1-0 – Comprendre le catharisme

Chaîne Youtube® : catharisme

1-0 - Comprendre le catharisme
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La chaîne Youtube® du catharisme

Comme chacun peut le vérifier, le catharisme fait l’objet de nombreuses vidéos sur Youtube®. Malheureusement, comme pour tous les médias, le pire et le moins mauvais s’y côtoient.
Afin d’offrir une autre approche du catharisme, j’ai créé une chaîne Youtube® sur laquelle seront publiées de petites vidéos de présentation et d’approfondissement du catharisme.

Nous essaierons de tenir un rythme d’une vidéo par quinzaine, afin que l’ensemble puisse être disponible d’ici un an.
Vous trouverez ci-dessous un sommaire des vidéos publiées avec un lien vers chacune d’elles.

Pour vous faire patienter, voici une vidéo réalisée par un journaliste qui parcourait le chemin de Compostelle en VTT.

Sommaire

Le catharisme – Présentation (24/04/2020)

Histoire du catharisme

(accès ouvert à tous)

Philosophie – Cosmogonie

Le slovo de Cosmas : (08-05-2020) – article complet

De Jésus à Paul :  (24-05-2020) – article complet

Paul, le marcheur du christianisme : (07-06-2020) – article complet

Doctrine cathare

(accès réservé aux abonnés)

Pratique cathare

Paul, le salut par la foi (1e partie) : (21-06-2020) – article complet

Paul, le salut par la foi (2e partie) : à paraître (05-07-2020 ?) – article complet

Le catharisme – chemin de Compostelle en VTT

Éric Delmas, 24 avril 2020.

Le croyant cathare moderne

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Le croyant cathare moderne

Le rapport à la religion aujourd’hui

De nos jours, il semble que l’amalgame soit devenu la norme. Comme dans la fameuse auberge espagnole, chacun entre avec ce qu’il transporte avec lui et s’installe sans tenir compte de la nature du lieu.

C’est un peu comme si vous alliez dans un restaurant chinois en demandant un pot au feu et que vous vous sentiez outré de vous entendre répondre que ce n’est pas un plat chinois. Après tout, si vous décidez que pour vous c’est un plat chinois qui peut s’autoriser à vous contredire ?
De même, vous entrez dans ce même restaurant et exigez que l’on modifie l’ordonnancement de la salle afin qu’elle corresponde à votre goût. Un refus vécu comme une insulte poserait problème.
Bien entendu, pour justifier vos exigences, vous veilleriez à n’avoir que le moins possible de connaissances sur la culture chinoise ou, si vous en avez, vous préférez faire l’impasse afin de justifier vos exigences.

Pour en revenir à la religion, je voudrais mettre en avant un phénomène très répandu, notamment dans le catholicisme. Cette religion dispose de fondements doctrinaux, voire de dogmes, très clairs. S’en réclamer impose logiquement de les accepter. Or, nous voyons quotidiennement des personnes se disant catholiques, mais rejetant ces fondements doctrinaux. Ainsi, le dogme de l’esprit infusé à la conception a logiquement mené les autorités catholiques à s’opposer à toute interruption volontaire de grossesse, pour quelque motif que ce soit. De même le dogme de l’ordre divin de croissance et de multiplication s’oppose à toute tentative de contrôle des naissances. Pourtant nombreux sont ceux qui se considèrent comme catholiques, qui s’opposent à ces dogmes sans s’interroger une seule seconde sur leur appartenance à cette Église.

Il en va de même pour le catharisme. Le rejet des éléments doctrinaux cathares impose logiquement que leur non-respect exclut de fait de cette religion ceux qui s’en rendent coupables.

Le croyant cathare aujourd’hui

Les études de ces dernières années ont permis d’approfondir la connaissance de la religion cathare, notamment dans le domaine doctrinal qui avait été peu étudié par les chercheurs et historiens conventionnels. C’est d’ailleurs sur la base de ces lacunes qu’ont fleuri nombres d’interprétations absolument pas fondées et dépourvues de toute source de référence.

Le croyant cathare, s’il veut s’appeler ainsi, doit s’appuyer sur les fondamentaux doctrinaux cathares, à commencer par ceux qui découlent du message christique.

Le premier point à prendre en compte est celui de la nature de notre incarnation. Nous sommes dans la création du démiurge, serviteur du principe du Mal, appelé généralement le diable. Notre part profonde est cependant d’une autre origine : le domaine du principe du Bien qui, s’il ne peut s’opposer au Mal en raison de sa nature parfaite dans le Bien, conserve néanmoins son omnipotence sur tout ce qui relève de son domaine, c’est-à-dire ce moi profond que nous appelons les esprits saints.
Ensuite, Christ qui nous a révélé cette situation, nous a enjoint de tout mettre en œuvre pour en sortir dès lors que nous comprenons son message. Cela implique de recevoir le message par le biais de la connaissance, d’en comprendre le sens profond par sa maîtrise gnostique et de le faire sien par l’éveil. Dès lors, le croyant éveillé mettra tout en œuvre pour retrouver celles et ceux qui partagent la même foi et la même volonté afin de cheminer ensemble vers le cap de la Consolation. Car, comme le navire longe les terres inhospitalières et se méfie des écueils cachés, jusqu’à dépasser le dernier cap et pouvoir ainsi se lancer en mer profonde et sécurisante, le croyant sait que son salut passe forcément par la voie du cheminement jusqu’à la Consolation qui lui ouvre la dernière porte avant le salut.
Mais, comme les courses au large voient de nombreux navires de mélanger au départ : voiliers hauturiers aptes à franchir les océans et barcasses diverses qui, en les accompagnant pendant quelques miles se donnent l’illusion de pouvoir les suivre ou rivaliser avec eux, il ne manque pas de personnes qui s’illusionnent sur leur état et quelques capitaines qui les éblouissent faute de se sentir capables de suivre eux aussi le bon chemin.
Alors toute cette agitation crée logiquement de nombreux remous dans lesquels certains sombrent et d’autres sont ballotés jusqu’à perdre la ligne de la route à suivre. Certains navires, initialement équipés pour le grand large vont eux aussi sombrer ou dériver pour s’être plus intéressés à l’agitation locale qu’à la ligne d’horizon et au cap à suivre.

Le croyant cathare est il moderne aujourd’hui ?

Les mots ont un sens. Le concept de modernisme est souvent malmené. On le considère comme une obligation de destruction de l’existant pour lui subsister quelque chose de différent. C’est faux !
Le modernisme est la capacité de rendre fonctionnel à une époque ce qui, venant d’une autre, serait inutilisable en l’état.

