Histoire du catharisme

Pour une recherche complète des « sources » du Catharisme

Histoire du catharisme

Pour une recherche complète des « sources » du Catharisme

Mesdames et Messieurs,

Au soir de cette première journée d’étude des sources du Catharisme, je ne peux taire ma frustration quand je vois tant de brillants chercheurs s’égarer comme vous le faites.
David Zbiral nous l’a dit le 25 au château comtal de Carcassonne, vous êtes des enquêteurs ! Mais dans quelle enquête, fut-elle policière ou médicale, verrait-on les policiers ou les médecins se passionner pour un document en méprisant d’aller à la recherche de l’origine des événements ayant conduit au crime ou de l’anamnèse de la pathologie ?
Aussi, je vous lance maintenant cet appel vibrant : Redevenez de vrais enquêteurs et remettez à plus tard ces querelles picrocholines qui semblent occuper tout votre temps aujourd’hui !

Le Catharisme est clairement identifié comme une religion chrétienne. Avant de le classer sans recherche dans les dissidences, interrogez-vous sur ce que vous avez omis d’aller chercher : ses sources !
En effet, nous savons que son frère aîné, le Bogomilisme, est cité pour la première fois par un prêtre, Cosmas qui, dans une lettre datée des environs de 967, dénonce un certain Bogomil et nous apprend également que cette hérésie a déjà mis en place cinq évêchés. Donc, le Bogomilisme est bien antérieur à cette date. Pourquoi ne pas aller en chercher la véritable origine ?
Vous pourriez vous posez une question que j’ai croisé dans mes propres recherches : Pourquoi au XIsiècle voit-on des Bogomiles partir en pèlerinage depuis la Bulgarie jusqu’à la ville de Téphrik située dans la partie orientale de l’actuelle Turquie, soit près de 1 000 km plus loin, quand on sait que cette ville fut le siège séculaire de l’hérésie des Pauliciens ?
Ces mêmes Pauliciens qui combattirent les armées de l’Empire romain d’Orient pendant plusieurs siècles et furent déportés en deux vagues dans la région frontalière de la Thrace, entre ce même Empire et la Bulgarie, où ils furent en contact avec les païens bulgares et slaves locaux qui formeront justement ces Bogomiles. Après leur défaite et la chute de Téphrik en 872, par la trahison d’un des leurs, Pouladès, ils seront également répartis dans les armées de l’Empire, tant leurs compétences guerrières étaient appréciées. On retrouvera notamment certains noms connus en Italie du Sud, auprès de Phocas l’ancien, général et grand-père de l’empereur.
Mais ces Pauliciens, adeptes de Paul de Tarse et non de Paul de Samosate ou de Manès, étaient eux-mêmes apparus aux alentours de Mannanalis, région proche de Mélitène et Téphrik, suite à la conversion d’un païen, Constantin, qui y rencontra un diacre récemment libéré de prison à Damas, aux alentours de 640. Comme vous le savez mieux que moi, Damas fut prise par le deuxième calife, Umar ibn al Khattab en 638 et il libéra sans doute les prisonniers, notamment pour motifs religieux qu’il laissa partir s’ils ne voulaient ni se convertir à l’Islam, ni adopter le nouveau statut qu’il venait de créer : la Dhimma.
Ce diacre remit à Constantin deux ouvrages : l’Évangile et l’Apôtre. Or, à cette époque le canon romain comportait certes les lettres de l’apôtre Paul, mais quatre évangiles et non un seul. Par contre Marcion de Sinope avait rédigé en 144 un Évangile (l’Évangélion) et un traité apostolique paulinien (l’Apostolikon). Ainsi évangélisé, ce Constantin prit le nom d’un des disciples de Paul, Silouanos.
On le voit, il semble bien y avoir des liens possibles entre les Marcionites, les Pauliciens et les Bogomiles. Et encore, n’ai-je pu explorer plus avant le devenir des troupes qu’Alexis Comnène offrit à Raimond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse, lors de la première croisade, dont une partie rentra à Toulouse après la mort du comte en expédition. Si l’on peut croire que des Pauliciens en faisaient partie, cela pourrait expliquer l’éclosion du Catharisme occitan, dès le début du XIsiècle, dans cette région.

Pour pousser plus loin, comme j’ai tenté de le faire avec un ami, Ruben Sartori, vous découvrirez que Marcion — qui se disait disciple de Paul, mort un siècle plus tôt —, fut formé par Satornil, lui-même disciple de Ménandre qui construisirent la doctrine du démiurge maléfique, créateur du monde visible et des corps de matière. Eux-mêmes eurent avant eux Cérinthe, dont on ne sait s’il a vraiment existé ou si ce n’était que le pseudonyme d’Appolos d’Alexandrie qui à la suite de Paul évangélisa la ville de Corinthe en poussant la théorie paulinienne de l’invalidité de la Torah comme loi divine, jusqu’à affirmer que Iahvé n’était pas Dieu mais le diable, comme le proposent ces chercheurs qui lui attribuent le quatrième évangile, celui de Jean qui en fait mention au chapitre 8, verset 44.

