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Le pain bénit : glissement spirituel

Le pain bénit : glissement spirituel

Le pain bénit, référence biblique de la parole de Jésus

Est-il besoin de rappeler l’importance du pain dans la spiritualité chrétienne ? Il n’est donc pas étonnant qu’il soit aussi important chez les cathares.
Le pain est aussi le premier aliment manufacturé dont la composition garantissait contre les principales carences des hommes de la période antique.
On comprend mieux ainsi l’importance qu’il revêtait dans toutes les civilisations humaines.

Dans le christianisme, le pain est central également et il apparaît dans les textes comme l’aliment de référence à la parole christique. Cela se voit dans les évangiles lors de la multiplication des pains et lors de la dernière Cène. Continuer la lecture

La prière et le croyant

La prière et le croyant

Le Catharisme présente la particularité de ne pas imposer le baptême aux enfants. De ce fait, les croyants sont dans un statut un peu particulier qui les met à la marge du statut de Chrétien — réservé aux seuls Consolés — mais les implique néanmoins dans bien des moments de la vie communautaire chrétienne.
Leur participation, parfois active à plusieurs rituels les conduit à vouloir participer, mais la doctrine cathare est claire dans les limitations à cette participation.
C’est notamment le cas pour ce qui concerne les pratiques méditatives et, bien entendu, la plus importante, la pratique du Pater.

Le Pater, qui, quand et comment ?

Les Bons-Chrétiens médiévaux réservaient le Pater aux Consolés et aux novices admis à la tradition de la Sainte Oraison[1], qui intervenait peu de temps avant de recevoir la Consolation. On peut estimer que cela devait se passer entre la fin du troisième carême et la Pentecôte.
Nous ne sommes pas des Bons-Chrétiens, mais, pouvons-nous considérer que nous sommes aptes à nous considérer comme admissibles à cette tradition ?

Voyons ce que nous apprend la déposition de Pierre Maury devant l’inquisiteur de Pamiers[2] :
« Il [Pierre Authié] ajouta “Vous autres croyants, comme vous n’êtes pas encore dans la voie de vérité et de justice, vous n’êtes pas dignes de prier Dieu.” Je lui dis alors : “Et si nous ne prions pas Dieu, que ferons-nous ? Nous serons comme des bêtes !” Il me répondit que lui, qui était dans la vérité et la justice, et était digne de prier Dieu, priait et prierait pour les croyants. Je lui demandai : “Et nous donc, nous ne ferons pas une prière à Dieu ?” Il me répondit de dire, quand j’aurai à me lever du lit, à m’habiller, à manger, ou à faire quelque ouvrage : “Benedicite, Seigneur Dieu, Père des bons esprits, aide-nous dans tout ce que nous voudrons faire”, mais de ne dire en aucun cas le Pater noster, car nul ne doit le dire, s’il n’est dans la vérité et la justice, car ce sont des paroles de vérité et de justice. Si quelqu’un disait cette prière sans être dans la vérité et la justice, elle ne lui servirait de rien. »

Ce témoignage est très important, d’abord parce que Pierre Maury fait partie des très rares témoins absolument fiables. Ce croyant qui n’a pas voulu entrer en noviciat, par amour de sa liberté et de ses montagnes, en avait largement atteint le niveau pourtant. Devant l’Inquisition, il ne cherche pas à minimiser son engagement et livre au contraire un témoignage clair, net et précis, par lequel on sent la volonté de transmettre une information que rien ne saurait faire taire. Il en accepte le prix le plus élevé pour lui, l’enfermement au mur perpétuel.
Étudions-le de façon plus fine.

Statut des croyants et des Bons-Chrétiens

« … vous n’êtes pas encore dans la voie de vérité et de justice… »
Voilà la pierre d’achoppement du Catharisme. Il n’y a pas de demi-mesure. On retrouve cela dans les évangiles quand Jésus distingue nettement entre la foule, à qui il parle par paraboles car elle n’est pas en mesure de comprendre son enseignement direct, et ses disciples, à qui il parle directement car ils ont franchi le pas.
La Consolation — le baptême d’esprit — fait table rase du passé et ouvre la porte sur le cheminement chrétien. Celui qui est reçu dans la communauté évangélique, l’assemblée des Bons-Chrétiens, vit concrètement la résurrection. Le vieil homme, l’Adam, meurt en lui et le Christ s’éveille en lui pour le conduire en vérité et en justice sur la voie qui rend possible l’action de la grâce divine et qui le mène au salut.

L’interdiction de l’usage du Pater

Le croyant, et même le novice n’ayant pas accompli au moins sa première année de noviciat (les trois carêmes), ne sont pas encore dans la voie de vérité et de justice. S’ils ne sont pas dignes de prier Dieu, ce n’est pas en vertu d’un oukase dogmatique fixé par un clergé aveugle. Non, c’est simplement que l’on ne peut prononcer des paroles revêtant des notions précises si l’on n’est pas capable de les comprendre et si on ne les pratique pas au quotidien.
L’étude du Pater, que j’ai réalisé récemment, vient clairement démontrer cela. La purification spirituelle que sa pratique exige ne peut pas être le fait de personnes qui, aussi croyantes et motivées qu’elles soient, n’ont pas la possibilité de s’extraire suffisamment du monde pour y parvenir.
D’ailleurs Pierre Authié ne prononce pas une menace envers quiconque prononcerait le Pater sans y être apte. Il dit simplement que cela ne lui servirait de rien. Il précise également que le croyant n’est pas abandonné à son sort ; le Bon-Chrétien prie au quotidien pour les croyants, car c’est sa mission. Cela nous permet de comprendre mieux encore ce lien extraordinaire qui unissait la communauté ecclésiale (croyants et Bons-Chrétiens) jusque dans la terrible période de l’Inquisition.

Dans sa déposition, Arnaud Sicre d’Ax explique qu’une nuit, alors qu’il est couché dans le même lit que le Bon-Chrétien Guillaume Bélibaste et Pierre Maury, ce dernier, à qui il vient d’avouer dire le Pater noster et l’Ave Maria, lui répond :

« Personne ne doit dire le Pater noster sauf les messieurs qui sont dans la voie de la vérité. Mais nous et les autres, quand nous disons Pater noster, nous péchons mortellement, car nous ne sommes pas dans la voie de la vérité, puisque nous mangeons de la viande et que nous couchons avec des femmes. »

Ce témoignage, même s’il est de moindre qualité que le précédent, en raison de la nature du témoin essentiellement, confirme celui que Pierre Maury nous livre du prêche de Pierre Authié. L’ajout du fait que le croyant qui ne respecte pas cette règle pèche mortellement doit être considéré comme excessif. En effet, les Bons-Chrétiens sont clairs : pour être capable de pécher, il faut avoir la connaissance du Bien, ce qui n’est pas le cas des croyants. Par contre, logiquement, un croyant qui s’obstine à contrevenir à cette règle se met en dehors de la communauté ecclésiale et doit être considéré comme un sympathisant.

