4-Histoire

Paroles d’évangiles ?

Histoire du christianisme
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Paroles d’évangiles ?

Après deux mille ans d’endoctrinement il est très difficile de remettre en question certains points qui semblent relever de l’évidence.

Les évangiles en font partie pour les Chrétiens, comme la Torah pour les Juifs et le Coran pour les Musulmans.
D’ailleurs, quand on veut affirmer la véracité d’une chose, le terme choisi est : C’est parole d’évangile !

Pourtant, s’il est une réalité évidente, c’est qu’aucun de ces textes cités ci-dessus, ne peut prétendre contenir la vérité. Écrits tardivement pour certains, issus de témoignages de seconde main pour d’autres, carrément inventés à plusieurs siècles d’intervalle, ces textes sont des témoins de croyances sincères qui les ont produits pour l’édification des masses.
Les témoins les plus proches de l’origine ont-ils raconté ce qu’ils ont réellement observé ou bien ont-ils proposé un témoignage correspondant à une intuition, une inspiration, une révélation spirituelle ou intellectuelle ? Personne ne peut le dire. Ceux qui ont écrit ces documents, l’ont-ils fait au mot près de ce que le ou les témoins initiaux leur ont dit ? Tout permet d’en douter puisque des versions différentes ou des variantes sont apparues plus ou moins tôt après les faits.
L’honnêteté intellectuelle impose de dire que ces textes reflètent des courants de pensée qui cherchaient à se faire une place dans un monde qui ne leur était pas favorable initialement. Et ce n’est pas discriminatoire de le dire puisque c’est le cas de tous les courants de pensée. Ils ont révolutionné le monde dans lequel ils ont éclos et il leur fallait frapper les esprits, souvent simple et sans éducation, de ceux à qui ils s’adressaient pour se donner une chance d’exister.

Laissons le Coran de côté car ses rapports avec le Christianisme sont secondaires.

Les textes juifs

Les chercheurs, notamment les deux israéliens Finkelstein et Silberman, nous disent que la Torah fut écrite lors de la détention d’une partie des hébreux à Babylone, c’est-à-dire six siècles avant notre ère. Elle avait pour objet de souder un peuple victime d’une répression qu’il n’avait pas provoquée, car ce sont en fait les palestiniens des plaines littorales de l’ouest qui ont tenté de se révolter contre Nabuchodonosor lors de son accession au pouvoir. Ces peuples, répartis dans deux communautés — de petits royaumes des montagnes —, Juda et Israël, sont essentiellement des bergers tournés vers l’est où se trouvent leurs pâturages d’été et influencés par les habitants de ces plaines et du désert oriental où l’on trouve aussi des descendants d’exilés de Sumer.
Cela explique que l’on trouve dans les textes juifs, des références à certaines croyances issus de cette civilisation et des choix qui leur sont favorables. C’est ainsi que Iahvé va préférer le don d’Abel, le berger à celui de Caïn, le cultivateur, avec les conséquences que nous connaissons.
Bien entendu, cela implique que les événements précédant le sixième siècle avant notre ère sont inventés, même s’il est vraisemblable que certains personnages ou certains faits aient pu exister. David et Salomon furent rois d’Israël semble-t-il, mais des roitelets à l’échelle de ce qu’était réellement ce royaume. L’emprisonnement des hébreux en Égypte est une référence cachée à celui que subissent les écrivains de la Genèse en Assyrie. Si Abraham semble avoir existé, il ne venait pas de Sumer, mais sans doute d’une région plus au nord.

Forcément, les événements fondateurs prennent un autre sens à la lumière de ces conditions. Iahvé a-t-il parlé à Abraham via un buisson enflammé ? Rien ni personne ne peut le dire et ceux qui l’ont écrit pas plus que les autres. D’ailleurs, comment imaginer un Dieu tel que nous voulons l’imagine — principe du Bien —, demander à un homme de tuer son fils ? Par contre, cette entité a peut-être été proposée suite à des inspirations venues à des hommes qui ne se sont pas interrogés sur sa nature. En effet, le simple fait qu’elle ait été d’un ordre d’état si supérieur à eux, leur a suffit pour la considérer comme divine. Mais le principe du Mal dispose selon nous de cette compétence. Et d’ailleurs, s’il s’était agi d’une intelligence extraterrestre avancée, le résultat eut été de même[1].
Nous avons donc des textes suspects qui ont servi de référence à l’établissement d’une religion. Rien de bien grave en fait. D’autres avant et après feront de même. Mais le problème est que cette religion va servir de terreau à une autre.

