1-3-Catharisme & monde

À l’épreuve des faits

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À l’épreuve des faits

Le recul des compétences naturelles

Il est encore beaucoup trop tôt pour se lancer dans de grandes analyses, mais il me semble intéressant de proposer quelques pistes de réflexion à tout un chacun.

Les événements actuels nous ramènent à des considérations sur la nature humaine et sur les concepts souvent abscons de la philosophie et de la religion que nous avons oubliées depuis longtemps… trop longtemps.

L’être humain moderne est fragile, très fragile, mais il n’en a pas conscience. Aux débuts de l’humanité, c’est en prenant conscience de sa fragilité que l’être humain a fait des choix qui lui ont permis de survivre dans un environnement hostile en faisant usage de capacités pourtant peu adaptées aux difficultés rencontrées.

Se couvrir d’une peau de bête pour compenser une toison trop fragile, se regrouper en nombre suffisant pour optimiser la recherche de nourriture et améliorer la défense contre les prédateurs, fabriquer des objets manufacturés pour compenser l’absence de griffes et de crocs suffisamment puissants, se tenir debout pour voir l’environnement faute de disposer d’une ouie et d’un odorat efficaces, sont des moyens qui nous ont permis de survivre et de dépasser les autres espèces. Mais, en même temps cela a permis à un animal peu adapté de prospérer quand la règle naturelle est la survie du plus fort, du plus adapté et du plus à même de supporter des changements brutaux.

Plus nous avons amélioré notre environnement, pour le rendre conforme aux besoins de notre fragilité, plus nous avons conforté un statut anti-naturel. En outre, nous avons également modifié l’environnement qui s’est fragilisé et nous avons aboli les frontières naturelles qui permettaient de développer la diversité des espèces animales et végétales garantie d’évolution. En effet, si les continents étaient restés soudés comme au temps de la Pangée, les modèles auraient été bien moins nombreux et seules deux ou trois espèces de prédateurs auraient subsisté, de même de la flore aurait vu sa diversité fortement diminuer et aurait entraîné une raréfaction des espèces herbivores. Or, cette diversité nous l’avons supprimée par la mondialisation des transports et des échanges. C’est pour cela que des espèces endémiques se sont étendues à tous les continents et on supplanté des espèces locales moins bien préparées à leur résister. Il en résulte une diversification des maladies qui s’étendent et qui peuvent tester leur capacité à toucher plus ou moins d’êtres vivants sur l’ensemble de la planète et dans la diversité des climats.

L’extension, la mondialisation biologique, le recours systématique à la technologie pour résoudre les problèmes, nous ont conduits à une impasse. Mais ce n’est pas obligatoirement le plus grave.

L’individualisme, prélude à l’extinction

Quand l’homme se savait faible face au monde, il a eu l’excellente idée de se regrouper en systèmes plus complexes. Certes, comme nous l’a très bien montré René Girard, cela a provoqué des problèmes, mais cela a permis l’évolution de notre espèce qui aurait sans aucun doute disparu sans ce choix essentiel.

Le regroupement permet d’améliorer la protection de chacun par la démonstration de force, comme ces poissons qui dans les océans nagent en bancs serrés pour dissuader les prédateurs. Il permet aussi d’améliorer la recherche de ressources alimentaires. Avant ces regroupements les hommes étaient des cueilleurs de baies et de racines et, quand la chance était avec eux, ils pouvaient trouver un animal mort pour améliorer leur ordinaire. Avec le regroupement, le piégeage d’animaux plus gros est devenu possible et, une fois l’animal pris au piège, on le tuait à coup de pierre. Le regroupement facilité le partage d’idées et d’expériences qui débouche sur des choix comportementaux et sur des inventions qui améliorent grandement la vie.

L’individualisme n’a pas sa place dans la nature. On le voit chez de nombreuses espèces, l’animal malade ou trop vieux est exclu du groupe, ou s’exclut de lui-même, pour vivre une existence aussi solitaire que courte. Même les animaux apparemment solitaires pour des raisons de territoires nécessaires à la recherche de proies, se regroupent régulièrement.