Pour être croyant cathare aujourd’hui il suffit donc d’adapter des éléments rendus obsolète par l’évolution sociétale sans que cela remette en cause le fondement sur lequel repose leur nécessité d’être.
Ainsi, le croyant moderne ne s’habille plus comme le paysan médiéval occitan et ne mange plus comme lui. Il vit dans son époque tout en respectant ce qui justifiait les choix de son ancien coreligionnaire.
Par contre, il respecte les choix relatifs aux fondamentaux sur lesquels son ancien s’appuyait.

Se sachant enfermé dans une prison extrêmement contraignante, il n’a de cesse que de chercher les moyens d’y échapper.
Ayant fait le choix de la voie (navire) cathare, il en suit les préceptes et les fondamentaux en terme de connaissance et de cheminement.

La religion n’est pas une auberge espagnole. Si l’on se dit cathare tout en triant dans les règles et les éléments doctrinaux pour ne retenir que ce qui nous convient, ou si on y ajoute tel ou tel élément qui fait défaut à notre goût, on est dans l’erreur et pire, on risque d’y entraîner d’autres personnes qui se seront fiées à nous.

Alors ! qu’est-ce qu’un croyant cathare moderne ?

Tout simplement le croyant cathare moderne se comporte en fonction des points que je viens d’énoncer et que je vais préciser.

La connaissance cosmogonique

Le croyant cathare moderne a compris, admis et fait sienne la théorie de la chute d’un tiers de l’Esprit émané du bon principe — seul Dieu —, divisé en ce monde dans les corps humains résidant partout où le démiurge a décidé de les emprisonner.
De même il admet comme évident que ce monde n’a rien de divin et ne peut être amendé, mais qu’il finira par retourner à son néant originel.
Logiquement il sait que sa mission, en cette incarnation qu’est sa prison mondaine, est de tout mettre en œuvre pour s’évader lorsque le corps qui le retient viendra à mourir, et que pour cela il doit se préparer maintenant en mettant en œuvre les conditions de son évasion.

La connaissance doctrinale

Le croyant cathare moderne a compris, admis et fait sienne la doctrine cathare, basée sur le fondement de la Bienveillance (Amour, dilection, agapê, etc.) et cherche à en appliquer tous les fondamentaux et la règle de justice et de vérité qu’il peut mettre en œuvre à son niveau débutant.
Il cherche à respecter la non-violence absolue, même s’il sait que cela lui demande beaucoup d’efforts et qu’il aura du mal à y parvenir avant son noviciat. Mais il est clairement convaincu qu’aucune forme de violence n’est justifiée ni justifiable, fut-ce à l’encontre de personnes dont le comportement lui semblerait monstrueux.
Il cherche à faire preuve de la plus grande humilité, sans sombrer dans la fausse modestie. De ce fait il fait preuve d’obéissance envers les croyants, novices et chrétiens consolés dont il reconnaît que leur avancement leur donne accès à des connaissances qui lui échappent encore.
Bien entendu, il essaie de respecter les éléments de la règle de justice et de vérité à la hauteur de ses capacités, sans sombrer dans une imitation des chrétiens consolés qui serait forcément fausse et théâtrale.

La pratique ecclésiale

Le croyant cathare moderne a compris, admis et faite sienne la nécessité d’agir de concert avec les autres membres de la communauté des croyants cathares en vue d’instaurer des outils nécessaires au cheminement menant vers le salut.
Il cherche à s’impliquer dans un travail de diffusion de la connaissance, à partir des éléments donnés par les croyants, novices et chrétiens consolés qui par leur propre avancement sont à même de l’aider dans ce travail.
Il cherche à participer autant qu’il le peut aux activités de recherche, d’étude et d’échange avec les autres croyants, les novices et sous l’égide des chrétiens consolés afin de maintenir au mieux les conditions de collégialités exigées par le dur cheminement qui est le leur.
Il participe autant que faire se peut aux tentatives de mise en place de maisons cathares, indispensables pour permettre l’éclosion de communautés évangéliques de novices et de chrétiens consolés, pour qu’un jour il puisse lui aussi s’engager dans cette voie unique vers le salut.
De même, il s’implique à son niveau dans le travail de remise en place d’une Église cathare reconnue.

Voilà présenté, de la façon la plus claire et la plus simple possible, ce qu’être croyant cathare moderne veut dire aujourd’hui.
Si vous adhérez à tout cela, mais que certains points sont encore hors de portée pour vous, vous êtes sans doute sympathisant et en bonne voie pour devenir croyant un jour.
Si vous n’adhérez pas à certains de ces points et que votre état spirituel vous dit ne pas devoir y adhérer un jour, le catharisme ne peut être pour vous qu’une voie différente de la vôtre. Vous la regardez avec curiosité et, je l’espère, sans animosité.

Éric Delmas, 6 décembre 2019.

Les niveaux d’avancement dans le catharisme

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Les niveaux d’avancement dans le catharisme

Il existe au sein du catharisme deux sortes de personnes : celles qui sympathisent et s’intéressent mais qui ne partagent pas notre foi et ceux qui partagent notre foi.
Les premières sont appelées auditeurs ou sympathisants, car ils viennent écouter et posent des questions mais leurs rapports avec les membres de la communauté ecclésiale ne vont pas plus loin.
Les secondes sont les croyants qui ont reçu l’éveil et progressent dans leur foi, à leur rythme et selon leur volonté personnelle librement exprimée.
Quand un curieux le souhaite, il reçoit une première information générale sur ce qu’est le christianisme cathare, ses particularités, ses différences avec d’autres christianismes, etc. S’il manifeste son adhésion intellectuelle à la doctrine chrétienne cathare, il est admis dans la collégialité et devient un sympathisant (auditeur). Ce stade ne s’accompagne d’aucune mesure rituelle puisque le sympathisant n’est pas membre de l’ecclésia.