Les textes « chrétiens »

Quand nous lisons le Nouveau Testament, nous constatons les très nombreuses références aux textes juifs, quand ce ne sont pas carrément ces derniers qui servent à la construction des textes chrétiens. Et c’est normal puisque les personnes qui les ont écrits sont des juifs !

Le proto-christianisme est pour l’essentiel une secte juive qui se donne un nouveau référent, Jésus. Ces juifs de Jérusalem vont donc se servir de ce qui fait leur fonds doctrinal pour établir une nouvelle approche. Mais il y a parmi eux des « ultras » qui veulent aller plus loin, soit qu’ils aient eu envie de se démarquer, soit qu’ils aient eu une inspiration différente. Un épisode des Actes des apôtres nous le révèle : un jeune diacre, Étienne, va justifier sa foi en dénigrant le Dieu des juifs. Le résultat ne se fait pas attendre ; juif blasphémant le Judaïsme, il est aussitôt exécuté. Cet épisode est-il crédible ? Certes, les occupants romains n’autorisaient pas expressément les autorités juives, sous tutelle étroite, à condamner à mort et à exécuter. Mais, comme souvent, les nécessités politiques impliquaient — comme encore le cas aujourd’hui —, de laisser un peu de mou dans la corde afin d’éviter les émeutes et les révolutions. Donc, en matière strictement religieuse, il est plus que probable que les romains évitaient tout ce qui aurait pu être de nature à mettre de l’huile sur le feu. On le voit dans notre pays, certaines pratiques religieuses sont tolérées, voire facilitées, par un pouvoir laïque et la religion dominante en France a imposé sans remise en cause, ses propres choix. Les jours fériés le démontrent notamment.
Ce que montre cet épisode, c’est qu’une partie de ces juifs semblait vouloir se détacher du Judaïsme, quand l’autre partie — celle qui demeure à Jérusalem —, veut s’y maintenir. Paul de Tarse, initialement juif orthodoxe en charge de la répression contre ces juifs dissidents, va basculer dans leur camp. Pourtant il n’était pas un personnage falot, susceptible d’être facilement manipulable. Il ne se réfère pas à une personnalité de son époque qui aurait pu le faire changer de point de vue. Non, il évoque un changement radical survenu suite à une « révélation spirituelle ». Et, à partir de là, il va rejoindre ceux qu’il pourchassait, se faire admettre en leur sein et prendre la tête d’un mouvement d’évangélisation unique pour l’époque dont nous savons à quoi il aboutira.

Même si ses écrits ont été largement modifiés, démembrés, « corrigés », reconstruits, parfois inventés pour le faire entrer dans le cadre judéo-chrétien de ceux qui ne voulaient pas qu’il puisse exister un courant aussi puissant se réclamant de la même origine, les travaux initiés dès le 2esiècle par Marcion ont permis de retrouver, au moins partiellement, la pensée initiale de Paul. C’est cela qui montre que la séparation initiée dès l’affaire d’Antioche, où Paul s’oppose violemment à Pierre, qui aboutira à un consensus lors du concile de Jérusalem (1erschisme ?), va mettre en place deux courants chrétiens différents et bientôt opposés, dont les traditions orales puis écrites dessineront deux Christianisme : l’un fortement marqué par le Judaïsme, l’autre foncièrement distinct de lui.

Pour autant, quand le Christianisme romain, directement issu de celui de Jérusalem, donc inféodé au Judaïsme, se verra doté de tous les pouvoirs par l’empereur Théodose 1er, il éliminera systématiquement tous ses opposants et détracteurs, ce qui aura pour effet de favoriser ses écrits au détriments des autres. La pratique des autodafés, destinés à effacer les traces de ces autres Christianismes, perdurera longtemps et les cathares en furent des victimes exemplaires. Les rares documents directs qu’ils nous ont laissé en témoignent.

La valeur des textes religieux

Les textes religieux ont une valeur instructive, mais en aucun cas de valeur historique. Ils nous informent sur les conceptions d’un groupe, sur ses valeurs et sur ses choix. Ils sont utiles, mais ne sont pas décisifs et les sociétés qui les mettent au premier plan de leurs choix politiques se trouvent très vite confrontées à leur inadéquation.

Nous critiquons aujourd’hui les Musulmans qui font du Coran une référence indiscutable à la façon dont une société doit s’organiser, mais le Judéo-christianisme a fait de même et continue d’influencer nombre de pays. Certes, la France, grâce à la séparation introduite par la loi de 1905, est moins imprégnée que d’autres pays, mais elle n’est pas exempte pour autant.

Donc, quand nous remettons en cause la volonté de faire l’histoire que s’arroge le Judéo-christianisme, nous sommes légitimes à le faire, car l’histoire n’est pas plus judéo-chrétienne, que juive, musulmane ou… cathare !