Une prière pour les croyants

La prière de tous les instants

Pierre Authié propose un texte à dire à tous les moments de la vie quotidienne pour un croyant désireux d’une implication spirituelle plus importante :
« Benedicite, Seigneur Dieu, Père des bons esprits, aide-nous dans tout ce que nous voudrons faire »
C’est un texte court, adapté aux croyants de l’époque dans sa formulation, et en même temps très fort dans sa signification.
La formule initiale demande la bénédiction à Dieu et l’identifie clairement pour éviter toute confusion avec celui qui se fait passer pour Dieu devant les hommes de ce monde. La seconde partie est simple et claire. L’attente porte sur une aide et non sur la résolution des problèmes, ce qui implique que le croyant accepte l’idée que c’est à lui de faire le plus gros du travail. Enfin, l’idée est que cela concerne tous les actes de la vie, car nous trébuchons à chaque instant.
Il me semble qu’on peut tout à fait la conserver telle quelle aujourd’hui et s’en servir à l’approche d’une activité qui nous semble de nature à nous éloigner un peu du cheminement correct. Pour des actes plus lourds de conséquence, un autre texte me semble préférable.

Le Père saint, une prière plus complète

Cette autre prière nous est indiquée dans un autre témoignage.
L’Inquisition d’Aragon transmit les textes de ses interrogatoires à celle de Pamiers[3]. Parmi eux se trouve celui de Jean Maury. Que nous dit ce texte ?

« Quand j’étais d’âge tendre, j’ai vu dans la maison de mon père un nomme Fabre et Philippe d’Alayrac ; c’étaient des hérétiques parfaits, et j’étais déjà, quoique petit, nourri de cette secte par mon père, ma mère et mon frère Pierre… Ils croient le Père des bons esprits, et ils prient ainsi :
« Père saint, Dieu légitime des bons esprits
qui n’a jamais trompé ni menti, ni erré, ni hésité,
par peur à venir trouver la mort dans le monde du dieu étranger
(car nous ne sommes pas du monde, et le monde n’est pas de nous)
donne-nous de connaître ce que tu connais
et d’aimer ce que tu aimes. »

Ce texte est suivi d’une tirade, sous forme d’anathème, empruntée à Matthieu. qui visait à l’époque les Juifs orthodoxes ayant rejeté des synagogues les Juifs chrétiens ébionites à la suite de la chute de Jérusalem en 70. Comme je l’indique dans mon livre, elle concernait aussi Paul accusé d’être demeuré pharisien, de façon à discréditer son action apostolique : « Pharisiens trompeurs, qui vous tenez à la porte du Royaume, vous empêchez d’entrer ceux qui le voudraient, et vous autres ne le voulez pas… »
Ensuite vient une dissertation doctrinale visant à confirmer la foi du croyant en un Dieu bon et en rappelant comment s’est opérée la chute : « c’est pourquoi je prie le Père saint des bons esprits, qui a pouvoir de sauver les âmes, et qui pour les bons esprits fait grener et fleurir, qui en considération des bons donne la vie aux méchants et fera pourtant qu’ils aillent au monde des bons…
et quand il n’y aura plus (dans) les cieux inférieurs, qui appartiennent aux sept Royaumes, des miens qui sont tombés du paradis, d’où Lucifer les a tiré avec le prétexte de tromperie que Dieu ne leur promet que le bien, et du fait que le diable était très faux, et leur promettait le mal et le bien, et leur dit qu’il leur donnerait des femmes qu’ils aimeraient beaucoup, et leur donnerait seigneurie les uns sur les autres, et qu’il y en aurait qui seraient rois, et comtes, et empereur, qu’avec un oiseau ils en prendraient un autre, et avec une bête une autre ; (que) tous ceux qui lui seraient soumis et descendraient en bas auraient pouvoir de faire le mal et le bien, comme Dieu en haut, et qu’il leur vaudrait beaucoup mieux être en bas, pouvant faire le mal et le bien, qu’en haut où Dieu ne leur donnait que le bien.
Et ainsi ils montèrent sur un ciel de verre, et autant qu’ils y montèrent ils tombèrent et périrent…
Enfin, le texte se termine en évoquant la mission que Dieu confia à Christ : « Et Dieu descendit du ciel avec douze apôtres, et s’esquissa en sainte Marie. »

Pour ne conserver que la partie strictement méditative, son analyse montre à quel point elle est construite de façon presque symétrique avec le Pater, tout en conservant un style et des formulations adaptées aux croyants.
D’abord le croyant précise à qui s’adresse sa prière et manifeste ainsi sa foi qui assoit son statut de croyant cathare. Il conserve néanmoins une présentation qualitative qui n’est pas utilisée dans le Pater, car le Bon-Chrétien est imprégné de cela et n’a donc pas besoin de le formuler.
Vient ensuite la motivation de la prière, c’est-à-dire réussir sa bonne fin en quittant ce monde qui nous contraint.
Le texte se termine par la demande de « nourriture spirituelle » formulée plus précisément car là encore le croyant a besoin de mettre les points sur les i. Rien ne figure, ni en ce qui concerne les manquements, ni en ce qui concerne le salut. C’est logique, puisque le croyant ne peut commettre de péché à proprement parler et que son salut ne peut intervenir que s’il devient à son tour Bon-Chrétien.

Conclusion

J’espère vous l’avoir clairement expliqué, le croyant et le novice en première partie de sa formation, ne doivent pas utiliser le Pater, qui ne leur est pas adapté, mais disposent néanmoins de pratiques de méditation utilisables à travers le Père saint et le Benedicite.
Ces deux textes permettent une vie spirituelle tout à fait satisfaisante et définissent une ligne de conduite apte à amener le croyant vers le noviciat et le novice vers la transmission de la sainte Oraison dominicale.
C’est aussi une école de patience qui nous apprend à ne pas brûler les étapes et à faire preuve d’humilité vis-à-vis de sa condition réelle au sein de la communauté ecclésiale.

[1]. Le Rituel provençal contenu dans le Nouveau Testament de Lyon précise clairement qu’il ne faut pas que l’oraison (le Pater) soit dite par un homme séculier, c’est-à-dire par un croyant ou un novice qui n’est pas encore reçu dans la communauté évangélique.
[2] Le registre d’Inquisition de Jacques Fournier. Traduction et notes de Jean Duvernoy. Déposition de Pierre Maury, vol. 3 (Privat), vol. 3 (Bibliothèque des Introuvables).
[3] Le registre d’Inquisition de Jacques Fournier. Traduction et notes de Jean Duvernoy. Op. cit. Déposition de Jean Maury, vol. 2 (Privat), vol. 3 (Introuvables).

Mon Pater

Mon Pater

Avant le noviciat (07/2014)

Maintenant (08/2017)

« Principe parfait dont nous sommes issus,
Que le Saint-Esprit soit sur nous et nous purifie ;
Que ta grâce éclaire tous les esprits saints où qu’ils soient ;
Donne-nous chaque jour notre nourriture spirituelle ;
Ne nous compte pas nos manquements
Comme nous ne les comptons pas à nos frères d’esprit,
Soutiens-nous dans l’épreuve actuelle
Et, à la fin, délivre-nous du Principe mauvais. »
« Père, bon principe dont nous émanons,
Que ton Esprit nous purifie ;
Que ta grâce s’étende sur tous les esprits saints ;
Donne-nous chaque jour notre nourriture spirituelle ;
Ne nous comptes pas nos manquements,
Comme nous ne les avons pas comptés à nos frères d’esprit.
Soutiens-nous dans l’épreuve actuelle
afin de nous délivrer du mauvais principe.
Amen. »

Voilà le résultat de quelques années de réflexion qui ne sauraient s’arrêter là.