Du sympathisant au croyant

Si le sympathisant, après un temps qui est généralement assez long, et peut même atteindre plusieurs années, progresse dans son adhésion aux éléments doctrinaux du catharisme au point de les faire siens, il commence un parcours qui dépasse le stade intellectuel de l’adhésion pour entrer dans celui spirituel que beaucoup considèrent comme le fait de devenir un croyant.
De mon point de vue, ce stade est intermédiaire entre le sympathisant et le croyant. En effet, spirituellement l’individu se sent concerné par la foi cathare, mais il lui reste encore une empreinte de son passé athée ou croyant d’une autre religion. Ce passé l’empêche encore de lâcher prise et de se laisser aller dans la foi cathare.
Quand cela arrive, il va changer de paradigme. Le catharisme ne lui apparaît plus comme une hypothèse séduisante, cohérente, voire logique. Non, à ce niveau la voie cathare devient une évidence et tout autre cheminement s’avère inadapté pour celui qui est devenu un croyant. Non pas qu’il dénigre aux cheminements des autres la possibilité de les mener à bonne fin, mais pour lui rien ne peut convenir que de suivre les Bons-Chrétiens dans la voie qu’ils ont tracée. Il a passé la porte de la foi cathare. Quand on passe une porte on perd la vision de ce qu’il y avait avant et on découvre un nouvel espace. Et si, comme cela s’est produit quelques fois dans le passé, on revient en arrière, on n’est plus vraiment le même et on a besoin d’agir vigoureusement pour tenter d’effacer ce souvenir. Il n’est pas étonnant que certains cathares ayant abjuré leur foi se soient retrouvés être des collaborateurs zélés de l’Inquisition.
Pour en revenir au croyant, le passage de la porte est pour lui une révélation qui peut être vécue de façon positive ou non. En effet, et cela s’observe à chaque moment de l’évolution dans la foi cathare, le passage d’une porte revêt un côté définitif qui peut occasionner une souffrance psychologique, car le détachement aussi avancé soit-il est contrecarré par notre mondanité que cherche à nous faire revenir en arrière. Un doute peut alors se manifester, mais comme nous savons que cet avancement est sans retour, une légère inquiétude peut l’accompagner. C’est d’ailleurs utile de savoir cela, car bien des sympathisants sont au contraire dans l’euphorie quand ils pensent être devenus croyants. Souvent c’est parce qu’ils n’ont pas encore vraiment franchi ce cap. Ils sont dans cet entre-deux que je viens d’expliquer et leur euphorie est due à leur mondanité qui tente de les leurrer pour éviter qu’ils continuent d’avancer.

Du croyant au Consolé

Un point essentiel pour reconnaître le croyant est qu’il cesse d’être passif. En effet, quand on intègre totalement la foi cathare, on sait qu’il n’y a qu’une voie possible pour atteindre le salut : obtenir l’aide de Bons-Chrétiens pour être en position de recevoir la grâce qui nous ouvrira la dernière porte, celle du salut !
Par conséquent, le croyant veut absolument participer, à la hauteur de ses compétences, au renouveau d’une structure ecclésiale cathare qui permettra de former et donc, de disposer de Bons-Chrétiens qui guideront les croyants dans leur cheminement. Et cela, même si le croyant, en raison de son implication mondaine antérieure, doute de pouvoir devenir novice un jour.
Outre son engagement personnel dans la résurgence cathare, le croyant va participer activement à la vie de l’Église cathare. Face à d’autres croyants avérés de même sexe, il pourra pratiquer le caretas (baiser de paix) et, face à un Consolé, il pratiquera en sus l’Amélioration (Melhorament) qui est une adresse faite au Saint-Esprit consolateur à travers la personne d’un Bon-Chrétien. Le croyant va alors faire le choix logique de progresser dans sa foi à titre personnel en intégrant progressivement les éléments de la règle de justice et de vérité dans sa vie quotidienne. Il est aussi un intermédiaire entre la population non croyante et celle des novices et Bons-Chrétiens pour permettre aux premiers, s’ils le souhaitent, de s’informer. Il ne s’agit en aucun cas de prosélytisme puisqu’à aucun moment, ni croyants, ni Bons-Chrétiens ne veulent et ne peuvent chercher à attirer dans leur foi ceux qui n’en ressentent pas l’appel personnel.
Un des éléments premier dans la relation entre le croyant et les autres membres de l’Église, à laquelle il vient d’adhérer, est celui de l’Amour ou Bienveillance qui l’amène à ne pas développer de conflit au sein de la communauté ecclésiale, et si possible, en dehors non plus.
Quand le croyant a atteint ce premier objectif, il continue sa progression dans la Bienveillance en soutenant ceux qui en ont besoin, en tous lieux et tous temps où cela lui est possible, et bien entendu auprès de son Église et des communautés évangéliques existantes. Cette entraide peut prendre toutes les formes et intensités dont il est capable sans que cela puisse être considéré comme une contrainte. Ce niveau d’avancement dans le giron de l’Église l’amène à accéder à une pratique rituelle des communautés évangéliques, la bénédiction du pain. Cette pratique peut être réalisée en dehors des communautés évangéliques par un Bon-Chrétien entouré de croyants ayant atteint ce niveau. Ils peuvent également assister tous les mois au rituel du service (Apparelhment), au cours duquel l’ancien de la maison cathare fait une pénitence collective devant le diacre.

À ce stade, sa foi sera suffisamment affermie pour qu’il puisse demander à l’Église de l’autoriser à préparer sa bonne fin. S’il ne peut entrer en noviciat, il va préparer sa fin de vie de façon à ce qu’un Bon-Chrétien puisse l’assister dans sa Consolation, y compris au seuil de la mort. Pour éviter tout retard qui serait préjudiciable à la réception de cette Consolation, il va passer un accord anticipé : une convention (convenenza) avec l’Église. Par cette convention, il effectuera une partie du sacrement de la Consolation, de façon à ce que le Bon-Chrétien, qui sert d’intermédiaire entre lui et le Saint-Esprit consolateur, puisse finaliser le sacrement même s’il ne peut plus lui répondre alors.
Si le croyant poursuit son avancement dans la foi de son vivant, notamment en faisant sienne la règle de justice et de vérité, c’est-à-dire quand approche le moment où il demandera à être accepté comme novice dans une communauté évangélique, il est reconnu comme tel et admis à assister à un rituel réservé normalement aux Bons-Chrétiens et aux novices : la tradition de l’oraison au cours de laquelle il écoutera les Consolés et les novices avancés réciter le Pater, élément central des  méditations chrétiennes cathares.

Il ne lui restera plus alors qu’un pas à franchir quand il s’y sentira prêt et que les membres de la communauté évangélique valideront son choix, devenir novice en vue d’être un jour revêtu à son tour.
Il rejoindra alors une communauté de vie évangélique cathare où il suivra intégralement le mode de vie de la communauté sous la responsabilité d’un Bon-Chrétien qui le guidera dans sa progression par des enseignements complémentaires de ceux donnés lors des méditations quotidiennes dispensées lors des Heures régulières. Après au moins un an, c’est-à-dire après avoir suivi l’intégralité des éléments de la vie communautaire évangélique cathare, il évaluera s’il lui pense être suffisamment avancé pour demander à recevoir la Consolation (Consolament). Si c’est le cas — et après avoir pris conseil et avis des autres Bons-Chrétiens — il sera admis à ce baptême d’esprit et continuera sa formation par un compagnonnage qui l’amènera à s’attacher successivement à des Bons-Chrétiens dévolus à cette tâche. Sinon, il pourra soit continuer son noviciat aussi longtemps que nécessaire (deux à trois ans était semble-t-il courant au Moyen Âge), soit demeurer en maison cathare pour y finir sa vie sans prendre de responsabilités apostolique, soit choisir de rejoindre la vie de croyant en attendant d’être prêt de nouveau pour refaire un noviciat.