Chacun est libre d’accorder de la valeur à des contenus narratifs contenus dans des livres religieux, mais y voir l’histoire du monde et des hommes est une erreur qui peut conduire aux pires dérives.

Les cathares, avec leur prudence oratoire bien connue, le savaient et nous qui voulons les suivre, nous devons le dire sans cesse : la cosmogonie est une vision imaginée des choses, basée sur des croyances, mais que rien ne permettra jamais de prouver. Que l’on croit à Dieu, à Iahvé, à Allah ou au principe du Bien, cela relève de l’intime et de rien d’autre. La seule histoire valable est celle que l’on peut établir sur des bases crédibles, même si ces bases ne sont pas objectives — puisqu’elles sont elles-mêmes influençables —, ce qui doit rendre l’historien modeste et l’homme en général, prudent.

[1]Le film Stargate, la porte des étoiles, émet cette hypothèse comme origine de la civilisation égyptienne.

Raymond IV de Saint-Gilles, Comte de  Toulouse

Histoire du christianisme
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Raymond IV de Saint-Gilles,
comte de Toulouse

Laurita Lyttleton Hill et John Hugh Hill

Commentaire

Issu de Persée*

Hill (Laurita et John), Raymond IV de Saint-Gilles, Comte de  Toulouse, traduction et mise au point de Fr. Costa et Ph. Wolff, Edouard Privat, 1969, in-8° de 143 pages.

