Adam, le premier esprit tombé – 2

Comment valider un mythe ?

Ainsi que nous l’avons vu précédemment, pour expliquer l’incorporation de l’esprit divin dans le corps de matière, il n’y a que trois hypothèses. Or, après avoir invalidé les deux premières, nous nous trouvons devant une difficulté pour expliquer la troisième. Mais, le film Stargate, La guerre des étoiles en français, nous propose une solution intéressante.

Stargate

Tout d’abord, permettez-moi de faire une présentation de ce film de 1995, aux personnes qui ne l’auraient pas vu ou qui en auraient oublié le plus important, la première partie. En 1994, un jeune chercheur en égyptologie et en linguistique, Daniel Jackson, émet dans un colloque une théorie qui fait un flop retentissant. En effet, il prétend que les hiéroglyphes de la première pyramide de Khéops seraient antérieurs à la première dynastie égyptienne et en conclue qu’elles proviennent vraisemblablement d’une intelligence extra-terrestre. Recruté par l’armée américaine, il découvre en compagnie de la fille d’un égyptologue, un anneau de pierre mis à jour en 1926 par ce dernier. Cet anneau comportant des parties mobiles porte des inscriptions correspondant à celles mises en exergue par le chercheur. Grâce à ce dernier, l’anneau est mis en fonction et s’avère être un moyen de déplacement interplanétaire supraluminique qui fait penser à trou de ver. Dès lors une équipe part en exploration et découvre sur une planète aux confins de la galaxie, un peuple vivant comme à l’époque de l’Égypte antique. Il s’avère que cela est lié à un extra-terrestre ayant atterri sur terre avant l’époque pharaonique et qui, menacé de mort, réussit à survivre en colonisant le corps d’un jeune homme qu’il pouvait régénérer à l’envi. Dès lors il se fit passer pour un Dieu et fit de ce peuple ses esclaves. Mais, suite à une révolte, il déplaça une partie des esclaves sur la nouvelle planète.

Que nous apprend ce film ?

Tout d’abord, il est facile de comprendre que si l’on possède un niveau de connaissance et des pouvoirs très supérieurs à ceux du public devant qui on se trouve, il est cohérent que ce dernier vous prenne pour un Dieu. Donc, il n’est pas besoin d’être Dieu pour être considéré comme tel. A fortiori, le démiurge pouvait-il se faire passer pour Dieu devant des hommes comme Abraham ou Moïse.
Ensuite, la physique n’est pas un obstacle insurmontable à l’idée que des esprits tombés aient pu se retrouver dans divers points de l’univers, ou même des univers d’un multivers. On peut donc imaginer une quantité incommensurable d’esprits dispersés ainsi en un nombre de lieux eux aussi impossible à dénombrer.
Enfin, quand les corps meurent, ces esprits qui ne sont pas dépendant des lois physiques, pas plus que le démiurge d’ailleurs, pourraient très bien circuler d’une planète à une autre, voire d’un univers à un autre. Ces déplacements provoqueraient, selon les cas, des augmentations de population dans les zones en expansion et une baisse de population dans les zones en dépérissement. Dès lors, pour un nombre d’esprits constant, selon l’endroit que l’on observe, on verrait soit la population augmenter, soit décroître.
Certes, cette proposition nécessite un gros effort d’imagination, mais elle n’est pas incohérente.

Et Adam dans tout ça ?

Qui est vraiment Adam ?

Ce qui vous a peut-être semblé être une digression était en fait nécessaire à la construction de mon explication sur la possible concordance entre explication scientifique et explication théologique sur l’origine de l’homme.

Si l’on en revient à ce que j’expliquais précédemment sur le moment ou l’homme acquiert la capacité d’abstraction qui est une faculté sans intérêt biologique, contrairement à la bipédie, la taille des silex, la découverte du feu, etc. Même, il est admissible de considérer que cette compétence est plus un handicap qu’un avantage si l’on considère ce qu’elle va imposer à l’homme préhistorique en matière d’interdits et d’obligations.
Cette capacité pose plusieurs questions. Tout d’abord, il ne semble pas que ce soit un saut évolutif puisqu’elle touche deux espèces humaines différentes (neanderthalensis et sapiens) vers une période estimée à une tranche entre 100 000 et 40 000 ans avant notre ère, c’est-à-dire à une période où ces deux espèces existent déjà depuis 100 à 200 000 ans selon que l’on parle de la seconde ou de la première. On peut considérer, par exemple, que sapiens est un saut évolutif par rapport à neanderthalensis, et d’ailleurs ce dernier disparaîtra sans pouvoir s’adapter, mais un changement comportemental aussi radical au sein de deux espèces différentes et surtout allant dans le même sens pose question.
En effet, cette capacité d’abstraction va le pousser à imaginer un après la mort suffisamment réaliste pour le convaincre de cesser de traiter les cadavres de ses congénères comme de vulgaires détritus, ainsi qu’il le faisait jusque là. Mieux, il va les enterrer et il va scénariser cette sépulture en donnant au corps une position précise et en comblant la tombe d’objets censés aider le mort dans sa nouvelle aventure.

