4-Histoire

Paul, le marcheur du christianisme

Histoire du catharisme
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Paul, le marcheur du christianisme

Les affirmations ou hypothèses présentées ci-après sont argumentées et s’appuient sur des sources que vous trouverez listées dans les notes en fin d’article.
Ainsi vous pourrez vérifier par vous-même la validité des propos tenus ici.

Maintenant que nous avons montré que le premier siècle ne fut pas aussi lisse que ce que notre éducation nous a donné à croire, nous allons tenter de démêler le vrai du faux concernant ce courant chrétien, apparu en pleine lumière suite au « schisme » entre la vision judéo-chrétienne et la vision pagano-chrétienne.

Il est très difficile de trouver des auteurs capables de prendre de la distance avec la vision judéo-chrétienne. Nos sources sont donc à étudier finement et à croiser, autant que faire se peut avec d’autres pour éviter les manipulations.

État des lieux

La séparation de fait par accord tacite (48), devenue un « schisme » à l’occasion de l’incident d’Antioche[1] et confirmée par le concile de Jérusalem en 49, nous révèle clairement l’existence de deux groupes distincts de « proto-chrétiens », même si les textes de l’Église chrétienne officielle en minimisent largement la portée, en en faisant plus une licence donnée à Paul et aux païens qu’une véritable rupture. Cela a abouti à la mise en présence de deux visions chrétiennes différentes :

  • Le courant judéo-chrétien s’est imposé par le soutien impérial au début du 4e siècle (Constantin 1er)[2], avant de devenir la loi religieuse incontournable à la fin du même siècle avec la christianisation obligatoire de l’Empire romain (Théodose 1er)[3] et le pouvoir de justice religieuse donné à l’Église de Rome quelques années plus tard[4].
  • Le courant pagano-chrétien a d’abord dominé grâce à son extension large sur tout le bassin méditerranéen, mais la mise en action de la « loi judéo-chrétienne » l’a poussé à la clandestinité et l’a fait disparaître aux yeux de tous. Des initiatives manifesteront sa réalité, mais les chercheurs les traiteront le plus souvent comme des phénomènes isolés et non la continuité d’un mouvement initial.

Vous-mêmes qui suivez cette conférence avez, souvent sans vous en douter, des convictions qui ne sont que la suite logique d’un enseignement et d’une lecture du christianisme qui est totalement infléchie par cette domination quasiment sans faille.

Aussi allons-nous tenter de vous montrer ces failles et de vous éclairer, à travers elles, un chemin différent qui révèle ce christianisme très vite réprimé, mais jamais totalement éteint. Et c’est dans ce christianisme que vous retrouverez, petit à petit les fondamentaux du catharisme.

Deux courants proto-chrétiens

Ces deux groupes sont en fait très différents :

  1. les judéo-chrétiens sont plus des sectaires[5] juifs, comme il en existe de nombreux (esséniens, zélotes, sadducéens, pharisiens, thérapeutes, etc.) qui font de Jésus le messie davidique venue sauver le peuple élu de Iahvé. Ils sont, pour l’essentiel, installés à Jérusalem, puisque jusqu’à la chute du temple, ce dernier était le lieu de culte par excellence des juifs orthodoxes. Ils ne lanceront des missions apostoliques que plus tard.
  2. les pagano-chrétiens sont initialement des juifs qui considèrent que la mission christique étend la portée du message christique à toute l’humanité, ce qui met un terme à la domination de la loi juive et qui ouvre la voie à une autre loi, celle mise en place par le commandement d’Amour absolu initié par Jésus. Ils sont essentiellement issus de la diaspora juive, extérieure à Jérusalem, donc beaucoup moins attachés à l’orthodoxie juive. Leurs rangs se grossissent rapidement de païens — c’est-à-dire de non-juifs — des régions plus éloignées qui rejoignent le groupe, notamment sous l’impulsion de la prédication paulinienne. Leur prédication va se répandre vite et largement puisqu’elle s’adressera sans distinction à tous les peuples.

Paul, que ce certains chercheurs présentent à tort comme le « créateur » du christianisme, n’est pas non plus l’initiateur de ce mouvement.
En effet, il rejoint des communautés déjà installées, à l’occasion de sa conversion sur le chemin de Damas[6].
Elles sont le résultat de l’implantation des proto-chrétiens qui ont fui Jérusalem après la mort d’Étienne.
Mais c’est lui qui va les développer dans les communautés installées tout autour de la Méditerranée, qui se réclament de sa prédication, et il va instaurer une doctrine par ses activités apostoliques que l’on retrouve dans ses lettres.

Paul, le semeur de la foi

Nous avons vu que Paul, né à Tarse, venu à Jérusalem enfant sans doute puisqu’il y est instruit, à un âge qui à l’époque se situait entre 5 et 15 ans, par un rabbi célèbre, mène ensuite la vie d’un pharisien classique, même si l’on peut penser que sa double culture accentuée par un véritable bilinguisme (hébreu et grec), faisait de lui quelqu’un d’assez important.

Mais, nous n’avons pas parlé de son activité missionnaire. Or, Paul est connu pour ses fameux voyages à la rencontre de communautés juives et proto-chrétiennes.
Nous allons rapidement parler de ces trois voyages relatés dans les Actes des apôtres, dans certaines de ses lettres, ainsi que du voyage le menant en captivité à Rome, mais aussi d’un potentiel quatrième voyage missionnaire moins connu.Tout d’abord il faut s’interroger sur un point concernant la vision de Paul dans les Actes des apôtres qui est clairement anti-paulinienne alors que les judéo-chrétiens tentent de faire croire le contraire, notamment en rappelant qu’ils auraient été écrits par Luc, ami de Paul et auteur d’un évangile.

On constate dans les Actes nombre de remarques à l’encontre de Paul et des tentatives visant à faire croire que Paul était soumis à l’autorité des apôtres de Jérusalem (les colonnes), ce qui largement démenti par Paul lui-même.

La manipulation des textes

Ainsi, concernant ce qui suit la conversion de Paul à Damas et son baptême, d’abord par imposition des mains, puis par immersion (Ac. 9, 17-18), il est écrit que Paul se rendit à Jérusalem et, grâce à l’entremise de Barnabé, rencontra les apôtres avec qui il resta quelques temps avant d’être exfiltré vers Césarée et Tarse en raison d’une menace que faisaient peser sur lui les juifs hellénisants de Jérusalem. Que faut-il en penser ? Il est clair qu’il y a là une volonté d’amoindrir Paul en laissant croire qu’il n’arrivait pas à se faire reconnaître et que c’est comme un aspirant, mené par un disciple, qu’il fut mis au contact des apôtres. Ensuite, menacé, c’est toujours grâce à eux qu’il put échapper, non pas aux juifs orthodoxes, mais aux hellénisants, c’est-à-dire à ceux de la diaspora, installés à Jérusalem.

Mais Paul conteste ce récit des événements. Dans l’Épitre aux Galates, il reconnaît son passé de juif orthodoxe et ardent contre la secte chrétienne (Ga. 1, 13-14), mais précise que sa conversion lui vient de christ (Ga. 1, 12) qui le missionne directement (Ga. 1, 15-16) pour un apostolat universel (aux nations), en précisant que cela n’est en aucune façon soumis aux humains (Ga. 1, 15), ce qui veut dire qu’il ne se considère en aucune façon lié aux apôtres de Jérusalem ni au Jésus d’avant la résurrection. C’est de christ ressuscité et de lui seul, qu’il prétend tenir sa légitimité[7]. C’est donc de façon parfaitement logique qu’il indique être parti en Arabie et être revenu à Damas, sans jamais aller à Jérusalem pendant les trois premières années qui suivirent son baptême (Ga. 1, 17). Après ce délai, il indique être effectivement à Jérusalem pour rencontrer Pierre, auprès de qui il est resté deux semaines seulement, ce qui explique qu’il n’ait croisé que Jacques le mineur dans cette période et aucun autre apôtre.

On devine déjà, en filigrane, la volonté de récupération opérée par les responsables de l’Église de Rome quand ils firent rédiger les Actes à la fin du premier siècle, après la mort de l’apôtre. En effet, ses lettres sont antérieures et ne peuvent donc constituer une réaction aux affirmations des Actes. C’est en fait le contraire qui se produisit. Les Actes ne doivent pas être lus comme un livre d’histoire ; ils sont un livre visant à faire la propagande d’un courant proto-chrétien particulier et leur liaison avec le troisième évangile (Luc) n’est sans doute pas un hasard. Là où certains auteurs[8] voient, dans la répétition de l’épisode de l’ascension, sans tenir compte des différences entre les deux textes, une confirmation du lien et de l’auteur unique, je vois plutôt une récupération d’un texte visant à en authentifier un autre. L’adresse à Théophile, surprenante puisque ce personnage est inconnu, pourrait même suggérer que ce livre est une sorte de vade-mecum, rédigé à l’intention des judéo-chrétiens débutants, pour donner une version uniforme de cette période.

Comme dans tout mouvement naissant, le besoin de légitimité pousse à asseoir la littérature sur des personnages importants (pseudépigraphie) et à se référer à des origines lointaines. Le judéo-christianisme a largement pratiqué ainsi, mais les groupes pagano-chrétiens l’ont fait aussi. Il faut donc se méfier à la fois de la tentation de valider les attributions de textes aux personnages qui nous sont indiqués et de prêter fois aux liens faits entre le Nouveau Testament et l’Ancien Testament.

Premier voyage missionnaire (45-49 ?)

   Si l’on s’en tient à la version de Galates, Paul serait donc parti en Arabie avant de revenir à Damas.
Ce voyage en Arabie — qui comprenait alors toute la péninsule — peut s’expliquer de deux façons individuelles ou concomitantes.
D’abord, cet éloignement favorise la méditation de l’apôtre sur sa mission et la façon de la mener.
Ensuite, l’Arabie est largement dominée par les Nabatéens (capitale Petra), dont le cheik, Arétas roi de Damas, est en guerre avec Hérode Antipas en raison de la répudiation, par ce dernier, de sa première femme, fille du cheik.
Paul est donc à l’abri des poursuites des juifs de Damas qu’il a dû fuir précipitamment.

