté, à sa perfection, s’il ne choisissait pas ce qui est absolument le meilleur… »

Ces réflexions supposent que Dieu est soumis à la règle du meilleur, qui ne souffre en lui ni exception ni dispense : obligation irréalisable, puisque, quelque bien que Dieu fasse, il peut toujours faire mieux. Il est impossible que dans ses ouvrages il y ait jamais un optimum qu’il ne puisse surpasser.

En parlant des Albigeois, les historiens de l’Église nous disent : « Ce nom désigne, en histoire, une confédération d’hérétiques du 12e siècle. Pétrobusiens, Henriciens, Arnaudistes, Vaudois, Cathares… » Un peu plus loin : « Les Albigeois proprement dits, …Manichéens, comme les Bulgares, ils avaient cependant modifié le système de Manès. Ils reconnaissaient un Dieu suprême, mais ils prétendaient que ce Dieu ayant produit Lucifer avec tous les anges, celui-ci s’était révolté et s’était fait l’auteur du mal. » L’an 1179, le concile de Latran dit anathème contre eux, (ci-dessus) et il ajouta : « Brabançons, Aragonnais, Navarrois, Basques, Cottereaux, Triaverdins… » La liste était assez longue pour mériter la terrible croisade des Albigeois… Et le mène auteur embarrassé pour trouver une excuse quelconque à ces horreurs, ajoute : « Dans ces derniers temps, (donc avant l’anéantissement du Catharisme pyrénéen, et ceci est assez troublant) les Manichéens, (les Cathares par conséquent) avaient abandonné le dogme fondamental de leur secte : l’hypothèse des 2 principes. Ils ne parlaient plus du mauvais principe que comme nous parlons du démon… » L’abbé Guyot, (Historien de la Sté St. Victor), dont nous citons quelques extraits de ses « Hérésies », nous ouvre précisément une voie qui nous est bien connue et bien chère : les Anges, le démon. Nous y entrons résolument, à la suite du Divin Maître, pour comprendre à notre tour l’origine du mal.

L’Épiphanie, nous le savons, est la manifestation de la Lumière, de cette Lumière qui crée la raison des âmes et qui émane de la Sagesse divine. C’est d’elle que vient la Science et elle fait naitre la Liberté. « Voici Adam devenu semblable à l’un de nous » dit Dieu dans la Genèse. Ce qui a été ainsi traduit : « Voilà que je suis seul dans le ciel et que l’homme est seul sur la terre… » St. Paul ne veut pas que nous nous préoccupions de ce qu’il appelle « Anitas fabulas » sur la généalogie des anges. Rien de tout cela n’appartenant ni à la Science, ni à la Foi ne saurait être accueilli par la poésie raisonnable. La chute originelle n’a été qu’une déchéance morale, semblable au faux pas de l’enfant qui s’essaye à marcher ; et quant aux anges, rappelons nous que les rois déchus ne sont plus des rois, que les chefs de brigands ne sont pas tolérés dans des états bien gouvernés.

Personne ne peut aimer le mal pour le mal. On aime le mal en le prenant faussement pour un bien :

Les anges rebelles ont été jaloux de Dieu, ils ont voulu créer ; la femme a été jalouse du Verbe, elle a voulu SAVOIR ; l’homme a été jaloux du Paraclet, il a voulu AIMER. Tous ont voulu marcher seuls, et Dieu a retiré sa main. Non pas par colère, mais par respect pour la volonté libre de ses créatures. Aussi a-t-il pris sur lui la responsabilité de leur péché, de leur mal, et a-t-il en la personne de son Fils, assumé l’immensité de l’expiation pour lui seul…

L’ange déchu s’appelle aussi Légion… Satan, c’est une grande multitude, mais non un personnage : c’est un esprit ou plutôt une manière d’être des esprits. Son véritable nom c’est l’Orgueil, l’Ambition, le Désir immodéré… C’est là le vrai feu de l’enfer, infini et sans pitié parce qu’il est la vie. Dieu seul est Esprit pur. Les démons, les diables ne peuvent exister dans notre atmosphère : ce sont des impuissances que la justice éternelle balance, jette, broie… suivant qu’elle en a besoin. Des impuissances, principe négatif, fantôme, ombre du « NON-ÊTRE », rayonnement obscur du « NÉANT » ; un principe négatif n’est pas un principe, c’est un non-sens, comme le hasard, le néant.