En effet, dans une religion qui ne veut pas dogmatiser, la doctrine doit être évolutive afin de mettre en concordance le fond et la forme. Comment pourrait-on saisir la profondeur de ce texte si la langue et la forme utilisées étaient dissonantes ?
C’est important que la forme ne perturbe pas pour que le fond coule de source.

Bien entendu, ce texte ne sera jamais définitif, ce qui ne veut pas dire que je vais m’escrimer à le modifier à tout bout de champ.

La glose du Pater – 5

La glose du Pater – 5

La glose

Ce terme qui désigne les commentaires annexes à un texte en vue de l’expliquer plus clairement, peut aussi être considéré de façon péjorative comme un discours oiseux. Il me revient donc de veiller à demeurer dans le premier sens sans tomber dans le second.
Proposer des interprétations d’un texte est à la portée du premier venu. Cependant, si on veut s’y risquer avec un texte philosophique ou religieux, il convient de faire preuve d’une grande prudence. Et si l’on veut le faire avec le texte essentiel du Christianisme, la prudence ne suffit plus ; il faut y adjoindre une grande humilité et une foi à toute épreuve.
Autant dire que je suis très conscient de la difficulté de mon entreprise, ce qui explique je veuille avancer sous le contrôle de tous pour limiter les risques de dérive.

Principes

Pour chacun des termes que je vais proposer je vous énoncerai ceux qui ont prévalu auparavant et j’expliquerai — avec si nécessaire des références — pourquoi j’ai choisi celui-là. Cela va donc demander du temps, mais il faut toujours avancer prudemment dans ces sujets et veiller à disposer d’appuis solides et bien repérés. Continuer la lecture

La glose du Pater – 4

La glose du Pater – 4

La glose

Ce terme qui désigne les commentaires annexes à un texte en vue de l’expliquer plus clairement, peut aussi être considéré de façon péjorative comme un discours oiseux. Il me revient donc de veiller à demeurer dans le premier sens sans tomber dans le second.
Proposer des interprétations d’un texte est à la portée du premier venu. Cependant, si on veut s’y risquer avec un texte philosophique ou religieux, il convient de faire preuve d’une grande prudence. Et si l’on veut le faire avec le texte essentiel du Christianisme, la prudence ne suffit plus ; il faut y adjoindre une grande humilité et une foi à toute épreuve.
Autant dire que je suis très conscient de la difficulté de mon entreprise, ce qui explique je veuille avancer sous le contrôle de tous pour limiter les risques de dérive. Continuer la lecture

La glose du Pater – 3

La glose du Pater – 3

La glose

Ce terme qui désigne les commentaires annexes à un texte en vue de l’expliquer plus clairement, peut aussi être considéré de façon péjorative comme un discours oiseux. Il me revient donc de veiller à demeurer dans le premier sens sans tomber dans le second.
Proposer des interprétations d’un texte est à la portée du premier venu. Cependant, si on veut s’y risquer avec un texte philosophique ou religieux, il convient de faire preuve d’une grande prudence. Et si l’on veut le faire avec le texte essentiel du Christianisme, la prudence ne suffit plus ; il faut y adjoindre une grande humilité et une foi à toute épreuve.
Autant dire que je suis très conscient de la difficulté de mon entreprise, ce qui explique je veuille avancer sous le contrôle de tous pour limiter les risques de dérive.

Principes

Pour chacun des termes que je vais proposer je vous énoncerai ceux qui ont prévalu auparavant et j’expliquerai — avec si nécessaire des références — pourquoi j’ai choisi celui-là. Cela va donc demander du temps, mais il faut toujours avancer prudemment dans ces sujets et veiller à disposer d’appuis solides et bien repérés.

Pour me servir de base de réflexion, j’utiliserai le texte des Cathares médiévaux tel que l’indique Jean Duvernoy[1], c’est-à-dire :

Notre père qui es dans les cieux,
Que soit faite ta volonté sur terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain au-dessus de toutes choses ;
Remets-nous nos dettes comme nous remettons aussi à nos débiteurs ;
Et ne nous fais pas entrer en épreuve mais délivre-nous du mauvais.[2]

« Donne-nous aujourd’hui notre pain au-dessus de toutes choses. »

Sources

Matthieu : Donne-nous aujourd’hui notre pain de la journée
Luc[3] : donne-nous chaque jour notre pain de la journée
Marcion[4] : donne-nous chaque jour ton pain surnaturel
Didachè[5] : Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour
Rituel latin de Dublin[6] : Panem nostrum supersubstantialem da nobis hodie
Rituel occitan de Lyon[7] : E dona a nos uei lo nostre pan qui es sobre tota causa
Simone Weil[8] : Notre pain, celui qui est surnaturel, donne-le-nous aujourd’hui.
Yves Maris[9] : Donne-moi aujourd’hui ma part de pain spirituel
André Chouraqui[10] : Donne-nous aujourd’hui notre part de pain
Jean-Yves Leloup[11] : Donne-nous aujourd’hui La nourriture nécessaire à notre Vie

Critique

Donne-nous

Une assistance active
Excepté Y. Maris qui personnalise la demande, les auteurs sont unanimes sur la forme et le fond. Ce qui nous manque ne peut venir de nous mais de Dieu. Ce sentiment de la nécessité d’une aide extérieure pour entamer le chemin et d’un soutien permanent pour y demeurer est fondamental dans le Catharisme. On le retrouve dans l’entrée des sympathisants dans l’état de croyant. En effet, le Catharisme commence toujours par un enseignement, sous forme de prêches, qui met l’auditeur en état de comprendre les choses par la raison et qui lui permet de les accepter comme telles. Ensuite, seulement, pourra se manifester l’éveil qui l’amènera à la foi. Et, pareillement, l’altérité est nécessaire et permanente tout au long du cheminement afin de conserver une aide extérieure pour éviter de dévier de la route à suivre.

Une assistance collective
C’est un point qui me semble important. On ne peut pas demander quoi que ce soit à Dieu d’une façon qui puisse sembler égoïste. C’est également important de rappeler que nous ne sommes pas des individualités distinctes mais un tout morcelé ; un esprit unique éparpillé dans le mélange. Le salut concerne donc l’ensemble de cet esprit unique, même si en raison de circonstances particulières, certaines parties mettront plus de temps à y accéder.

Il me semble donc essentiel de conserver la forme qui rappelle qui agit sur nous et le caractère collectif dont nous ne sommes qu’une part, artificiellement détachée.

Aujourd’hui

La compréhension de ce terme est pour beaucoup dans la compréhension globale de la phrase.

Une assistance permanente
Matthieu n’hésite pas à faire un quasi pléonasme (aujourd’hui… de la journée). Luc améliore la phrase en créant un futur (chaque jour). La Didachè est conforme à Matthieu. Les autres auteurs évitent cette répétition, mais à l’exception notable de Marcion, ils se réfèrent néanmoins au jour dit. Seul Marcion reprend l’idée de Luc en signalant que cet apport est durable dans le temps. Certes on pourrait dire que cette prière étant répétée plusieurs fois par jour, le futur suggéré n’est pas nécessaire. Cependant, il montre bien la permanence de la demande faite à Dieu. Ce n’est pas une aide pour aujourd’hui que nous demandons, mais une aide quotidienne tant que durera notre vie.
Ce que nous demandons pour surmonter notre enfermement en ce monde, c’est de boire à la source vive de façon permanente. C’est ainsi, et ainsi seulement, que nous pouvons espérer réussir à lâcher prise avec ce monde maléfique. Donc, il me semble important que transparaisse dans le texte la notion de demande durable et permanente. Pour autant, il convient qu’elle marque également les limites de ce monde, c’est-à-dire le temps. Donc, l’emploi d’un terme qui caractérise le temps me semble essentiel.