De retour à Damas, Paul s’installe à Antioche de Syrie où il enseigne avec Barnabé, Syméon, Mucius de Syrène et Manaen (Ac. 13, 1). Antioche est le centre religieux de ceux qui ont fui après la mort d’Étienne (Ac. 11, 19).
Paul qui est toujours dénommé Saul est désigné par l’Esprit saint pour effectuer une mission en compagnie de Barnabé (Ac. 13, 2-3). Ils partent donc à Séleucie où ils s’embarquent pour Salamine (Chypre) d’où ils évangélisent toute l’île jusqu’à Paphos. Là, convoqués par le proconsul Sergius Paulus, Paul aveugle le mage Élymas qui tentait de s’opposer à lui. Cela provoque la conversion du proconsul.
À partir de maintenant, les Actes appellent Saul de son nom romain Paul. Ensuite, Paul et son équipe, dont nous savons qu’elle compte en outre Jean, qui est aussi appelé Marc, s’embarque pour le continent et arrive à Pergé (Pamphylie) où Jean les abandonne et retourne à Jérusalem. La prédication de Paul, à la synagogue le jour du sabbat, connaît un grand succès et leur attire de nombreux adeptes. Il recommencera le sabbat suivant, ce qui finira par créer des jalousies de la part des juifs orthodoxes qui réussirent à les faire chasser de la ville.
Ils se rendirent à Iconium, sans précision sur l’itinéraire emprunté, où leurs prêches leur valent des menaces de mort qui les poussent à se déplacer dans les villes voisines de Lystres et Derbé (Lycaonie).
Là une guérison miraculeuse opérée par Paul amène la foule à les confondre avec leurs dieux greco-romains, ce qui irrite fortement les deux apôtres. Leurs tentatives d’expliquer leur foi aux habitants est mise à profit par des juifs venus d’Antioche et d’Iconium qui persuadèrent la foule de lapider Paul.
Laissé pour mort, hors les murs, il est récupéré par son équipe et partent vers Derbé. Malgré tous ces déboires, ils vont revenir sur leurs pas dans toutes les villes visitées précédemment où cette fois ils seront mieux accueillis.
Ils partent ensuite en Pisidie (Antioche), redescendent en Pamphylie d’où ils s’embarquent à Attali en direction d’Antioche de Syrie. Cela clos ce voyage estimé à 3 ou 4 années.

Deuxième voyage missionnaire (50-52)

Quelques temps après leur retour ils constatent que des envoyés de Judée viennent tenter d’imposer les obligations juives (circoncision) aux membres de leurs communautés. Ils se rendent donc à Jérusalem pour trancher cette question. Pierre les soutient et Jacques le mineur fixe les termes d’un accord autorisant les disciples d’Antioche à ne pas suivre la loi mosaïque. Cette présentation modérée des Actes cache mal en fait une rupture majeure (schisme) dont nous verrons qu’elle perdurera ensuite.

De retour à Antioche, Paul propose à Barnabée de retourner vers les villes évangélisées lors du premier voyage.
Un désaccord concernant Jean, qui les avait laissés à Pergé, provoque la séparation entre Barnabée et Jean d’une part et Paul et Silas d’autre part. Les deux premiers partent pour Chypre alors que Paul et Silas rejoignent la Cilice (Tarse) par voie terrestre.
De là ils se rendent dans les villes de Derbé et Lystres où ils rencontrent Timothée qui s’est fait remarquer des communautés constituées à la suite du premier voyage. Le voyage s’étend vers l’ouest, en Phrygie et en Galatie, semble-t-il en raison d’une forte opposition à leur prédication dans les villes de l’est (Asie) où ils avaient prévu de se rendre initialement.
Également empêchés de se rendre en Bythinie (Nicomédie et Nicée) sur le pont Euxin et en Mysie, ils se rendent directement à Troas située à la frontière sud de cette dernière. À la suite d’un songe, ils s’embarquent pour la Grèce où ils passent par l’île de Samothrace et Néapolis, port de la ville de Philippes en Macédoine. C’est là qu’ils convertissent Lydie et qu’une servante, avec des dons de divination, les loue publiquement sans cesse, au point qu’ils la libèrent de ce don pour qu’elle arrête, de peur que cela puisse leur nuire.
Pourchassés par les maîtres de la servante ainsi privée de ce don, ils sont lynchés et jetés en prison. Miraculeusement libérés dans la nuit, ils convertissent le geôlier et ses proches et, finalement acquittés, ils purent reprendre leur route. Suivant la côte, ils rejoignent Thessalonique (Salonique), capitale de la Macédoine, par Amphipolie et Apollonie. Leurs prêches efficaces leur valurent des poursuites des juifs locaux qui tentent d’ameuter les autorités civiles contre eux. Ils partent donc pour Bérée. Toujours en butte aux juifs de Philippes, Paul est exfiltré vers Athènes où pour la première fois il va également s’adresser aux philosophes grecs locaux en plus des juifs de la synagogue.
Il profite de la découverte d’un autel consacré à un « Dieu inconnu » pour prêcher son Dieu qui n’habite pas dans les sanctuaires des dieux grecs. Son discours passe difficilement en raison du concept de résurrection des morts que les grecs n’entendent pas.
D’Athènes il se rend à Corinthe où il rencontre Aquilas et sa femme Priscille déportés de Rome par édit de Claude évinçant les juifs de Rome. Il prêche les juifs et les grecs locaux, mais sans succès apparemment. Rejoint par Silas et Timothée, il convertit jusqu’au chef de la synagogue. Convaincu par une vision il reste sur place un an et demi pour installer des communautés. Finalement, poursuivi par les juifs locaux qui tentent de le faire condamner sans succès et qui agressent les nouveaux convertis, il choisit de s’embarquer pour la Syrie avec le couple Priscille et Aquilas.
Arrivé à Éphèse, il refuse de rester et s’embarque pour Césarée d’où il rejoignit Antioche de Syrie.

Pendant ce temps, il semble qu’à Éphèse, Aquilas et Priscille accueillirent un jeune converti d’Alexandrie nommé Apollos. Ses compétences et ses qualités d’orateur compensaient le fait qu’il n’était pas encore baptisé selon le rite de l’imposition des mains. Sur sa demande, il fut mandaté auprès des communautés grecques (Corinthe) où ses compétences furent remarquées.

Troisième voyage missionnaire (53-58)

Paul reparti rapidement en direction de la Galatie et de la Phrygie et finalement revint à Éphèse. Là il convertit et baptise des membres qui n’avaient reçu que le baptême de Jean (par immersion seulement). Il y resta deux ans à faire des miracles et des conversions.
Paul décide de retourner à Athènes par la même voie que lors du voyage précédent, envisageant même d’aller à Rome.
À Éphèse, après des problèmes avec des adorateurs d’Artémis, Paul quitte la ville, passe en Macédoine et descend à Athènes. Au moment de s’embarquer pour la Syrie il est contraint de retourner en Macédoine en raison d’un complot juif contre lui.
De Philippes ils rejoignent Troas où Paul sauve un jeune homme mort lors d’une chute d’un étage d’une maison. Paul rejoint son groupe à Assos d’où ils prennent a mer pour Mitylène, puis Chio, Samos et enfin Milet au sud d’Éphèse. Le voyage par mer reprend en direction de Cos, Rhodes et Patara. Après un changement de navire, Paul repart en direction de Tyr où il demeure une semaine.
Enfin, le bateau les mène à Ptolémaïs et à Césarée où Paul est averti d’une menace l’attendant à Jérusalem, par un juif venu de Judée. Paul s’y rend néanmoins et fait rapport de ses voyages aux apôtres, Jacques en tête. Là le texte nous apprend que les judéo-chrétiens de Jérusalem insistent auprès des juifs locaux sur le fait que Paul ne fait pas respecter les prescriptions mosaïques à ses adeptes.
Comment ne pas penser qu’en fait ce sont les judéo-chrétiens qui ont participé aux troubles qui allaient survenir les jours suivants et qui faillirent coûter la vie à Paul. Arrêté par un tribun romain averti du trouble, Paul obtient de s’adresser au peuple. Il raconte son histoire, mais en invoquant la mission que lui a donné christ envers les nations, il déchaîne de nouveau la colère des juifs présents.
Paul fait valoir sa citoyenneté romaine, ce qui lui vaut le respect des soldats qui le protègent. Le lendemain il est présenté devant le sanhédrin où son discours provoque des troubles importants. Remis à l’abri par les romains, il échappe à une conjuration juive et est envoyé chez le gouverneur Félix à Antipatris.

Voyage et captivité à Rome (58-62)

Devant le gouverneur, Paul est confronté au grand prêtre Ananie venu demander sa condamnation. Paul affirme que les accusations sont sans preuve et qu’il est respectueux de la loi juive.
Paul demeura là deux années durant, assigné à résidence chez le gouverneur Félix. Son successeur organisa un procès à Césarée.
Paul fait encore valoir sa citoyenneté romaine et le gouverneur Festus, ne trouvant rien qui justifie de le livrer au juifs décida de l’envoyer à Rome.
De Césarée, le bateau fait escale à Sidon, puis rejoint Myre en Lycie. Ayant changé de navire, ils font route sous la Crète et s’arrêtent momentanément à Beaux-Ports.
À peine repartis, une tempête menace le navire, mais Paul prophétise que les marins ne mourront pas. Après deux semaines de dérive, ils s’échouent sur l’île de Malte. Là encore Paul réalise des miracles pendant les trois mois d’immobilisation sur place. Ils repartent sur un autre navire en direction de Syracuse. Ils continuent leur route par Rhégium et rejoignent finalement Pouzzoles.
De là ils rejoignent Rome accompagnés par des coreligionnaires de Paul. Paul est alors placé en résidence surveillée chez des partisans pagano-chrétiens.
Cela nous révèle plusieurs choses. D’abord, les charges pesant contre Paul sont faibles et fragiles, ce qui explique qu’il soit placé sous le régime de détention le plus souple, un ou deux soldats seulement assurant sa surveillance dans le lieu où il réside, sans doute des amis ou des coreligionnaires pagano-chrétiens.
Il est libre de ses mouvements et peut recevoir à son aise. Ensuite, cette relative détention est limitée à deux ans qui est le délai légal, prévu par le droit romain, pour que les protagonistes puissent venir plaider leur cause à Rome.
Mais les accusateurs ne viendront pas, car le même droit romain prévoit qu’au cas où l’accusation ne pourrait fournir suffisamment de preuves, l’accusateur sera puni de la peine encourue par l’accusé s’il avait été condamné[9].
Cela explique sans doute que les Actes se terminent de façon inattendue et ne mentionnent ni le procès, ni la mort de l’apôtre.

Quatrième voyage missionnaire (62-67 ?) et martyre à Rome (68 ?)