La biographie est certainement aujourd’hui le genre historique le plus décrié. Trop de pseudo-historiens, faisant impudemment commerce des grands hommes, nous ont saturés jusqu’à la nausée de leurs récits aussi prétentieux qu’inconsistants. Avec Laurita et John Hill, citoyens du Texas et passionnés d’histoire languedocienne, la biographie redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une étude essentiellement critique, reposant sur une connaissance parfaite de l’époque et du milieu. Ne visant qu’à réhabiliter un homme, les auteurs de « Raymond IV » ont aussi contribué à réhabiliter un genre
En vérité, rares sont les personnages historiques qui aient eu à souffrir autant que Raymond IV, héros de la première Croisade, de l’incompréhension conjuguée de leurs contemporains et de la postérité. Naguère encore, Saint-Gilles gardait piètre réputation : « vieillard cupide » pour Sybel et ses disciples, il devenait tout au plus, aux yeux de R. Grousset, un « personnage inégal et plein de prétentions ». C’est une véritable conjuration de la calomnie et du silence qu’ont brisée, — avec une détermination digne des pionniers, leurs ancêtres, les auteurs de l’ouvrage.
Comme toute plaidoirie, la thèse se fonde sur une critique des témoignages et il n’y aurait rien là que de très banal si justement cette critique ne forçait notre admiration par la minutie, l’intelligence et surtout l’honnêteté avec laquelle elle est menée..
Témoins à charge : Raoul de Caen et surtout l’auteur anonyme des « Gesta Romanorum » : l’un et l’autre, historiographes de Bohémond et Tancrède, sont les agents de la « propagande » normande, de cette habile et sourde manœuvre qui a visé et réussi à ruiner dans l’esprit des papes les rivaux des princes d’Antioche, à savoir le Basileus Alexis et son allié Saint-Gilles. C’est pourtant de leurs œuvres que Laurita et John Hill tirent l’essentiel de leur argumentation.
Le témoin à décharge, Raymond d’Aiguilers, chapelain et biographe de Raymond IV, est en effet plus compromettant. Car si, du haut de sa mansuétude ce clerc veut bien excuser — ô ironie — et même absoudre certains des nombreux « péchés » de son maître, ce dernier, n’en garde pas moins à ses yeux figure d’accusé. Expliquer cette attitude de l’historiographe du comte, qui a déterminé celle de tous les historiens postérieurs, était certainement la partie la plus délicate de la thèse : c’est aussi la plus réussie.
Que Raymond d’Aguilers n’ait été qu’ « un prêtre bigot et maladroit », qu’ « un tonsuré stupide », qu’ < un faiseur de miracles », le lecteur veut bien l’admettre, mais ne conclut pas forcément de la stupidité de l’homme, à la stupidité des accusations. Qu’on nous explique que l’œuvre du chapelain n’est pas à proprement parler historique (et effectivement on y décèle bien des erreurs, tout au moins dans la chronologie) mais plutôt moralisatrice et didactique, qu’il ne s’est agi pour Raymond d’Aguilers que de tracer un parallèle dans le goût de l’époque, entre son héros et les personnages des Livres sacrés, qu’on nous prouve, textes à l’appui, que tel commentaire des actions de Raymond IV n’est que la reproduction d’un passage des Macchabées, d’Ézéchiel ou de saint Jérôme, voilà qui est plus neuf et plus convaincant pour l’historien. Mais les auteurs ne s’arrêtent pas en si bonne voie et c’est un commentaire sociologique qu’ils nous donnent de l’œuvre du chapelain. Raymond d’Aguilers peut être considéré comme le porte-parole du Bas-Clergé, de ces prêtres qui, en foule, suivent la grande quête des féodaux (sans toujours en comprendre les méthodes) et dont l’influence ne cesse de grandir du fait du décès des grands prélats (Adhémar, mort le 1er août 1098, l’évêque d’Orange, en décembre). Ces clercs, fiers de leur érudition — même si le plus souvent elle est mal assimilée — n’en sont pas moins très proches de la masse des Croisés les plus humbles, plus proches des fantassins que des chevaliers, leurs maîtres. Leurs récriminations vont donc refléter les plaintes qui, indéfiniment, montent des camps de la Croisade et qui traduisent l’angoisse du « peuple chrétien » en marche vers les Lieux Saints. Or, depuis le passage en Asie, ce peuple, indigné par les lenteurs du cheminement, décimé par la chaleur, la fatigue et les épidémies, épuisé par les harcèlements de l’ennemi, aveuglé de souffrance et de fanatisme, cherche les responsables de ses malheurs. Les responsables ? Le Sarrasin, bien sûr, qui se défend trop et que l’on punit impitoyablement de ce crime (on rêve d’atrocités). Mais, plus encore, le Grec, l’étranger, accusé de félonie et bouc émissaire idéal. Et enfin ce sont les chefs : non pas Bohémond, sans doute, qui, par démagogie et par intérêt, adopte une attitude anti-grecque, mais l’autre, l’orgueilleux Saint-Gilles, qui, en dépit de tout, reste fidèle à l’alliance byzantine, qui ralentit la marche sur Jérusalem (mais que pouvait comprendre la masse des Croisés, que pouvait comprendre le chapelain aux nécessités stratégiques : garder le contact avec la flotte génoise, occuper méthodiquement l’arrière-pays, assurer le ravitaillement d’une armée immense pour l’époque, voire attendre la moisson pour poursuivre la route ?), qui, enfin, préfère souvent négocier avec l’ennemi plutôt que l’anéantir. Ainsi, replacée dans le contexte historique, devient intelligible l’œuvre de Raymond d’Aguilers, ce clerc qui, en l’excusant auprès des siens, resta toujours persuadé de bien servir son seigneur.
Comment se présente enfin la biographie de Raymond IV, délivrée de cette gangue de blâmes partisans et de louanges réticentes ? Fils cadet de parents qui, tous deux se marièrent trois fois, nanti par conséquent d’une parentèle nombreuse et, qui plus est, fort agressive, Saint-Gilles consacre les cinquante premières années de sa vie à arrondir son fort modeste héritage : tâche particulièrement réussie, puisque, parti de rien — ou presque —, il finira par apparaître à ses contemporains comme un véritable « roi du Midi » sans couronne.
Les raisons de ce succès ? La médiocrité de son aîné Guillaume, sa propre valeur personnelle (Raymond est tout à la fois un guerrier et un politique), son alliance avec l’Église enfin. Alliance bien compromettante au début que celle de Guifred, l’archevêque simoniaque de Narbonne : elle lui vaut des biens territoriaux, sans doute, mais aussi l’excommunication. Mais son amitié tout aussi réelle pour les Clunisiens, dont il comble de bienfaits les abbayes, lui permet de se réconcilier avec la Papauté. Grégoire VII, en1081. lui lance un premier appel, et, aux yeux d’Urbain II il devient « dilectus filius noster Raimundus ». Désormais le destin de Raymond ne se dissociera plus de celui de l’Église.