L’apport que nous demandons à Dieu ne peut être ponctuel, comme pourrait le suggérer le terme aujourd’hui. C’est bien de façon permanente que nous avons besoin de l’apport spirituel de Dieu, directement ou indirectement par notre propre travail spirituel. Le tout constitue ce qu’était le pain et ce qu’est la nourriture, la nécessité pour maintenir la vie.

Proposition

« Donne-nous chaque jour… »

Maintenir un rapport direct, même au plus profond de la nuit
Cette formulation vise deux objectifs : préciser notre fragilité qui nous rend dépendants de la grâce divine, et confirmer que Dieu est tout puissant sur ce qui relève de son émanation.

Critique

… notre pain au-dessus de toutes choses

Qu’est-ce que le pain ?
Le pain est l’aliment de base au premier siècle et même au Moyen Âge. On comprend donc bien la place qu’il occupe dans cette prière. C’est la métaphore de ce qui est essentiel à la vie. Or, pour un Chrétien, la vie c’est Christ, comme il le dit lui-même : « Jésus lui [à Thomas] dit : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne vient au Père que par moi[12]. » Impossible de se tromper, le pain est l’élément essentiel pour celui qui veut revenir au Père. Le pain c’est Christ, c’est la révélation, la part la plus profonde du message, « le corps » du cheminement qui nous ramènera à Dieu. C’est en ce sens qu’il faut comprendre la phrase de la cène : « Et prenant du pain, il rendit grâces, le rompit, le donna et dit : C’est mon corps, qui est donné pour vous ; faites cela en mémoire de moi.[13] » Il nous invite ainsi à le suivre, c’est-à-dire à suivre son exemple et son propre cheminement. Le pain est la structure du message, son corps, alors que le vin est ce qui donne la force, ce qui coule en nous, sa parole qui nous vivifie comme le sang vivifie le corps. En fait, si l’on s’éloigne de la compréhension partielle qu’en ont eu les hommes, ce n’est pas seulement de pain qu’il faut parler mais de la conjugaison du corps et du sang, du pain et du vin.

Supersubstantiel
Ce terme fait toujours couler beaucoup d’encre, mais en suivant ce que je viens de dire, il est clair qu’il s’agit d’une mise en garde aux hommes pour qu’ils ne tombent pas dans la lecture primitive du texte. Ce pain n’a rien à voir avec l’aliment basique de l’époque, mais il est d’une autre nature. Malheureusement, comme on le voit dans Luc, les hommes ont du mal à se détacher de leur gangue mondaine, et ils restent terre à terre en demandant du pain comme ils demanderaient un repas quotidien, ce qui était la norme de l’époque.
Maintenant, nous devons faire comme les Cathares et proposer une lecture spirituelle et non pas mondaine en nous détachant de l’aliment précis proposé et en signalant sa vraie nature.

Proposition

« … notre nourriture spirituelle »

La nourriture
Ce qui me convient dans ce terme est son sens général sur le plan mondain et son sens précis sur le plan intellectuel. La nourriture ne se réfère à aucun aliment précis. On le voit, l’usage du pain s’est extrêmement réduit à notre époque, au profit de la viande et du lait par exemple. Se référer au pain reviendrait à amoindrir la puissance du message car Christ, s’il s’exprimait de nos jours, ne l’utiliserait pas. Par contre, le terme nourriture est généraliste mais désigne clairement ce qui donne vie au corps et l’entretient. On retrouve donc bien ici la validité du choix du pain du premier siècle jusqu’au Moyen Âge. Mieux encore, nourriture permet de réunir la pain et le vin, comme le fit Jésus quand il s’exprima devant les disciples. La nourriture est donc bien ce qui construit le corps et ce qui le fait progresser dans son développement.

spirituelle
Bien entendu, le risque de glissement mental est majeur avec une telle formulation. Il faut donc bien que celui qui s’exprime ainsi, notamment quand il le fait devant une assemblée encore insuffisamment avancée dans son cheminement, précise bien qu’il ne parle pas de choses de ce monde. On voit bien à quel point les hommes insuffisamment préparés peuvent quitter le bon cheminement. Ce fut le cas des disciples et des apôtres qui vont choisir la voie du Judéo-christianisme. Il faut donc accoler au terme de nourriture celui qui la qualifie clairement et qui montre son objet. En la qualifiant de spirituelle, nous disons qu’elle n’est d’aucun secours en ce monde et pour ce monde. Son intérêt et son objet sont uniquement de développer l’esprit saint, prisonnier du corps de boue qui le contraint, et de lui assurer l’essentiel qui lui permettra de cheminer efficacement. Certes, cette nourriture spirituelle que nous demandons à Dieu, il ne nous la donnera pas lui-même, mais c’est le paraclet que nous annoncé Jésus qui le fera.

Choix de formulation

Par conséquent, je propose d’utiliser la formulation suivante :
Donne-nous chaque jour notre nourriture spirituelle »

Comme j’ai tenté de le montrer, chaque mot est utile, juste et porteur de sens. Je crois donc que cette phrase est la meilleure que je puisse proposer aujourd’hui.

[1] La religion des cathares – Le catharisme t.1. Collection Domaine cathare – Éd. Privat 1976 (Toulouse)
[2] Évangile selon Matthieu, VI, 9-13. La Bible – Nouveau Testament – Bibliothèque de la Pléiade – Éd. NRF Gallimard 1971 (Paris)
[3] Évangile selon Luc, XI, 2-4. La Bible – Nouveau Testament – Bibliothèque de la Pléiade – Éd. NRF Gallimard 1971 (Paris)
[4] Évangélion, VII, 4. Tentative de restitution par A. Wautier (https://www.catharisme.eu/religion/les-confluences/evangelion-de-marcion/)
[5] La doctrine des douze apôtres (Didachè). Éd. du Cerf 1998 (Paris)
[6] Le Rituel de Dublin in Écritures cathares – Éd. du Rocher 1995 (Monaco). Traduction et commentaires de Anne Brenon
[7] Le Nouveau testament, reproduction photolithographique du Manuscrit de Lyon – Éd. Slatkine reprints 1968 (Genève). Traduction de Jean Duvernoy.
[8] Attente de Dieu – Éd. Fayard 1966 (Paris)
[9] La résurgence cathare – Le manifeste – Éd. Le mercure dauphinois 2007 (Grenoble)
[10] Un pacte neuf – Éd. Brépols 1997 (Paris)
[11] Le « Notre Père » une lecture spirituelle – Éd. Albin Michel 2007 (Paris)
[12] Évangile selon Jean : 14, 6.
[13] Évangile selon Luc : 22, 19.

La glose du Pater – 2

La glose du Pater – 2

La glose

Ce terme qui désigne les commentaires annexes à un texte en vue de l’expliquer plus clairement, peut aussi être considéré de façon péjorative comme un discours oiseux. Il me revient donc de veiller à demeurer dans le premier sens sans tomber dans le second.
Proposer des interprétations d’un texte est à la portée du premier venu. Cependant, si on veut s’y risquer avec un texte philosophique ou religieux, il convient de faire preuve d’une grande prudence. Et si l’on veut le faire avec le texte essentiel du Christianisme, la prudence ne suffit plus ; il faut y adjoindre une grande humilité et une foi à toute épreuve.
Autant dire que je suis très conscient de la difficulté de mon entreprise, ce qui explique je veuille avancer sous le contrôle de tous pour limiter les risques de dérive.