Il est donc probable que Paul fut libéré au terme des deux ans requis et qu’il ait quitté Rome.
L’hypothèse qui semble privilégiée est qu’il soit parti pour l’Espagne[10]. Cette hypothèse est détaillée dans Actes de Pierre et de Simon, où Paul reçoit mission christique de se rendre en Espagne et ce malgré le désespoir de ses soutiens romains qui demandent que son voyage ne dure pas plus d’une année[11].
Plusieurs écrits de Pères de l’Église attestent ce voyage qui, s’il commença en Espagne, se serait poursuivi en Asie Mineure[12]. Il est difficile de préciser ces points à partir des Actes, sauf si certaines parties relatent en fait ce dernier voyage.
Les lettres pastorales pourraient être le récit de ce dernier voyage et de l’arrestation de Paul qui, cette fois, se trouve emprisonné dans des conditions beaucoup plus dures. On ne sait si cette seconde arrestation est due aux juifs de Rome ou aux judéo-chrétiens qui revenant à Rome auraient vu l’influence de Paul leur causer des dommages dans leurs propres communautés.
Les Actes évoquent aussi un grief de subversion à l’encontre de l’armée romaine dont certains soldats l’auraient rejoint. Enfin reste le grief de magie et de philosophie que Néron utilisait régulièrement et qu’il aurait pu appliquer à Paul, suspect de ressusciter les morts.
À l’issue d’une première comparution où l’apôtre est abandonné à son sort par la communauté chrétienne de Rome (2 Tm. 4, 16-17), peut-être affolée par l’implication de l’empereur (la gueule du lion), Paul comparaît une seconde fois, signe que les accusations sont graves. Cette comparution aboutit à la condamnation et à l’exécution de l’apôtre.
Le martyre de Paul est évoqué dans les lettres pastorales et celle aux Philippiens. Clément de Rome, dans sa lettre aux Corinthiens[13] en parle également et le détail, fortement romancé, en est donné dans les Actes de Paul (cf infra). L’exécution eut lieu hors les murs de la ville, au lieu-dit Aquae Salviae, sur la Via Laurentina, dit Tre Fontane en raison d’un miracle prétendu selon lequel la tête décapitée rebondissant trois fois sur le sol, aurait provoqué l’émergence de trois fontaines. Une autre tradition parle d’un lieu plus cohérent, sur la Via Ostiensis où il aurait été inhumé. C’est là que fut érigée, deux cent cinquante ans plus tard la basilique à sa mémoire.

Eusèbe de Césarée situe la mort de Paul à la quatorzième année du règne de Néron (68), car la reconstruction de Rome après l’incendie (64) prit du temps et ce n’est qu’après qu’il accusa les chrétiens face à l’hostilité de la population envers sa passivité[14].


[1] Nouveau Testament – Actes des apôtres, chap. 15, 1-31

[2] Constantin 1er conclue un édit de tolérance religieuse avec Licinius à Milan en 313, après la victoire prophétique du pont Milvius (apparition du chrisme de feu) qui selon Eusèbe de Césarée et Lactance provoque sa conversion.

[3] Édit de Thessalonique (380).

[4] Priscillien d’Avila et ses moines furent les premiers exécutés au nom de cette justice pour fait d’hérésie à Trèves en 385.

[5] Le terme secte (sectaire) doit être compris dans son acception originale, à savoir celle d’une séparation au sein d’un groupe élargi. Ne pas confondre avec l’acception moderne d’extrémiste.

[6] ICo 15, 3-8 — Ac 9, 3-19 — Ac 22, 6-11 — Ac 26, 12-19

[7] Sur le christocentrisme de l’Église et le statut des apôtres, lire l’article de Alain Nisus, Sept thèses sur l’autorité dans l’église, in Cahiers de l’école pastorale n°33 (sept. 1999).

[8] Chantal Reynier, Les Actes des Apôtres, éditions du Cerf, coll. Mon ABC de la Bible (2015).

[9] Chantal Reynier, Vie et mort de Paul à Rome, éditions du Cerf (2016).

[10] Fragment (Canon) de Muratori, in Premiers écrits chrétiens, éditions NRF Gallimard, coll. De la Pléiade, sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini (2016).

[11] Actes de Pierre et de Simon, in Écrits apocryphes chrétiens t. 1, éditions NRF Gallimard, coll. De la Pléiade, sous la direction de François Bovon et Pierre Géoltrain (1997).

[12] Ibid. Vie et mort de Paul à Rome, cf supra.

[13] Clément de Rome. Épitre aux Corinthiens, in Premiers écrits chrétiens, éditions NRF Gallimard, coll. De la Pléiade, sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini (2016).

[14] Tacite, Annales. XV.

De Jésus à Paul

Conférences | Histoire du catharisme
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De Jésus à Paul

Maintenant que nous comprenons que le catharisme n’est pas né au dixième siècle, étudions le christianisme des origines pour y rechercher des indices qui auraient échappés aux chercheurs. Cette idée fut celle d’un jeune chercheur, Ruben Sartori, que j’ai commencé par assister avant de le relayer pour développer son travail sur certains points qui me semblaient mériter de l’être.

Les affirmations ou hypothèses présentées ci-après sont argumentées et s’appuient sur des sources que vous trouverez listées dans les notes et en fin d’article.
Ainsi vous pourrez vérifier par vous-même la validité des propos tenus ici.

Les cathares disaient qu’ils étaient issus d’une longue filiation d’apôtres[1] qui remontait aux origines, comme le rapportait d’ailleurs Évervin, prévôt de Steinfeld[2] à Bernard de Clairvaux en interrogeant les hérétiques de Cologne.
Cette affirmation, identique chez les autres courants chrétiens, me parut d’abord un effet de propagande visant à asseoir la prééminence de chacun des courants par rapport aux autres. Mais je dus constater qu’elle n’était pas fantaisiste.

Le premier problème sera de vérifier la qualité des sources disponibles et d’apprécier si, selon leur validité, elles permettent de confirmer ou d’infirmer certaines affirmations présentées comme des vérités indiscutables.

Trois personnages vont dominer cette période de la première moitié du premier siècle de notre ère : Jésus, Étienne et Paul, mais nous allons en croiser bien d’autres, réels ou imaginaires.

De la qualité des sources ainsi que des faits et gestes avérés dépendront les bases de ce qui ne s’appelle pas encore le christianisme.

Cet élan spirituel est-il le fait d’un groupe bien défini ou faut-il considérer des différences majeures entre groupes se réclamant de la même source spirituelle ?
Et peut-on considérer l’incident d’Antioche, entre Paul et Pierre, ainsi que sa conséquence du concile de Jérusalem en 39 comme le premier schisme majeur de ce christianisme encore au berceau ?

Les sources

Ce que l’on peut dire des sources relatives à ce mouvement spirituel est qu’elles sont rares, fortement orientées et possiblement falsifiées.
En effet, les sources traitant de ces sujets sont rares, car nous disposons essentiellement de sources internes au mouvement qui ont fait l’objet de tris, de choix et d’adaptations.

L’ouvrage de référence n’a rien d’historique, puisqu’il s’agit de la réunion de textes, écrits a posteriori, réalisée tardivement par le groupe dominant en réaction à d’autres textes jugés concurrentiels et hérétiques.
Le Nouveau testament[3], composé initialement de vingt-huit livres, n’en compte depuis le septième siècle environ que vingt-sept. Il comporte des groupes de textes réunis par leur nature : les évangiles, les lettres de Paul et les lettres catholiques. Les autres textes se veulent historique (Actes des apôtres) et eschatologique (Apocalypse de Jean). Même la réunion de ces textes a évolué, sans doute pour en mettre certains en valeur au détriment d’autres.

Si les sources posent problème, la façon dont nous les utilisons est également source de distorsion. L’historien n’est pas un être désincarné qui saurait produire un document absolument neutre et fiable. Cela est vrai de ceux qui écrivent des ouvrages historiques, comme de ceux qui les interprètent de nos jours.

Jésus et le christ

Les problèmes de la Palestine à l’époque supposée de Jésus, quand Hérode gouvernait sous la coupe de Rome, expliquent sans doute la difficulté à disposer de sources fiables.

Le premier problème est celui d’attester de l’existence de Jésus. Les textes qui nous en parlent sont, soit d’origine chrétienne (Évangiles, Actes des apôtres), soit, quand ils sont d’origine externe et qu’ils paraissent valider son existence, ils semblent avoir fait l’objet d’interpolations visant à modifier sensiblement leur sens (Flavius Josèphe).
Les textes chrétiens sont apparemment incohérents entre eux. Ainsi, les évangiles ne sont pas d’accord sur tous les points relatifs à Jésus ; certains parlent de sa naissance, d’autres pas. Concernant ses actions, impossible de savoir si elles sont réelles ou symboliques.

Or, Paul, qui va recevoir christ de façon purement spirituelle, ne va pas chercher à se rapprocher immédiatement de ceux qui auraient connu Jésus en chair. Cela semble incroyable si Jésus avait été formellement attesté à l’époque.

Concernant Jésus, les textes extérieurs au groupe chrétien en sa faveur se résument à Flavius Josèphe. Les autres textes parlent de chrétiens ou de christ, mais pas de Jésus. En outre, certains sont jugés douteux, voire inventés de toute pièce. Le texte dit : « Vers le même temps vint Jésus, homme sage, si toutefois il faut l’appeler un homme. Car il était un faiseur de miracles et le maître des hommes qui reçoivent avec joie la vérité. Et il attira à lui beaucoup de Juifs et beaucoup de Grecs). C’était le Christ. » [4]

Pour autant, si son historicité n’est pas prouvée, son caractère mythique non plus.

Ce qui semble avéré est que les premiers documents relatifs à Jésus étaient centrés sur la période de la Passion et de la résurrection. Le reste fut, semble-t-il ajouté au fur et à mesure par la suite.

Nous étudierons les liens entre christ et Jésus et l’historicité de ce dernier dans une autre vidéo.

Étienne, révélateur des deux courants chrétiens

Ce personnage, cité dans les Actes des apôtres, est intéressant. En effet, il fait l’objet d’un développement qui couvre presque deux chapitres.

Il apparaît d’abord à l’occasion d’une querelle entre les juifs hellénisants et les juifs hébreux, c’est-à-dire ceux de la diaspora et ceux de Jérusalem. Ces derniers semble-t-il ne traitaient pas les veuves des premiers sur un pied d’égalité avec les leurs lors du service à table. Pour couper court à ce problème sans devoir assurer eux-mêmes l’intendance, les hébreux réunirent les disciples pour choisir sept jeunes à qui confier cette charge. Étienne fut l’un d’eux (chap. 6). Cet épisode montre des dissensions liées aux origines des juifs se réclamant de christ.

On remarquera que sa condamnation pour le motif de blasphème de Iahvé et de Moïse, le même que celui reproché au christ, donnera lieu à une exécution publique immédiate par lapidation (chap. 7). Cela vient encore amoindrir la véracité de l’exécution de Jésus qui aurait été crucifié.