Enfin, Paul lui-même ne fit que rejoindre à Damas, ces apôtres qui durent s’enfuir de Jérusalem, suite à l’exécution d’Étienne — lapidé pour blasphème par les Juifs — car ils étaient eux-mêmes blasphémateurs de ce judaïsme que décidèrent de suivre scrupuleusement les adeptes de Pierre et de Jacques, fondateurs du courant judéo-chrétien qui nous a donné le Catholicisme, l’Orthodoxie et l’Église Réformée. Cela initia une séparation entre ces deux courants qui fut formalisée en 49 lors du Concile de Jérusalem, après l’incident qui opposa Pierre et Paul à Antioche, qui prit alors la tête du courant pagano-chrétien qui rejetait l’obligation de lier Judaïsme à ce qui s’appellerait Christianisme deux siècles plus tard.

Ceci nous montre deux choses :

  • Il y eut bien deux courants chrétiens parallèles qui depuis les origines évoluèrent, tant bien que mal, l’un martyrisant l’autre, à partir du quatrième siècle et qui se perpétuèrent au fil des siècles ;
  • Les cathares avaient raison de dire qu’ils étaient les héritiers d’une transmission apostolique ininterrompue qui remontait aux origines du christianisme.

Voilà les domaines où j’aimerais voir vos talents d’historiens des faits et des hommes, d’historiens des religions, de théologiens, de philologues, etc. se développer pour rendre enfin au Catharisme son indépendance dans un Christianisme trop longtemps monopolisé par un seul de ses courants et pour faire taire ceux qui veulent en faire un objet touristique vidé de toute substance.

Pour ma part, en raison de mes limites linguistiques et culturelles, je ne peux aller plus loin dans mes recherches, d’autant plus qu’après deux années et demi de noviciat, il me reste un chemin infiniment plus difficile et plus exaltant à parcourir.

Merci de m’avoir écouté et en espérant que vous m’aurez également entendu.
Avec mon profond respect et mon infinie Bienveillance.

Éric Delmas, Carcassonne.

Remis aux organisateurs et participants de la seconde journée d’étude des sources du Catharisme à Mazamet le 27 octobre 2017.
Adressé à plusieurs revues historiques, dont « L’Histoire » et publié sur le site Catharisme d’aujourd’hui.

Glossaire du Catharisme

Histoire du catharisme

Glossaire du Catharisme

Face à des religions dominantes, le catharisme a subi plusieurs influences.
Quand il existait un conflit, la religion dominante (catholicisme ou orthodoxie) reléguait le catharisme à des appellations variables, le plus souvent moqueuses ou discriminatoires.
Quand le catharisme s’organisait, il le faisait comme les autres groupes chrétiens, donc en utilisant le même vocabulaire, même si les fonctions étaient notoirement différents.
Enfin, dans d’autres domaines, les cathares avaient des particularités spécifiques (textes, rituels, sacrement, etc.) dont il est bon de connaître l’existence.

Noms donnés aux cathares selon les régions

Albanistes (Albanenses en latin) : cathares absolus de l’église de Desenzano, près du lac de Garde (Italie). Jean de Lugio — auteur du Livre des deux principes — en fut évêque en 1230.

Albigeois : nom donné aux cathares, dès la fin du XIIe siècle, dans l’ensemble du midi de la France.

Bagnolistes : cathares italiens de la région de Milan (partisans d’Otton de Bagnolo) dont la foi se serait situé entre celle des absolus et celle des mitigés.

Bogomiles : nom attribué aux hérétiques du royaume de Bulgarie et de l’empire Byzantin dès le Xe siècle siècle.

Bougre : initialement destiné à désigner les bulgare, ce terme fut très vite utilisé comme synonyme de débauché et sodomite pour désigner les hérétiques en Occident.

Cathares : nom donné par un moine rhénan, Eckbert de Schönau, aux hérétiques. Ce terme serait péjorativement destiné à les assimiler aux «chatiers» ou «chatistes» – adorateur du diable représenté sous la forme d’un chat blanc ailé — dont la traduction allemande donnait «Katers». On pense aussi qu’il pourrait s’agir de les assimiler à une secte manichéenne appelée «catharistes» ou «cathaphrygiens» dont les membres se déclaraient «purs», ce qui se dit «catharos» en grec.