Contrairement à d’autres formes de christianisme, le catharisme respecte les choix de ses membres, y compris les Bons-Chrétiens s’ils souhaitent quitter la vie communautaire évangélique. De la même façon il accepte de les voir revenir pour reprendre un noviciat.

Éric Delmas, 2 juillet 2019.

Définir le Catharisme d’aujourd’hui

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Définir le catharisme d’aujourd’hui

Qu’est-ce que le catharisme ?

Cette question peut en surprendre plus d’un, émanant d’une personne qui mène des recherches approfondies sur le sujet depuis douze ans et qui vit depuis deux ans et demi comme un novice cathare.
Pourtant elle n’est pas anodine.

En effet, si le catharisme médiéval nous est de mieux en mieux connu, si sa structuration était indubitablement celle d’une Église au sens commun du terme, si ses pratiquants — les Bons-Chrétiens — étaient organisés comme n’importe quelle confrérie religieuse et étaient considérés comme tels par leurs croyants, sans parler de leurs opposants catholiques de l’époque, peut-on extrapoler aujourd’hui cette organisation pour dire que les mêmes appellations et considérations s’appliquent encore à lui ?

Comme je vais essayer de l’étudier devant vous, nous allons voir que le catharisme aujourd’hui se reflète de façon extrêmement variée dans les yeux de ceux qui l’observent avec le filtre de la considération du phénomène religieux qui a cours au 21e siècle.

Quelques définitions

Impossible de raisonner conjointement sans poser d’abord les bases sémantiques qui s’imposent.

Le premier terme à bien définir est celui de religion. Une religion est une approche spirituelle qui réunit les individus qui la reconnaissent et la pratiquent. Ce terme tire son nom du latin religo, qui signifie attacher, lier et religio, qui signifie avoir du scrupule. Il s’agit donc d’une pratique scrupuleuse qui relie, attache, des gens qui la partagent. Il faut donc, pour qu’il y ait religion, que l’on puisse définir un lien entre ceux qui ont une pratique faisant état de la même observance scrupuleuse d’une spiritualité.

La spiritualité est donc à différencier de la religion. Là où la religion exige plusieurs personnes réunies, la spiritualité est individuelle. La spiritualité est une aspiration religieuse qui amène à considérer des éléments intellectuels et pratiques comme justifiés, voire nécessaires, à la manifestation de la foi ressentie.

La foi est, comme l’indique sa source latine fides, la confiance que l’on place en une conception intellectuelle relative à une entité transcendante que l’on place au-dessus de toute chose.
Quand cette foi, qui a donné lieu à une approche spirituelle, aboutit à rassembler des personnes au sein d’une religion, comment peut-on nommer ce rassemblement ?

On constate qu’il existe plusieurs termes pour cela. Est-ce pure conjecture ou bien y a-t-il moyen de déterminer un usage précis à chacun de ces termes ?

La communauté religieuse est un terme employé pour désigner des personnes attachées à la même religion quelle qu’en soit la position et la pratique. C’est un terme vague qui va donner lieu à des précisions.

La communauté spirituelle ou ecclésia est un ensemble regroupant des personnes qui partagent la même foi. Il s’agit essentiellement des croyants, mais le catharisme introduit une nuance dans ce terme. Alors que les autres religions se contentent de demander à un croyant d’affirmer sa foi, dans le catharisme le croyant a reçu l’éveil, c’est-à-dire qu’un événement spirituel s’est produit en lui — une révélation — qui l’a convaincu que cette foi était la seule possible pour lui. Donc, par extension, on admet généralement dans la communauté spirituelle des sympathisants avancés, qui ne partagent aucune autre foi, mais qui n’ont pas encore reçu l’éveil, même si l’on peut facilement imaginer qu’ils le recevront bientôt pour peu que leur engagement intellectuel et spirituel soit sincère.

La communauté évangélique se distingue par le fait que ses membres vivent de la manière évangélique que pratiquaient les cathares du Moyen Âge, c’est-à-dire regroupés en maison cathare.

Si le terme Église tire son nom du latin ecclésia que nous avons vu plus haut, il est doté de deux acceptions un peu différentes. Certes, il s’agit bien d’une communauté spirituelle pratiquant la même conception religieuse, mais il s’agit aussi d’un statut juridique et administratif particulier. Ne la confondons pas avec le bâtiment catholique qui sert de lieu de culte : l’église.

L’Église à notre époque

La France a une particularité unique à la date d’aujourd’hui, d’avoir organisé en son sein la séparation de l’Église et de l’État, créant de ce fait une notion particulière que l’on appelle la laïcité. Cette séparation s’est faite dans la violence et a provoqué un profond clivage au sein de la population qui se manifeste encore de nos jours par des positions extrémistes des deux bords. En effet, selon les périodes, certains religieux tentent d’imposer leurs vues afin d’infléchir la conception de laïcité à leur avantage et à d’autres, ce sont les athées qui font de même.
Les modérés, désireux de voir respectés les choix des uns et des autres sont souvent pris en otages dans ces luttes. J’ai déjà étudié la laïcité dans deux autres textes, aussi je n’y reviendrai pas ici.

Dans le cadre de la loi de séparation de l’Église et de l’État, dite loi de 1905, est proposé un statut spécifique pour les associations dont l’objectif est une pratique religieuse exclusive. Contrairement aux associations déclarées, qui relève de la loi de 1901, l’association cultuelle a, comme son nom l’indique, comme seul objet d’organiser des cultes. Cependant, la loi prévoit que ce qui s’avère nécessaire à l’organisation des cultes soit prévu et couvert par cette loi, c’est-à-dire la prise en charge des officiants (ministres du culte), de leur formation et des locaux les accueillant et de ceux où se déroulent les cultes. Dans ce cadre très restrictif, la loi accorde des avantages non négligeables à ces associations, comme le droit de recevoir des dons notariés et des legs et l’exonération de taxe foncière pour les bâtiments cités ci-dessus. En contrepartie, ces associations sont soumises à des obligations. Prouver qu’elles sont représentatives de la communauté sociale où elles exercent et faire preuve d’une totale transparence financière. La représentativité minimale est imposé par un quota de membres déclarés et nommément désignés en fonction du nombre d’habitants de la zone géographique considérée. La transparence financière exige de faire vérifier et de publier les comptes.

Mais quand on parle d’Église de façon plus générale, c’est la structure de la communauté ecclésiale qui est désignée, avec comme référence celle du culte catholique. Or, cette institution a pris, au cours des siècles, des positions religieuses et politiques qui ont fortement altéré son image chez beaucoup. De ce fait, ce terme tend à provoquer un rejet quasi systématique, mais il faut surmonter cela car il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. En effet, si vous perdez un proche dans un accident de voiture, vous ne considérerez pas systématiquement la voiture comme un instrument mortifère. Par contre, vous serez plus prudent quant à son usage et à ceux à qui vous vous confiez quand ils vous proposeront de vous emmener.