Mais ce qui interpelle le plus dans cette affaire, c’est ce qui se produit ensuite. L’exécution d’Étienne provoqua une grande persécution contre les membres de l’ecclésia de Jérusalem. Pourtant, ceux qui sont désignés comme les apôtres ne fuient pas. Ce sont sans aucun doute les cadres de ce groupe, ceux qui sont les plus proches de Jacques, Pierre et Jean qui restent sur place également.

Les autres, c’est-à-dire ceux du même groupe que le martyr, les hellénisants de la diaspora fuient en Judée et en Samarie.
Que faut-il penser de ceux qui restent ?
Face à une exécution sous l’accusation de blasphème il faut en conclure que ceux qui ont fui pensaient comme Étienne et ceux qui sont restés ne partageaient pas son point de vue.
Cela est confirmé par le fait que Pierre, mais aussi les autres apôtres évangélisent dans les synagogues des juifs orthodoxes venus de toutes les contrées de la diaspora. Pierre et Jean, emprisonnés en raison de leur prêche, sont finalement relâchés.
Le moins que l’on puisse dire est que les juifs du sanhédrin devaient n’avoir trouvé aucune entorse à la loi juive pour agir ainsi. Cela se reproduit au chapitre suivant. Mais Étienne, lui n’aura pas cette chance.
Il faut donc en conclure qu’il y avait bien deux sortes d’apôtres : ceux qui suivaient la vision de Jésus et qui, blasphémant le Dieu des juifs, risquaient la mort, et ceux qui, comme les disciples, étaient des juifs parfaitement respectueux des nombreuses obligations de cette religion, n’encouraient aucune peine.

Au chapitre suivant la mort d’Étienne on nous dit qu’un jeune juif était là et approuvait le meurtre, sans pour autant prétendre qu’il y avait participé activement. Cet homme, c’était Paul, appelé du nom juif qui lui est attribué, Saul.

Paul de Tarse, charnière du christianisme

Un juif romain aisé

Personne, à ce jour, ne connaît exactement la date de naissance de Paul. La fourchette varie entre l’an 3 à 13 de l’ère chrétienne (è.c.) qui correspond aux deux dernières validations de l’autorité d’Octave, petit-neveu et fils adoptif de César, sur la Cilicie dont la capitale est Tarse. D’autres ont resserré cet écart à la fourchette de 6 à 10 (è.c.) et finalement les historiens s’accorde sur une date unique de 8 de l’ère chrétienne[5].

Sur son lieu de naissance, si la plupart admettent que Tarse est bien la ville qui l’a vu naître, saint Jérôme — s’appuyant sur les dire d’Origène — prétend que c’est plutôt dans la ville de Gyscal en Galilée. Mais, cette affirmation est contredite par le fait que sa citoyenneté romaine qu’il tient de son père (elle était héréditaire), ne peut avoir été attribuée à ce dernier s’il était un déplacé forcé, comme l’affirme Origène. Elle remontait au moins à une génération de plus, ce qui impose que la famille était déjà clairement et durablement installée à Tarse. Cette ville, située à la limite entre l’Asie et l’Occident, présentait une particularité que nous relate Strabon le géographe et historien grec (- 60, 20 è.c.) : « Les habitants de Tarse sont tellement passionnés pour la philosophie, ils ont l’esprit si encyclopédique, que leur cité a fini par éclipser Athènes, Alexandrie et toutes les autres cités que l’on pourrait énumérer pour avoir donné naissance à quelque secte ou école philosophique[6]. » Nul doute que ce milieu a pu influencer le jeune Paul, même s’il n’y est vraisemblablement pas demeuré à l’âge adulte[7]. S’il est citoyen romain, ce qu’il affirmera toute sa vie sans être jamais démenti, il est aussi juif pharisien, hébreu d’Israël, de la tribu de Benjamin. Ces deux affirmations ne se contredisent pas et on connaît au moins deux autres juifs célèbres qui ont cumulé cette hérédité avec la distinction de citoyen romain : Hérode le grand et Flavius Josèphe.

Manifestement issu d’une famille aisée, Paul fut aussi relativement riche lui aussi, notamment en raison de son activité dont on nous dit qu’il fabriquait des tentes, ce qui doit se comprendre comme exerçant les métiers de tisserand et/ou de sellier.

L’homme aux deux cultures

Juif pharisien à l’ascendance revendiquée, Paul fut l’élève de Gamaliel, le rabbi à l’éducation tolérante, à Jérusalem.
Rappelons que Gamaliel était un Pharisien de renom. Son grand-père, Hillel l’Ancien, était à l’origine de l’un des deux principaux courants de la pensée pharisienne. Son approche était considérée comme plus tolérante que celle de l’école rivale, celle de Shamaï. Nul doute qu’avoir reçu un tel enseignement était une marque de qualité dans la maîtrise de la loi orale, ce dont Paul ne manquera pas de se servir.

Pourtant Paul renoncera aux avantages qu’une telle éducation lui promettait, appliquant peut-être en cela l’enseignement de ce grand maître : « prendre garde d’être trouvé en train de combattre en fait contre Dieu. »

De ses origines, Paul bénéficiera de la capacité à raisonner et à s’adresser aux païens dans le langage philosophique qu’ils reconnaissaient. Cela est particulièrement vrai dans les communautés grecques (Corinthe, etc.).

Paul, historiquement controversé

Les Actes des apôtres sont attribués à Luc, médecin et ami de Paul[8], paraît-il.

Pourtant, leur lecture montre un antagonisme envers Paul qui dure au moins jusqu’au chapitre 13 inclus :

  • Paul y est sans cesse ravalé à son rang de juif par l’emploi du nom Saul au lieu de celui de Paul qu’il revendique ;
  • Il est accusé d’avoir pris part, en quelque sorte à l’exécution d’Étienne ;
  • Le personnage de Simon le mage est considéré par quelques chercheurs comme une caricature de Paul ;
  • Il est montré comme soumis à l’autorité des « colonnes » de Jérusalem, ce qu’il nie ;
  • Son statut d’apôtre lui est contesté alors que son baptême d’esprit (imposition des mains) est validé sans immersion.

Ses positions vis-à-vis de la loi judaïque, notamment dans l’application des prescriptions alimentaires et de la circoncision pour les adeptes non-juifs, aboutissent à un antagonisme absolu avec Pierre et les envoyés de Jacques le juste[9]. La crise d’Antioche (49) provoquera le premier schisme qui séparera les judéo-chrétiens, jusque là seuls détenteurs de la légitimité chrétienne, et les pagano-chrétiens dont Paul fera une Église largement émancipée.

Ses lettres aux communautés fondées sous son autorité sont systématiquement manipulées, dès sa mort par les scribes judéo-chrétiens et les autorités de l’Église de Rome, au point que Marcion va se sentir obligé de les rétablir en 140.

Tertullien de Carthage, père de l’Église catholique du 3e siècle le traitera d’« apôtre des hérétiques ».

Pourquoi un tel personnage a-t-il été finalement intégré dans le Nouveau Testament ?

D’une part en raison du fait que sa correspondance, même réduite par les manipulations et amoindrie par les interpolations, demeure la plus abondante et la plus ancienne de cette époque[10].

D’autre part en raison du fait que son aura auprès des communautés chrétiennes du monde chrétien d’alors était immense, au point que son « disciple » Marcion n’aura aucun mal à les rallier à sa bannière un siècle plus tard, faisant de cette Église, la plus importante du monde selon les commentateurs judéo-chrétiens.

Nous verrons dans la prochaine publication en quoi sa prédication a ouvert la voie qui mena au catharisme.


[1] « Ceux qui ont été livrés aux flammes nous ont dit dans leur défense, que cette hérésie venait du temps des martyrs, et s’était, tenue secrète jusqu’à nos jours, mais qu’elle s’était conservée en Grèce et dans plusieurs autres endroits. », Évervin de Steinfeld (env. 1143).
[2] Anne Brenon, Les archipels cathares – Dissidence chrétienne dans l’Europe médiévale (t. 1) : éditions Dire (2000) – éditions L’Hydre (2003)
[3] La Bible – Nouveau Testament, Introduction par Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros, éditions NRF Gallimard, collection de la Pléiade (1971).
[4] Flavius Josèphe, Testimonium flavianum in Antiquités judaïques, § 63 et 64 du Livre XVIII (premier siècle de l’ère chrétienne).
[5] Alain Decaux, L’avorton de Dieu – Une vie de saint Paul, éditions Perrin/Desclée de Brouwer (2003).
[6] Ibid.
[7] Eugène de Faye, Saint Paul – Problèmes de la vie chrétienne, (3e éd.) librairie Fischbacher (1929).
[8] Le Nouveau Testament commenté, sous la direction de Camille Focant et Daniel Marguerat, éditions Bayard et Labor et fides (2012). Les Actes sont commentés par Daniel Marguerat.
[9] Jean Daniélou, L’Église des premiers temps – Des origines à la fin du IIIe siècle, éditions du Seuil (1963)
[10] Daniel Marguerat, Paul de Tarse – Un homme aux prises avec Dieu, éditions du Moulin (1999)

Le slovo de Cosmas : une erreur historique ?

Conférences | Histoire du catharisme
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Le slovo de Cosmas : une erreur historique ?

Le slovo (discours) de Cosmas le prêtre est présenté par les historiens comme le premier document fiable permettant de dater l’origine du catharisme. Ce choix a influencé des générations de chercheurs. Mais, est-il fiable ou n’est-ce qu’une erreur historique de plus ?
Le christianisme ne s’est implanté qu’au 9e siècle parmi les slaves de Bulgarie et la conversion générale fut obtenue par les moines Cyrille et Méthode en 862, lorsqu’ils parvinrent à baptiser le tsar Bogoris (Boris 1er le baptiseur)[1]. Des querelles entre le patriarche grec et le pape de Rome, au sujet de ces régions, durèrent plusieurs siècles et favorisèrent des difficultés dans l’expansion du catholicisme et, plus tard, de l’orthodoxie dans ces régions. En outre, les pauliciens exilés plus ou moins volontaires, sous Constantin V — deuxième empereur Isaurien —, rebaptisé Copronyme (au nom de merde) suite au concile de 787 qui condamna définitivement l’iconoclasme[2], prêchèrent ces peuples pour les gagner à leur religion dès 868.

Qu’est-ce que le catharisme ?

De façon générale, les historiens officiels, comme les autres scientifiques, manifestent une extrême méfiance à l’égard de tout ce qui pourrait ressembler à une opinion religieuse.
Concernant l’histoire d’une religion, cela les conduit souvent à des positions délicates voire aberrantes.