Chrétiens : seul nom sous lequel les bogomiles et les cathares se désignaient entre-eux. Ce terme était réservé aux seuls baptisés. Les croyants n’étaient pas considérés comme chrétiens et n’avaient aucune des obligations de ces derniers.

Garatistes (Garatenses en latin) : cathares italiens de l’église de Concorezzo, près de Milan (Italie). Fondée autour de l’évêque Garatus, elle prêche un catharisme mitigé, moins opposé sur certains point au christianisme officiel du XIIIe siècle.

Parfaits : nom donné aux cathares baptisés par l’Inquisition afin de les assimiler aux manichéens et aux gnostiques, qui se revendiquaient tels, et pour désigner le plus haut degré possible dans l’hérésie.

Patarins : nom donné aux cathares d’Italie du nord mais initialement porté par des révoltés de soulèvements populaires contre les abus des prélats.

Phoundagiagites (porteurs de besace) : nom donné aux bogomiles d’Asie Mineure au début du XIe siècle.

Piphles (joueur de flute ?) : nom injurieux donné aux cathares des Flandres et, plus largement, du nord de la France.

Publicains (Publicani ou Popelicani en latin) : terme péjoratif désignant les cathares de Champagne et de Bourgogne. Nom possiblement en rapport avec les agents du fisc (publicains) évoqués dans le Nouveau Testament.

Revêtus : terme employé dans les archives inquisitoriales pour désigner les cathares (en référence à leur robe noire) et les différencier des simples croyants.

Tisserands : terme péjoratif utilisé pour désigner les hérétiques, d’abord dans le nord puis dans toute la France, en référence aux ariens. On pense aussi qu’il pouvait rappeler que les cathares pratiquaient souvent cette activité artisanale, notamment dans le sud.

Les textes cathares

L’Interrogatio Johannis, habituellement appelé La cêne secrète, est le plus ancien document attribué aux bogomiles.

Le livre des deux principes est attribué à Jean de Lugio évêque cathare italien de l’église de Desenzano.

Le rituel de Dublin contenant l’église de Dieu et la glose du pater.

Le rituel occitan de Lyon, en ajout à la Bible en langue occitane des cathares.

Le rituel de Florence en latin.

Le traité cathare anonyme.

Les pratiques cathares

Amélioration (melhorier ou melhorament) : rite de demande de bénédiction du croyant à un Bon-Chrétien ou d’un Bon-Chrétien à un ministre.

Service (aparelhament ou servici) : cérémonie de pénitence collective mensuelle réalisée par l’ancien de la communauté devant le diacre et en présence de croyants.

Baiser de paix (caretas) baiser réalisé entre Bons-Chrétiens et croyants de même sexe intervenant en clôture des rituels cathares.

Consolation (consolament ou consolamentum) : baptême d’esprit réalisé par imposition des mains.

Bénédiction du pain : cérémonie rappelant la dernière cène du Christ sans aucun rapport avec la transsubtantiation judéo-chrétienne.

Carême : période de jeûne ou d’abstinence rituelle. Les cathares observaient trois carêmes annuels. La première semaine est jeunée de façon stricte, les autres écartent tout corps gras et les friandises.

Convenence (convenenza) : pacte passé par un croyant auprès d’un Bon-Chrétien pour se voir accordé la Consolation en cas d’incapacité majeure du récipiendaire le moment venu.

Endura : période de jeûne au pain et à l’eau — généralement d’au moins trois jours (trépassement) — suivant la Consolation. Interprétée à tort comme un suicide des cathares des dernières années de la répression.

Jeûne : abstinence alimentaire permettant aux cathares de marquer leur détachement du monde.

Adoration (veniae) : génuflexions rituelles effectuées par les cathares devant leur hiérarchie en signe de pénitence lors du rituel ou du service ou par les croyants devant les cathares en signe d’humilité lors de l’Amélioration.

Organisation de l’église

L’église cathare est une ecclesia chrétienne par excellence, c’est à dire une communauté d’hommes et de femmes engagés dans un même chemin.

Toute société humaine se fonde sur des valeurs communes et s’organise en conséquence. L’Église cathare ne fait pas exception mais exclue toute notion de hiérarchie au sens où ce terme est généralement entendu de nos jours et même au sein d’autres communautés ecclésiales.

Rien ne distingue un Bon-Chrétien d’un autre, si ce n’est sa fonction dans l’Église.
Les énoncés ci-dessous, tentant de classifier les divers états ou fonctions de l’Église cathare, sont arbitraires mais tentent simplement, dans la mesure du possible, de coller au vocable que les cathares utilisèrent eux-mêmes, ou du moins, de donner un équivalent évocateur.

