1-3-Catharisme & monde

Le prosélytisme

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Le prosélytisme

Il n’est pas rare de constater que le terme de prosélytisme est couramment employé par les personnes qui cherchent à s’extraire d’une communication qui leur déplaît. Ainsi, le terme n’est plus une désignation d’une pratique, mais un repoussoir pour empêcher la poursuite d’une discussion.

Pourtant le prosélytisme est une pratique fort bien définie qui concerne toute pratique excessive visant à faire adhérer une personne à une idée, un groupe ou une forme de pensée précise. Cela concerne bien entendu le domaine religieux, mais peut s’étendre à tous les autres domaines de la communication : politique, science, philosophie, etc.

Le prosélytisme est un extrémisme

Le prosélytisme, se fixant comme objet le recrutement d’adeptes, par une pratique assidue qui peut vite tourner au harcèlement, est finalement l’expression de nier la volonté de l’autre en cherchant à lui imposer la nôtre.

Que révèle cette attitude ?

Certes certaines personnes, très fortement convaincues de la justesse de leurs vues ou certains débutants désireux de bien faire, sont tentés par le prosélytisme, car inconsciemment, ils y voient la validation de leur choix et la manifestation de leur engagement personnel. Mais le plus souvent la pratique du prosélytisme révèle les failles de celui qui le pratique. Une opinion parfaitement en accord avec sa démarche n’a pas besoin de forcer la main de quiconque. Par contre, quand certains observent le peu d’attrait qu’exerce leur opinion sur les autres, la volonté d’insister jusqu’au harcèlement parfois, révèle qu’un doute s’est immiscé en eux quant à la validité de leur choix.

Celui qui se lance dans le prosélytisme en vient forcément au dénigrement. En effet, la seule façon de tenter de valider un choix qui ne semble pas motiver les autres, ne peut passer par les qualités propres du choix que l’on veut imposer. Sinon elle se serait faite valoir d’emblée. Elle passe donc par le dénigrement des choix alternatifs, surtout s’ils attirent plus que le sien propre.

Tout cela nous montre que prosélytisme et extrémisme sont étroitement liés. Il n’est donc pas étonnant de voir les adeptes du premier chercher à « punir » les réfractaires à leurs idées de façon violente. Et cela s’observe notamment pour des groupes qui prétendent par ailleurs prôner la non-violence.

Différencier information et prosélytisme

Comme je l’expliquais au début de ce texte, l’emploi de l’accusation de prosélytisme est souvent invoqué à tort et pour des raisons d’inquiétude, de rejet ou d’incapacité à argumenter.

Aussi faut-il bien définir les limites de ce qui différencie l’information et le prosélytisme.

L’intention est le premier élément que je vois pour effectuer cette différenciation. Là où la bienveillance guide la transmission de savoir ou même la simple information, l’intérêt guide le prosélytisme. Qu’il s’agisse d’informer d’une disposition technique (heures d’ouvertures d’un établissement), de mettre en garde face à un danger (attention à la marche !) ou de délivrer une connaissance acquise (enseignement, conférence, colloque, etc.), l’information est la prise en compte de l’intérêt de l’autre par celui qui la pratique. Inversement, le prosélytisme vise à recruter des adeptes, donc à enrichir sa propre « boutique » par une pratique assidue, voire excessive. C’est donc l’intérêt personnel ou l’intérêt du groupe qui est favorisé, alors que celui de la personne que l’on cherche à recruter est présupposé sans avoir pris son avis, voire totalement ignoré de façon volontaire ou pas. En fait celui qui cherche à vous éclairer est lui-même largement aveuglé par son opinion qu’il refuse de remettre en cause.

Les armes du prosélytisme

Commençons par bien comprendre que le seul outil qui manque au prosélytisme est la force de conviction. En effet, quand une idée porte en elle les éléments suffisants pour convaincre l’auditoire, point n’est besoin de recourir au prosélytisme. Même si celui qui reçoit l’information ne suit pas les indications qu’elle lui apporte, il est convaincu de la justesse de l’argumentation. Par exemple, personne ne niera que tous les gagnants du Loto® sont des personnes ayant joué, même si la personne qui reconnaîtra la validité de l’affirmation n’ira pas forcément jouer une grille.

En fait, le prosélytisme n’existe que parce que celui qui cherche à convaincre sait que ses thèses sont défaillantes et ne seront pas reçues spontanément. Bien souvent, il est convaincu que le problème ne vient ni de lui ni de sa thèse, mais qu’il est le fait des interlocuteurs qui sont mal intentionnés, insuffisamment adaptés à l’enseignement donné, voire manipulés par les « ennemis » du groupe qui cherche à faire des prosélytes.

Donc il faut convaincre de façon active et surtout de force, puisque spontanément cela n’est pas possible. Le premier outil est bien entendu le harcèlement. Quand un message n’est pas accepté, au lieu d’en prendre son parti, l’intervenant va revenir à la charge aussi souvent qu’il estimera nécessaire de le faire pour emporter la conviction naturelle ou forcée de la victime choisie. La répétition du message peut, dans le meilleur des cas, s’accompagner d’un affinement de son contenu. Notamment, l’intervenant mettra en avant les avantages de sa façon de penser et ceux que le futur prosélyte en retirera. On n’est plus dans une démarche collective, mais dans la flatterie d’un certain égoïsme. Ensuite, si le harcèlement et la répétition du message ne suffisent pas, vient le temps du dénigrement. Dénigrement de l’opinion de l’autre ou des voies alternatives existantes et préférées. Le prosélytisme est donc systématiquement violent, même si son auteur n’en a pas forcément conscience.

La bienveillance de la connaissance

Quand l’objectif est de transmettre une connaissance sans chercher à faire des prosélytes la démarche est toute autre. D’abord nul besoin d’arme pour agresser l’autre. Le porteur de connaissance est bienveillant par nature. Détenteur d’une information qui lui semble mériter le partage, il la transmet à qui veut bien l’entendre et, une fois sa mission remplie, il retourne à ses affaires. Si l’information n’est pas acceptée, il en reste là chacun étant bien libre de ses choix. Si elle est reçue, mais qu’on lui demande de mieux la préciser, il va se mettre au service de ses interlocuteurs. Et c’est le pendant indispensable de la transmission bienveillante d’une connaissance que d’être un informateur compétent. Donc, non seulement l’informateur doit être bienveillant, mais il doit aussi s’imposer l’effort de bien connaître le sujet et de l’avoir suffisamment étudié pour en tirer des arguments de qualité, susceptibles d’apporter une information complète et la plus correcte au vu des connaissances du moment.

Le christianisme aux deux visages

Qui n’a jamais reçu la visite de prédicateurs chrétiens insistants ? De prime abord, la plupart sont simplement bienveillants et veulent transmettre leur foi. Face à un manque d’intérêt ou à un refus, ils cessent immédiatement et vont voir ailleurs. Leur seul défaut est de manquer d’éléments efficaces d’information et de se retrouver facilement en défaut face à un interlocuteur avisé qui cherche à leur faire approfondir les points douteux de leur argumentation. D’autres par contre sont insistants et virent facilement à la violence verbale. Heureusement, la recours à la violence physique est plus rare. Mais il y en a qui sont en outre mis sur le devant de la scène par des médias qui font leurs choux gras des violences alors que les expressions sereines les ennuient en accord avec le dicton : « On ne parle pas des trains qui arrivent à l’heure ».

Pourtant le christianisme devrait être un parangon de bienveillance. L’évangéliste prête à Matthieu cette remarque : « Lorsqu’on ne vous recevra pas et qu’on n’écoutera pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds. » (Matt. 10, 14). Les choses sont claires, si le message ne porte pas, il faut non seulement ne pas insister, mais également ne rien prendre avec soi de celui qui ne veut pas recevoir pour ne pas être en dette avec lui. Donc, le prosélytisme se doit d’être totalement absent de toute démarche chrétienne.