La première question qui s’est posée concernait la nature du catharisme :

  • était-ce une religion externe au christianisme (païenne) ?
  • était-ce une forme de syncrétisme associé au christianisme ?
  • était-ce un christianisme ?

Difficile de nier un apparentement avec le christianisme, comme l’ont fait les premiers chrétiens de Jérusalem et de Rome avec le gnosticisme où étaient mélangées, par les judéo-chrétiens, les spiritualités chrétiennes divergentes et les spiritualités païennes. En effet, les cathares se sont toujours réclamés du christianisme le plus authentique.

La solution adoptée par l’Église catholique romaine, et reprise par l’Église orthodoxe de Constantinople, du Moyen Âge à nos jours, fut de le traiter de manichéisme, en raison d’éléments doctrinaux considérés comme dithéistes, mais surtout parce qu’Augustin d’Hippone[3] avait rédigé une contestation argumentée du manichéisme et qu’il n’en existait pas contre le catharisme.

Depuis le milieu du 20e siècle, et notamment avec Jean Duvernoy[4], le caractère strictement chrétien du catharisme a été validé.
Il est considéré comme une forme archaïque du christianisme, c’est-à-dire un christianisme qui serait resté très proche de celui du premier siècle.

Origine chronologique

Le texte le plus ancien, qui a été retrouvé et étudié[5], situe l’origine de ce mouvement religieux vers les années 969 – 972.
Sa principale référence historique est la proximité immédiate du règne du tsar Pierre de Bulgarie ( ?/mai 929-janvier 967), mais elle n’est pas la seule.
Vers la fin des années 940, le patriarche Théophylacte de Constantinople (patriarche de 933 à 956), fils de Romain 1er Lécapène et de Théodora[6], oncle de la femme de l’empereur Pierre 1er, avait été alerté par ce dernier sur une hérésie contre laquelle il fulmina des formules d’abjuration qui ne mentionnaient pas directement le pope Bogomil, contrairement au slovo de Cosmas[7]. Il le qualifiait de manichéisme mâtiné de paulicianisme.
La référence chronologique à Jean l’Exarque (né vers 890), cité comme n’exerçant plus est possible, car il a exercé sous le règne du tsar Syméon 1er le grand (864/893-927).
J. Trifonov[8], a émis l’hypothèse de Jean d’Ohrid, connu sous le nom de Jean le prêtre, aurait été exarque, ce qui repousserait l’origine du bogomilisme au début du 11e siècle.
Mais la suppression du patriarcat bulgare en 972, qui entraîna de fait celle de la fonction d’exarque, plaide plutôt en faveur du premier Jean, même s’il aurait été âgé de plus de 80 ans à l’époque du slovo.
Les références à la guerre, sans doute liée aux interventions russes, petchenègues, magyars et croates qui favorisèrent l’annexion grecque d’une partie de la Bulgarie par Jean 1er Tzimiskès en 971 (après une courte trêve entre Boris 2 et Nicéphore Phocas en 967), permettent aux historiens de situer la rédaction du document sous le règne de l’empereur Boris 2 de Bulgarie (± 931/969-977).

Nature doctrinale

Ce texte est loin de répondre de façon claire à toutes les questions historiques.
Déjà, on peut s’étonner que des historiens, si frileux envers les textes issus des religieux, se basent ainsi sur un texte issu d’un religieux, qui plus est opposant notoire à la personne citée.
Le personnage évoqué ne s’appelait sans doute pas Bogomil, car il était courant, voire systématique (chez les pauliciens notamment) de choisir un nom évocateur lors du baptême ou de la prise d’une fonction religieuse. Or Bogomil peut se traduire par « ami de Dieu » ou « que Dieu a en sa pitié ». Cosmas détourne malicieusement cette traduction en : « indigne de la pitié de Dieu ». Si l’on se base sur le slavon, langue de l’époque, terme « ami » semble tout à fait recevable.
Le terme bogomile fut aussi, semble-t-il, celui d’un mouvement social contestataire, non religieux à l’origine. Il est né à l’occasion de l’instauration du féodalisme de la fin du 9e siècle au début du 10e d’après Dimitre Anguélov[9]. Auparavant, la société paysanne disposait de plus de liberté.
Cet historien fait clairement le lien entre bogomilisme et paulicianisme qu’il relie au manichéisme et ce dernier au marcionisme et au gnosticisme. On voit ce genre de rapprochement chez d’autres historiens, pourtant aucun n’a vraiment cherché à approfondir cette apparente filiation.

La recherche officielle se heurte à la faiblesse documentaire due, pour la plus grande part, à la répression conjointe menée par les autorité ecclésiastiques et politiques, notamment au sein de l’empire byzantin.
Les documents disponibles (Théophylacte, Synodikon de l’orthodoxie[10]) se limitent en général à des listes d’anathèmes.
Le Slovo de Cosmas est le plus complet et le plus ancien de ceux qui citent Bogomil.

Aucun document ne semble exister qui permettrait d’effectuer une recherche ascendante dans le temps.
La suprématie bulgare d’un côté (notamment Syméon le grand) et byzantine de l’autre (notamment depuis la victoire définitive des iconodoules), a relégué les hérésies à de simples mentions stéréotypées.
Cela explique que les historiens se contentent et s’accrochent à ce texte.

De fait les théories judéo-chrétiennes monopolisent l’espace obligeant les autres voies à la clandestinité et à l’absence de mentions textuelles, ce qui influence la lecture des historiens.
Le bogomilisme est pourtant une réalité impossible à nier.
Son origine couvre au minimum la charnière entre le 10e et le 11e siècle, avec une possible antériorité au début du 10e siècle (intervention de Naum cité par Anguélov).

Le slovo parle de la région paulicienne de Philippopolis (au sud de Preslav), mais une zone Sud-Ouest est également clairement identifiée comme regroupant des bogomiles (voir carte ci-dessous).
Le bogomilisme se réclame d’un christianisme qu’il maîtrise, contrairement aux croyances slaves et bulgares païennes.
Sa réfutation du judéo-christianisme va de pair avec une analyse comparative du monde et de la mission christique qui justifie une doctrine chrétienne différente, mais cependant parfaitement cohérente.
Son succès est indéniable au vu de son implantation en Bulgarie médiévale qui couvre cinq évêchés qui se confirmeront dans les siècles suivants.

Cette carte de la Bulgarie à l’époque de Syméon (10e siècle), nous la montre beaucoup plus grande qu’aujourd’hui frontière en jaune).

La capitale Preslav était relativement proche de Philippopolis (soulignée en vert), ville des arméniens pauliciens, ce qui explique la proximité doctrinale avec les bogomiles.
Les bogomiles ont surtout agi à distance de la capitale dans le Sud-Ouest, à proximité d’Okhrida (entourée en rouge) où ils furent en butte avec le catholique Naum, disciple de Clément, dont la trace demeure dans le nom de la ville St Naoum (soulignée en rouge). Mais ce Naum est mort en 910, ce qui accrédite l’idée d’une antériorité de plus de 50 ans du bogomilisme par rapport à la date de parution du slovo.

Le bogomilisme fera l’objet de nombreuses réactions de l’empire d’Orient, dès la prise de pouvoir de la régente Irène, après la mort de Constantin V, qui annula les dispositions iconoclastes des deux premiers empereurs isauriens et surtout sous la domination de l’impératrice Théodora qui rétablit définitivement le culte des images (842). Au long de ces années de luttes doctrinales internes et contre les pauliciens à l’Est, ces derniers, définitivement défaits à Téphriké (sous le tsar Basile 1er), vinrent grossir les rangs de leurs prédécesseurs à Philippopolis et renforcèrent de fait l’importance de leur apostolat envers les Bulgares.
D’autres persécutions eurent lieu plus tard, et notamment sous Alexis 1er Comnène[11], contre les bogomiles, mais les soutiens des responsables politiques et militaires des Balkans leur permirent de se maintenir.

Les rapports entre bogomilisme et catharisme sont évidents et la venue de Nicétas à Saint Félix Caraman, en Occitanie, au 12e siècle le confirme.
Les cathares considèrent les bogomiles comme leurs anciens, c’est-à-dire des frères dans la foi, antérieurement organisés. Rien n’indique cependant une paternité directe, contrairement aux dires des historiens.
Les bogomiles sont clairement liés aux pauliciens, tant géographiquement que doctrinalement.
Les autres « filiations » plus anciennes et datées de la période païenne, sont plus douteuses (massaliens) et le manichéisme n’est qu’un argument facile en raison des réfutations disponibles (Augustin d’Hippone).


[1] Histoire et doctrine des cathares, Charles Schmidt – Harriet (Bayonne) 1983 – Première édition : Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois – J. Cherbuliez (Paris – Genève) 1849.
[2] Byzance, Auguste Bailly – Arthème Fayard (Paris) 1941.
[3] Contre Faustus, Augustin d’Hippone. Traité polémique contre les écrits de l’évêque manichéen Fauste, écrit après la mort de ce dernier et qui sert de référence contre le manichéisme. Lire l’analyse de Michel Sourisse dans Imaginaire & Inconscient : Saint augustin et le problème du mal : la polémique anti-manichéenne.
[4] L’histoire des cathares – Le catharisme t. 2 : Jean Duvernoy – Privat (Toulouse) 1979.
[5] Le traité contre les bogomiles de Cosmas le prêtre : traduction et étude par Henri-Charles Puech et André Vaillant – Librairie Droz (Paris) 1945.
[6] Louis Bréhier, Le monde byzantin, vol. I : Vie et mort de Byzance, Albin Michel, 1969 (1re éd. 1946).
[7] Козма пресвитеръ болгарскй писатель Х вька : M. G. Popruženko (Sofia) 1936. Édition originale ayant servi pour la traduction.
[8] Бесыдата на Козма Пресвитера и иейниятъ авторъ (trad. approx. : Conversation entre Cosmas le presbytre et le fou…) (Sofia) 1923.
[9] Le bogomilisme en Bulgarie : Dimitre Anguélov – Naouka i Izkoustvo (Sofia- Bulgarie) 1969 et Privat (Toulouse) 1972.
[10] Synodikon de l’orthodoxie : traduction de Jean Gouillard – Travaux et Mémoires 2 – E. de Broccard (Paris) 1967.
[11] Alexiade : Anne Comnène fin 11e et début 12e siècles – traduction Bernard Leib – Les Belles Lettres (Paris) 2006

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La diffusion du catharisme

Catharisme médiéval
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LA DIFFUSION DU CATHARISME