Mais l’homme a inventé l’individualisme à partir du moment où il s’est rendu compte qu’il pourrait toujours trouver ce qu’il ne pouvait pas produire et se l’accaparer grâce aux échanges commerciaux. En fait l’individualisme est l’enfant de la civilisation.

Comme dans une pyramide des âges, l’élévation dans la chaîne alimentaire, que procure l’intelligence supérieure de l’homme, lui a également créé un handicap majeur et mortel. En effet, plus il s’élève et plus il s’isole. Or, plus on s’isole et plus on perd l’avantage de l’expérience et des inventions des autres. Les dinosaures dominaient la planète, mais ne vivaient qu’à sa surface quand de nombreuses espèces alternaient la vie en surface et en sous-sol. Quand est survenu l’accident que l’on sait, la vie en surface est devenue impossible pendant une longue période. Du coup les petits animaux qui ont su se mettre à l’abri ont survécu et les dinosaures qui en étaient incapables ont disparu.

L’homme, dinosaure moderne, est dans la même situation. Incapable subvenir individuellement à tous ses besoins, il ne peut survivre qu’à condition qu’un groupe structuré lui apporte ce qui lui est nécessaire en échange de ses propres apports. Mais l’argent est venu modifier sensiblement cette équation plutôt vertueuse. Initialement destiné à simplifier le troc de produits et services utiles contre d’autres tout aussi essentiel, il est devenu petit à petit un produit en soi. Or, l’argent ne se mange pas, on ne peut s’en vêtir, il ne permet aucune défense ni n’aide à se protéger de l’environnement. L’argent n’est utile qu’autant que l’on trouve quelqu’un qui souhaite se l’approprier en se délestant des éléments essentiels dont nous avons besoin.

L’immense majorité des hommes est ainsi devenue incapable de s’auto-suffire et ne compte que sur la bonne volonté de nombreux autres pour y parvenir. Ce n’est pas de la solidarité, c’est de la dépendance. On le voit, dès qu’un élément jugé essentiel vient à manquer, ceux qui en disposent ne le mettent pas au profit de ceux qui en manquent : ils se contentent de les exploiter en en rendant l’accès beaucoup plus cher ! L’individualiste ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez.

Celui qui se procure de façon illégitime des masques isolants, pour essayer de les revendre à prix d’or, pense à son profit immédiat, mais il ne se demande pas ce qui pourrait lui arriver si son comportement abouti à une extension de la maladie dont il finira par être lui-même victime !

Quand vous mettez des rats dans un environnement riche en nourriture, ils se reproduisent rapidement pour s’étendre, mais si vous restreignez brutalement la nourriture, ils tuent les plus faibles pour adapter leur population aux ressources. C’est brutal, mais terriblement efficace. Pas étonnant qu’ils aient survécu à tant de catastrophes qui nous ont décimées.

La vision de l’avenir

L’individualisme empêche de se projeter dans l’avenir pour anticiper les catastrophes annoncées. Comme l’instinct de survie fait perdre toute cohérence aux comportements et conduit parfois à un résultat pire que le danger initial, comme les moutons qui se jettent d’une falaise pour échapper à un prédateur, l’individualisme pousse ses adeptes à nier les risques à venir au profit d’un avantage mineur immédiat.

Pourtant à quoi sert-il de gagner facilement de l’argent tout de suite si je dois mourir bientôt d’une maladie que mon comportement aura permis de se diffuser plus largement, y compris jusqu’à moi ?

La vision de l’avenir n’est pas de voir loin, mais de voir globalement. En haut de la pyramide on voit loin, mais on ne voit pas la globalité de ce que l’on domine. Du coup, les messages d’alerte nous échappent et la vision lointaine ne sera jamais réalisée car nous serons tombés avant de l’atteindre.

La vision de l’avenir développe la réflexion, la cohérence et la logique. Ces trois qualités sont essentielles à la survie. Elles évitent la panique face à un événement immédiat, mais permettent de l’analyser et d’y trouver une solution qui n’entraîne pas des conséquences encore plus néfastes. Elles permettent de comprendre en quoi un comportement actuel peut donner lieu à une catastrophe non encore réalisée. Elles donnent des orientations visant à améliorer durablement l’évolution de l’espèce.