Que penser alors des conversions forcées lors des colonisations, des croisades, de l’Inquisition ? N’y a-t-il pas là une démarche violente et visant au prosélytisme ?

Le christianisme, quelle que soit sa tendance religieuse, a presque toujours montré un visage bienveillant et un visage violent. Même la Réforme protestante s’est abandonnée à la violence, ainsi que l’a montré Calvin.

Donc, si l’on tient compte du fondement de la doctrine chrétienne qui est le seul commandement que nous a donné Christ, soit par l’intermédiaire de sa forme visible « Jésus », soit directement comme l’a reçue Paul : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé. », il semble indiscutable que le christianisme ne peut en aucune façon pratiquer le prosélytisme. Quiconque méconnaît cette évidence n’est pas chrétien.

Le catharisme convainc et n’impose pas

Religion chrétienne s’il en est, le catharisme applique — comme toujours — la doctrine authentique du christianisme.

Mais le catharisme est une religion qui fait un usage important de la connaissance et de sa transmission. C’est pourquoi on voyait les apôtres cathares sillonner le pays, allant de village en village, de maison de croyant en château de seigneur, partout où ils étaient appelés à se rendre pour venir faire leurs prêches. Il était courant qu’à l’issue de ces prêches des sympathisants viennent demander des explications ou, quand ils s’y sentaient prêts demandent à faire leur Amélioration, entrant ainsi dans la communauté des croyants. Mais comme je l’ai expliqué au début, l’adhésion librement consentie suite à un apport de connaissance n’est pas du prosélytisme.

Il est donc normal que le catharisme d’aujourd’hui se base sur les mêmes principes. Informer, expliquer, démontrer quand cela est possible, écouter, apporter des arguments et des sources, voilà la véritable technique du catharisme. Mais si l’interlocuteur n’est pas intéressé ou n’est pas convaincu, le prédicateur cathare le laisse mener sa vie. Cela est d’autant plus évident chez les cathares, puisque pour eux le temps n’a aucune valeur. La mort du corps ne signe pas la fin de délai de grâce. Celui qui n’aura pas accès au salut sera transmigré dans un corps naissant et pourra retenter sa chance, si j’ose dire. Le résultat ne dépend pas du hasard comme au Loto® ; il faut participer pour espérer gagner.

Éric Delmas, 1er juillet 2020.

À l’épreuve des faits

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À l’épreuve des faits

Le recul des compétences naturelles

Il est encore beaucoup trop tôt pour se lancer dans de grandes analyses, mais il me semble intéressant de proposer quelques pistes de réflexion à tout un chacun.

Les événements actuels nous ramènent à des considérations sur la nature humaine et sur les concepts souvent abscons de la philosophie et de la religion que nous avons oubliées depuis longtemps… trop longtemps.

L’être humain moderne est fragile, très fragile, mais il n’en a pas conscience. Aux débuts de l’humanité, c’est en prenant conscience de sa fragilité que l’être humain a fait des choix qui lui ont permis de survivre dans un environnement hostile en faisant usage de capacités pourtant peu adaptées aux difficultés rencontrées.

Se couvrir d’une peau de bête pour compenser une toison trop fragile, se regrouper en nombre suffisant pour optimiser la recherche de nourriture et améliorer la défense contre les prédateurs, fabriquer des objets manufacturés pour compenser l’absence de griffes et de crocs suffisamment puissants, se tenir debout pour voir l’environnement faute de disposer d’une ouie et d’un odorat efficaces, sont des moyens qui nous ont permis de survivre et de dépasser les autres espèces. Mais, en même temps cela a permis à un animal peu adapté de prospérer quand la règle naturelle est la survie du plus fort, du plus adapté et du plus à même de supporter des changements brutaux.

Plus nous avons amélioré notre environnement, pour le rendre conforme aux besoins de notre fragilité, plus nous avons conforté un statut anti-naturel. En outre, nous avons également modifié l’environnement qui s’est fragilisé et nous avons aboli les frontières naturelles qui permettaient de développer la diversité des espèces animales et végétales garantie d’évolution. En effet, si les continents étaient restés soudés comme au temps de la Pangée, les modèles auraient été bien moins nombreux et seules deux ou trois espèces de prédateurs auraient subsisté, de même de la flore aurait vu sa diversité fortement diminuer et aurait entraîné une raréfaction des espèces herbivores. Or, cette diversité nous l’avons supprimée par la mondialisation des transports et des échanges. C’est pour cela que des espèces endémiques se sont étendues à tous les continents et on supplanté des espèces locales moins bien préparées à leur résister. Il en résulte une diversification des maladies qui s’étendent et qui peuvent tester leur capacité à toucher plus ou moins d’êtres vivants sur l’ensemble de la planète et dans la diversité des climats.

L’extension, la mondialisation biologique, le recours systématique à la technologie pour résoudre les problèmes, nous ont conduits à une impasse. Mais ce n’est pas obligatoirement le plus grave.

L’individualisme, prélude à l’extinction

Quand l’homme se savait faible face au monde, il a eu l’excellente idée de se regrouper en systèmes plus complexes. Certes, comme nous l’a très bien montré René Girard, cela a provoqué des problèmes, mais cela a permis l’évolution de notre espèce qui aurait sans aucun doute disparu sans ce choix essentiel.

Le regroupement permet d’améliorer la protection de chacun par la démonstration de force, comme ces poissons qui dans les océans nagent en bancs serrés pour dissuader les prédateurs. Il permet aussi d’améliorer la recherche de ressources alimentaires. Avant ces regroupements les hommes étaient des cueilleurs de baies et de racines et, quand la chance était avec eux, ils pouvaient trouver un animal mort pour améliorer leur ordinaire. Avec le regroupement, le piégeage d’animaux plus gros est devenu possible et, une fois l’animal pris au piège, on le tuait à coup de pierre. Le regroupement facilité le partage d’idées et d’expériences qui débouche sur des choix comportementaux et sur des inventions qui améliorent grandement la vie.

L’individualisme n’a pas sa place dans la nature. On le voit chez de nombreuses espèces, l’animal malade ou trop vieux est exclu du groupe, ou s’exclut de lui-même, pour vivre une existence aussi solitaire que courte. Même les animaux apparemment solitaires pour des raisons de territoires nécessaires à la recherche de proies, se regroupent régulièrement.

Mais l’homme a inventé l’individualisme à partir du moment où il s’est rendu compte qu’il pourrait toujours trouver ce qu’il ne pouvait pas produire et se l’accaparer grâce aux échanges commerciaux. En fait l’individualisme est l’enfant de la civilisation.

Comme dans une pyramide des âges, l’élévation dans la chaîne alimentaire, que procure l’intelligence supérieure de l’homme, lui a également créé un handicap majeur et mortel. En effet, plus il s’élève et plus il s’isole. Or, plus on s’isole et plus on perd l’avantage de l’expérience et des inventions des autres. Les dinosaures dominaient la planète, mais ne vivaient qu’à sa surface quand de nombreuses espèces alternaient la vie en surface et en sous-sol. Quand est survenu l’accident que l’on sait, la vie en surface est devenue impossible pendant une longue période. Du coup les petits animaux qui ont su se mettre à l’abri ont survécu et les dinosaures qui en étaient incapables ont disparu.

L’homme, dinosaure moderne, est dans la même situation. Incapable subvenir individuellement à tous ses besoins, il ne peut survivre qu’à condition qu’un groupe structuré lui apporte ce qui lui est nécessaire en échange de ses propres apports. Mais l’argent est venu modifier sensiblement cette équation plutôt vertueuse. Initialement destiné à simplifier le troc de produits et services utiles contre d’autres tout aussi essentiel, il est devenu petit à petit un produit en soi. Or, l’argent ne se mange pas, on ne peut s’en vêtir, il ne permet aucune défense ni n’aide à se protéger de l’environnement. L’argent n’est utile qu’autant que l’on trouve quelqu’un qui souhaite se l’approprier en se délestant des éléments essentiels dont nous avons besoin.