Principes

Pour chacun des termes que je vais proposer je vous énoncerai ceux qui ont prévalu auparavant et j’expliquerai — avec si nécessaire des références — pourquoi j’ai choisi celui-là. Cela va donc demander du temps, mais il faut toujours avancer prudemment dans ces sujets et veiller à disposer d’appuis solides et bien repérés.
Pour me servir de base de réflexion, j’utiliserai le texte des Cathares médiévaux tel que l’indique Jean Duvernoy[1], c’est-à-dire :

Notre père qui es dans les cieux,
Que soit sanctifié ton nom,
Que vienne ton règne,
Que soit faite ta volonté sur terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain au-dessus de toutes choses ;
Remets-nous nos dettes comme nous remettons aussi à nos débiteurs ;
Et ne nous fais pas entrer en épreuve mais délivre-nous du mauvais.[2]

« Que vienne ton règne, que soit faite ta volonté sur terre comme au ciel. »

Sources

Matthieu : que vienne ton règne, que soit faite ta volonté sur terre comme au ciel.
Luc[3] : que vienne ton règne ;
Marcion[4] : que vienne ton règne ;
Didachè[5] : Que ton règne vienne, Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Rituel latin de Dublin[6] : Adveniat Regnum tuum Fiat voluntas tua sicut in caelo et in terra
Rituel occitan de Lyon[7] : Avenga lo Teus Regnes E sia faita la Tua voluntatz sico el Cel e la terra.
Simone Weil[8] : Vienne ton règne. Soit accomplie ta volonté. Pareillement au ciel et sur terre.
Yves Maris[9] : que vienne ton règne, que soit faite ta volonté dans cet univers comme au-delà des cieux.
André Chouraqui[10] : ton royaume vient, ton vouloir se fait, comme aux ciels sur la terre aussi.
Jean-Yves Leloup[11] : Que ton règne vienne Que ta volonté soit faite Sur la terre comme au ciel

Critique

Que vienne ton règne, que soit faite ta volonté

La toute puissance que nous attribuons à Dieu implique qu’il peut tout ce qu’il veut et qu’il veut tout ce qu’il peut[12].

La venue du règne

Toutes les sources évoquent ce point, même si la meilleure traduction est royaume — c’est-à-dire espace de pouvoir — et non règne qui est ambivalent puisque désignant de façon identique, le pouvoir et son espace d’action.
Cependant, il nous faut définir quel est ce royaume — ce règne — où peut s’exercer le pouvoir divin. Bien entendu, la plupart des auteurs sont conditionnés par les anciennes écritures et notamment l’Apocalypse de Jean qui nous explique de Christ viendra établir le royaume de Dieu sur terre par le biais de la Jérusalem terrestre.

Peut-on croire à cette idée que ce monde créé par le démiurge au service du Mal puisse devenir le lieu d’élection du bon principe ? Bien évidemment non. Et surtout où serait la logique divine de venir s’établir dans la création maléfique alors qu’elle s’exerce absolument partout où il y a une once de son émanation ? L’Esprit est unique et il émane de Dieu. Il faut abandonner les images anthropomorphiques qui ont bercé notre enfance où l’on nous présentait le paradis comme un lieu clos. Le « royaume » de Dieu n’est pas un lieu mais un état. Quand nous éveillons notre part divine et que nous progressons dans notre cheminement, nous voyons apparaître un état particulier qui croît au fur et à mesure que disparaissent les prégnances mondaines que nos sens projettent à notre égo. Cet état que l’on appelle l’ataraxie ne reconnaît plus qu’une seule valeur : la Bienveillance, cet Amour absolu qui ne fixe aucune limite et dont l’universalité ne demande rien.

S’il nous faut proposer une sphère de puissance où s’exerce le pouvoir divin — ce fameux règne — c’est la Bienveillance, qui répond à tous les critères exigés, qui s’impose à notre analyse. Donc, le règne de Dieu, son royaume, n’est bien entendu pas matériel ; il n’est pas non plus un pouvoir qui s’impose, car Dieu ne nous domine pas en écrasant une volonté contraire à la nôtre. Il s’agit de la Bienveillance qui gagne à sa cause par la persuasion et la conviction et qui règne par l’harmonie et l’ataraxie. Mais, pour que la Bienveillance soit la seule référence il faut que nous soyons aptes à atteindre cet état d’ataraxie.

La volonté divine

Comme je l’ai dit précédemment, dans mon texte initial, si nous étions capable de nous sauver nous mêmes il y a bien longtemps que la Mal aurait échoué. Mais notre enfermement dans les corps de matière éteint en nous la capacité au Salut. Pour y parvenir il faut deux choses : l’éveil et la progression personnelle avec l’aide de l’exemple de Christ et le soutien du paraclet et, l’assistance divine sous le couvert de la grâce.
La volonté que nous appelons de nos vœux c’est la grâce par laquelle Dieu choisira de nous appeler à lui, considérant que nous avons fait la plus grande part de l’effort nécessaire au recouvrement de notre état initial d’esprit saint ferme. Attention, cette grâce n’est pas dispensée au cas par cas par une divinité qui porterait un jugement sur ceux qui relèvent de son émanation. Non, la grâce est offerte sans partage et sans limite à tous mais nous ne sommes pas tous capables de nous en saisir à tout instant.

Il est possible d’illustrer cela avec l’épisode du fils prodigue[13]. Le fils prodigue fait le choix de quitter sa famille car il est trompé par l’attrait de ce que son héritage lui offrira de voluptés. Pour autant, la Bienveillance de son père n’a rien perdu de sa valeur. C’est son éloignement qui lui fait perdre conscience de sa réalité et qui l’amène même à croire qu’elle lui sera désormais refusée. Seulement, pour pouvoir la redécouvrir il lui faut parcourir le chemin intellectuel et physique qui est responsable de son isolement. Intellectuel, en comprenant son erreur et en découvrant qu’elle l’a réduit à un état inférieur à celui des serviteurs qui officient au service de son père. Intellectuel, en comprenant qu’il est seul responsable de sa situation, en raison de sa folie, qui l’a poussé à quitter l’environnement protecteur de sa famille, pour l’illusion qu’une vie basée sur d’autres valeurs pouvait être meilleure. Physique, en acceptant de redevenir petit, lui qui s’était cru plus grand que tous, et en retournant auprès des siens pour quémander le statut inférieur qu’il en est venu à espérer.