Comment ne pas être frappé par cette différence entre l’homme, ainsi abouti et l’image de la Genèse de cet homme de glaise animé par le souffle de son créateur ? On pourrait même dire que le Genèse nous donne à voir, non pas une erreur de rédacteurs dont les textes mis côte à côte proposent en fait l’image de deux créations différentes. La première serait celle de la créature divine que Dieu obtient de sa simple volonté et la seconde pourrait être celle de l’infusion de la première — ou de la tierce partie — de la matière dans une création malhabile due au démiurge.
Cela irait également dans le sens de ce pensent les cathares. Le bon principe, seul Dieu, ne crée pas les esprits, mais les fait émaner de lui. Ils sont donc bien consubstantiels à leur origine sans pour autant être de même nature. Par contre, le démiurge crée de toute pièce un homme incomplet dans lequel il va ajouter quelque chose pour le terminer. Ce souffle correspond aux deux versions que les cathares dyarchiens et monarchiens reconnaissaient. Pour les premiers, ce souffle est en fait l’infusion de « la tierce partie des étoiles » que nous indique « l’Apocalypse selon Jean », et pour les seconds il s’agit de l’action du bon principe qui consent à animer la création du Mal sous réserve d’en conserver le contrôle.
Or, une fois réalisé cela, l’animal humain devient homme, c’est-à-dire qu’il s’élève au-dessus de l’animal en acquérant cette compétence exclusive. Et cela va jouer sur son développement. On retrouve d’ailleurs là, une notion très similaire qui figure dans un autre livre d’anticipation que l’on doit à Arthur C. Clarke, 2001, l’odyssée de l’espace. Ce film, porté à l’écran par Stanley Kubrick, sans d’ailleurs que le film soit forcément plus facile à appréhender que ne l’était le livre, évoque à plusieurs reprises quelque chose de similaire. Chaque fois que l’on touche le monolithe noir qui apparaît, comme par magie, celui qui le fait — un singe au début et un astronaute ensuite — bénéficie de capacités nouvelles qui le poussent bien plus loin que son évolution naturelle.

Pour finir cette explication, je tiens à préciser que les faits scientifiques que j’évoque sont vérifiables, ainsi que les périodes citées, et qu’à ma connaissance la science ne peut pas proposer d’explication indiscutable sur l’apparition de cette compétence. Par contre, René Girard, l’auteur du livre: Des choses cachées depuis la fondation du monde, en tire la conclusion que cette capacité d’abstraction sera à l’origine de l’élevage qui n’est rien d’autre que la mise à disposition permanente d’animaux destinés aux sacrifices offerts aux dieux.

Adam est la représentation du premier homme

Maintenant que nous avons clairement évoqué l’approche scientifique et la façon dont nous pouvons imaginer l’intégrer à la foi cathare, voyons un peu si nous pouvons en faire autant avec le mythe d’Adam.

Selon la Genèse, Adam est la créature créée par Dieu et animée par son souffle. Il ne faut pas faire un gros effort d’imagination pour voir dans cette description une approche acceptable par les Cathares sous réserve d’une lecture particulière. Adam serait en effet, l’image de l’Homme — c’est-à-dire — de la totalité de la création démiurgique réalisée par l’emprisonnement des esprits saints tombés dans les enveloppes charnelles. De ce fait, Adam est le premier homme, le premier mélange entre émanation divine et création maléfique, esprit divin maintenu inconscient de son état par celui qui veut s’en servir pour maintenir sa création dans la durée. Cette idée rejoint d’ailleurs celle que l’on trouve dans Matrix, dont je vous ai déjà parlé. En effet, dans ce film, quand le héros, Néo, s’éveille, il se voit dans un cocon de verre et de métal et il voit autour de lui des milliers d’autres cocons identiques, contenant chacun un autre humain. Or, que lui apprendra-t-on plus tard, si ce n’est que ces cocons sont un élevage des machines destiné à assurer la production d’énergie dont elles ont besoin. Là aussi, la pérennité nécessite un esclavage.

Pour les Cathares, il est donc logique de concevoir Adam comme le premier homme de l’ancien système et l’on comprend que Christ est appelé le nouvel homme puisqu’il est en fait l’image du premier éveil.

Conclusion

L’étude de ces mythes, et notamment de ceux concernant la chute des esprits et la création de l’homme, est vous le voyez assez difficile. En effet, il s’agit de sujets sur lesquels il est impossible de poser le moindre jalon fiable puisque personne ne peut avoir connu les événements relatés. Donc, c’est avec une imagination forcément limitée que nous essayons d’entrevoir les réponses à nos questions existentielles.

Cependant, le Catharisme montre encore sa capacité à s’adapter à la fois à des textes religieux, apparemment figés, mais aussi à l’évolution scientifique, qui régulièrement se bloque elle aussi à ses propres murs. C’est bien un des éléments qui me permet de croire que le Catharisme est finalement la pensée humaine la moins contrainte en ce monde.