L’immense majorité des hommes est ainsi devenue incapable de s’auto-suffire et ne compte que sur la bonne volonté de nombreux autres pour y parvenir. Ce n’est pas de la solidarité, c’est de la dépendance. On le voit, dès qu’un élément jugé essentiel vient à manquer, ceux qui en disposent ne le mettent pas au profit de ceux qui en manquent : ils se contentent de les exploiter en en rendant l’accès beaucoup plus cher ! L’individualiste ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez.

Celui qui se procure de façon illégitime des masques isolants, pour essayer de les revendre à prix d’or, pense à son profit immédiat, mais il ne se demande pas ce qui pourrait lui arriver si son comportement abouti à une extension de la maladie dont il finira par être lui-même victime !

Quand vous mettez des rats dans un environnement riche en nourriture, ils se reproduisent rapidement pour s’étendre, mais si vous restreignez brutalement la nourriture, ils tuent les plus faibles pour adapter leur population aux ressources. C’est brutal, mais terriblement efficace. Pas étonnant qu’ils aient survécu à tant de catastrophes qui nous ont décimées.

La vision de l’avenir

L’individualisme empêche de se projeter dans l’avenir pour anticiper les catastrophes annoncées. Comme l’instinct de survie fait perdre toute cohérence aux comportements et conduit parfois à un résultat pire que le danger initial, comme les moutons qui se jettent d’une falaise pour échapper à un prédateur, l’individualisme pousse ses adeptes à nier les risques à venir au profit d’un avantage mineur immédiat.

Pourtant à quoi sert-il de gagner facilement de l’argent tout de suite si je dois mourir bientôt d’une maladie que mon comportement aura permis de se diffuser plus largement, y compris jusqu’à moi ?

La vision de l’avenir n’est pas de voir loin, mais de voir globalement. En haut de la pyramide on voit loin, mais on ne voit pas la globalité de ce que l’on domine. Du coup, les messages d’alerte nous échappent et la vision lointaine ne sera jamais réalisée car nous serons tombés avant de l’atteindre.

La vision de l’avenir développe la réflexion, la cohérence et la logique. Ces trois qualités sont essentielles à la survie. Elles évitent la panique face à un événement immédiat, mais permettent de l’analyser et d’y trouver une solution qui n’entraîne pas des conséquences encore plus néfastes. Elles permettent de comprendre en quoi un comportement actuel peut donner lieu à une catastrophe non encore réalisée. Elles donnent des orientations visant à améliorer durablement l’évolution de l’espèce.

Or l’humanité a toujours fait exactement le contraire. Nous sommes comme les habitants de l’île de Pâques, plus préoccupés de manifester leur supériorité sur les autres tribus plutôt que de préserver l’écosystème qui assurait leur survie. On connaît le résultat. Sauf que nous avons globalisé ce comportement à l’échelle de la planète. Or, nous n’avons pas de base de repli en cas de catastrophe.

La vision de l’avenir est de savoir rester humble face à un environnement qui nous dépasse de loin. Mais l’homme, conscient à l’extrême de son extraordinaire évolution, ne supporte pas l’idée qu’il ne soit pas le dieu de la terre. Donc, ignorant ce qui le dépasse, il prétend au contraire le contrôler. Mais on ne contrôle pas ce que l’on ne maîtrise pas. Du coup, l’homme méprise ce qu’il ne maîtrise pas jusqu’à ce qu’il réussisse à le contrôler et là, au lieu d’admirer sa découverte, il casse son jouet trop fier d’avoir su être le plus fort.

Mais la nature est patiente ! Elle sait faire le dos rond, comme le roseau de la fable, et attendre des jours meilleurs. Comme le prisonnier qui scrute ses gardiens jour après jour, la nature attend patiemment de découvrir nos failles et elle les exploite pour se protéger de nos agissements à son encontre. Il est quand même amusant que personne ne se soit interrogé sérieusement sur quelques phénomènes inquiétant. Par exemple, plus le niveau de vie s’élève et augmente la durée de vie, plus la fertilité diminue. Au lieu de chercher des alternatives à la procréation naturelle, ne pourrions-nous pas nous interroger sur ce phénomène ? Plus nous créons des outils pour nous faciliter la vie, plus leur fonctionnement dégrade notre environnement et nous promet une vie future plus difficile. Ne pourrions-nous pas, au lieu d’empiler les technologies pour que chaque niveau tente de compenser les défauts du précédent, essayer de trouver un juste équilibre entre avantage et inconvénients ?

Changer ou disparaître

Notre avenir va se jouer à l’épreuve des faits.

Si nous ne revenons pas à nos fondamentaux d’une vie plus harmonieuse avec son environnement, d’une solidarité active basée sur le bien-être général au lieu de l’accumulation de produits incapables de nous aider directement, nous allons à l’extinction rapide de notre espèce. Cela ne fait qu’un petit million d’années que notre espèce (Homo) est sur terre et nous entrevoyons déjà notre fin.

Aujourd’hui un virus relativement peu destructeur nous met en panique, faute d’avoir la capacité à réagir intelligemment collectivement. Demain, imaginez-en un autre, avec la mortalité d’Ébola (+ de 50%). Non seulement sa croissance exponentielle exposerait à une mort rapide plus de la moitié de la population, mais la désorganisation liée à l’individualisme conduirait la plupart des autres à la mort par incapacité à s’adapter au phénomène. Et, le nombre restant sera trop faible pour survivre longtemps. Au total, un seul petit virus pourrait nous effacer de cette planète à cause de notre attitude et non pas en raison de sa virulence réelle.

On le voit aujourd’hui. Pour des raisons strictement économiques — c’est-à-dire dans le simple but d’économiser ou de gagner de l’argent — les pays se sont réorganisés en se spécialisant. Les uns consomment, les autres produisent. Mais il suffit de les producteurs se voient obligés de stopper leur production et les consommateurs sont impactés à leur tour. Imaginez que chaque pays produise et consomme ce dont il a besoin. Les échanges seraient beaucoup plus faibles et ne toucheraient que des produits très spécifiques non essentiels. Du coup quand un pays se trouve impacté par un problème sanitaire ou physique, les autres conservent leurs capacités intrinsèques et peuvent manifester leur solidarité au pays concerné. La perte d’un maillon de ce type de chaîne n’entraîne pas la rupture de toute la chaîne. Certes cela aurait comme conséquence de mettre au chômage les spéculateurs et les intermédiaires qui gèrent des produits fabriqués par les uns et consommés par les autres sans jamais avoir eu à faire quoi que ce soit d’autre que de prélever leur bénéfice au passage. Mais pour produire localement, il faut plus de bras dans les champs et dans les entreprises. Ils pourraient facilement trouver du travail dont la finalité leur apparaîtrait enfin.

Nous n’avons pas beaucoup de temps pour changer ou disparaître.

Éric Delmas – 20/03/2020

La prison idéale

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La prison idéale

Ainsi que j’en discutais avec un ami, la plupart des gens sont victimes d’un phénomène d’autant plus terrible qu’il ne le perçoivent pas. En effet, la prison mondaine qui nous contraint n’est pas visible et n’est pas ressentie par la quasi totalité de la population. C’est la prison idéale que celle dont le prisonnier ignore l’existence !
Dans la cosmogonie cathare, les esprits saints arrachés à leur origine divine et tombés dans la création maligne se mirent à pleurer et à chanter le cantique de Sion. Le diable peur annonça qu’il les enfermerait dans des tuniques d’oubli où ils n’auraient plus le souvenir de leur origine. Ces tunique d’oubli sont les corps humains.