L’histoire du catharisme, et notamment son mode de diffusion dans ce qui est aujourd’hui la France, semble avoir fait l’objet d’un traitement plus que superficiel par les historiens. La plupart d’entre eux s’est contenté d’évoquer une diffusion de la pensée bogomile par le biais des voies naturelles de communication que sont les routes commerciales entre l’Orient et l’Occident, qui traversent les Balkans.
Cette hypothèse, tout à fait vraisemblable, a l’avantage d’éviter de s’interroger sur d’autres phénomènes et sur des incohérences de dates. En effet, si l’on en croit les historiens, le bogomilisme débuterait à la fin du 10e siècle puisque l’on dispose du discours (slovo) du pope (prêtre) Cosmas, daté des environs de 967, dans lequel il décrit cet « hérétique » Bogomil et anathémise sa doctrine.
Sauf que ce document, que rien ne vient corroborer clairement, contient l’information capitale selon laquelle ce mouvement hérétique aurait déjà mis en place cinq évêchés. Difficile donc de considérer qu’il est tout débutant à cette date.
La diffusion par la voie commerciale semble avérée en cela que l’on retrouve les mêmes conceptions du côté de Cologne quelques décennies plus tard. On peut donc imaginer que des bogomiles gyrovagues auraient pu se déplacer et transmettre leur vision doctrinale dans un pays que la réforme grégorienne semblait avoir rendu moins uniforme du point de vue doctrinal, comme semble en attester certains groupes franchement « réformateurs », mais pas totalement hérétiques, comme ceux qui côtoient les bogomiles de Cologne ou comme l’histoire du paysan Leutard.
Cette réforme, qui semble avoir donné des espoirs de renouveau théologique, paraît avoir favorisé l’émergence de courants de pensée doctrinale parallèles ou même carrément différents chez les clercs. Ces derniers avaient les moyens d’accéder à des écrits transportés par d’autres clercs, de les lire, d’y réfléchir et de les transmettre à leur tour. L’affaire des chanoines d’Orléans qui, en 1022, se mettent à enseigner une théorie très proche de celle des futurs cathares peut en attester.
Si l’on fait une comparaison modeste avec notre époque, on constate que nombre de personnes s’intéressant à la spiritualité sont amenées à s’interroger sur le sens à donner à leur approche spirituelle. En effet, chez les chrétiens d’origine, la lecture des textes officiels peut donner des raisons de douter de la valeur de leur contenu. Combien de catholiques en sont venus à rejeter certains dogmes et à se concocter une approche spirituelle très personnelle ? Il n’est donc pas impossible de penser que cela a pu se produire en d’autres temps, surtout si l’annonce de la réforme grégorienne a pu laisser croire que le temps des réformes théologiques était venu.
Enfin, une troisième voie mérite d’être explorée. Je reconnais que je crois être le seul que cela ait intéressé, mais je pense qu’il faut néanmoins se pencher sur elle.
Lors de la première croisade, les chevaliers du Nord, Godefroy de Bouillon et Bohémond de Normandie notamment, semblaient autant animés par le désir de « libérer » les lieux saints aux mains des musulmans, que par le désir de s’approprier des territoires sur lesquels ils pourraient régner. Cela paraît être moins présent à l’esprit de Raimond IV de Saint-Gilles, le comte de Toulouse. L’empereur Alexis Comnène, qui voyait arriver ces troupes, qui prétendaient expulser les musulmans, considérait que ces territoires étaient sa propriété momentanément spoliée par ces Arabes. Il se méfiait donc fortement de cette « aide providentielle » sur laquelle il ne se faisait aucune illusion . C’est pourquoi il exigea que les chevaliers lui prêtent un serment d’allégeance.
Si les chevaliers du Nord ne se firent pas prier, sans pour autant envisager de respecter ce serment, Raimond de son côté refusa. En effet, la psychologie occitane, dominée par le Paratge, lui donnait deux caractéristiques particulières : l’attachement à l’engagement pris de libérer gracieusement les terres « souillées » et la valeur indiscutable de sa parole qu’un serment secondaire ne pourrait qu’amoindrir. Ce caractère si particulier retarda son départ de Constantinople et l’amena à fréquenter plus longuement l’empereur Alexis. Ce dernier qui avait prêté des troupes aux chevaliers, tant pour renforcer leur maigre équipage, que pour avoir des hommes à lui en leur sein, afin de mieux les surveiller et les contrer si nécessaire, semble avoir été sensible à cette psychologie occitane.
Il est donc raisonnable de penser que la mentalité orientale ait été plus proche de celle des Occitans et a pu donner lieu à des liens amicaux plus clairs entre les soldats de comte et ceux prêtés par l’empereur, parmi lesquels se trouvaient forcément des pauliciens, depuis leur défaite finale de 872.
Ces troupes revinrent en Occitanie prématurément au début du 11e siècle, après la mort du comte, afin de soutenir son fils cadet resté à Toulouse avec une maigre armée. Que les pauliciens aient pu choisir de suivre le mouvement afin d’échapper à l’empereur qui les tenait forcément en défiance, vu leur approche doctrinale et au regard des longues confrontations antérieures, n’a rien de surprenant.
Voici donc trois hypothèses de développement du catharisme en France. Il n’est pas question d’en privilégier une sur les autres ; elles ont très bien pu être concomitantes tout en s’ignorant l’une l’autre, quitte à se rejoindre quelques décennies plus tard en Occitanie. Cela expliquerait des données chronologiques apparemment peu compatibles.
On peut même imaginer que la « rencontre » des successeurs des bogomiles provenant de la diffusion issue du Nord, par les voies commerciales, avec les successeurs des pauliciens venus avec l’armée du comte Raimond IV, ait pu conduire ces groupes, relativement disparates, à chercher une validation de leur organisation en faisant venir Nicetas à Saint-Félix Caraman en 1167.

Raymond IV de Saint-Gilles, Comte de  Toulouse

Histoire du christianisme
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Raymond IV de Saint-Gilles,
comte de Toulouse

Laurita Lyttleton Hill et John Hugh Hill

Commentaire

Issu de Persée*

Hill (Laurita et John), Raymond IV de Saint-Gilles, Comte de  Toulouse, traduction et mise au point de Fr. Costa et Ph. Wolff, Edouard Privat, 1969, in-8° de 143 pages.

La biographie est certainement aujourd’hui le genre historique le plus décrié. Trop de pseudo-historiens, faisant impudemment commerce des grands hommes, nous ont saturés jusqu’à la nausée de leurs récits aussi prétentieux qu’inconsistants. Avec Laurita et John Hill, citoyens du Texas et passionnés d’histoire languedocienne, la biographie redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une étude essentiellement critique, reposant sur une connaissance parfaite de l’époque et du milieu. Ne visant qu’à réhabiliter un homme, les auteurs de « Raymond IV » ont aussi contribué à réhabiliter un genre
En vérité, rares sont les personnages historiques qui aient eu à souffrir autant que Raymond IV, héros de la première Croisade, de l’incompréhension conjuguée de leurs contemporains et de la postérité. Naguère encore, Saint-Gilles gardait piètre réputation : « vieillard cupide » pour Sybel et ses disciples, il devenait tout au plus, aux yeux de R. Grousset, un « personnage inégal et plein de prétentions ». C’est une véritable conjuration de la calomnie et du silence qu’ont brisée, — avec une détermination digne des pionniers, leurs ancêtres, les auteurs de l’ouvrage.
Comme toute plaidoirie, la thèse se fonde sur une critique des témoignages et il n’y aurait rien là que de très banal si justement cette critique ne forçait notre admiration par la minutie, l’intelligence et surtout l’honnêteté avec laquelle elle est menée..
Témoins à charge : Raoul de Caen et surtout l’auteur anonyme des « Gesta Romanorum » : l’un et l’autre, historiographes de Bohémond et Tancrède, sont les agents de la « propagande » normande, de cette habile et sourde manœuvre qui a visé et réussi à ruiner dans l’esprit des papes les rivaux des princes d’Antioche, à savoir le Basileus Alexis et son allié Saint-Gilles. C’est pourtant de leurs œuvres que Laurita et John Hill tirent l’essentiel de leur argumentation.
Le témoin à décharge, Raymond d’Aiguilers, chapelain et biographe de Raymond IV, est en effet plus compromettant. Car si, du haut de sa mansuétude ce clerc veut bien excuser — ô ironie — et même absoudre certains des nombreux « péchés » de son maître, ce dernier, n’en garde pas moins à ses yeux figure d’accusé. Expliquer cette attitude de l’historiographe du comte, qui a déterminé celle de tous les historiens postérieurs, était certainement la partie la plus délicate de la thèse : c’est aussi la plus réussie.
Que Raymond d’Aguilers n’ait été qu’ « un prêtre bigot et maladroit », qu’ « un tonsuré stupide », qu’ < un faiseur de miracles », le lecteur veut bien l’admettre, mais ne conclut pas forcément de la stupidité de l’homme, à la stupidité des accusations. Qu’on nous explique que l’œuvre du chapelain n’est pas à proprement parler historique (et effectivement on y décèle bien des erreurs, tout au moins dans la chronologie) mais plutôt moralisatrice et didactique, qu’il ne s’est agi pour Raymond d’Aguilers que de tracer un parallèle dans le goût de l’époque, entre son héros et les personnages des Livres sacrés, qu’on nous prouve, textes à l’appui, que tel commentaire des actions de Raymond IV n’est que la reproduction d’un passage des Macchabées, d’Ézéchiel ou de saint Jérôme, voilà qui est plus neuf et plus convaincant pour l’historien. Mais les auteurs ne s’arrêtent pas en si bonne voie et c’est un commentaire sociologique qu’ils nous donnent de l’œuvre du chapelain. Raymond d’Aguilers peut être considéré comme le porte-parole du Bas-Clergé, de ces prêtres qui, en foule, suivent la grande quête des féodaux (sans toujours en comprendre les méthodes) et dont l’influence ne cesse de grandir du fait du décès des grands prélats (Adhémar, mort le 1er août 1098, l’évêque d’Orange, en décembre). Ces clercs, fiers de leur érudition — même si le plus souvent elle est mal assimilée — n’en sont pas moins très proches de la masse des Croisés les plus humbles, plus proches des fantassins que des chevaliers, leurs maîtres. Leurs récriminations vont donc refléter les plaintes qui, indéfiniment, montent des camps de la Croisade et qui traduisent l’angoisse du « peuple chrétien » en marche vers les Lieux Saints. Or, depuis le passage en Asie, ce peuple, indigné par les lenteurs du cheminement, décimé par la chaleur, la fatigue et les épidémies, épuisé par les harcèlements de l’ennemi, aveuglé de souffrance et de fanatisme, cherche les responsables de ses malheurs. Les responsables ? Le Sarrasin, bien sûr, qui se défend trop et que l’on punit impitoyablement de ce crime (on rêve d’atrocités). Mais, plus encore, le Grec, l’étranger, accusé de félonie et bouc émissaire idéal. Et enfin ce sont les chefs : non pas Bohémond, sans doute, qui, par démagogie et par intérêt, adopte une attitude anti-grecque, mais l’autre, l’orgueilleux Saint-Gilles, qui, en dépit de tout, reste fidèle à l’alliance byzantine, qui ralentit la marche sur Jérusalem (mais que pouvait comprendre la masse des Croisés, que pouvait comprendre le chapelain aux nécessités stratégiques : garder le contact avec la flotte génoise, occuper méthodiquement l’arrière-pays, assurer le ravitaillement d’une armée immense pour l’époque, voire attendre la moisson pour poursuivre la route ?), qui, enfin, préfère souvent négocier avec l’ennemi plutôt que l’anéantir. Ainsi, replacée dans le contexte historique, devient intelligible l’œuvre de Raymond d’Aguilers, ce clerc qui, en l’excusant auprès des siens, resta toujours persuadé de bien servir son seigneur.
Comment se présente enfin la biographie de Raymond IV, délivrée de cette gangue de blâmes partisans et de louanges réticentes ? Fils cadet de parents qui, tous deux se marièrent trois fois, nanti par conséquent d’une parentèle nombreuse et, qui plus est, fort agressive, Saint-Gilles consacre les cinquante premières années de sa vie à arrondir son fort modeste héritage : tâche particulièrement réussie, puisque, parti de rien — ou presque —, il finira par apparaître à ses contemporains comme un véritable « roi du Midi » sans couronne.
Les raisons de ce succès ? La médiocrité de son aîné Guillaume, sa propre valeur personnelle (Raymond est tout à la fois un guerrier et un politique), son alliance avec l’Église enfin. Alliance bien compromettante au début que celle de Guifred, l’archevêque simoniaque de Narbonne : elle lui vaut des biens territoriaux, sans doute, mais aussi l’excommunication. Mais son amitié tout aussi réelle pour les Clunisiens, dont il comble de bienfaits les abbayes, lui permet de se réconcilier avec la Papauté. Grégoire VII, en1081. lui lance un premier appel, et, aux yeux d’Urbain II il devient « dilectus filius noster Raimundus ». Désormais le destin de Raymond ne se dissociera plus de celui de l’Église.