Il y aura un temps où tout rentrera dans l’ordre. Dieu est Amour… (Tertullien). « Par leur repentir, les âmes participent au bienfait de la Rédemption universelle. La bonté divine n’exclut pas même Lucibel » (Origène). « Par notre église, Lucibel lui-même, sera ramené au Père… » Donc, pas de principe négatif…

Le catholicisme rétrograde, nous l’avons vu, n’est qu’un manichéisme déguisé. Il n’y a pas 2 Princes de ce monde : le Roi Christ ne saurait partager la couronne avec le Roi Satan. « Le Prince de ce monde est déjà jugé », disait le Christ, il y a près de 20 siècles. Et ailleurs : « J’ai vu Satan tomber du ciel comme la foudre ». La foudre, en effet, est tombée du ciel pour illuminer la terre. Le diable est tombé du ciel avec la peur que l’ancien tonnerre nous faisait des dieux. « Il n’y a rien de commun entre moi et le diable, disait le maître. Le diable est menteur comme son père. » « Esprit d’aveuglement, de fatalité et de vertige… » La Lumière a pénétré maintenant dans l’antre, le diable est connu et il n’usurpera plus la place de Dieu. Car c’est ainsi qu’il faut expliquer la légende du combat livré dans le ciel :

Le Ciel c’est la Religion et c’est dans les esprits des hommes que le mensonge parvient à se faire adorer au lieu de la vérité… L’obstination humaine se croit infaillible… voilà comment le diable a sa raison d’Être. Le vrai diable, c’est la bête ou plutôt la bêtise humaine qui a ou qui aura toujours tort quand elle voudra raisonner avec l’Esprit.

Si Rabbi Jeschuth-Notzerith, ou Jésus le Nazaréen, avait été reconnu et avait été accueilli par la synagogue, le monde aurait marché de l’idolâtrie au Paraclétisme ou au Messianisme sans passer par les ombres sanglantes de la barbarie pseudo-chrétienne. Le diable n’eut jamais existé, car le diable (les démons) est le fils du Catholicisme et il est même tout le Catholicisme aux dires du Père Ventura, martyrisé affreusement puis brûlé… Il n’y a pas un mot eu diable dans le catéchisme des Hébreux. Le diable c’est le moyen-âge avec ses fantômes, ses croisades, ses bûchers…

Le diable c’est l’Inquisition torturant le génie et bâillonnant la Science. Combien de catholiques, « voire même de bons pères Chartreux, ceux qui vendent les chapelets, adorent encore le diable sans le savoir » comme osait le dire le brave Guillaume Postel aux Pères du Concile de Trente… Combien de temps « ce roi-fantôme » traînera-t-il encore à sa suite les partisans de l’ignorance ; ou plutôt, combien de temps l’ignorance des hommes fera-t-elle subsister cette absurde création du mensonge ? Personne ne saurait le dire.

Mais nous au moins, hommes de progrès, ne parlons plus d’aller à reculons, et n’ayons plus peur du vertige. « Je renonce à Satan » dit l’enfant ingénu à ses premiers pas dans le monde. Il ajoute : « Je m’attache à J.C. » Ces paroles sont les nôtres également, en les enrobant de quelques explications bien compréhensibles dorénavant : « Je renonce à Satan, au mal : orgueil, ambition, désirs immodérés ; « Je m’attache davantage si possible à J.C. : au Bien, à la recherche de l’exemple du divin Maitre sur le « Chemin du St. Graal, chemin de la Perfection… »

Avec le suprême commandement :

Fais le Bien, évite le Mal… »

L’évolution des carêmes

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les carêmes, mais mon noviciat ne me permet de les découvrir qu’au fur et à mesure. Aussi vais-je publier des petits articles sur chacune des particularités que je retire de mon expérience. Mon premier carême, celui suivant Pentecôte et allant à peu près jusqu’à la Saint-Jean, m’était apparu comme relativement facile, surtout par rapport à mon inquiétude initiale. En effet, j’avais prévu de commencer mon noviciat après ce carême mais, la remarque justifiée qui m’avait été faite du noviciat minimal ramené à trois carêmes, empêchait alors de prévoir une Consolation pour la Pentecôte suivante. J’en avais donc déduit que le cycle idéal — et qui devait se pratiquer à l’époque de la paix de l’Église cathare occitane — faisait sans doute démarrer le noviciat après Pâques afin que les novices n’ayant pas besoin de formation supplémentaire puissent être Consolés à Pentecôte, date idéale pour le baptême d’esprit.

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Rituel occitan de Lyon – la Règle

Ce rituel est issu du Nouveau Testament retrouvé à Lyon dans le fond de la bibliothèque municipale sous la côte PA 36.

Introduction

Les plus récents travaux, en cours de publication à l’heure où j’écris ce texte, démontre que ce document fut rédigé à la fin du XIIIe siècle, dans le nord de l’Italie, vraisemblablement dans la communauté de Cunéo (Coni) où Pierre Autier et son frère Guillaume effectuèrent un noviciat de plus de trois ans.
La règle, publiée ci-dessous, est à mettre en parallèle avec les déclarations de témoins devant l’Inquisition de Pamiers et de Carcassonne, car elle présente de surprenantes similitudes avec ces documents. Cela pourrait donc donner à penser qu’il s’agit d’un ouvrage qui était en possession du groupe parti d’Italie pour tenter de rétablir l’Église cathare entre Foix et Toulouse.
La règle de la communauté n’est pas une loi car elle n’est pas arbitraire. Elle est un choix de vie librement accepté par les membres de la communauté cathare et qui définit cette communauté comme étant cathare. Son seul point de référence est le commandement de Jésus : « Aimez-vous les uns les autres… » couramment appelé Amour (agapé en grec), Bienveillance, dilection ou Charité (chez Paul de Tarse).

Le texte intégral

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