Le livre de L. et J. Hill éclaire d’un jour particulier les origines et les caractères de la première Croisade. Celle-ci fut avant tout provençale1 : provençale dans sa conception (l’appel de Clermont fut très certainement précédé de négociations entre Urbain et Raymond : à tout le moins peut-on affirmer que Raymond connaissait la substance de l’appel avant que celui-ci n’eût été prononcé), dans sa préparation (elle eût été sans doute inconcevable sans l’appoint matériel d’un Midi déjà touché par le renouveau économique), dans son déroulement (les contingents du Midi furent les plus nombreux), dans sa direction (si Urbain II désigna Adhémar comme son vicaire dans la Croisade, cette nomination ne fut nullement inspirée par une défiance à l’égard de Raymond : bien au contraire, le Velay faisant partie de ses possessions, le choix de l’évêque du Puy ne pouvait que flatter le comte, et les contemporains retrouvèrent tout naturellement dans le duo Adhémar-Saint-Gilles l’image biblique de Moïse et Aaron).
Parmi les chefs de la Croisade, Raymond fut certainement celui qui exécuta avec le plus de constance les desseins d’Urbain II. Ainsi resta-t-il fidèle aux directives pontificales de coopération avec le Basileus et, par-delà toutes les conjonctures, réussit-il à conduire le peuple jusqu’à Jérusalem. Plus tard, s’il ressentit quelque déception de n’être pas choisi comme Défenseur du Saint-Sépulcre, il n’hésita pas toutefois à se porter au secours de Godefroy contre l’armée d’Al-Afdal. Enfin ce fut Raymond qui, peu avant sa mort, posa les fondations de ce comté de Tripoli qui devait se révéler le plus durable des États latins d’Orient.
En définitive, il se dégage de ce récit un portrait fort élogieux de Saint-Gilles. Homme profondément marqué par son temps (on peut noter au passage la barbarie avec laquelle il traitait ses prisonniers slaves), le comte n’en domina pas moins son époque de sa stature exceptionnelle : « une étoile brillant parmi les Latins », notait déjà Anne Comnène. Et sa vie garde valeur exemplaire de par la constance avec laquelle il pratiqua la plus haute des vertus féodales : la loyauté.
Des rares reproches que l’on pourrait faire aux deux historiens texans, auteurs de ce beau livre, le plus net serait, à mon avis, de s’être montrés trop provençaux. Le récit aurait pu facilement s’enrichir de quelques remarques d’histoire comparée (sur un point de détail, signalons que le mariage, en 1080, de Raymond IV avec la princesse normande Mathilde s’éclaire facilement si l’on songe à celui de son demi-frère Raymond-Béranger II de Barcelone, célébré deux ans auparavant, avec Mahalta, fille de Robert Guiscard : les deux unions ont été suscitées par Grégoire VII qui scellait ainsi l’alliance des trois grandes puissances chrétiennes du bassin de la Méditerranée et déjà préparait une offensive de grande envergure contre l’Islam). Peut-être aussi tiendra-t-on quelque rigueur aux auteurs d’avoir péché souvent par excès de modestie et de s’être aussi refusés à la séduction des hypothèses ? Mais ces « défauts » ne sont-ils pas la contrepartie des deux qualités majeures de l’historien, celles- là mêmes que célébrait déjà Ph. Wolff dans la préface de l’ouvrage : une sympathie vigilante pour le sujet choisi unie à la plus rigoureuse méthode ?
Trois croquis hors-texte facilitent la lecture du livre (on peut regretter l’absence d’un plan d’Antioche et d’un tableau généalogique de la Maison de Toulouse). Bibliographie exhaustive.

Pierre Bonnassié.

1. Je schématise un peu ici la pensée des deux auteurs : tout ce qui suit reste plutôt dans leur ouvrage à l’état de suggestion.

Bonnassie Pierre. Croisade d’Orient… : Hill (Laurita et John), Raymond IV de Saint-Gilles,  Comte de Toulouse, traduction et mise au point de Fr. Costa et Ph. Wolff, Édouard Privat, 1969. In: Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, Tome 74, N°59, 1962. pp. 333-335;

Histoire du christianisme

4-Histoire
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Histoire du Christianisme

Vous trouverez ici les textes qui n’ont pas forcément de rapport direct avec le Catharisme.

Ils sont néanmoins utiles dans son étude car ils permettent de comprendre l’évolution du Christianisme et les particularités de ses choix au fil des siècles.

Les textes sont classés par ordre anté-chronologique — les plus anciens en bas de page — et sont appelés à évoluer ou à disparaître selon les choix des auteurs.

Histoire générale

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Histoire générale

Il n’est pas question ici de m’éloigner de mon sujet de prédilection, mais de donner — à l’occasion — des repères généralistes sur l’histoire.

Les textes sont classés par ordre anté-chronologique — les plus anciens en bas de page — et sont appelés à évoluer ou à disparaître selon les choix des auteurs.

Glossaire du Catharisme

Histoire du catharisme
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Glossaire du Catharisme

Face à des religions dominantes, le catharisme a subi plusieurs influences.
Quand il existait un conflit, la religion dominante (catholicisme ou orthodoxie) reléguait le catharisme à des appellations variables, le plus souvent moqueuses ou discriminatoires.
Quand le catharisme s’organisait, il le faisait comme les autres groupes chrétiens, donc en utilisant le même vocabulaire, même si les fonctions étaient notoirement différents.
Enfin, dans d’autres domaines, les cathares avaient des particularités spécifiques (textes, rituels, sacrement, etc.) dont il est bon de connaître l’existence.