Le livre de L. et J. Hill éclaire d’un jour particulier les origines et les caractères de la première Croisade. Celle-ci fut avant tout provençale1 : provençale dans sa conception (l’appel de Clermont fut très certainement précédé de négociations entre Urbain et Raymond : à tout le moins peut-on affirmer que Raymond connaissait la substance de l’appel avant que celui-ci n’eût été prononcé), dans sa préparation (elle eût été sans doute inconcevable sans l’appoint matériel d’un Midi déjà touché par le renouveau économique), dans son déroulement (les contingents du Midi furent les plus nombreux), dans sa direction (si Urbain II désigna Adhémar comme son vicaire dans la Croisade, cette nomination ne fut nullement inspirée par une défiance à l’égard de Raymond : bien au contraire, le Velay faisant partie de ses possessions, le choix de l’évêque du Puy ne pouvait que flatter le comte, et les contemporains retrouvèrent tout naturellement dans le duo Adhémar-Saint-Gilles l’image biblique de Moïse et Aaron).
Parmi les chefs de la Croisade, Raymond fut certainement celui qui exécuta avec le plus de constance les desseins d’Urbain II. Ainsi resta-t-il fidèle aux directives pontificales de coopération avec le Basileus et, par-delà toutes les conjonctures, réussit-il à conduire le peuple jusqu’à Jérusalem. Plus tard, s’il ressentit quelque déception de n’être pas choisi comme Défenseur du Saint-Sépulcre, il n’hésita pas toutefois à se porter au secours de Godefroy contre l’armée d’Al-Afdal. Enfin ce fut Raymond qui, peu avant sa mort, posa les fondations de ce comté de Tripoli qui devait se révéler le plus durable des États latins d’Orient.
En définitive, il se dégage de ce récit un portrait fort élogieux de Saint-Gilles. Homme profondément marqué par son temps (on peut noter au passage la barbarie avec laquelle il traitait ses prisonniers slaves), le comte n’en domina pas moins son époque de sa stature exceptionnelle : « une étoile brillant parmi les Latins », notait déjà Anne Comnène. Et sa vie garde valeur exemplaire de par la constance avec laquelle il pratiqua la plus haute des vertus féodales : la loyauté.
Des rares reproches que l’on pourrait faire aux deux historiens texans, auteurs de ce beau livre, le plus net serait, à mon avis, de s’être montrés trop provençaux. Le récit aurait pu facilement s’enrichir de quelques remarques d’histoire comparée (sur un point de détail, signalons que le mariage, en 1080, de Raymond IV avec la princesse normande Mathilde s’éclaire facilement si l’on songe à celui de son demi-frère Raymond-Béranger II de Barcelone, célébré deux ans auparavant, avec Mahalta, fille de Robert Guiscard : les deux unions ont été suscitées par Grégoire VII qui scellait ainsi l’alliance des trois grandes puissances chrétiennes du bassin de la Méditerranée et déjà préparait une offensive de grande envergure contre l’Islam). Peut-être aussi tiendra-t-on quelque rigueur aux auteurs d’avoir péché souvent par excès de modestie et de s’être aussi refusés à la séduction des hypothèses ? Mais ces « défauts » ne sont-ils pas la contrepartie des deux qualités majeures de l’historien, celles- là mêmes que célébrait déjà Ph. Wolff dans la préface de l’ouvrage : une sympathie vigilante pour le sujet choisi unie à la plus rigoureuse méthode ?
Trois croquis hors-texte facilitent la lecture du livre (on peut regretter l’absence d’un plan d’Antioche et d’un tableau généalogique de la Maison de Toulouse). Bibliographie exhaustive.

Pierre Bonnassié.

1. Je schématise un peu ici la pensée des deux auteurs : tout ce qui suit reste plutôt dans leur ouvrage à l’état de suggestion.

Bonnassie Pierre. Croisade d’Orient… : Hill (Laurita et John), Raymond IV de Saint-Gilles,  Comte de Toulouse, traduction et mise au point de Fr. Costa et Ph. Wolff, Édouard Privat, 1969. In: Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, Tome 74, N°59, 1962. pp. 333-335;

Histoire du christianisme

4-Histoire
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Histoire du Christianisme

Vous trouverez ici les textes qui n’ont pas forcément de rapport direct avec le Catharisme.

Ils sont néanmoins utiles dans son étude car ils permettent de comprendre l’évolution du Christianisme et les particularités de ses choix au fil des siècles.

Les textes sont classés par ordre anté-chronologique — les plus anciens en bas de page — et sont appelés à évoluer ou à disparaître selon les choix des auteurs.

Histoire générale

4-Histoire
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Histoire générale

Il n’est pas question ici de m’éloigner de mon sujet de prédilection, mais de donner — à l’occasion — des repères généralistes sur l’histoire.

Les textes sont classés par ordre anté-chronologique — les plus anciens en bas de page — et sont appelés à évoluer ou à disparaître selon les choix des auteurs.

Glossaire du Catharisme

Histoire du catharisme
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Glossaire du Catharisme

Face à des religions dominantes, le catharisme a subi plusieurs influences.
Quand il existait un conflit, la religion dominante (catholicisme ou orthodoxie) reléguait le catharisme à des appellations variables, le plus souvent moqueuses ou discriminatoires.
Quand le catharisme s’organisait, il le faisait comme les autres groupes chrétiens, donc en utilisant le même vocabulaire, même si les fonctions étaient notoirement différents.
Enfin, dans d’autres domaines, les cathares avaient des particularités spécifiques (textes, rituels, sacrement, etc.) dont il est bon de connaître l’existence.

Noms donnés aux cathares selon les régions

Albanistes (Albanenses en latin) : cathares absolus de l’Église de Desenzano, près du lac de Garde (Italie). Jean de Lugio — auteur du Livre des deux principes — en fut évêque en 1230.

Albigeois : nom donné aux cathares, dès la fin du XIIe siècle, dans l’ensemble du midi de la France.

Bagnolistes : cathares italiens de la région de Milan (partisans d’Otton de Bagnolo) dont la foi se serait située entre celle des absolus et celle des mitigés.

Bogomiles : nom attribué aux hérétiques du royaume de Bulgarie et de l’empire Byzantin dès le Xe siècle siècle.

Bougre : initialement destiné à désigner les bulgares, ce terme fut très vite utilisé comme synonyme de débauché et sodomite pour désigner les hérétiques en Occident.

Cathares : nom donné par un moine rhénan, Eckbert de Schönau, aux hérétiques. Ce terme serait péjorativement destiné à les assimiler aux «chatiers» ou «chatistes» — adorateur du diable représenté sous la forme d’un chat blanc ailé — dont la traduction allemande donnait «Katzers». On pense aussi qu’il pourrait s’agir de les assimiler à une secte manichéenne appelée «catharistes» ou «cathaphrygiens» dont les membres se déclaraient «purs», ce qui se dit «catharos» en grec.

Chrétiens : seul nom sous lequel les bogomiles et les cathares se désignaient entre-eux. Ce terme était réservé aux seuls baptisés. Les croyants n’étaient pas considérés comme chrétiens et n’avaient aucune des obligations de ces derniers.

Garatistes (Garatenses en latin) : cathares italiens de l’Église de Concorezzo, près de Milan (Italie). Fondée autour de l’évêque Garatus, elle prêche un catharisme mitigé, moins opposé sur certains point au christianisme officiel du XIIIe siècle.

Parfaits : nom donné aux cathares baptisés par l’Inquisition afin de les assimiler aux manichéens et aux gnostiques, qui se revendiquaient tels, et pour désigner le plus haut degré possible dans l’hérésie.

Patarins : nom donné aux cathares d’Italie du nord mais initialement porté par des révoltés de soulèvements populaires contre les abus des prélats.

Phoundagiagites (porteurs de besace) : nom donné aux bogomiles d’Asie Mineure au début du XIe siècle.

Piphles (joueur de flute ou de pipeau ?) : nom injurieux donné aux cathares des Flandres et, plus largement, du nord de la France.

Publicains (Publicani ou Popelicani en latin) : terme péjoratif désignant les cathares de Champagne et de Bourgogne. Nom possiblement en rapport avec les agents du fisc (publicains) évoqués dans le Nouveau Testament.

Revêtus : terme employé dans les archives inquisitoriales pour désigner les cathares (en référence à leur robe noire) et les différencier des simples croyants.