Au sein de cette prison nous avons créé des cloisonnements qui sont autant de prisons. Ainsi, culturellement, depuis le 4e siècle, le judéo-christianisme catholique a formaté la population jusqu’à lui faire admettre que son credo est en fait la définition du christianisme. Toute remise en question de ce credo faisait automatiquement de ceux qui en étaient responsables, des hérétiques. Mais, le christianisme ne se définit pas par le credo catholique, ni par les conceptions judéo-chrétiennes ; il se définit uniquement par le message de l’envoyé divin : le Christ ! Le christianisme est donc la religion de l’Amour universel et de la volonté de retourner au Père.

S’appuyant sur le judaïsme, lui-même construit sur les religions antérieures, le catholicisme des premiers siècles, ainsi que ses surgeons judéo-chrétiens (orthodoxe, protestants, etc.), considère que leur Dieu est créateur de l’univers. Pourtant, le message christique est clair : ce monde n’est pas celui de Dieu dont le royaume n’est pas de ce monde. Du coup nous avons deux conceptions chrétiennes diamétralement opposées : la judéo-chrétienne qui voit dans ce monde l’œuvre de Dieu, et la pagano-chrétienne qui considère ce monde comme l’œuvre du Mal par le truchement du démiurge que nous appelons commodément le diable.

Quelles sont les conséquences de cette présentation ?

On peut très bien être chrétien sans partager les conceptions judéo-chrétiennes.
On peut très bien être judéo-chrétien sans être catholique.
Les pagano-chrétiens peuvent être en divergence sur de nombreux points tout en ayant un fondamental commun et des convergences ponctuelles sur de nombreux autres points. Le fondamental commun est que nous ne sommes pas de ce monde où nous a emprisonné le démiurge.

Les cathares sont pagano-chrétiens, donc chrétiens, et ils avaient réalisé ce bouleversement extrême dans leur conception religieuse qui est de comprendre et d’admettre sans restriction que ce monde est l’œuvre du Mal et que rien ne pourrait le rendre compatible avec le Bien.
Donc, si vous n’arrivez pas encore à partager ce point de vue avec les cathares, c’est que vous n’avez pas réalisé ce changement radical, quoique vous pensiez des religions judéo-chrétiennes que vous critiquez peut-être.
Ce changement s’appelle l’éveil chez les cathares ; il est comparable à la scène du film Matrix© où le héros, ayant avalé la pilule ad hoc quitte l’illusion confortable de la matrice pour rejoindre le monde austère de la réalité.

Enfin, la conception bouddhiste de l’évolution spirituelle, au travers de nombreuses vies qui constituent autant d’étapes vers le salut, n’est pas chrétienne. Pour nous le salut est indépendant du monde et plus vite nous le quitterons sans être “réincarné” mieux ce sera.

Éric Delmas, 20 novembre 2019.

Le Catharisme, alibi de la mondanité

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Le Catharisme, alibi de la mondanité

Au Moyen Âge, quand les maisons cathares fleurissaient ici ou là, tout un chacun pouvait aisément savoir ce que Catharisme voulait dire. Nul besoin de s’interroger longuement pour savoir si faire ceci ou cela était « cathare » ou pas. Et c’est bien pour cela que très peu de personnes étaient impliquées directement dans le Catharisme, que ce soit en qualité de croyant ou de Bon-Chrétien.

Mais aujourd’hui les choses sont beaucoup plus floues. Faute de références immédiatement identifiables, beaucoup ont tendance à adapter le Catharisme à leur sauce et à se dire que ce dernier devrait accepter ce qui les arrange et qu’ils n’ont pas envie de changer.

La remarque que j’entends le plus souvent quand je signale un problème à quelqu’un c’est : « Ce n’est pas cathare ça… » Comment faut-il comprendre ce genre de point de vue ?

Déjà, il faut regarder dans quel contexte quelqu’un se sent justifié à dire une telle chose. Le plus souvent, il s’agit d’une personne qui n’a pas une grande connaissance du Catharisme et qui se trouve, ou se sent, en faute dans une situation mondaine. L’objectif de la remarque est, soit d’obtenir une prise en considération plus favorable que celle qui devrait lui être appliquée, soit d’obtenir un droit d’exception à un titre que cette personne pense devoir lui être reconnu.

Aussi je crois devoir faire quelques rappels.

Catharisme et mondanité

«  Nous ne sommes pas du monde et le monde n’est pas de nous. » Ce passage de la prière des croyant, le Père saint, est éloquent. Le Catharisme et la mondanité ne font pas bon ménage, aussi invoquer le Catharisme pour asseoir une position mondaine est une erreur.

En fait le Catharisme agit vis-à-vis de la mondanité comme les plumes du canard le font avec la pluie. C’est cette volonté de non ingérence qui peut parfois être mal interprétée. Quand Pierre Authié décide de partir en Lombardie pour suivre son noviciat, il fait le tour de ses proches et de ses relations d’affaire pour se mettre en règle avec la mondanité. C’est—à-dire qu’il s’assure de ne pas laisser derrière lui quelqu’un qui pourrait considérer qu’il l’a laissé alors qu’il était en dette financière ou morale envers lui. C’est un point important car il signe une volonté de nette séparation entre ce qui relève de la foi cathare et ce qui relève de la vie mondaine.

Je comprends que beaucoup aient du mal à s’extraire d’un lien entre spiritualité chrétienne et mondanité. En effet, le Judéo-christianisme est loin d’être aussi clair sur l’idée d’une séparation. Le Catholicisme développe la notion que le rapport à l’argent est mauvais, mais dans le même temps, la hiérarchie catholique se garde bien d’avoir des pratiques claires à ce sujet. Il n’est pas rare de voir les puissants mieux traités par elle que les pauvres hères. Les Églises réformées sont très variables dans ce domaine. On y trouve des mouvements un peu marginaux que l’on pourrait regrouper sous la dénomination d’anabaptistes (mouvements évangéliques, mennonistes, amish, etc.) qui sont à mes yeux à la frontière entre une lecture judéo-chrétienne protestante et une plus proche du Catharisme. Ces groupes sont souvent animés par un désir de rejet du monde. Les autres mouvements protestants (Luthériens, Calvinistes, etc.) sont beaucoup plus ancrés dans la mondanité. Leur rapport à l’argent est beaucoup plus décomplexé que ne l’est celui des Catholiques. La réussite sociale n’est pas honteuse. Les Orthodoxes ont eux aussi un rapport au monde plus proche des protestants comme on le voit dans les pays où ils dominent. Ils accumulent des biens et leurs églises manifestent clairement le lien entre pouvoir, richesse et manifestation de la foi.

Le Catharisme est lui tout aussi clair. Ce monde étant, à ses yeux, issu du Mal, il ne saurait être question d’y souscrire de quelque manière que ce soit. C’est pourquoi il rejette tout rapport au pouvoir, à l’argent et à la possession de quelque manière que ce soit. De même, il s’extrait des règles du monde en refusant de participer à leur élaboration et à leur application. Mais, cela ne veut pas dire qu’il les combat pour autant. Non, il vit en marge, autant que faire se peut, et quand il faut interagir avec elles, il le fait à moindre frais.

Application au monde d’aujourd’hui

À notre époque, où la mondanité est encore plus triomphante qu’au Moyen Âge, cette règle est toujours valable mais pose d’infinis problèmes à ceux qui aimeraient bien allier Catharisme et mondanité.