Que dire du catharisme aujourd’hui ?

Bien des gens se sont intéressés au catharisme au cours des siècles et s’y intéressent encore aujourd’hui sans pour autant avoir la même vision de ce qu’il est.
Ainsi certains n’y voient qu’un corps mort que l’on dissèque à l’envi, mais dont la forme d’apparition médiévale ne saurait laisser imaginer une quelconque résurgence moderne. Et encore je ne parle pas ici de ceux qui essaient de prétendre à sa non-existence !
Il en est qui n’y voient qu’une sorte de philosophie non violente, n’en retenant que les principes spirituels sans tenir compte de la pratique rituelle et sacramentelle.
D’autres considèrent que cette religion n’est plus adaptée aux hommes de notre époque et que l’on doit s’en tenir à une pratique spirituelle intellectuelle et individuelle.
En fait, bien peu nombreux sont ceux qui pensent que le catharisme a toujours sa place dans notre société ; mais il y en a !

Les historiens qui s’abstiennent volontairement et vigoureusement de chercher à comprendre les racines et l’origine du catharisme, ne peuvent d’évidence l’imaginer se remettre en ordre de marche aujourd’hui. Comme le chimpanzé voyant son reflet dans un miroir va considérer qu’il est en face d’un congénère, faute d’avoir la maturité intellectuelle suffisante pour comprendre ce qu’il voit, ils sont partiellement aveuglés par les limites qu’ils s’imposent au nom d’une prétendue objectivité qui n’existe que dans leur conception autocentrée de leur exercice professionnel.

Nombreux sont ceux qui ne retiennent du catharisme que quelques principes à intégrer, éventuellement, dans une morale personnelle ou à utiliser comme étendard d’un monde plus tolérant et respectueux de tous. Je comprends cela, mais je ne peux m’empêcher de leur rappeler que cette vision minimaliste est à des années-lumière du catharisme médiéval. De là à penser que cette approche signe une profonde méconnaissance du catharisme, il n’y a qu’un pas que je franchis aisément.

La troisième catégorie fait florès. De grands noms en ont fait partie, comme Déodat Roche ou Yves Maris par exemple. Est-ce pour autant le signe que cette approche est la bonne ? Je ne le crois pas.

En effet, si les cathares avaient raison — et c’est le point de vue de ceux qui partagent leur foi —, comment imaginer que leur religion serait adaptée à une forme d’incarnation des esprits saints prisonniers et ne serait pas à une autre ? Soit le catharisme s’adresse à notre être profond, soit il n’a pas de raison d’être. Méconnaître la portée universelle que la doctrine cathare apporte à cette part d’éternité souffrante que nous représentons aujourd’hui, comme l’étaient celles et ceux qui l’ont porté au Moyen Âge, serait incohérent. Ou bien le catharisme est valable tant qu’il restera un esprit saint prisonnier ici-bas, ou bien il ne s’est jamais justifié. Personnellement, je mets cette conception d’une approche purement intellectuelle sur le compte d’un manque d’approfondissement global. À force de regarder le catharisme avec une loupe, on peut en venir à perdre de vue ce qu’il est globalement et profondément.

Et c’est pourquoi j’appartiens résolument à la dernière catégorie ; celle qui pense que le catharisme n’est ni archaïque ni désuet à notre époque. En effet, comparé à l’époque médiévale, peut-on dire que notre siècle n’a plus besoin de Bienveillance, d’égalité, de considération et de spiritualité ? Franchement, à part la sophistication mise dans les moyens de faire souffrir et de tuer l’autre, je ne vois aucune différence entre ces deux périodes.
Non seulement le catharisme nous apporte une compréhension claire et logique de notre monde en notre siècle, mais il nous propose également les moyens de l’analyser et ceux nécessaires pour nous positionner individuellement et collectivement par rapport à lui.

Donc, ne voir le catharisme que par des filtres qui en opacifieraient certains aspects, me semble être une erreur. Certes, le catharisme est une spiritualité qui nous éveille individuellement, mais pas que. Certes, il est aussi une pratique morale et sociale, mais pas que. Certes, il est aussi un moyen de rassembler des porteurs d’une foi identique, mais pas que. Il est tout cela et bien plus encore ; il est l’outil nécessaire pour emprunter et suivre le chemin enseigné par Christ et ainsi atteindre l’objectif de tout croyant : faire sa bonne fin !

Éric Delmas, 20 décembre 2018.

La foi cathare

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La foi cathare

Le sujet de la foi interroge beaucoup, car en règle générale, il se pose assez peu dans les autres christianismes ; disons plutôt qu’il semble aller de soi. Le catharisme a cette particularité que la foi n’y est pas fournie « clés en mains », mais doit se construire, notamment par la connaissance et l’introspection.
Celui ou celle qui découvre le catharisme entre donc dans un domaine vierge pour lequel il ne dispose d’aucune référence valable, alors que l’ensemble paraît avoir un air de déjà vu.
Je voudrais essayer, à la faible lumière de mon expérience et de mes propres réflexions, de vous présenter la foi cathare de façon suffisamment simple pour que chacun puisse mieux en comprendre les différents stades.
En effet, la foi cathare n’est pas monolithique, mais elle est en évolution permanente et les différents stades que j’ai identifiés me semblent comparable à la vie d’un être humain, à savoir, la petite enfance, l’adolescence, l’âge de la vie active, la maturité et la retraite.

La découverte de sa foi

Habituellement, les gens découvrent le catharisme, s’y intéressent, approfondissent sa connaissance par la sympathie qu’il leur inspire, et parfois, se sentent aspirés par cette religion qui leur paraît répondre à leurs conceptions spirituelles.
Ce premier éveil s’accompagne généralement d’une forme d’exaltation, plus ou moins marquée selon chacun, qui correspond à celle du petit enfant découvrant le monde.
Le croyant est emporté par la joie d’avoir acquis la conviction d’être enfin en accord sur le plan spirituel avec d’autres ; l’entrée dans une ecclesia— une Église — c’est-à-dire une assemblée humaine portée par une identité spirituelle a de quoi nous emporter.
C’est logiquement un moment propice à une frénésie d’apprentissage, de découvertes, de comparaisons et un désir profond d’aller encore plus loin, afin de se rapprocher du but ultime : la Consolation.

C’est aussi l’âge où les erreurs d’orientation doivent être identifiées pour éviter que le cheminement ne s’approfondisse dans l’erreur de route. L’homme a un instinct grégaire qui le pousse à rechercher la compagnie des autres, et ce dans toutes les composantes de sa vie. « Accrocher » le wagon cathare est un comportement logique pour ceux qui se sentent SDF (sans doctrine fixe), mais si ce wagon n’est pas le bon, il faudra du temps pour s’en rendre compte et cela rendra d’autant plus difficile le retour à la gare où le bon wagon sera peut-être déjà parti dans une autre direction qui nous aurait mieux convenue.