Or l’humanité a toujours fait exactement le contraire. Nous sommes comme les habitants de l’île de Pâques, plus préoccupés de manifester leur supériorité sur les autres tribus plutôt que de préserver l’écosystème qui assurait leur survie. On connaît le résultat. Sauf que nous avons globalisé ce comportement à l’échelle de la planète. Or, nous n’avons pas de base de repli en cas de catastrophe.

La vision de l’avenir est de savoir rester humble face à un environnement qui nous dépasse de loin. Mais l’homme, conscient à l’extrême de son extraordinaire évolution, ne supporte pas l’idée qu’il ne soit pas le dieu de la terre. Donc, ignorant ce qui le dépasse, il prétend au contraire le contrôler. Mais on ne contrôle pas ce que l’on ne maîtrise pas. Du coup, l’homme méprise ce qu’il ne maîtrise pas jusqu’à ce qu’il réussisse à le contrôler et là, au lieu d’admirer sa découverte, il casse son jouet trop fier d’avoir su être le plus fort.

Mais la nature est patiente ! Elle sait faire le dos rond, comme le roseau de la fable, et attendre des jours meilleurs. Comme le prisonnier qui scrute ses gardiens jour après jour, la nature attend patiemment de découvrir nos failles et elle les exploite pour se protéger de nos agissements à son encontre. Il est quand même amusant que personne ne se soit interrogé sérieusement sur quelques phénomènes inquiétant. Par exemple, plus le niveau de vie s’élève et augmente la durée de vie, plus la fertilité diminue. Au lieu de chercher des alternatives à la procréation naturelle, ne pourrions-nous pas nous interroger sur ce phénomène ? Plus nous créons des outils pour nous faciliter la vie, plus leur fonctionnement dégrade notre environnement et nous promet une vie future plus difficile. Ne pourrions-nous pas, au lieu d’empiler les technologies pour que chaque niveau tente de compenser les défauts du précédent, essayer de trouver un juste équilibre entre avantage et inconvénients ?

Changer ou disparaître

Notre avenir va se jouer à l’épreuve des faits.

Si nous ne revenons pas à nos fondamentaux d’une vie plus harmonieuse avec son environnement, d’une solidarité active basée sur le bien-être général au lieu de l’accumulation de produits incapables de nous aider directement, nous allons à l’extinction rapide de notre espèce. Cela ne fait qu’un petit million d’années que notre espèce (Homo) est sur terre et nous entrevoyons déjà notre fin.

Aujourd’hui un virus relativement peu destructeur nous met en panique, faute d’avoir la capacité à réagir intelligemment collectivement. Demain, imaginez-en un autre, avec la mortalité d’Ébola (+ de 50%). Non seulement sa croissance exponentielle exposerait à une mort rapide plus de la moitié de la population, mais la désorganisation liée à l’individualisme conduirait la plupart des autres à la mort par incapacité à s’adapter au phénomène. Et, le nombre restant sera trop faible pour survivre longtemps. Au total, un seul petit virus pourrait nous effacer de cette planète à cause de notre attitude et non pas en raison de sa virulence réelle.

On le voit aujourd’hui. Pour des raisons strictement économiques — c’est-à-dire dans le simple but d’économiser ou de gagner de l’argent — les pays se sont réorganisés en se spécialisant. Les uns consomment, les autres produisent. Mais il suffit de les producteurs se voient obligés de stopper leur production et les consommateurs sont impactés à leur tour. Imaginez que chaque pays produise et consomme ce dont il a besoin. Les échanges seraient beaucoup plus faibles et ne toucheraient que des produits très spécifiques non essentiels. Du coup quand un pays se trouve impacté par un problème sanitaire ou physique, les autres conservent leurs capacités intrinsèques et peuvent manifester leur solidarité au pays concerné. La perte d’un maillon de ce type de chaîne n’entraîne pas la rupture de toute la chaîne. Certes cela aurait comme conséquence de mettre au chômage les spéculateurs et les intermédiaires qui gèrent des produits fabriqués par les uns et consommés par les autres sans jamais avoir eu à faire quoi que ce soit d’autre que de prélever leur bénéfice au passage. Mais pour produire localement, il faut plus de bras dans les champs et dans les entreprises. Ils pourraient facilement trouver du travail dont la finalité leur apparaîtrait enfin.

