Le Père Noël existe-t-il ?

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Le Père Noël existe-t-il ?

Les raisons d’un étrange imbroglio

La période de Noël est l’occasion d’observer dans les comportements humains un étrange imbroglio. En effet, d’un côté les enfants encore vierges de l’influence des adultes, c’est-à-dire avant la scolarisation en général, vivent de façon tout à fait confortable dans un monde où se mélangent sans conflit l’espace rationnel et l’espace imaginaire. Chez les enfants plus grands et chez les adultes, le rationnel tente de s’imposer et de chasser l’imaginaire, voire de le cantonner à un domaine strictement contrôlé qui est celui des artistes.
À Noël, rien ne va plus. Cette période de fêtes est l’occasion d’une collision entre les deux mondes et provoque des comportements, au mieux irrationnels et au pire amoraux, de la part des adultes vis à vis des enfants. D’un côté on défend l’idée morale de l’honnêteté et de la droiture et de l’autre on pratique ce que l’on comprend être le mensonge et l’escroquerie intellectuelle en toute tranquillité et sans le moindre remord. Il semblerait qu’à Noël, les parents se sentent absous de tout péché pour autant qu’ils aient l’impression de maintenir les enfants dans une illusion dont ils ne manqueront pas de les tirer, parfois brutalement, quelques années plus tard au nom de la même moralité.
Ce comportement ambivalent est-il à ranger dans le placard des bizarreries humaines ou doit-on essayer de l’analyser, voire de le comprendre, donc de lui trouver une explication logique.

Qui est le Père Noël ?

Cette question pourrait sembler anecdotique tant le personnage paraît être cerné. Mais, à bien y réfléchir savons-nous vraiment de qui l’on parle ?
Je passerai rapidement sur les divers travaux historiques qui visent à nous expliquer l’origine que les hommes ont construit pour expliquer le phénomène que l’on appelle Père Noël. Ils sont à la fois pertinents et totalement hors sujet. Saint Nicolas, Coca Cola et qui que l’on évoque encore, ne sont que des supports matériels à un concept bien plus profond que les adultes ont oublié depuis longtemps. La notion d’esprit de Noël est bien plus proche de la réalité.
Si l’on se réfère aux descriptions que l’on donne du Père Noël et de son action, un mot revient forcément à l’esprit : magie !
En effet, comment expliquer rationnellement qu’un individu d’âge manifestement excessif puisse vivre au pôle nord de façon invisible, qu’il y dispose d’une industrie gérée par des êtres fantastiques pour fabriquer des produits que l’on trouve dans les magasins qui se les sont procurés dans des usines bien réelles et qui les distribuent via un moyen de locomotion aussi peu crédible que l’affranchissement des contraintes temporelles qu’exigent le fait d’effectuer ces livraisons avec les contraintes que cela suppose ?
C’est impossible, sauf à admettre l’existence de la magie. Or, la magie est chassée depuis longtemps du monde rationnel. La raison en est simple, la magie est contraire à la raison car elle dépasse les capacités de l’homme à maîtriser son environnement. Et l’homme ne supporte pas l’idée qu’il puisse exister quelque chose sur lequel il ne puisse agir, de préférence à son profit. Rien ne nous dérange dans le fait qu’un homme puisse, par son talent personnel ou parfois par sa malignité, surpasser les autres et même les asservir, mais que cela puisse se faire grâce à des forces sur lesquelles les plus avides d’entre nous ne pourraient agir nous révulse. Surtout, que la magie a tendance à compenser les injustices que nous avons générées par nos actions.
Donc, les adultes et les grands enfants considèrent que, comme la magie est impossible, le Père Noël ne peut exister. Franchement, comment ne pas souscrire à une telle évidence ?
Pourtant, il me vient à l’esprit que ce rationalisme n’est pas taillé dans un roc inébranlable. En effet, cette magie que nous rejetons avec force dans le domaine de l’illusionnisme, est bien présente dans notre vie quotidienne. Certains d’entre nous admettent l’existence d’une vie intelligente extra-terrestre. Ce choix n’est pas basé sur la magie me direz-vous mais sur le probabilisme. C’est vrai. Encore que le fait de considérer que certains d’entre eux sont venus nous rendre visite en faisant fi de la règle d’Einstein qui interdit à tout véhicule de circuler plus vite que la lumière peut sembler relever plus de la magie que de quoi que ce soit d’autre. De même, les observations révélant que des véhicules extra-terrestres ont pu évoluer dans notre atmosphère en défiant les lois de la physique newtonienne, semblent plus proches de la magie que d’autre chose.
Prenons un sujet qui rassemble la bagatelle de 80% de la population mondiale. Cette population hautement convaincue de l’inexistence de la magie, admet sans sourciller l’existence d’une entité divine aux pouvoirs extraordinaires et au mode de vie totalement extérieur à tout ce qui nous semble possible. C’est d’ailleurs amusant de voir certains groupes judéo-chrétiens substituer au Père Noël l’enfant Jésus, comme si ce dernier avait une réalité concrète plus valable que le premier. Même l’Église catholique sait et reconnaît pertinemment que le récit de la nativité est inexact dans sa présentation. Que Jésus soit le fils de Dieu incarné est pour eux une évidence, mais la date de sa naissance est incohérente avec le récit qui en est fait.
Donc, les miracles sont réels mais le Père Noël ne l’est pas ! Les extra-terrestres peuvent voyager à des vitesses supraluminiques[1] et s’affranchir de la gravitation universelle mais les mêmes adultes qui l’admettent rejettent l’idée qu’un personnage puisse user de magie pour diffuser l’amour sur terre. Un être éternel, vivant si l’on peut dire, dans un lieu mal défini serait doté d’une omniscience et omnipotence lui donnant toutes capacités en tout et aurait été à l’origine de tout, mais un bonhomme voyageant sur un chariot tiré par des rennes volants est forcément incongru et ridicule.
Disons-le clairement, les arguments des adultes pour réfuter le Père Noël dans sa globalité sont aussi peu crédibles que ceux qu’ils évoquent pour justifier certains phénomènes dont ils sont pour autant convaincus de leur réalité. Alors, ne faut-il pas penser que les petits enfants sont moins incohérents que les adultes, puisqu’ils admettent sans sourciller la possibilité d’un espace magique cohabitant avec notre espace rationnel et y menant parfois des incursions ?
D’ailleurs, nous reconnaissons comme un des maîtres de la raison, un homme nommé Socrate qui avait fait sienne la conclusion et la base de sa réflexion : Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. Or, ce même homme admettait l’existence des dieux et considérait qu’il abritait au plus profond de lui-même un être qu’il appelait son daemon.
Si tout ce que je viens de dire permet de mettre en doute les certitudes affirmées sur la non existence du Père Noël, cela ne nous renseigne pas plus sur ce qu’il est, s’il existe.