Comme la petite enfance est le moment le plus important de la construction de l’adulte en devenir, ce premier stade de l’éveil est important pour le devenir du futur chrétien cathare. C’est là qu’il devra trouver des guides et des compagnons de route qui sauront lui montrer les écueils les plus graves et qui pourront l’aider à trouver la voie de son propre avancement pour un meilleur cheminement.
En fait, la première chose qu’il devra intégrer c’est que le cheminement demande de l’humilité et beaucoup de patience.

L’entrée réelle dans la foi

Comme l’adolescent qui quitte le monde merveilleux de l’enfance pour affronter les premières difficultés de la vie, les premiers déboires que ses parents ne pourront pas gérer pour lui et les premiers choix essentiels qui vont déterminer son avenir, le croyant cathare va lui aussi rencontrer des épreuves et faire des choix essentiels.
Le croyant qui a su calmer ses impatiences et qui a compris les dangers que la vanité place devant ses pas, va logiquement chercher à affermir sa foi grâce à une bonne connaissance de sa religion. Finies les dérives classiques du début, où l’on cherche à toujours vouloir trouver dans une religion autre chose que ce qu’elle nous propose. Le croyant cathare de ce stade n’en est plus à accumuler les religions possibles ; il a fait son choix et il sait vers où il veut aller. Il sait aussi que la connaissance, au combien indispensable, ne l’empêchera pas de devoir un jour avancer sans garde-fou. Car la foi est justement cette action où l’on avance sans aucune garantie que l’on va trouver du solide sous son pas. J’évoque souvent pour illustrer cela, le moment dans le film : Indiana Jones et la dernière croisade, où le héros doit faire la dernière partie du chemin censé le mener au Graal en passant les épreuves du pénitent qui donne lieu à des pièges physiques dans cette histoire. L’humilité vient en premier, qui le conduit à adopter l’attitude voutée qui le sauve de scies automatiques, puis la marche dans le nom de Dieu qui lui évite de tomber dans les éboulis, etc. Mais le moment suprême est celui où il doit affirmer sa foi. En effet, il se trouve dos à une paroi rocheuse et face à l’entrée de la grotte dont il est séparé par un gouffre immense. Entre les deux, rien ! Pas de pont, pas de corde tendue, aucun moyen de passer normalement. Alors, il se rappelle que la foi est comme un saut dans le vide et il pose son pied au-dessus de ce gouffre. Surprise ! il découvre qu’un pont existe, mais qu’il lui était caché par une illusion d’optique, et ainsi il peut continuer à avancer.
Cette image est excellente. Si l’on a suffisamment acquis de connaissances pour savoir ce qu’est vraiment le catharisme et si l’on a suffisamment étudié sa propre conviction pour savoir ce à quoi notre intuition nous pousse, l’esprit éveillé en nous va nous convaincre de changer de paradigme. Ce ne sont plus les yeux humains, susceptibles d’être trompés par toutes sortes d’illusions, qui peuvent nous guider, mais les yeux de l’esprit qui savent que Dieu ne peut pas nous abandonner. Et nous faisons aussi ce pas au-dessus du gouffre des peurs mondaines pour toucher pour la première fois le « pont » qui nous mène à la foi affermie.
Désormais les choses sérieuses commencent et il faut être certain de notre engagement, car une hésitation ou une erreur que l’on hésiterait à reconnaître nous mènerait à l’erreur qui serait gravissime pour notre salut.

La spiritualité active

Après ce passage difficile, douloureux parfois aussi, vient le moment, où porté par notre foi, nous cheminons sereinement en approfondissant la connaissance des ressorts profonds du catharisme et en ressentons pleinement la spiritualité.
Tout au moins est-ce le début de cette phase. En effet, comme l’adulte qui s’est lancé dans la vie active, le croyant confirmé va rencontrer nombre d’écueils à son cheminement. Bien entendu, le premier est celui de l’humilité aiguisé par la vanité et l’impatience. Le sentiment d’avoir fait un bon bout de chemin peut se transformer en certitude d’être presque arrivé. Le souvenir des difficultés rencontrées peut conduire au désir d’être reconnu comma ayant déjà surmonté toutes les épreuves. L’altérité, c’est-à-dire l’accompagnement d’autres croyants, est le meilleur moyen d’apprendre à tempérer cette attitude.
Mais comme ce jeune adulte, nous sommes amenés à faire des choix dans notre cheminement, à nous positionner, notamment vis-à-vis de nos proches, dans notre vie mondaine et à interroger la force de notre engagement spirituel. Le catharisme n’est pas la religion de la facilité et du laisser-aller. Quand on a compris que le chemin est long et ardu et que les portes qui le jalonnent n’en marquent pas la fin, mais seulement les étapes, il est nécessaire de se poser la question de la validité de son choix spirituel face à cette impression d’être face à un mur et de ne plus bien distinguer ce qu’il y a devant.
Je ne dis pas cela pour faire peur, mais pour vous rassurer au contraire. En effet, ce moment est généralement marqué par le doute. Le doute fait peur, car on y voit la marque d’un engagement insuffisant, d’une possible erreur de cheminement, d’une foi vacillante et faiblarde. En fait, c’est le contraire. Le doute a plein d’avantages. Il nous oblige à revoir de fond en comble notre engagement, ses motifs, sa genèse et son déroulé. Ainsi, la connaissance acquise nous permet de disposer de moyens de confronter nos choix à la réalité du catharisme, afin de savoir si nous nous sommes trompés ou pas. Il nous oblige à vérifier si nous maîtrisons bien les fondamentaux du catharisme. La non-violence est relativement facile à comprendre à ce stade. Elle doit concerner non seulement les autres, mais nous également. L’humilité est toujours le plus difficile à appréhender et à surmonter. Notre mondanité, encore fortement ancrée en nous, nous confronte à un monde profondément vaniteux, égoïste, méprisant, individualiste et aveugle à tout ce qui ne lui importe pas. L’humilité en ce monde est un boulet. Nous devons le traîner et considérer qu’elle ne nous ralentit pas, comme on pourrait le croire à priori, mais qu’elle nous évite d’aller trop vite et donc de courir le risque de quitter la route.

Si nous sommes sur la bonne voie, nous aurons alors logiquement des doutes sur la qualité de notre engagement, sur notre capacité à comprendre et intégrer la doctrine cathare dans nos choix spirituels et à poursuivre en ce monde avec ce bagage apparemment si peu adapté à notre cheminement. L’étude des religions nous montre que bien d’autres avant nous ont eu, eux aussi ces moments de doute intense : Gandhi, mère Teresa, et même un certain Jésus qui, dans la noirceur de sa dernière nuit, espérait encore ne pas devoir boire la coupe. Le doute est fondamental et la peur de l’échec est salvatrice. Certes ; il nous provoque de grandes souffrances et ceux qui le vivent seuls courent le risque d’échouer par abandon.
Mais, comme l’adulte qui finit par assumer ses choix et qui en accepte les conséquences, le croyant qui eu le temps de confirmer la valeur des siens va pouvoir continuer d’avancer.