En effet, la modernité a permis de nous éloigner du monde primitif en nous entourant d’un monde technologique, confortable et rassurant. Rejeter ce monde est vécu par beaucoup comme un retour à l’époque où le rapport au monde était pétri d’incertitude, d’angoisse et de souffrance. Ce que nous avons oublié de voir c’est qu’en fait, rien n’a changé. Seule l’apparence nous donne à voir ce que nous voulons voir. Aussi, quand nous croyons vivre dans un monde où l’on ne se fait pas forcément agresser à chaque virage du chemin, nous oublions que la violence est plus variable et plus sournoise mais qu’elle est toujours là. C’est un peu comme avec les maladies. Les vieux fléaux comme la rage, la peste et le choléra reculent par endroits, mais d’autres pathologies les remplacent qui n’en sont pas moins meurtrières et quand l’espérance de vie s’allonge, c’est la fertilité qui recule. La vie est plus longue mais les dégénérescences font de la fin de vie un véritable chemin de croix.

Pour autant, comme la moule à son rocher, nous nous accrochons à ce que nous croyons détenir de positif et tentons de plier la spiritualité à nos intérêts plutôt que d’accepter ce que la spiritualité nous enseigne : le détachement. En fait, ce qu’il faut comprendre, c’est que soit nous sommes capables de vivre dans la spiritualité profonde du Catharisme, ce qui impose de repousser la mondanité, soit nous sommes encore trop imprégnés d’une mondanité à laquelle nous trouvons bine des avantages, et alors il nous faut accepter l’idée que notre spiritualité est encore très loin de ce que nous espérions. Le Catharisme n’a jamais eu vocation à inonder les esprits et à conquérir les foules. Si chacun de nous pouvait assez simplement accéder à l’éveil et mener une vie de bon cheminement, cela ferait des siècles qu’il ne resterait plus un seul esprit prisonnier ici-bas. Si nous sommes encore là, c’est que nous avons échoué à maintes reprises et que nous risquons d’échouer encore en cette vie. Chaque génération ne connaît et ne connaîtra que très peu de personnes ayant les capacités et la volonté de réussir sa bonne fin. Ce monde n’est pas encore près de disparaître et, si notre planète peut elle être rayée de la carte du ciel, il y en a sans aucun doute bien d’autre où nous pourrons échouer quand la terre disparaîtra.

Ce que nous devons retenir c’est que l’on ne doit pas chercher à allier attitude mondaine et Catharisme.

Dans ce monde nous faisons des choix, nous concluons des contrats, nous prenons des engagements et la seule attitude à peu près « cathare » est de les respecter au lieu de chercher dans le Catharisme des arguments pour nous y soustraire. Si nous voulons demeurer dans un groupe, nous devons en accepter les règles et les appliquer telles qu’elles ont été acceptées. Si nous voulons le quitter, soyons honnêtes et courageux et affirmons notre désir de partir plutôt que de laisser pourrir une situation jusqu’à l’exclusion, pour mieux se plaindre ensuite de la rigueur de ceux qui n’auront fait qu’appliquer la règle.

Celui qui se réclame du Catharisme affronte le monde, agit à visage découvert, respecte la règle de justice et de vérité y compris au risque de devoir renoncer à des avantages du monde dont la règle serait opposée et fait preuve de Bienveillance dans le cadre spirituel et moral au lieu d’attendre de la Bienveillance des autres des avantages mondains qui n’ont pas lieu d’être.

Éric Delmas, 1er septembre 2017.

Le végétalisme : une alimentation cathare ?

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Le végétalisme : une alimentation cathare ?

S’il est un point qui suscite de la curiosité et de l’intérêt de la part de celles et ceux qui découvrent le catharisme, je crois pouvoir dire qu’il s’agit de l’alimentation des Bons-Chrétiens.
Je précise ce dernier point car il faut comprendre que le simple croyant, c’est-à-dire celui qui mène une vie de citoyen classique, qui ne vit donc pas en maison cathare ni comme novice ni comme consolé, n’a aucune obligation alimentaire particulière, même s’il est très engagé dans sa foi.
De ce point de vue il est même moins contraint que ne l’est un croyant catholique, par exemple, qui est tenu d’observer les restrictions alimentaires du vendredi et du carême de Pâques.

Qu’est-ce que le végétalisme ?

Le végétalisme, appelé en France alimentation végane, consiste à ne consommer que des aliments n’ayant aucune origine animale, c’est-à-dire y compris les aliments provenant d’une exploitation animale n’impliquant la mise à mort de ce dernier.
Donc, outre les aliments classiques qui nécessitent de tuer l’animal comme la viande, le poisson et les fromages à présure animale, le végane va également refuser les aliments nécessitant le recours à un élevage — considéré comme une violence — puisque supprimant la liberté de l’animal. C’est le cas des œufs, du miel et des produits laitiers. Ce dernier cas est intéressant car l’obtention de lait animal constitue une double forme de violence et est mortifère pour l’animal considéré. En effet, outre le contexte d’élevage, la femelle est engrossée de façon excessive par rapport à sa vie naturelle, ce qui provoque un épuisement responsable d’une espérance de vie réduite de façon importante, jusqu’à 80% dans le cas des vaches d’élevage par exemple. Il faut aussi compter sur les pratiques habituelles qui visent à retirer le petit à sa mère, ce qui engendre un stress des deux animaux et, le plus souvent à tuer ce dernier qui fournira, outre la viande, la présure présente dans son estomac quand il s’agit d’un ruminant.

Quel est le régime alimentaire normal de l’homme ?

Aujourd’hui l’homme est dit omnivore, c’est-à-dire qu’il consomme presque de tout ce que la nature produit. Le plus souvent il tend à transformer les aliments ce qui peut avoir des effets néfastes sur les qualités nutritives de ces derniers.
Mais il n’en a pas toujours été ainsi.
En effet, à l’origine les hominidés comme les Australopithèques étaient frugivores-granivores, c’est-à-dire strictement végétaliens, comme le sont aujourd’hui beaucoup de grands singes, comme les gorilles par exemple.
L’introduction de produits carnés s’est faite assez tôt (entre 2 et 1 millions d’années avant notre ère) par le biais d’insectes et de petits animaux consommés dans un cadre de nécrophagie. Cette activité de charognard occasionnel doit être considérée comme opportuniste mais elle va devenir l’occasion d’un changement de mode de vie, car la viande procure une qualité alimentaire telle qu’elle permet de réduire sensiblement le temps consacré à l’alimentation. C’est pourquoi, assez rapidement l’homme va devenir chasseur-cueilleur et, plus tardivement, éleveur-cultivateur.

Obligations alimentaires

La science nous enseigne qu’il existe deux obligations alimentaires essentielles pour l’homme qui sont liées à l’impossibilité pour le corps humain de synthétiser les acides aminés essentiels et la vitamine B12.
Si ces deux éléments se retrouvent facilement dans le cadre d’une alimentation animale, incluant notamment des ruminants, ils sont parfois délicats à se procurer dans une alimentation strictement végétalienne, surtout pour ce qui concerne la vitamine B12.

Les acides aminés essentiels

Les acides aminés essentiels, qui sont globalement au nombre de huit pour les adultes sains (le tryptophane, la lysine, la méthionine, la phénylalanine, la thréonine, la valine, la leucine et l’isoleucine), ne peuvent pas être synthétisés directement en quantité suffisante par notre organisme. Cependant, ils se trouvent dans l’alimentation végétale. Pour autant une grande vigilance s’impose dans un régime végane car il faut consommer quotidiennement l’ensemble des ces acides aminés pour que les réactions enzymatiques puissent se faire correctement afin de produire les protéines vitales nécessaires. Il faut donc associer sur la journée les légumineuses et les céréales qui vont apporter, de façon complémentaire, les acides aminés indispensables. Cela est d’autant plus important que certains d’entre eux participent à la synthèse d’autres acides aminés essentiels.