Nous n’avons pas beaucoup de temps pour changer ou disparaître.

Éric Delmas – 20/03/2020

La prison idéale

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La prison idéale

Ainsi que j’en discutais avec un ami, la plupart des gens sont victimes d’un phénomène d’autant plus terrible qu’il ne le perçoivent pas. En effet, la prison mondaine qui nous contraint n’est pas visible et n’est pas ressentie par la quasi totalité de la population. C’est la prison idéale que celle dont le prisonnier ignore l’existence !
Dans la cosmogonie cathare, les esprits saints arrachés à leur origine divine et tombés dans la création maligne se mirent à pleurer et à chanter le cantique de Sion. Le diable peur annonça qu’il les enfermerait dans des tuniques d’oubli où ils n’auraient plus le souvenir de leur origine. Ces tunique d’oubli sont les corps humains.

Au sein de cette prison nous avons créé des cloisonnements qui sont autant de prisons. Ainsi, culturellement, depuis le 4e siècle, le judéo-christianisme catholique a formaté la population jusqu’à lui faire admettre que son credo est en fait la définition du christianisme. Toute remise en question de ce credo faisait automatiquement de ceux qui en étaient responsables, des hérétiques. Mais, le christianisme ne se définit pas par le credo catholique, ni par les conceptions judéo-chrétiennes ; il se définit uniquement par le message de l’envoyé divin : le Christ ! Le christianisme est donc la religion de l’Amour universel et de la volonté de retourner au Père.

S’appuyant sur le judaïsme, lui-même construit sur les religions antérieures, le catholicisme des premiers siècles, ainsi que ses surgeons judéo-chrétiens (orthodoxe, protestants, etc.), considère que leur Dieu est créateur de l’univers. Pourtant, le message christique est clair : ce monde n’est pas celui de Dieu dont le royaume n’est pas de ce monde. Du coup nous avons deux conceptions chrétiennes diamétralement opposées : la judéo-chrétienne qui voit dans ce monde l’œuvre de Dieu, et la pagano-chrétienne qui considère ce monde comme l’œuvre du Mal par le truchement du démiurge que nous appelons commodément le diable.

Quelles sont les conséquences de cette présentation ?

On peut très bien être chrétien sans partager les conceptions judéo-chrétiennes.
On peut très bien être judéo-chrétien sans être catholique.
Les pagano-chrétiens peuvent être en divergence sur de nombreux points tout en ayant un fondamental commun et des convergences ponctuelles sur de nombreux autres points. Le fondamental commun est que nous ne sommes pas de ce monde où nous a emprisonné le démiurge.

Les cathares sont pagano-chrétiens, donc chrétiens, et ils avaient réalisé ce bouleversement extrême dans leur conception religieuse qui est de comprendre et d’admettre sans restriction que ce monde est l’œuvre du Mal et que rien ne pourrait le rendre compatible avec le Bien.
Donc, si vous n’arrivez pas encore à partager ce point de vue avec les cathares, c’est que vous n’avez pas réalisé ce changement radical, quoique vous pensiez des religions judéo-chrétiennes que vous critiquez peut-être.
Ce changement s’appelle l’éveil chez les cathares ; il est comparable à la scène du film Matrix© où le héros, ayant avalé la pilule ad hoc quitte l’illusion confortable de la matrice pour rejoindre le monde austère de la réalité.

Enfin, la conception bouddhiste de l’évolution spirituelle, au travers de nombreuses vies qui constituent autant d’étapes vers le salut, n’est pas chrétienne. Pour nous le salut est indépendant du monde et plus vite nous le quitterons sans être “réincarné” mieux ce sera.