La maturité

En fonction des choix que l’on fait dans la période précédente, la période de la maturité va revêtir des aspects eux aussi différents.
Entre le croyant avancé en noviciat et celui qui reste dans le monde en raison de ses engagements, la différence peut sembler énorme. Elle ne l’est pas tant que cela. Le premier s’entraîne à l’ascèse pour approfondir la spiritualité cathare dans ses tréfonds et le second la vit de façon moins approfondie, mais la confronte davantage à la mondanité. L’un est apnéiste quand l’autre est un marathonien. Les deux apprennent à séparer le mondain du spirituel pour que l’esprit qui est en eux puisse se détacher de la dépouille de l’Adam qui s’oppose à leur projet de résurrection.
Le novice qui a eu la chance de pouvoir s’extraire du monde à volonté, doit apprendre à explorer la religion cathare en comprenant qu’il n’ira que d’échec en échec, car la vivre dans la perfection n’est pas possible en ce monde. Vu de dehors on pourrait le trouver excessif et injuste envers lui-même dans ses exigences, mais lui sait qu’il n’en est rien. « Le diable est dans les détails » dit-on, et c’est vrai ! Les petites erreurs et les compromissions apparemment sans importance sont le lit de l’infection qui conduit à tout relativiser. Plus le novice sera rigoureux, plus il compensera l’avantage qu’il a de pouvoir tenir le monde à distance plus facilement que d’autres.
Le croyant avancé pris dans le monde, doit accepter son état sans se plaindre. Dieu n’est pas caché dans une maison cathare. On peut suivre sa voie partout et en tout temps. L’application de la règle est certes moins facile et parfois impossible, mais rien n’empêche de l’adapter à son contexte de vie. L’erreur que l’on peut commettre à ce moment est de penser que l’on n’est pas responsable d’une situation qui s’impose à nous et qu’il suffit de laisser le temps filer jusqu’au moment où l’on pourra demander la Consolation aux mourants. Grave erreur ! Ce n’est pas parce que l’on ne peut entrer en noviciat qu’il faut rester les bras croisés. Au contraire, le cheminement que l’on fera jusqu’au moment opportun, soit de rejoindre une communauté pour y vivre ses dernières années, soit de la rejoindre dans son agonie lors d’une Consolation aux mourants, est essentiel à la réussite de ce dernier moment.

Si les trois premières étapes ont aidé à construire la foi, celle-ci la met en pratique.

La retraite

Contrairement à celle que bien des travailleurs, épuisés par une vie de labeur, imaginent, la retraite du croyant est à l’image de celle de nos retraités d’aujourd’hui : particulièrement active.
Difficile pour moi de vous la détailler, car je n’en suis pas encore à ce stade. Je vais donc essayer de vous en dresser un portrait approximatif.

À l’instar de la Consolation qui en marque le commencement, quelle qu’en soit la durée effective ensuite, la retraite du croyant devenu chrétien est active dans la spiritualité. C’est la période où se produit enfin la bascule entre la part mondaine et la part spirituelle du mélange qui nous définit. Le spirituel prend enfin réellement le pas sur le mondain et l’on entre dans ce que les anciens appelaient l’ataraxie.
Le Consolé n’en a pas fini d’approfondir sa foi quotidienne, mais il en appréhende tous les éléments : il n’est plus de ce monde ! Comme Christ disant au jardin de Gethsémani : « Mais que ta volonté soit faite », il s’abandonne enfin totalement à la volonté divine qu’il sert depuis si longtemps. On comprend bien qu’un tel état ne peut survenir ex abrupto et qu’il faut s’y préparer, comme je l’expliquais précédemment.
Certes le Consolé qui va vivre plusieurs années sera toujours en butte aux tentatives déstabilisatrices du monde désireux de le faire échouer, mais il en connaît tous les rouages et rien ne peut plus l’atteindre en ce monde qu’il a quitté volontairement.
Je ne peux pas vous en dire plus, car c’est à peine si j’entrevois ce que je vous décris. Aller plus loin serait manquer d’humilité et faire preuve d’impatience.

Éric Delmas, 26 septembre 2018.

La sorcière et le chevalier blanc

1-0 - Comprendre le catharisme
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La sorcière et le chevalier blanc

Régulièrement je suis contacté, ou je lis dans les forums que j’anime, par des gens qui m’expliquent être des réincarnations de personnages divers : seigneurs, princesses, Bons-Chrétiens, etc. De façon assez peu surprenante, je n’en ai pas connu qui se rappellent avoir été inquisiteurs, conquérant sanguinaire ou bourreau.
Bien entendu, pour ces personnes ces perceptions sont fiables et ne peuvent provenir que de l’esprit saint prisonnier qui se souvient de ses transmigrations précédentes. Je voudrais tenter ici de faire le point sur ce sujet.

L’esprit saint chez les cathares

Pour les cathares l’esprit saint, tombé en ce monde de mélange, est pur et parfait dans le Bien. Ce qui l’empêche de s’échapper pour retourner auprès du principe du Bien est le fait d’avoir oublié son état antérieur lorsqu’il fut incarné par le diable. Donc, a priori, si l’esprit saint pouvait avoir conservé le souvenir d’une vie antérieure, il ne serait plus prisonnier puisqu’il serait suffisamment éveillé pour avoir retrouvé le souvenir de son état.

Comment fonctionne la prison mondaine ?

Pour les cathares, l’esprit saint prisonnier est maintenu en cet état de refroidissement spirituel par l’âme mondaine qui est à la fois la geôlière de l’esprit saint et l’animatrice du corps.
Cette âme doit empêcher l’esprit saint de sortir de sa léthargie et elle emploie pour cela tous les moyens. Or, quel est le meilleur moyen de faire tolérer les barreaux à un prisonnier ? Le convaincre qu’il n’y en a pas !
Comme dans le film Matrix dont je vous parle régulièrement, nous sommes prisonnier d’un monde factice qui cache une prison, mais comme nous croyons ce monde réel, la prison ne nous apparaît pas.
Dans les cas les plus faciles, il existe plein de moyens pour occuper le corps et ainsi contenir l’esprit dans un espace si restreint qu’il ne peut rien faire. Nous connaissons les capacités anesthésiantes de la spiritualité que sont la réussite professionnelle et la sexualité. Mais — et même si cela peut en choquer certains — comprenons bien que la famille en est un autre, tout aussi efficace.