Ce que les cathares appelaient tout simplement sous le nom de chrétien ou de chrétienne recouvrait des distinctions induites qui mérite d’être relevé.

Auditeur : Personne sympathisante du catharisme mais qui n’y adhère pas encore, elle l’écoute mais sans plus. Elle ne fait pas partie de l’Église. Cela est visible au fait qu’elle n’effectue pas le « melhiorer ». Elle ne participe pas non plus à la fraction du « pain béni ».

Croyant : Personne convaincue de la validité de la foi cathare et qui accepte d’en recevoir l’enseignement. Cela correspond au catéchumène, elle se prépare à devenir un jour chrétien à son tour. Elle fait donc partie de l’Église, le « melhiorer » en est le signe visible. Avec la foi grandissante, elle prend une part de plus en plus active au soutien de l’Église et par étapes successives se voit acceptée au partage du « pain béni », et même en stade ultime, à la prière collective avec les Parfaits.

Novice : Croyant affermi qui désire devenir Chrétien et qui suit un stage probatoire et de parachèvement de sa formation de son futur état de Chrétien. La formation ne peut pas être inférieure à trois carêmes (un an), mais n’a pas de limite de durée.
Il vit comme un Bons-Chrétiens, à leur côté, mais sans l’être encore.

Compagnon (en occitan socius) : Après son noviciat, le Bon-Chrétien qui vient d’être reconnu comme tel par le baptême de l’imposition des mains, la Consolation (appelée consolament en occitan), est associé à un Ministre confirmé qui va parachever sa formation. Par décision de l’ancien, du diacre ou de l’évêque, il sera le « second » de plusieurs Chrétiens pour qu’il puisse être enrichi par la pratique de chacun d’entre eux.
Si le compagnon est un Chrétien à part entière, mais il n’est pas encore reconnu comme « Ministre » de l’Église, c’est-à-dire quelqu’un capable de catéchiser, de prêcher ou de baptiser, bien qu’il est en droit de le faire en cas de nécessité extrême.

Ministre : Si un Bon-Chrétien est reconnu comme apte à catéchiser, prêcher et baptiser, il est autorisé à le faire par l’évêque ou son représentant, le diacre. Cette nouvelle fonction dans l’Église est signifiée par une nouvelle imposition des mains. On lui adjoint alors un autre Bon-Chrétien qui sera son compagnon, son socius.

Ancien : Il est l’autorité responsable de la cellule de base de l’Église, c’est-à-dire la maisonnée, qui regroupe en un même lieu de vie communautaire une douzaine de Bons-Chrétiens tout au plus. Si son élection semble avoir été collégiale, il en était toutefois confirmé par l’imposition des mains du diacre ou de l’évêque.

Diacre : Il est le représentant de l’évêque et gère le suivi spirituel de plusieurs maisonnées dans un même secteur géographique. Cette fonction au sein de l’Église était également signifié par une l’imposition des mains de l’évêque. C’est probablement lui, avec l’accord des anciens, qui veillaient à la bonne formation et à la répartition des paires de Bons-Chrétiens, et bien entendu au bon équilibre de chaque maisonnée. Comme particularité, il avait l’autorité pénitentielle, le service (appelé apparelhament ou servici en occitan) qu’il était d’usage de faire une fois par mois dans chaque maisonnée.
Comme les autres, il ne se déplaçait pas seul, mais accompagné de son compagnon.
Comme les autres Bons-Chrétiens, il devait vivre de ses mains au sein d’une communauté. Sa maisonnée était celle tenue par l’évêque, dont les membres étaient composés des diacres et de leurs seconds, mais il était en fait plus souvent sur les routes et les maisons de son district qu’auprès de son évêque.

Évêque : C’est un responsable désigné pour servir au sein d’une zone géographique plus étendue. Il est assisté de deux futurs remplaçants dans sa mission d’organisation et de cohésion de l’évêché considéré. L’un appelé fils majeur, l’autre fils mineur.
Si à la constitution des Églises occitanes, les évêques furent élus collégialement par la suite, il fut procédé autrement : le fils majeur était le successeur désigné de l’évêque.
À la succession, le fils mineur devenait majeur et on choisissait un autre fils mineur, un diacre en principe.

Communication de M. Michel Roquebert

Histoire du catharisme

Le grand historien de la croisade et le philosophe du Catharisme que nous connaissons tous, fait circuler cette lettre destinée à faire le point sur la « Nouvelle histoire », comme il l’appelle et que nous connaissons aussi sous le nom de « déconstructionnisme historique ».
Puisqu’il le propose, je me permets de la diffuser ici.Read more

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