Noms donnés aux cathares selon les régions

Albanistes (Albanenses en latin) : cathares absolus de l’église de Desenzano, près du lac de Garde (Italie). Jean de Lugio — auteur du Livre des deux principes — en fut évêque en 1230.

Albigeois : nom donné aux cathares, dès la fin du XIIe siècle, dans l’ensemble du midi de la France.

Bagnolistes : cathares italiens de la région de Milan (partisans d’Otton de Bagnolo) dont la foi se serait situé entre celle des absolus et celle des mitigés.

Bogomiles : nom attribué aux hérétiques du royaume de Bulgarie et de l’empire Byzantin dès le Xe siècle siècle.

Bougre : initialement destiné à désigner les bulgare, ce terme fut très vite utilisé comme synonyme de débauché et sodomite pour désigner les hérétiques en Occident.

Cathares : nom donné par un moine rhénan, Eckbert de Schönau, aux hérétiques. Ce terme serait péjorativement destiné à les assimiler aux «chatiers» ou «chatistes» – adorateur du diable représenté sous la forme d’un chat blanc ailé — dont la traduction allemande donnait «Katers». On pense aussi qu’il pourrait s’agir de les assimiler à une secte manichéenne appelée «catharistes» ou «cathaphrygiens» dont les membres se déclaraient «purs», ce qui se dit «catharos» en grec.

Chrétiens : seul nom sous lequel les bogomiles et les cathares se désignaient entre-eux. Ce terme était réservé aux seuls baptisés. Les croyants n’étaient pas considérés comme chrétiens et n’avaient aucune des obligations de ces derniers.

Garatistes (Garatenses en latin) : cathares italiens de l’église de Concorezzo, près de Milan (Italie). Fondée autour de l’évêque Garatus, elle prêche un catharisme mitigé, moins opposé sur certains point au christianisme officiel du XIIIe siècle.

Parfaits : nom donné aux cathares baptisés par l’Inquisition afin de les assimiler aux manichéens et aux gnostiques, qui se revendiquaient tels, et pour désigner le plus haut degré possible dans l’hérésie.

Patarins : nom donné aux cathares d’Italie du nord mais initialement porté par des révoltés de soulèvements populaires contre les abus des prélats.

Phoundagiagites (porteurs de besace) : nom donné aux bogomiles d’Asie Mineure au début du XIe siècle.

Piphles (joueur de flute ?) : nom injurieux donné aux cathares des Flandres et, plus largement, du nord de la France.

Publicains (Publicani ou Popelicani en latin) : terme péjoratif désignant les cathares de Champagne et de Bourgogne. Nom possiblement en rapport avec les agents du fisc (publicains) évoqués dans le Nouveau Testament.

Revêtus : terme employé dans les archives inquisitoriales pour désigner les cathares (en référence à leur robe noire) et les différencier des simples croyants.

Tisserands : terme péjoratif utilisé pour désigner les hérétiques, d’abord dans le nord puis dans toute la France, en référence aux ariens. On pense aussi qu’il pouvait rappeler que les cathares pratiquaient souvent cette activité artisanale, notamment dans le sud.

Les textes cathares

L’Interrogatio Johannis, habituellement appelé La cêne secrète, est le plus ancien document attribué aux bogomiles.

Le livre des deux principes est attribué à Jean de Lugio évêque cathare italien de l’église de Desenzano.

Le rituel de Dublin contenant l’église de Dieu et la glose du pater.

Le rituel occitan de Lyon, en ajout à la Bible en langue occitane des cathares.

Le rituel de Florence en latin.

Le traité cathare anonyme.

Les pratiques cathares

Amélioration (melhorier ou melhorament) : rite de demande de bénédiction du croyant à un Bon-Chrétien ou d’un Bon-Chrétien à un ministre.

Service (aparelhament ou servici) : cérémonie de pénitence collective mensuelle réalisée par l’ancien de la communauté devant le diacre et en présence de croyants.

Baiser de paix (caretas) baiser réalisé entre Bons-Chrétiens et croyants de même sexe intervenant en clôture des rituels cathares.

Consolation (consolament ou consolamentum) : baptême d’esprit réalisé par imposition des mains.

Bénédiction du pain : cérémonie rappelant la dernière cène du Christ sans aucun rapport avec la transsubtantiation judéo-chrétienne.