La vitamine B12

Il circule énormément d’informations erronées au sujet de cette vitamine essentielle à la vie humaine.
« La vitamine B12 (Cobalamine) provient de micro-organismes (bactéries) et du fait de son rôle essentiel pour la santé, reçoit parfois le sobriquet de « reine des vitamines ». La cobalamine est un des co-enzymes essentiels qui participent au métabolisme de toutes les cellules reproductrices, notamment la formation des globules sanguins, des nerfs, du matériel génétique et du métabolisme des protéines. La cobalamine appartient au groupe restreint des vitamines hydrosolubles (solubles dans l’eau) dont font partie le complexe des vitamines B et la vitamine C. Elle peut être stockée dans le foie, ce qui signifie qu’en principe il n’est pas obligatoire d’en consommer quotidiennement. En cas d’excès, le surplus est éliminé par les reins via l’urine grâce à la propriété hydrosoluble de cette molécule[1]. »
On comprend aisément l’extrême importance de l’apport régulier de cette vitamine dans notre alimentation, d’autant que le stockage hépatique n’excède pas trois ans chez les individus en bonne santé.
Chez l’homme, l’absorption se fait au niveau de la salive et dans le bas de l’intestin grêle (iléon). La voie principale d’absorption est liée au facteur intrinsèque, produit dans l’estomac, mais on a mis en évidence une absorption lente et régulière tout au long de l’intestin grêle, en l’absence de facteur intrinsèque.
Bizarrement, l’homme produit lui aussi de la vitamine B12, par l’intermédiaire de bactéries présentes… dans le gros intestin (colon). Comme la production intervient après les zones où la vitamine B12 peut être absorbée dans notre organisme, elle est inefficace en usage normal. Mais cela explique certains comportements des grands singes, dont on peut penser qu’ils furent les nôtres il y a quelques millions d’années. En effet, les études ont montré qu’un comportement particulier était existant chez les jeunes singes (il disparaît s’ils sont élevés en captivité mais on en trouve des traces chez les enfants humains ce qui pourrait confirmer qu’il est bien inné). Il s’agit de la coprophagie, c’est-à-dire de la consommation de ses propres selles. Ainsi, la vitamine B12 produite dans le colon et rejetée immédiatement dans les selles peut-elle être absorbée au niveau de la bouche (salive) et de l’iléon.
De même, ces bactéries productrices se trouvent dans la terre et la consommation de légumes peut ou pas nettoyés peut expliquer l’absorption de vitamine B12 dans certaines populations dont l’hygiène corporelle peut également laisser penser à une coprophagie indirecte et involontaire.
Cependant il est clair que dans le cadre d’un hygiène rigoureuse et compte tenu de l’appauvrissement de nos sols en matière organique, en raison de cultures sur sols pauvres ou utilisant des pesticides, l’apport de vitamine B12 est à peu près impossible de nos jours.

Les dernières recherches semblent invalider ces thèses et montrent que la terre et les selles ne peuvent suffire à apporter des quantités significatives de vitamine B12, pas plus d’ailleurs que les végétaux, les champignons et les algues (spiruline). C’est la raison qui impose à toutes les personnes susceptibles d’être à risque de carence de se supplémenter au moyen d’apports de vitamine B12 synthétisée par l’industrie.

Compensations alimentaires

Si nous voulons respecter, ou nous approcher, des règles alimentaires cathares, il faut donc gérer avec une extrême prudence et une grande attention nos apports alimentaires.
Concernant les acides aminés essentiels, il faut veiller à un apport quotidien — idéalement à chacun des deux principaux repas — de légumineuses et de céréales dont la combinaison permettra l’apport et la synthèse des acides aminés essentiels.
De façon concomitante, nous devons nous supplémenter en vitamine B12, de façon régulière et  à des doses garantissant l’apport minimal nécessaire.

Problématique spécifique de la vitamine B12

Si l’apport quotidien nécessaire pour un individu sain semble faible (de l’ordre de 1,5 à 2 microgramme[2] par jour), la compensation rencontre des problèmes selon les situations.
En effet, plusieurs facteurs viennent entraver les apports quotidiens.
Par exemple, un régime végétarien (également appelé ovo-lacto-végétarien) qui n’apporte pas de viande animale (notamment de ruminants), pour peu qu’il soit aussi pauvre en fromage à présure animale, peut enclencher un appauvrissement en vitamine B12 qui va forcer l’organisme à puiser dans ses réserves hépatiques. À terme, une carence peut s’installer.
Autre problème qui vient se rajouter au premier. Beaucoup ont cru que certains végétaux, notamment les algues (spiruline), les champignons et certains composés à base de soja (tempeh), comportaient de la vitamine B12 assimilable par l’homme. Les dernières études montrent qu’il s’agit d’analogues à la vitamine B12 totalement non assimilés.
Les troubles digestifs, qu’ils soient d’origine pathologique ou chirurgicale, peuvent empêcher la synthèse du facteur intrinsèque, empêchant ainsi l’absorption de la vitamine B12. Cette malabsorption est elle aussi cause de troubles empêchant son absorption, ce qui crée un cercle vicieux extrêmement dangereux.
L’âge est également un facteur d’appauvrissement en facteur intrinsèque, notamment en raison de la baisse de compétence du tractus digestif dans le domaine de l’absorption de la vitamine B12.
Au total, non seulement il existe de nombreux facteurs réduisant l’absorption de la vitamine B12, mais une carence vient encore les majorer et peut rapidement créer une situation critique qui peut produire des troubles sanguins et neurologiques.

Il faut donc compenser ces problèmes par un apport en vitamine B12 sous forme de complément alimentaire. Il existe différentes formes de compléments en vitamine B12. Les deux plus connus sont la cyanocobalamine (la plus stable) et la méthylcobalamine.
La supplémentation doit intervenir au mieux dans les trois premières années du régime alimentaire susceptible de provoquer un appauvrissement, c’est-à-dire le végétarisme strict (ovo-lacto-végétarisme) et, bien entendu, le végétalisme (régime végane).
Si d’autres facteurs viennent se surajouter, il est conseillé de ne pas se contenter d’une supplémentation, mais d’opter pour un traitement correctif d’au moins une année.
Cela est d’autant plus facile à faire que le surdosage en vitamine B12 est sans danger car il s’agit d’une vitamine hydrosoluble, facilement éliminée par les reins. Au pire, notamment en cas de problème rénal, le risque encouru est de développer une acné bénigne.
La supplémentation peut jouer sur les deux voies d’absorption, pour les individus en bonne santé et non carencés, en prenant de petites doses fractionnées en deux ou trois prises dans la journée (de 100 à 500 microgrammes par jour). Pour les autres, la liaison au facteur intrinsèque étant douteuse voire nulle, il faut une supplémentation plus forte et en dose unique (500 à 1000 mcg/j). Enfin, les carencés, ou ceux qui pensent l’être doivent rétablir un état d’équilibre par un apport quotidien régulier de 1000 mcg utilisant, si possible, les deux voies d’absorption (buccale et iléale), par exemple via des comprimés à croquer.
Une supplémentation simple recourant à la cyanocobalamine par des gélules végétales de vitamine B12 (Solgar®) dosées à 500 mcg (50 gélules par flacon) est suffisante en prévention et il faut la doubler si des signes de carence ou de risque carentiel sont associés. En traitement de fond, après contrôle de l’acide méthylmalonique urinaire, 2000 mcg/semaine suffisent amlement. Le traitement de fond est à prendre à vie et le traitement de choc est à évaluer avec son médecin ou son nutritionniste en fonction de l’évolution des symptômes et des résultats d’examen.