Tisserands : terme péjoratif utilisé pour désigner les hérétiques, d’abord dans le nord puis dans toute la France, en référence aux ariens. On pense aussi qu’il pouvait rappeler que les cathares pratiquaient souvent cette activité artisanale, notamment dans le sud.

Les textes cathares

L’Interrogatio Johannis, habituellement appelé La cêne secrète, est le plus ancien document attribué aux bogomiles. Il s’agit d’un apocryphes, donc d’un texte non reconnu officiellement.

Le livre des deux principes est attribué à Jean de Lugio évêque cathare italien de l’Église de Desenzano.

Le rituel de Dublin contenant l’Église de Dieu et la glose du pater.

Le rituel occitan de Lyon, en ajout à la Bible en langue occitane des cathares.

Le rituel de Florence en latin.

Le traité cathare anonyme.

Les pratiques cathares

Amélioration (melhorier ou melhorament) : rite de demande de bénédiction du croyant à un Bon-Chrétien ou d’un Bon-Chrétien à un ministre.

Service (aparelhament ou servici) : cérémonie de pénitence collective mensuelle réalisée par l’ancien de la communauté devant le diacre et en présence de croyants.

Baiser de paix (caretas) baiser réalisé entre Bons-Chrétiens et croyants de même sexe intervenant en clôture des rituels cathares.

Consolation (consolament ou consolamentum) : baptême d’esprit réalisé par imposition des mains.

Bénédiction du pain : cérémonie rappelant la dernière cène du Christ sans aucun rapport avec la transsubtantiation judéo-chrétienne.

Carême : période de jeûne ou d’abstinence rituelle. Les cathares observaient trois carêmes annuels. La première semaine est jeunée de façon stricte, les autres écartent tout corps gras et les friandises.

Convention (convenenza) : pacte passé par un croyant auprès d’un Bon-Chrétien pour se voir accordé la Consolation en cas d’incapacité majeure du récipiendaire le moment venu.

Endura : période de jeûne au pain et à l’eau — généralement d’au moins trois jours (trépassement) — suivant la Consolation. Interprétée à tort comme un suicide des cathares des dernières années de la répression.

Jeûne : abstinence alimentaire permettant aux cathares de marquer leur détachement du monde.

Adoration (veniae) : génuflexions rituelles effectuées par les cathares devant leur hiérarchie en signe de pénitence lors du rituel ou du service ou par les croyants devant les cathares en signe d’humilité lors de l’Amélioration.

Organisation de l’Église

L’Église cathare est une ecclesia chrétienne par excellence, c’est à dire une communauté d’hommes et de femmes engagés dans un même chemin.

Toute société humaine se fonde sur des valeurs communes et s’organise en conséquence. L’Église cathare ne fait pas exception mais exclue toute notion de hiérarchie au sens où ce terme est généralement entendu de nos jours et même au sein d’autres communautés ecclésiales.

Rien ne distingue un Bon-Chrétien d’un autre, si ce n’est sa fonction dans l’Église.
Les énoncés ci-dessous, tentant de classifier les divers états ou fonctions de l’Église cathare, sont arbitraires mais tentent simplement, dans la mesure du possible, de coller au vocable que les cathares utilisèrent eux-mêmes, ou du moins, de donner un équivalent évocateur.

Ce que les cathares appelaient tout simplement sous le nom de chrétien ou de chrétienne recouvrait des distinctions induites qui mérite d’être relevé.

Auditeur : Personne sympathisante du catharisme mais qui n’y adhère pas encore, elle l’écoute mais sans plus. Elle ne fait pas partie de l’Église. Cela est visible au fait qu’elle n’effectue pas le « melhiorer ». Elle ne participe pas non plus à la fraction du « pain béni ».

Croyant : Personne convaincue de la validité de la foi cathare et qui accepte d’en recevoir l’enseignement. Cela correspond au catéchumène, elle se prépare à devenir un jour chrétien à son tour. Elle fait donc partie de l’Église, le « melhiorer » en est le signe visible. Avec la foi grandissante, elle prend une part de plus en plus active au soutien de l’Église et par étapes successives se voit acceptée au partage du « pain béni », et même en stade ultime, à la prière collective avec les Parfaits.

Novice : Croyant affermi qui désire devenir Chrétien et qui suit un stage probatoire et de parachèvement de sa formation de son futur état de Chrétien. La formation ne peut pas être inférieure à trois carêmes (un an), mais n’a pas de limite de durée.
Il vit comme un Bons-Chrétiens, à leur côté, mais sans l’être encore.

Compagnon (en occitan socius) : Après son noviciat, le Bon-Chrétien qui vient d’être reconnu comme tel par le baptême de l’imposition des mains, la Consolation (appelée consolament en occitan), est associé à un Ministre confirmé qui va parachever sa formation. Par décision de l’ancien, du diacre ou de l’évêque, il sera le « second » de plusieurs Chrétiens pour qu’il puisse être enrichi par la pratique de chacun d’entre eux.
Si le compagnon est un Chrétien à part entière, mais il n’est pas encore reconnu comme « Ministre » de l’Église, c’est-à-dire quelqu’un capable de catéchiser, de prêcher ou de baptiser, bien qu’il est en droit de le faire en cas de nécessité extrême.

Ministre : Si un Bon-Chrétien est reconnu comme apte à catéchiser, prêcher et baptiser, il est autorisé à le faire par l’évêque ou son représentant, le diacre. Cette nouvelle fonction dans l’Église est signifiée par une nouvelle imposition des mains. On lui adjoint alors un autre Bon-Chrétien qui sera son compagnon, son socius.

Ancien : Il est l’autorité responsable de la cellule de base de l’Église, c’est-à-dire la maisonnée, qui regroupe en un même lieu de vie communautaire une douzaine de Bons-Chrétiens tout au plus. Si son élection semble avoir été collégiale, il en était toutefois confirmé par l’imposition des mains du diacre ou de l’évêque. Dans les communautés féminines on parle de Diaconesse.

Diacre : Il est le représentant de l’évêque et gère le suivi spirituel de plusieurs maisonnées dans un même secteur géographique. Cette fonction au sein de l’Église était également signifié par une l’imposition des mains de l’évêque. C’est probablement lui, avec l’accord des anciens, qui veillaient à la bonne formation et à la répartition des paires de Bons-Chrétiens, et bien entendu au bon équilibre de chaque maisonnée. Comme particularité, il avait l’autorité pénitentielle, le service (appelé apparelhament ou servici en occitan) qu’il était d’usage de faire une fois par mois dans chaque maisonnée.
Comme les autres, il ne se déplaçait pas seul, mais accompagné de son compagnon.
Comme les autres Bons-Chrétiens, il devait vivre de ses mains au sein d’une communauté. Sa maisonnée était celle tenue par l’évêque, dont les membres étaient composés des diacres et de leurs seconds, mais il était en fait plus souvent sur les routes et les maisons de son district qu’auprès de son évêque.

Évêque : C’est un responsable désigné pour servir au sein d’une zone géographique plus étendue. Il est assisté de deux futurs remplaçants dans sa mission d’organisation et de cohésion de l’évêché considéré. L’un appelé fils majeur, l’autre fils mineur.
Si à la constitution des Églises occitanes, les évêques furent élus collégialement par la suite, il fut procédé autrement : le fils majeur était le successeur désigné de l’évêque.
À la succession, le fils mineur devenait majeur et on choisissait un autre fils mineur, un diacre en principe.

L’Église catholique d’Ariège demande pardon à Dieu

Histoire du christianisme
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L’Église catholique d’Ariège demande pardon à Dieu

En ce dimanche ensoleillé du 16 octobre, le petit village de Montségur a vu sa population gonfler subitement jusqu’à dépasser les 500 âmes, elle qui n’en compte qu’une centaine habituellement.
Cette affluence était due à un événement historique, puisque l’évêque de Pamiers et Cousserans, Monseigneur Eychenne, avait décidé de célébrer une cérémonie pénitentielle. Elle visait à demander pardon, au nom des chrétiens catholiques de son diocèse pour leurs ancêtres qui avaient gravement péché contre l’Évangile quand ils s’étaient alliés au pouvoir temporel royal et avaient fait périr par le feu les 225 Chrétiens cathares faits prisonniers lors de la reddition de la citadelle de Montségur le 16 mars 1244.
Cet événement local, qui s’inscrit dans l’année de la miséricorde voulue par le Vatican, n’engage certes que cet évêque et les Catholiques de ce diocèse, mais on imagine mal qu’il soit sans répercussion partout en France où des Cathares furent pourchassés et massacrés.

La presse ne s’y est pas trompée puisque, grâce à l’Agence France Presse, le récit de cet événement fait aujourd’hui son apparition dans de nombreux médias nationaux et régionaux.
Ainsi la presse d’Occitanie en parle comme de juste. Nous trouvons un article dans La Dépêche du Midi, l’Indépendant (version web) et Midi Libre. France 3 Midi-Pyrénées en parle aussi, ainsi que Sud-Radio et France Bleu Roussillon.
Mais le sujet échappe à la région Occitanie et touche des médias nationaux. Ainsi, l’hebdomadaire Le Point et l’Express, le quotidien Le Parisien, les journaux d’information continue comme France 24, 20 minutes, France TV info, TV5 monde, mais aussi quelques titres régionaux comme Paris Normandie, l’Écho républicain d’Eure-et-Loir et l’Yonne, la presse catholique comme La Croix et la presse étrangère comme Madagascar News qui cite l’Express, ou 5 minutes Radio Télé Luxembourg.

Que devons-nous retenir de cette très large couverture médiatique ?
Nos frères catholiques ont souffert pendant des siècles de cette tâche portée à leur foi par des comportements dramatiquement opposés à ce qui fait le fondement unique du Christianisme : l’Amour inconditionnel et absolu envers toute l’humanité que nous a enseigné Jésus. Aujourd’hui, ils ont eu le courage d’affronter cette réalité et de la dire clairement, sans renier ceux qui ont péché mais sans occulter qu’ils l’ont fait au nom de la même religion qu’eux. Même si pour nous, les croyants Cathares, ce pardon n’a pas de sens, car nous sommes dans la Bienveillance, qui exclut tout pardon au profit de la rémission intégrale des péchés, cette démarche nous touche dans ce qu’elle a d’humain et nous espérons qu’elle apaisera les Catholiques et ouvrira une nouvelle période de paix entre eux et nous.

Monseigneur Eychenne, que j’ai rencontré à Montségur, m’a dit combien il souhaitait que nous puissions nous rencontrer en tête à tête bientôt, à Carcassonne ou à Pamiers, afin de jeter les bases d’un dialogue constructif et bienveillant entre nous. Je lui ai dit combien je pensais cela important et nécessaire.

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