Carême : période de jeûne ou d’abstinence rituelle. Les cathares observaient trois carêmes annuels. La première semaine est jeunée de façon stricte, les autres écartent tout corps gras et les friandises.

Convenence (convenenza) : pacte passé par un croyant auprès d’un Bon-Chrétien pour se voir accordé la Consolation en cas d’incapacité majeure du récipiendaire le moment venu.

Endura : période de jeûne au pain et à l’eau — généralement d’au moins trois jours (trépassement) — suivant la Consolation. Interprétée à tort comme un suicide des cathares des dernières années de la répression.

Jeûne : abstinence alimentaire permettant aux cathares de marquer leur détachement du monde.

Adoration (veniae) : génuflexions rituelles effectuées par les cathares devant leur hiérarchie en signe de pénitence lors du rituel ou du service ou par les croyants devant les cathares en signe d’humilité lors de l’Amélioration.

Organisation de l’église

L’église cathare est une ecclesia chrétienne par excellence, c’est à dire une communauté d’hommes et de femmes engagés dans un même chemin.

Toute société humaine se fonde sur des valeurs communes et s’organise en conséquence. L’Église cathare ne fait pas exception mais exclue toute notion de hiérarchie au sens où ce terme est généralement entendu de nos jours et même au sein d’autres communautés ecclésiales.

Rien ne distingue un Bon-Chrétien d’un autre, si ce n’est sa fonction dans l’Église.
Les énoncés ci-dessous, tentant de classifier les divers états ou fonctions de l’Église cathare, sont arbitraires mais tentent simplement, dans la mesure du possible, de coller au vocable que les cathares utilisèrent eux-mêmes, ou du moins, de donner un équivalent évocateur.

Ce que les cathares appelaient tout simplement sous le nom de chrétien ou de chrétienne recouvrait des distinctions induites qui mérite d’être relevé.

Auditeur : Personne sympathisante du catharisme mais qui n’y adhère pas encore, elle l’écoute mais sans plus. Elle ne fait pas partie de l’Église. Cela est visible au fait qu’elle n’effectue pas le « melhiorer ». Elle ne participe pas non plus à la fraction du « pain béni ».

Croyant : Personne convaincue de la validité de la foi cathare et qui accepte d’en recevoir l’enseignement. Cela correspond au catéchumène, elle se prépare à devenir un jour chrétien à son tour. Elle fait donc partie de l’Église, le « melhiorer » en est le signe visible. Avec la foi grandissante, elle prend une part de plus en plus active au soutien de l’Église et par étapes successives se voit acceptée au partage du « pain béni », et même en stade ultime, à la prière collective avec les Parfaits.

Novice : Croyant affermi qui désire devenir Chrétien et qui suit un stage probatoire et de parachèvement de sa formation de son futur état de Chrétien. La formation ne peut pas être inférieure à trois carêmes (un an), mais n’a pas de limite de durée.
Il vit comme un Bons-Chrétiens, à leur côté, mais sans l’être encore.

Compagnon (en occitan socius) : Après son noviciat, le Bon-Chrétien qui vient d’être reconnu comme tel par le baptême de l’imposition des mains, la Consolation (appelée consolament en occitan), est associé à un Ministre confirmé qui va parachever sa formation. Par décision de l’ancien, du diacre ou de l’évêque, il sera le « second » de plusieurs Chrétiens pour qu’il puisse être enrichi par la pratique de chacun d’entre eux.
Si le compagnon est un Chrétien à part entière, mais il n’est pas encore reconnu comme « Ministre » de l’Église, c’est-à-dire quelqu’un capable de catéchiser, de prêcher ou de baptiser, bien qu’il est en droit de le faire en cas de nécessité extrême.

Ministre : Si un Bon-Chrétien est reconnu comme apte à catéchiser, prêcher et baptiser, il est autorisé à le faire par l’évêque ou son représentant, le diacre. Cette nouvelle fonction dans l’Église est signifiée par une nouvelle imposition des mains. On lui adjoint alors un autre Bon-Chrétien qui sera son compagnon, son socius.

Ancien : Il est l’autorité responsable de la cellule de base de l’Église, c’est-à-dire la maisonnée, qui regroupe en un même lieu de vie communautaire une douzaine de Bons-Chrétiens tout au plus. Si son élection semble avoir été collégiale, il en était toutefois confirmé par l’imposition des mains du diacre ou de l’évêque.