Proposition

« Que ta grâce s’étende… »

La grâce

Le règne et le royaume sont, à mon avis, des notions héritées du judéo-christianisme, que l’on retrouve notamment dans l’Apocalypse. Ces mots portent en eux l’idée d’une relation de pouvoir, donc d’un assujettissement de l’un à l’autre. Ce n’est pas ainsi que je vois l’action de Dieu sur ce qui relève de sa substance. De même que des parents ont pour leurs enfants une relation basée sur l’affection et l’amour et non sur la domination, Dieu ne peut vouloir régner et établir un royaume. Ce que nous savons de l’action divine est la manifestation de la Bienveillance absolue sous la forme de la grâce qui nous est donnée quand nous sommes aptes à la recevoir. Dans une prière adressée à notre origine c’est donc bien cette grâce que nous souhaitons disponible à notre usage. En outre, cette grâce représente à la fois la volonté et le pouvoir divin selon le principe déjà évoqué qui veut que Dieu peut tout ce qu’il veut et veut tout ce qu’il peut. Encore une fois, une prière n’a pas pour objet de débiter des lapalissades. Émettre le vœu de voir se réaliser la puissance et la volonté divine revient à les mettre en doute. Or, nous sommes bien placés pour savoir qu’ils sont une évidence liée à la nature même du bon principe. C’est peut-être en ce sens que Luc et Marcion se contentent de la phrase sur le règne sans y adjoindre la volonté. En effet, il est possible que pour eux, le règne soit l’état de grâce permanent et absolu.

Critique

sur terre comme au ciel

Les limites d’action de Dieu

Là encore nous voyons les interférences du judéo-christianisme qui, considérant la création mondaine comme divine, veut l’inclure dans le champ d’action de Dieu. Les plus anciennes versions mettaient le ciel en premier ce qui faisait le lien avec la suite où la fourniture du pain supra-substantiel était demandée pour ici-bas.
Pour nous Dieu n’a pas de limite dans son champ d’action, c’est-à-dire sur le Bien. Ce qui n’a pas d’être n’est donc pas concerné par l’action divine et il est inutile de l’évoquer, car en le privant de l’être dérobé à Dieu, il est appelé à se néantiser. Il est donc inutile et impensable d’envisager de proposer à Dieu d’agir sur la création maléfique. Cette formulation devient donc impossible dans le cadre d’une prière cathare et il faut recentrer la proposition sur les éléments relevant de la doctrine cathare.

Proposition

« …sur tous les esprits saints »

Les esprits saints concernés

Notre prière ne peut concerner que ce qui relève du champ d’action divin mais il ne faut pas oublier la Bienveillance. Cela nécessite donc d’inclure tous les esprits saints, qu’ils soient tombés dans le pouvoir du Mal ou qu’ils soient demeurés fermes dans le domaine du Bien.
C’est pourquoi cette formulation me semble meilleure puisqu’elle regroupe l’ensemble du domaine d’action du bon principe. Ce domaine n’est plus territorial, comme dans la formulation classique, mais substantiel, c’est-à-dire qu’il concerne l’émanation divine dans sa totalité.
Enfin, la précision « esprits saints » rappelle que si la grâce nous concerne c’est que nous sommes en état de la recevoir, c’est-à-dire purifiés comme nous l’avons demandé précédemment.

Choix de formulation

Par conséquent, je pense plus justifié d’utiliser la formulation suivante :

« Que ta grâce s’étende sur tous les esprits saints »

Cette fois elle est plus courte que celle qui prévaut. Cela n’est pas important mais j’ai aussi à l’esprit d’essayer de conserver au texte global un rythme qui soit en accord avec sa pratique rituelle. En effet, comme pour les mantras bouddhistes, je crois intéressant d’avoir un rythme qui permette une pratique apte à aider l’esprit à se distancier. N’oublions pas que ce sont les Bons-Chrétiens qui vont pratiquer ce texte jusqu’à plus de deux cents fois par jour.

[1] La religion des cathares – Le catharisme t.1. Collection Domaine cathare – Éd. Privat 1976 (Toulouse)
[2] Évangile selon Matthieu, VI, 9-13. La Bible – Nouveau Testament – Bibliothèque de la Pléiade – Éd. NRF Gallimard 1971 (Paris)
[3] Évangile selon Luc, XI, 2-4. La Bible – Nouveau Testament – Bibliothèque de la Pléiade – Éd. NRF Gallimard 1971 (Paris)
[4] Évangélion, VII, 4. Tentative de restitution par A. Wautier (https://www.catharisme.eu/religion/les-confluences/evangelion-de-marcion/)
[5] La doctrine des douze apôtres (Didachè). Éd. du Cerf 1998 (Paris)
[6] Le Rituel de Dublin in Écritures cathares – Éd. du Rocher 1995 (Monaco). Traduction et commentaires de Anne Brenon
[7] Le Nouveau testament, reproduction photolithographique du Manuscrit de Lyon – Éd. Slatkine reprints 1968 (Genève). Traduction de Jean Duvernoy.
[8] Attente de Dieu – Éd. Fayard 1966 (Paris)
[9] La résurgence cathare – Le manifeste – Éd. Le mercure dauphinois 2007 (Grenoble)
[10] Un pacte neuf – Éd. Brépols 1997 (Paris)
[11] Le « Notre Père » une lecture spirituelle – Éd. Albin Michel 2007 (Paris)
[12] Voir Le livre des deux principes de Jean de Lugio (Abrégé pour servir à l’instruction des ignorants § Que Dieu ne peut pas faire le mal) in Écriture cathares op. cit.
[13] Évangile selon Luc XV, 11-32

La glose du Pater – 1

La glose du Pater – 1

La glose

Ce terme qui désigne les commentaires annexes à un texte en vue de l’expliquer plus clairement, peut aussi être considéré de façon péjorative comme un discours oiseux. Il me revient donc de veiller à demeurer dans le premier sens sans tomber dans le second.
Proposer des interprétations d’un texte est à la portée du premier venu. Cependant, si on veut s’y risquer avec un texte philosophique ou religieux, il convient de faire preuve d’une grande prudence. Et si l’on veut le faire avec le texte essentiel du Christianisme, la prudence ne suffit plus ; il faut y adjoindre une grande humilité et une foi à toute épreuve.
Autant dire que je suis très conscient de la difficulté de mon entreprise, ce qui explique je veuille avancer sous le contrôle de tous pour limiter les risques de dérive.

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Le Pater, prière des Cathares – 5

Le Pater, prière des Cathares – 5

Autres sources et inspirations

Source juive

On ne peut s’empêcher de remarquer une ressemblance entre le Pater et le Kaddish :

Kaddish Pater
Magnifié et sanctifié soit le Grand Nom

dans le monde qu’il a créé selon sa volonté

et puisse-t-il établir son royaume

Notre père qui es dans les cieux, que soit sanctifié ton nom,

que vienne ton règne, que soit faite ta volonté sur terre comme au ciel.

Il faut également noter l’intérêt de cet autre texte juif :

Les Shemonei ‘Esrei ou 18 bénédictions se récitent 3 fois par jour et la première série démarre à la troisième heure, la seconde à la sixième heure et la dernière série à la neuvième heure (Voir Actes 3,1 et Actes 10,3-30). En voici un extrait :

« Pardonne-nous, notre Père, car nous avons péché contre Toi, efface et enlève nos iniquités de devant tes yeux, car nombreuses sont tes miséricordes. Béni sois-tu qui pardonnes abondamment ».

Là nous avons deux informations essentielles. D’une part la proximité du texte avec celui du Pater et ensuite la répartition des prières dans la journée.

Dans mon texte précédent, je rappelais que lors des retraites, Ruben et ses amis avaient fait le choix de trois prières quotidiennes, une le matin, une vers midi et une le soir. Chez les Juifs la répartition est la même : troisième heure (tierce), sixième heure (sexte) et neuvième heure (none). Cela correspond dans le Rituel cathare des Heures à 9h30, 12h30 et 15h30 en cette saison.