Contrôle sanguin et urinaire

Trois sortes de contrôles existent :
1 – Le contrôle sanguin de la vitamine B12 qui manque de fiabilité car il ne permet pas de différencier les cobalamines actives des non actives (analogues) ;
2 – Le contrôle sanguin du complexe transporteur vers les sites d’absorption (Holotranscobalamine) qui permet de détecter un éventuel problème de transport, notamment lié au Facteur intrinsèque ;
3 – Le dosage de l’acide méthylmalonique urinaire (corrélé à la créatinine urinaire) qui permet de vérifier le métabolisme de la vitamine B12 au niveau cellulaire.
Ce dernier examen est le plus efficace et peut-être associé à un contrôle sanguin de l’homocystéine qui a besoin de la vitamine B12 pour la formation de méthionine.
L’élévation du taux d’acide méthylmalonique (MMA), avec ou sans supplémentation, signe une carence que les prises de sang peuvent ignorer et qui n’a pas forcément d’action sur la formation des globules rouges. C’est donc l’examen le plus utile et il est aujourd’hui reconnu comme tel dans les autres pays européens.

Conclusion

L’alimentation végétalienne, si elle correspond à notre choix spirituel et si elle tend à intéresser de plus en plus de personnes désireuses d’une alimentation moins riche, moins génératrice de troubles alimentaires et généraux et d’un meilleur respect des animaux, doit faire l’objet d’une mise en œuvre réfléchie et très sérieuse au risque de développer des troubles graves et difficilement curables en l’absence de diagnostic.
Il faut rappeler qu’à ce jour, les prises de sang ne permettent pas de doser efficacement la vitamine B12 efficace, car des formes inactives circulent dans notre sang qui ne contient qu’une toute petite partie de cette vitamine, l’essentiel étant stocké dans les cellules. C’est donc un test urinaire qui va renseigner sur la présence efficace de vitamine B12 dans nos cellules (test de l’acide méthylmalonique MMA) dont un taux élevé est indicateur d’une carence en vitamine B12.

Éric Delmas, 16 juillet 2017.


[1] Définition issue du site Vitamine B12 et la santé du Dr Schweikart : http://www.vitamine-b12.net/b12/
[2] Le microgramme (mcg) est parfois signalé sous son ancienne unité de mesure, le gamma-gramme (μg)

De l’argent à Mamon

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L’argent outil pratique

Dès que les hommes se sont regroupés en communautés importantes, ils ont dû se poser la question épineuse des échanges commerciaux. En effet, le chasseur cueilleur subvenait à la totalité de ses besoins, mais dès que les sociétés ont dépassé quelques dizaines d’individus, la spécialisation s’est mise en place, impliquant la fourniture de produits de consommation dépassant les besoins personnels et la nécessité d’acquérir ce qui n’était pas produit quoique nécessaire. Le troc fut très longtemps l’outil de ces échanges. Mais une autre solution va devoir s’imposer.Read more

Réussir sans efforts

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Réussir sans effort

Le monde du virtuel

Notre monde est sans cesse mû par un désir de fuite en avant, persuadé qu’il est qu’il faut tout vivre tout de suite et que la patience est une perte de temps. Dans cet esprit, l’idée même d’un apprentissage est considérée comme obsolète et il n’est pas surprenant que les activités demandant justement de longs apprentissages soient dévalorisées.

Qui aujourd’hui serait prêt à consacrer des années à apprendre à confectionner et réparer un instrument de musique ? Qui voudrait mettre sa vie entre parenthèse le temps d’acquérir les compétences liées à une formation de médecin, de pilote de ligne, de souffleur de verre, de compagnon charpentier ? Personne, ou presque plus personne. Aujourd’hui ce qui est valorisé c’est la réalisation immédiate, l’accomplissement sans effort, la réussite liée au hasard et non à la compétence. Je ne sais pas réaliser un objet complexe, qu’importe, une imprimante 3 D le fera à ma place. Je n’ai pas envie de consacrer ma vie à bâtir une situation sociale, qu’importe, un ticket de Loto® m’apportera immédiatement la possibilité de réaliser mes rêves.

Mais quand les compétences s’avèrent néanmoins nécessaires et qu’elles sont liées à un apprentissage considéré comme fastidieux, il reste encore l’option du virtuel. Faire semblant d’être un golfeur d’exception grâce à un logiciel complaisant, faire semblant de savoir piloter un avion grâce à un simulateur qui me leurre pour mieux me satisfaire. Et vous vous en doutez, si je vous parle ainsi c’est que ces comportements sont également visibles dans le domaine de la spiritualité.

La réalité et la fiction

De tous temps il s’est trouvé des personnes pour simuler des situations afin de nous faire passer un message ou pour nous permettre de vivre par procuration des situations passées ou rêvées. Ces personnes, les comédiens, étaient considérées comme faisant l’apologie du mensonge et c’est pourquoi pendant de nombreuses années elles furent dévalorisées par les autorités. Cependant, à cette époque les gens savaient très bien différencier le réel et l’illusion, même si certains menteurs particulièrement adroits arrivaient encore à faire douter de la frontière existant entre ces deux mondes. Les prestidigitateurs, les alchimistes, étaient à la frontières et pouvaient tromper efficacement les foules. Cela expliquait qu’ils étaient également souvent pourchassés.

Malheureusement, de nos jours, la frontière entre réalité et fiction tend à s’atténuer. Georges Méliès, les frères Lumière, Orson Welles quand il raconta l’invasion extraterrestre issue du roman de H. W. Wells, réussirent l’exploit de donner à la fiction une telle consistance que leur public la confondit avec la réalité. Et souvent, cela fut l’occasion de problèmes, voire de drames. De nos jours, la chasse virtuelle de personnages de fiction provoque des accidents réels par le manque d’attention des piétons pris dans leur jeu qui oublient qu’ils se déplacent dans un univers réel et risqué. Des personnes sensibles ou immatures n’arrivent plus à s’extraire de leur monde virtuel et commettent des actes dangereux voire criminels, confondant réalité et fiction.

Ce que révèle tout cela c’est que notre impatience nous fait croire qu’il est nécessaire pour exister de pouvoir vivre plusieurs vies simultanément. Au lieu d’une vie correctement menée, nous essayons d’en vivre mal plusieurs. Pourtant, notre espérance de vie devrait nous donner à penser que nous avons la chance de pouvoir mener à bien, voire de façon plus approfondie, une vie que nos prédécesseurs ont réussi à mener de façon correcte dans les contraintes de leur temps.

Vivre dans le réel

Le monde de la foi

La spiritualité a ceci de spécifique qu’elle n’est pas sensible à l’illusion car elle ne requiert pas le truchement sensoriel pour s’exprimer. Une foi sincère et profonde n’a pas besoin d’artifices et, au contraire, le recours à des faux semblants est la marque d’une foi incomplète. Mais pour atteindre une foi de qualité il faut du temps et de la patience. En effet, notre esprit est tellement bien engoncé dans la matière, tellement éloigné de ses origines spirituelles, qu’il faut un lent et patient travail pour le ramener à sa vie réelle, comme on le fait d’une personnes en hypothermie que l’on réchauffe doucement du cœur vers la périphérie, alors qu’un réchauffement brutal de la périphérie vers le cœur provoquerait sa mort inéluctable.

La foi est un long processus que rien ni personne ne peut forcer ou travestir. S’illusionner sur sa foi c’est s’interdire de l’atteindre. La mimer et la feindre c’est la rendre inaccessible. Prétendre l’avoir atteinte c’est s’enfoncer sur le chemin, pavé de bonnes intentions, qui mène en enfer. Car, ce n’est pas par malice que l’on commet ces erreurs. Souvent c’est dans une intention louable et dans l’espoir d’accélérer un peu les choses que l’on essaie de se convaincre que telle ou telle façon de faire est un bon moyen d’atteindre la foi.

L’Église catholique a institutionnalisé, en quelque sorte, ce genre de comportement. On en a vu et on en voit encore régulièrement le résultat. La mise en place de rituels et de sacrements mal adaptés conduit l’adepte à se croire ce qu’il n’est pas et à agir à contretemps voire à l’opposé de ce qu’il devrait pour progresser.