Ainsi notre vie est jalonné de périodes où, d’obligations en activités choisies, de frustrations en accomplissements personnels, nous sommes maintenus dans ce monde contre notre volonté profonde, mais sans en avoir conscience.
Dans certains cas, la nature de l’individu le pousse à se lasser de ces activités habituelles et le pousse à rêver à d’autres possibles. Ce grand danger doit être surmonté, car comme dans le film The Truman show, le risque de voir le corps atteindre les limites de la prison et comprendre la situation, ce qui ne pourrait que provoquer l’éveil spirituel, est immense et doit être contré.
L’âme a trouvé un moyen très ingénieux de contrer cela : le détournement d’attention. Comme nos politiques le pratiquent régulièrement, il suffit souvent de dévier l’attention d’un point à risque vers une autre voie, au moins aussi attrayante, pour que le sujet oublie son premier centre d’intérêt et se jette avidement dans le second.
Si un individu se demande si l’assassinat du président Kennedy ne pourrait pas être de la responsabilité d’un autre commanditaire que Lee H. Oswald, il vaut mieux l’orienter vers des pistes sans issue, comme la mafia ou les réseaux castristes, que de courir le risque de le voir un jour rechercher des informations sur la CIA et les lobbies pétroliers américains.
De même, si une personne laisse vagabonder son imagination vers l’hypothèse qu’il y a peut-être une autre réalité que celle qu’elle voit au quotidien, il peut s’avérer efficace de lui en suggérer des factices, mais conformes à sa personnalité. C’est typiquement ce que l’on observe avec l’ésotérisme. Cette hypothèse ouvre le champs des possibles et fait de chacun de nous un élu appelé à un grand avenir individuel.

Comment déceler ces pièges ?

Compte tenu du fait que nous n’avons pas sur ces problèmes une vue d’ensemble et un regard détaché, puisque nous faisons partie de l’équation, il faut trouver d’autres moyens pour définir ce qui relève du piège et le distinguer de ce qui pourrait relever de la manifestation réelle de l’esprit saint.
En effet, repérer ces pièges est essentiel, car ils nous empêchent d’avancer vers l’éveil ou le retardent dans sa manifestation.
Souvent, prendre un temps de réflexion permet de mieux comprendre à quoi nous avons à faire. En effet, si l’idée qui nous taraude s’écarte de certains principes fondamentaux que nous reconnaissons comme  d’essence divine, c’est qu’elle est de nature mondaine et qu’elle vise à nous égarer.
Jamais une idée émanant de l’éveil de l’esprit saint que nous sommes ne saurait nous donner à croire que nous sommes privilégiés et différents des autres. L’égocentrisme n’est pas une valeur divine.
Jamais non plus elle ne saurait nous donner à penser que nous sommes meilleurs et plus méritant. La vanité n’est pas une valeur divine.
Jamais elle ne saurait nous donner à croire qu’il suffit de se fier à une intuition plutôt que de se forcer à rechercher et étudier afin de conforter ou infirmer le sentiment initial. La futilité n’est pas une valeur divine.
Jamais elle ne saurait nous convaincre de taire et de garder pour soi des éléments qui nous semblent importants. L’égoïsme et le secret ne sont pas des valeurs divines.
Jamais elle ne se manifesterait en prenant comme support des attributs de ce monde, comme une particularité physique par exemple. La mondanité n’est pas une valeur divine.
Jamais elle ne saurait nous conduire à vouloir nous dépêcher d’atteindre le but et à clamer notre réussite sans se donner le temps de l’attente et de la réflexion. L’impatience et l’enthousiasme ne sont pas des valeurs divines.

Sur la base de ces quelques pistes nous voyons que bien des idées apparemment hautement spirituelles ne sont en fait que des chausse-trappes que nous lance l’âme mondaine, comme le fait la sorcière qui fait surgir ronces, précipices et rocher sur la route du chevalier blanc, sans oublier le dragon final qui lui barre la porte de la chambre de la princesse endormie.
L’hypothèse ésotériste qui propose une voie réservée à une élite promise au salut indépendamment du reste de l’humanité est un piège.
La mémoire d’une vie antérieure où l’on aurait été quelqu’un de plus avancé, voire de déjà prêt à passer de l’autre côté, est un piège. Si en plus des éléments factuels et matériels viennent la corroborer, comme le fer à cheval dont parle Sibylle Peire dans son interrogatoire devant Jacques Fournier ou comme des stigmates physiques qui auraient perdurés d’une vie à l’autre, le piège est encore plus grand.
Ces pièges sont fondés sur une particularité de notre mondanité que les psychologues connaissent bien. L’homme veut appartenir à un groupe, car il a peur d’être seul, mais il veut cependant être distingué et reconnu.

Reconnaître le chemin

Je l’ai souvent dit, et c’est parce que je chemine très prudemment et très lentement, malgré les nombreuses remarques — parfois critiques — que ce choix me vaut, il y a de nombreuses étapes dans le cheminement et plusieurs paliers dans l’éveil.
J’ai détaillé ces étapes dans mon texte sur la foi cathare.

Alors comment faire pour éviter ces pièges quand on n’est pas prêt à devenir un Bon-Chrétien ?

La règle de justice et de vérité nous aide

En effet, comme je l’ai dit dans le passé, le croyant peut tout-à-fait faire de cette règle une morale personnelle. Ainsi, il s’en servira au quotidien pour éprouver ce qui lui est proposé et voir si cela doit être bien ou mal considéré.
Même si nous avons du mal à l’appliquer en tout lieu et toute situation, la Bienveillance est très utile pour éviter les pièges de l’agressivité face à l’adversité.
L’humilité nous permet d’éviter les pièges de l’égoïsme et de l’égocentrisme.
L’obéissance à ceux que l’on reconnaît comme plus avancés est un bon moyen d’éviter l’enthousiasme.
L’attention et la concentration permettent de freiner l’impatience.
L’exemplarité des Bons-Chrétiens médiévaux nous rappelle que, si le chemin est long et difficile, c’est que l’âme est puissante et maligne.

Et bien entendu, il existe bien d’autres façons d’avancer sur notre chemin afin d’atteindre l’étape suivante et de pousser une nouvelle porte. Nous le ferons plusieurs fois en tant que croyant, comme le fait lui aussi le novice et comme le feront également les futurs Bons-Chrétiens, car le bout du chemin n’est pas de ce monde.

Avec ma profonde Bienveillance.

Éric Delmas, 4 septembre 2018.

Cathare or not cathare ?

1-0 - Comprendre le catharisme

La résurgence cathare, initiée par Yves Maris et portée par les travaux historiques, notamment de Jean Duvernoy, a connu une mise en œuvre particulière, liée à ses objectifs. Aujourd’hui il convient de remettre les choses à plat pour en finir avec les quiproquos provoqués par ce choix initial.

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