Diacre : Il est le représentant de l’évêque et gère le suivi spirituel de plusieurs maisonnées dans un même secteur géographique. Cette fonction au sein de l’Église était également signifié par une l’imposition des mains de l’évêque. C’est probablement lui, avec l’accord des anciens, qui veillaient à la bonne formation et à la répartition des paires de Bons-Chrétiens, et bien entendu au bon équilibre de chaque maisonnée. Comme particularité, il avait l’autorité pénitentielle, le service (appelé apparelhament ou servici en occitan) qu’il était d’usage de faire une fois par mois dans chaque maisonnée.
Comme les autres, il ne se déplaçait pas seul, mais accompagné de son compagnon.
Comme les autres Bons-Chrétiens, il devait vivre de ses mains au sein d’une communauté. Sa maisonnée était celle tenue par l’évêque, dont les membres étaient composés des diacres et de leurs seconds, mais il était en fait plus souvent sur les routes et les maisons de son district qu’auprès de son évêque.

Évêque : C’est un responsable désigné pour servir au sein d’une zone géographique plus étendue. Il est assisté de deux futurs remplaçants dans sa mission d’organisation et de cohésion de l’évêché considéré. L’un appelé fils majeur, l’autre fils mineur.
Si à la constitution des Églises occitanes, les évêques furent élus collégialement par la suite, il fut procédé autrement : le fils majeur était le successeur désigné de l’évêque.
À la succession, le fils mineur devenait majeur et on choisissait un autre fils mineur, un diacre en principe.

L’Église catholique d’Ariège demande pardon à Dieu

Histoire du christianisme
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L’Église catholique d’Ariège demande pardon à Dieu

En ce dimanche ensoleillé du 16 octobre, le petit village de Montségur a vu sa population gonfler subitement jusqu’à dépasser les 500 âmes, elle qui n’en compte qu’une centaine habituellement.
Cette affluence était due à un événement historique, puisque l’évêque de Pamiers et Cousserans, Monseigneur Eychenne, avait décidé de célébrer une cérémonie pénitentielle. Elle visait à demander pardon, au nom des chrétiens catholiques de son diocèse pour leurs ancêtres qui avaient gravement péché contre l’Évangile quand ils s’étaient alliés au pouvoir temporel royal et avaient fait périr par le feu les 225 Chrétiens cathares faits prisonniers lors de la reddition de la citadelle de Montségur le 16 mars 1244.
Cet événement local, qui s’inscrit dans l’année de la miséricorde voulue par le Vatican, n’engage certes que cet évêque et les Catholiques de ce diocèse, mais on imagine mal qu’il soit sans répercussion partout en France où des Cathares furent pourchassés et massacrés.

La presse ne s’y est pas trompée puisque, grâce à l’Agence France Presse, le récit de cet événement fait aujourd’hui son apparition dans de nombreux médias nationaux et régionaux.
Ainsi la presse d’Occitanie en parle comme de juste. Nous trouvons un article dans La Dépêche du Midi, l’Indépendant (version web) et Midi Libre. France 3 Midi-Pyrénées en parle aussi, ainsi que Sud-Radio et France Bleu Roussillon.
Mais le sujet échappe à la région Occitanie et touche des médias nationaux. Ainsi, l’hebdomadaire Le Point et l’Express, le quotidien Le Parisien, les journaux d’information continue comme France 24, 20 minutes, France TV info, TV5 monde, mais aussi quelques titres régionaux comme Paris Normandie, l’Écho républicain d’Eure-et-Loir et l’Yonne, la presse catholique comme La Croix et la presse étrangère comme Madagascar News qui cite l’Express, ou 5 minutes Radio Télé Luxembourg.

Que devons-nous retenir de cette très large couverture médiatique ?
Nos frères catholiques ont souffert pendant des siècles de cette tâche portée à leur foi par des comportements dramatiquement opposés à ce qui fait le fondement unique du Christianisme : l’Amour inconditionnel et absolu envers toute l’humanité que nous a enseigné Jésus. Aujourd’hui, ils ont eu le courage d’affronter cette réalité et de la dire clairement, sans renier ceux qui ont péché mais sans occulter qu’ils l’ont fait au nom de la même religion qu’eux. Même si pour nous, les croyants Cathares, ce pardon n’a pas de sens, car nous sommes dans la Bienveillance, qui exclut tout pardon au profit de la rémission intégrale des péchés, cette démarche nous touche dans ce qu’elle a d’humain et nous espérons qu’elle apaisera les Catholiques et ouvrira une nouvelle période de paix entre eux et nous.

Monseigneur Eychenne, que j’ai rencontré à Montségur, m’a dit combien il souhaitait que nous puissions nous rencontrer en tête à tête bientôt, à Carcassonne ou à Pamiers, afin de jeter les bases d’un dialogue constructif et bienveillant entre nous. Je lui ai dit combien je pensais cela important et nécessaire.

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