Les comportements mortifères

En donnant le baptême à un enfant, sous couvert d’un engagement de vie professé par son parrain et sa marraine, alors qu’il est incapable de le faire et d’en comprendre la portée, fait de lui un faux Chrétien dans le but de l’intégrer à une communauté avant qu’il ait eu le temps de réfléchir à ses propres choix. Jalonner sa vie de rituels vides de sens, de prétendus enseignements qui sont autant de bourrage de crâne et de sacrements qui ne sont que des comédies, fait de lui un adepte du mensonge qui se persuade peu à peu qu’il suffit de peu pour compenser une vie très imparfaite. Certains, et je pense notamment aux criminels de la Mafia, ont poussé le concept dans ses limites en croyant qu’il suffisait de quelques donations et d’une piété de façade pour compenser l’effet de leurs crimes sur leur évolution spirituelle.

Mais sans aller aussi loin, comprenons qu’il est aussi grave d’agir impétueusement et impatiemment dans le domaine de la foi pour nous qui rêvons d’être des croyants cathares, voire des Bons-Chrétiens. Certes, au royaume des aveugles les borgnes sont rois nous dit le proverbe. Il est donc facile, même de bonne foi, de se croire parvenu à un stade avancé sur le simple témoignage de personnes ignorantes ou débutantes. Cela m’arrive régulièrement dans bien des domaines. Ainsi, il me suffit de discuter cinq minutes avec quelqu’un en lui expliquant les toutes premières bases de l’histoire médiévale pour qu’elle me demande si je ne suis pas enseignant en histoire ou, à tout le moins, guide touristique. Il me faut alors systématiquement répondre que non car ces professions demandent des compétences et une formation que je n’ai pas et que j’aurais été bien incapable d’acquérir. De la même façon, il m’est aussi arrivé d’entendre dire que j’étais déjà un Bon-Chrétien, simplement parce qu’ayant un peu plus étudié le sujet que la plupart, je dispose d’un vernis de compétence qui éblouit certains de ceux qui n’en ont aucune.

De la même façon que nous savons qu’il est dangereux de prendre les commandes d’un avion avec pour seul bagage quelques heures passées sur un logiciel de simulation de pilotage, nous devons comprendre qu’il ne suffit pas de simuler un état de Bon-Chrétien pour en être un. Faire cela est non seulement mortifère pour celui qui s’y risquerait, mais aussi pour ceux qui le suivraient en se persuadant de sa valeur. Les comédiens dont je parlais précédemment savent parfaitement qu’ils ne sont pas réellement le personnage qu’ils incarnent et leur public le sait également. Mais si l’on vous convainc de la validité d’un placement financier mirobolant, le résultat sera votre ruine. De même quand un gourou — même s’il est convaincu lui-même de sa position spirituelle — vous entraîne à sa suite, c’est votre ruine spirituelle qu’il provoque.

L’apprentissage du Catharisme

Le Catharisme est un Christianisme qui, par sa résurgence moderne présente l’avantage de n’avoir quasiment pas subi cette lente évolution du factice dans le monde réel. Il nous revient donc de ne pas l’y introduire aujourd’hui par nos comportements.

Si l’on est désireux d’approfondir cette spiritualité il faut renoncer aux comportements mondains de notre époque et accepter d’en revenir à des pratiques plus saines que beaucoup ont oubliées. La patience est la vertu cardinale de celui qui veut comprendre le Catharisme, même s’il sent en lui l’appel de la foi. En effet, la foi cathare n’est pas bâtie sur du sable. Elle nécessite une connaissance qui ne peut s’acquérir que par un effort d’étude sérieux et prononcé.

Une fois que la connaissance est là, il faut s’interroger sur ce qu’elle nous révèle en nous. Considère-t-on le Catharisme comme un passionnant sujet d’histoire ou bien cette doctrine et cette philosophie répondent-elles en notre moi intérieur à un questionnement existentiel profond ? Dans ce dernier cas, les propositions du Catharisme fournissent-elles la réponse évidente, logique et seule spirituellement acceptable ? Si oui, on entre dans la famille des croyants et l’on va alors cheminer pour accomplir ce que notre foi nous impose, tenter de devenir en cette vie des Bons-Chrétiens afin qu’au seuil de la mort physique nous soyons en mesure d’espérer la grâce divine et le salut pour notre esprit saint prisonnier.

Il va sans dire qu’un tel cheminement demande beaucoup de travail et de temps. Il faut apprendre les deux choses les plus difficiles pour un individu de notre époque : l’humilité et l’obéissance. L’humilité nous permet de faire preuve de patience et de progresser au rythme nécessaire à un approfondissement correct de notre foi. L’obéissance permet de comprendre que nos prédécesseurs dans ce cheminement ont acquis des compétences que nous n’avons pas encore et que c’est à cause de cette immaturité spirituelle que nous avons tendance à vouloir sans cesse considérer que nos convictions sont de meilleure qualité que leurs enseignements. Ainsi, nous pourrons progresser, lentement sans aucun doute mais plus sûrement, et atteindre un jour le même avancement qu’ils atteignirent en leur temps, afin de pouvoir en finir avec les transmigrations qui nous maintiennent encore prisonniers de l’enfer de ce monde.

Le Catharisme est un long apprentissage qui demande un investissement permanent et une pratique prudente. Il ne suffit pas de quelques journées consacrées à ce sujet pour en acquérir la connaissance nécessaire, tout comme on ne peut pas mimer le Catharisme sans remettre gravement en question l’espoir de le vivre pleinement.

Chacun de nous progresse à son rythme et, comme me le rappelait un ami très cher, il peut être comparé à une échelle où chacun se trouve sur le barreau correspondant à son niveau d’avancement. Croire qu’un autre peut vous hisser à son niveau serait une erreur. Faire comme si l’on était déjà en haut de l’échelle serait une faute. Se hâter dans l’espoir de la gravir plus vite provoquerait la chute. Nous devons gravir les échelons, un à un, à notre rythme et selon nos capacités du moment et nous abstenir de croire que ceux qui sont montés avant nous étaient rétrogrades et incompétents quand ils nous ont laissé leur mode d’emploi de l’échelle. Ce n’est pas non plus en faisant semblant de la gravir que nous y parviendrons dans la vraie vie et si l’on dit qu’un barreau est vermoulu, ce n’est pas en affectant de ne pas le croire que nous réussirons.

Réussir dans sa voie

J’en terminerai en vous disant qu’après près d’un an consacré exclusivement à mon propre avancement, je me rends compte combien il est difficile de progresser efficacement dans cette voie. J’ai conscience de n’avoir fait qu’un tout petit pas et je me rends compte à quel point j’ai pu m’illusionner dans le passé sur ma capacité à avancer dans ma foi. Aujourd’hui, après quarante semaines de travail, de pratique rituelle respectueuse des indications des Bons-Chrétiens médiévaux, après de nombreux échanges avec les uns et les autres, je commence à peine à entrevoir l’orée du chemin qu’il me reste à parcourir. Nul doute que ma route sera encore longue avant de pouvoir espérer passer un cap de plus. Mais en fait, j’ai appris qu’il ne faut pas agir dans l’espoir d’être mais agir pour mettre sa vie réelle en accord avec sa foi et avec les prescriptions de Christ. Les Bons-Chrétiens les ont développées pour les adapter à notre mondanité et s’il nous demandent de faire ceci ou, au contraire, de ne pas faire cela, ce n’est pas par lubie mais pour nous aider à mieux canaliser nos pulsions mondaines pour avancer efficacement. L’habit ne fait pas le moine, et s’il suffisait de pratiquer tel rituel ou de se donner telle apparence pour être ce que l’on veut être, il y a longtemps que nous serions tous aptes à rejoindre notre espace originel. Ce n’est pas le cas. Aussi devons-nous agir autrement et retrouver l’humilité et la patience qui nous font si cruellement défaut.

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