En fait le Père Noël est en nous

Sans doute peut-on accepter l’idée que le Père Noël n’est pas un vieillard éternel, ventripotent, barbu et jovial, vivant au pôle nord où il fabrique avec ses elfes des jouets qu’il distribue ensuite dans les maisons grâce à un traineau tiré par des rennes volants, pendant la nuit du 24 décembre.
Pour autant que penser de cette image d’Épinal ? Elle n’est pas plus incohérente que celle d’un Dieu, lui aussi vieillard éternel, assis sur trône céleste ou celle d’un diable cornu à la queue fourchue.
Donc, faisons fi de cette imagerie créée par les hommes pour donner à leur construction intellectuelle une forme acceptable et considérons que, comme cela est courant en géométrie, le schéma illustrant une théorie est forcément faux eu égard aux limitations physiques de l’outil qui le trace, alors que la théorie est elle parfaitement juste.
Comment peut-on dès lors considérer le Père Noël ? Je serai tenté de le définir comme j’essaie maladroitement de le faire quand je parle du principe parfait, que l’on appelle Dieu, et du principe mauvais, que l’on appelle Mal. Le Père Noël se définit par ce qu’il nous donne à observer de son action. L’action du Père Noël nous la connaissons bien. Nous l’appelons Amour et je l’appelle Bienveillance. Les bouddhistes disent altruisme. En effet, le Père Noël éveille en nous le désir de la Bienveillance et nous pousse, pour la plupart, à souhaiter le Bien pour tous et à le faire dans le cadre que nous définissons à notre compétence pratique. Et c’est là que nous retrouvons ce fameux esprit de Noël. Je doute que le Père Noël vive au pôle nord mais je suis certain qu’il vit au plus profond de nos cœurs, même si nous ne l’en laissons sortir que très rarement et particulièrement en fin d’année.
De fait, le Père Noël est ce qui, en nous, nous pousse vers la Bienveillance ; ce qui nous fait comprendre que nous appartenons à un tout unique et qu’il est vain d’agir en tant qu’individualité égoïste. Le Père Noël est la manifestation de l’esprit saint que nous sommes au fond de notre prison charnelle. Il n’est donc pas contraire à l’expression de la religiosité puisqu’il en est la manifestation concrète. Il a en outre l’intérêt de provoquer la même manifestation chez ceux qui ne sont pas éveillés à la spiritualité, c’est-à-dire au 20% de la population qui ne croient pas en un Dieu quel qu’il soit.
Il ne faut donc pas essayer de rejeter le Père Noël, que l’on soit empreint de spiritualité ou pas.
Ce qu’il faut que nous fassions, c’est expliquer à tous que, non seulement le Père Noël existe bien mais qu’il nous appartient de faire de chaque jour de notre vie un jour de Noël !

Éric Delmas, 25 décembre 2015.


[1] Néologisme créé à partir de l’anglais supraluminal, qui ne figure logiquement pas dans les dictionnaires français puisque, pour l’instant, il désigne quelque chose d’impossible.

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