Cela montre qu’il se peut que des éléments du rituel juif aient servi de base à cette prière très ancienne.

Source chrétienne primitive

Cette prière se retrouve dans la tradition chrétienne primitive ; elle figure notamment dans la Doctrine des douze apôtres (Didachè) sous la forme suivante :

Notre Père qui es au ciel,
Que ton nom soit sanctifié,
Que ton règne vienne,
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,
Pardonne-nous notre offense,
Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation,
Mais délivre-nous du mal ;
Car c’est à toi qu’appartiennent la puissance et la gloire dans les siècles.

La Didachè précise qu’il faut prier ainsi trois fois par jour. Cela nous renvoie à la source juive.

Nous avons donc un texte juif d’une part qui est ressemblant dans l’entame et le texte de référence des communautés judéo-chrétiennes des trois premiers siècles.

La doxologie finale fut abandonnée à l’exception des Églises réformées qui la pratiquent toujours.

Depuis 2015, la Conférences des Évêques de France a introduit une nouvelle traduction qui remplace Et ne nous soumets pas à la tentation par Et ne nous laisses pas entrer en tentation. Validée par les cultes protestant et orthodoxe, elle permet de résoudre l’épineux doute sur le fait que Dieu pouvait être à l’origine de la tentation.

Dans Attente de Dieu, Simone Weil, se livre à une glose du Pater très intéressante, dont je ne manquerai pas de m’inspirer autant que de besoin.

Place de Jésus

Quelle serait éventuellement la place de Jésus dans cette prière ?

Contrairement à ce que beaucoup pensent — ce qui les conduit à sacraliser cette prière — je ne pense pas que Jésus ait fait de ce texte quelque chose d’exceptionnel.

D’abord, nous savons que le texte est variable dans sa forme, ce qui confirme qu’il n’est pas celui que Jésus aurait pu donner aux disciples. Cette transmission est également une hypothèse fragile car peu relayée dans les textes anciens.

Ensuite, nous savons que l’historicité de Jésus est toujours en débat et que ce texte emprunte des éléments importants, dans sa forme et sa pratique, au Judaïsme. On peut donc proposer que, si Jésus a existé, il a utilisé la pratique traditionnelle des disciples pour leur proposer une évolution du texte juif et, s’il n’a pas existé, ce sont des Juifs qui se sont inspirés de leur tradition pour proposer un texte visant à structurer la communauté chrétienne.

Par contre, et cela me semble le plus important, la pratique de la prière — quand elle se fait dans les conditions adéquates — provoque chez le pratiquant un état spirituel indéniable. Je dirais donc qu’elle est un outil qui conduit à une expérience mystique, un peu comme une fusée spatiale est un outil technologique qui place l’homme dans une situation émotionnelle particulière.

Donc, pour qu’aujourd’hui encore ce texte remplisse son rôle, il me semble utile et important d’en adapter la forme à ce que le fond doit provoquer et d’en préciser la pratique, comme le firent les Cathares, afin que son usage ne vienne pas ni le dénaturer ni le banaliser.

Qu’est-ce que le Pater ?

Comme on le voit, le Pater est une prière adressée à Dieu — celui qui est resté à la maison (domus) —, d’où le nom d’oraison dominicale. Même si les Cathares savent que Dieu est étranger et absent de ce monde, ils le prient par l’intermédiaire du Saint-Esprit consolateur.

On le voit mieux maintenant, cette prière n’est pas un texte directement issu de Jésus, mais un texte construit par des hommes de leur époque et de tradition juive. Pour autant, il ne faut pas le rejeter mais en comprendre le sens et les différents thèmes. Par contre, dans le respect de ces éléments il n’y a rien qui puisse nous interdire de le rendre plus compréhensible par des hommes de notre époque.

Le Pater est avant tout un moyen de se placer dans un contexte spirituel précis afin de favoriser l’émergence de la part divine qui, en nous, est emprisonnée dans ce monde malin. Pour ce faire il comporte différentes parties ayant chacune sa fonction précise. L’entame vise à préciser notre appartenance à un corps spirituel précis en désignant notre référence et notre rapport à elle. Ensuite, elle permet de rappeler les deux points essentiels que le Chrétien met en avant en vue de sa progression : l’apport spirituel et l’oubli des erreurs. Enfin, elle se termine par le rappel de la nécessité de la grâce qui nous permettra d’éviter les pièges qui nous sont tendus en ce monde.

Cette pratique rituelle demande néanmoins une préparation. Et l’on voit bien comment le Judéo-christianisme s’est fourvoyé en la banalisant à outrance. En effet, le pratiquant doit être profondément imprégné du sens des mots qu’il prononce. Cela implique qu’il les comprenne, donc qu’ils lui soient familiers et sans ambiguïté, mais aussi qu’il soit dans un état psychologique et spirituel qui lui permette de les prononcer sans les dévaloriser.

Les Bons-Chrétiens cathares prononçaient le Pater dans des moments précis et essentiels. Bien entendu lors de rituels et du sacrement de la Consolation, mais aussi pour la bénédiction du pain de la sainte oraison et dans des moments clés de leur vie, notamment quand un danger pouvait les atteindre. Cela leur permettait d’être en état de pureté spirituelle maximale. C’est pour cela, entre autre, que cette prière n’était pas autorisée aux croyants car ces derniers étaient insuffisamment préparés à la mise en condition qu’exigeait cette pratique rituelle.

Il est donc essentiel de faire tut ce qui est en notre pouvoir pour donner à ce texte la forme adaptée à notre siècle et à notre culture pour que ceux qui seront aptes à le prononcer puissent le faire en respectant la seconde condition qui est celle d’être en état spirituel adapté à sa pratique.

Et je vais m’employer à ces deux conditions.

Le Pater, prière des Cathares – 4

Le Pater, prière des Cathares – 4

Le Pater aujourd’hui – version des retraites spirituelles de Ruben

Lors de la neuvième Rencontre cathare de Carcassonne, Ruben Sartori, qui organise des semaines de retraites spirituelles depuis 2013, est venu nous parler de ce qui s’y passait.
Or, lors de la semaine de janvier 2013 qui s’est tenue à Canhac, Ruben nous a dit qu’ils avaient travaillé sur le texte du Notre Père. En effet, j’ai récupéré en 2014 un texte sur ce sujet.
Il semblerait que, récemment, ce travail ait fait l’objet d’une révision et d’une mise à niveau. Sur le site, j’ai trouvé dans l’Oraison un texte qui semble toujours en valeur aujourd’hui.

Je me propose donc d’étudier ces deux textes pour voir ce qui me semble positif ou discutable. C’est en effet par l’échange de nos travaux respectifs, par la critique positive et par l’acceptation que les bonnes idées et l’inspiration ne sont pas l’apanage d’un seul courant que l’on pourra améliorer notre compréhension du Catharisme et progresser dans notre cheminement.

Version de 2014

Notre Père,
Que ton Esprit Saint vienne sur nous, et
Qu’il nous purifie.
Que ta volonté soit faite en lieu de la nôtre.
Que nous recevions notre pain spirituel de ce jour.
Que nos offenses soient pardonnées et effacées à jamais,
en cela même que nous le faisons les uns pour les autres.
Que nous ne succombions pas dans l’épreuve, et surtout
Que nous soyons délivrés du Mauvais.
Amen.

Version de 2017

Notre Père,
Que l’Esprit Saint vienne sur nous
et qu’il nous purifie.
Que ta volonté soit faite en lieu et place de la nôtre.
Que nous recevions notre pain spirituel de ce jour.
Que nos offenses soient pardonnées et effacées à jamais, en cela même que nous le faisons les uns pour les autres.
Que nous ne succombions pas dans l’épreuve,
et surtout, que nous soyons délivrés du Mauvais.
Amen

Mon analyse

Peut-être que je n’ai pas les bons textes, mais de prime abord ces deux-là me semblent extrêmement proche l’un de l’autre et aucun ne reflète une avancée majeure dans la compréhension.

L’entame est conforme à celle de Luc et s’affranchit fort justement de la digression matthéenne de la position de Dieu dans les cieux. Si je souscris absolument à ce point de vue, je reste néanmoins dubitatif sur le vocable Père ou Notre Père en raison du caractère anthropomorphique qu’il véhicule.

En effet, une prière — une oraison ou une méditation pour être plus précis — est un moment spirituel bien précis et à la fonction bien définie. Il s’agit de s’extraire de ce monde et de ses codes pour faire émerger en nous la part spirituelle enfermée dans le corps de boue et contrainte par le monde maléfique où nous sommes retenus prisonniers. Il me semble donc essentiel que les termes employés nous projettent au maximum vers la spiritualité au lieu de reprendre des références mondaines. Le Père est le géniteur et ce terme, s’il est parfaitement justifié pour le démiurge et sa création, ne l’est pas pour Dieu qui n’a rien créé mais qui laisse émaner de sa substance des entités découlant de son principe et disposant des mêmes propriétés. Notre père donne à penser qu’il pourrait y avoir également une mère et qu’il ne nous a transmis qu’une partie de sa substance.

Concernant l’Esprit saint, je me sens plus proche de la version initiale car il est par définition émanation de Dieu, donc le possessif est justifié. Par contre le verbe venir me semble inadapté car il introduit là encore une référence mondaine qui n’a pas lieu d’être. Christ l’a dit aux disciples, une fois partit, le Saint-Esprit Consolateur le remplacera immédiatement et définitivement. D’ailleurs le récit de la Pentecôte — même si son caractère allégorique n’échappe à personne — confirme bien qu’il est partout où l’on a besoin de lui sans qu’il ait à se déplacer pour nous rejoindre.

La phrase sur la volonté me gêne bien davantage. Elle laisse entendre qu’il aurait pu y avoir un conflit de volonté entre Dieu et nous. C’est extrêmement orgueilleux de l’imaginer. Les autres textes se contentaient de rappeler que la volonté de Dieu s’exerçait partout et non pas que la nôtre pouvait éventuellement exister.

Mais je comprends l’idée générale, même si je la trouve mal exprimée.

En fait, la volonté c’est le vouloir qui chez Dieu, comme nous l’explique fort bien Jean de Lugio dans le Livre des deux principes, est équivalent au pouvoir. Tout ce que Dieu veut, il le peut et tout ce qu’il peut, il le veut. Émettre la moindre objection à cela reviendrait à amoindrir le statut divin.

Or, comment s’expriment ce pouvoir et ce vouloir de Dieu en ce monde ? Rappelons-nous qu’il n’agit pas sur ce monde maléfique car le Bien n’a pas de mal à opposer au Mal. Par contre, il agit pleinement et totalement sur la part de Bien prisonnière ici-bas, c’est-à-dire sur notre part spirituelle. Mais il agit également sur les autres parts spirituelles non tombées en ce monde. C’est en cela que les autres versions du Pater parlaient de la volonté qui devait se faire aussi bien sur terre que dans le ciel.

Quel est le pouvoir que Dieu manifeste envers la part spirituelle, où qu’elle se trouve ? De mon point de vue, c’est la grâce. Quand nous recevons la grâce divine nous sommes à égalité d’état avec les parts spirituelles qui ne sont pas tombées ici-bas. La grâce « gomme » notre part mondaine et nous remet dans le sein de la consubstantialité du bon principe. La voilà la volonté et c’est parce que ce mot me semble mal assorti à l’idée que j’évoque que je préfèrerais que l’on parle de la grâce en lieu et place de la volonté. Mais notre volonté n’existe pas sur le plan spirituel, elle n’a donc rien à faire dans l’histoire, si ce n’est de nous ramener mentalement dans le monde dont cette oraison est censée nous éloigner.

L’histoire du pain spirituel de ce jour participe à l’anthropomorphisme que nous essayons de gommer au maximum. D’abord le pain, comme référence alimentaire spirituelle, est trop connoté. Rappelons-nous la parole de Jésus selon qui l’homme ne vit pas seulement de pain mais de la parole de Dieu. Or, ce que nous espérons c’est justement cet apport qui n’est pas matérialisé à l’excès. D’où ma proposition de nourriture qui est un terme générique dont l’usage courant prévoit qu’il puisse également désigner un apport non matériel. Ne parle-t-on pas dans le langage courant des nourritures de l’esprit ?

Quant à restreindre cette nourriture à une limite temporelle (de ce jour), cela me semble inadapté. La nourriture spirituelle ne nous vient pas par à-coup, mais elle est espérée de façon permanente. Je comprends bien l’idée de n’attendre que le strict nécessaire et rien de plus, et je pense essayer d’améliorer mon projet en ce sens.

La phrase sur les offenses me semble complexe et mal construite. La notion d’offense pose le problème du ressenti sur celui qui est touché. Dieu est bon et est donc insensible à la notion d’offense. La question est ce que nous faisons et non ce qu’il serait censé ressentir. Donc, je préfère le mot manquements, qui est plus étendu en sens que offenses et qui nous concerne directement. Le terme pardonné relève d’une traduction qui me semble inadaptée. Parcat veut dire épargner, c’est-à-dire abandonné, oublié. Dans le pardon il y a la notion que la faute est connue et validée mais qu’elle ne donnera pas lieu à sanction. En outre, cela place celui qui pardonne en position de pouvoir par rapport à celui qui est pardonné. L’effacement est de ce point de vue meilleur mais il devient redondant. C’est pourquoi je préfère la notion d’épargne de la part de Dieu et de non prise en compte de notre part. Ainsi, dans les deux cas, la faute que nous ressentons avoir commise ou avoir subie disparaît de fait. C’est comme dans la phrase « épargner la vie », on ne ressuscite pas un mort, mais on évite la mort.

Pareillement, face à l’épreuve, ce que nous attendons c’est un soutien, une aide et non pas le miracle d’échapper à notre nature mondaine qui nous permettrait d’y échapper. Nous succombons toujours mais, avec l’aide du Saint-Esprit, représentant de Dieu à nos côtés, nous la surmontons.

D’un point de vue plus global, je trouve dommage que dans cette méditation, le fait d’indiquer en début « Que » puisse donner à penser que ce qui arrive n’est pas le fait d’une action concrète. Autant, cela me semble justifié au début concernant le Saint-Esprit et la grâce divine, autant pour ce qui relève de nos besoins, il me semble préférable d’indiquer qui les assure.

Voilà comment je perçois ce texte, que je trouve intéressant en cela qu’il oblige à réfléchir à mes propres compréhensions. Je vois d’ailleurs que j’évolue sur mon propre travail, ce qui est peut-être dû au fait que mon texte initial était antérieur à mon noviciat. Je ne vois plus les choses de la même façon depuis un an.