De l’argent à Mamon

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De l’argent à Mamon

L’argent outil pratique

Dès que les hommes se sont regroupés en communautés importantes, ils ont dû se poser la question épineuse des échanges commerciaux. En effet, le chasseur cueilleur subvenait à la totalité de ses besoins, mais dès que les sociétés ont dépassé quelques dizaines d’individus, la spécialisation s’est mise en place, impliquant la fourniture de produits de consommation dépassant les besoins personnels et la nécessité d’acquérir ce qui n’était pas produit quoique nécessaire. Le troc fut très longtemps l’outil de ces échanges. Mais une autre solution va devoir s’imposer.

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Réussir sans efforts

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Réussir sans effort

Le monde du virtuel

Notre monde est sans cesse mû par un désir de fuite en avant, persuadé qu’il est qu’il faut tout vivre tout de suite et que la patience est une perte de temps. Dans cet esprit, l’idée même d’un apprentissage est considérée comme obsolète et il n’est pas surprenant que les activités demandant justement de longs apprentissages soient dévalorisées.

Qui aujourd’hui serait prêt à consacrer des années à apprendre à confectionner et réparer un instrument de musique ? Qui voudrait mettre sa vie entre parenthèse le temps d’acquérir les compétences liées à une formation de médecin, de pilote de ligne, de souffleur de verre, de compagnon charpentier ? Personne, ou presque plus personne. Aujourd’hui ce qui est valorisé c’est la réalisation immédiate, l’accomplissement sans effort, la réussite liée au hasard et non à la compétence. Je ne sais pas réaliser un objet complexe, qu’importe, une imprimante 3 D le fera à ma place. Je n’ai pas envie de consacrer ma vie à bâtir une situation sociale, qu’importe, un ticket de Loto® m’apportera immédiatement la possibilité de réaliser mes rêves.

Mais quand les compétences s’avèrent néanmoins nécessaires et qu’elles sont liées à un apprentissage considéré comme fastidieux, il reste encore l’option du virtuel. Faire semblant d’être un golfeur d’exception grâce à un logiciel complaisant, faire semblant de savoir piloter un avion grâce à un simulateur qui me leurre pour mieux me satisfaire. Et vous vous en doutez, si je vous parle ainsi c’est que ces comportements sont également visibles dans le domaine de la spiritualité.

La réalité et la fiction

De tous temps il s’est trouvé des personnes pour simuler des situations afin de nous faire passer un message ou pour nous permettre de vivre par procuration des situations passées ou rêvées. Ces personnes, les comédiens, étaient considérées comme faisant l’apologie du mensonge et c’est pourquoi pendant de nombreuses années elles furent dévalorisées par les autorités. Cependant, à cette époque les gens savaient très bien différencier le réel et l’illusion, même si certains menteurs particulièrement adroits arrivaient encore à faire douter de la frontière existant entre ces deux mondes. Les prestidigitateurs, les alchimistes, étaient à la frontières et pouvaient tromper efficacement les foules. Cela expliquait qu’ils étaient également souvent pourchassés.

Malheureusement, de nos jours, la frontière entre réalité et fiction tend à s’atténuer. Georges Méliès, les frères Lumière, Orson Welles quand il raconta l’invasion extraterrestre issue du roman de H. W. Wells, réussirent l’exploit de donner à la fiction une telle consistance que leur public la confondit avec la réalité. Et souvent, cela fut l’occasion de problèmes, voire de drames. De nos jours, la chasse virtuelle de personnages de fiction provoque des accidents réels par le manque d’attention des piétons pris dans leur jeu qui oublient qu’ils se déplacent dans un univers réel et risqué. Des personnes sensibles ou immatures n’arrivent plus à s’extraire de leur monde virtuel et commettent des actes dangereux voire criminels, confondant réalité et fiction.

Ce que révèle tout cela c’est que notre impatience nous fait croire qu’il est nécessaire pour exister de pouvoir vivre plusieurs vies simultanément. Au lieu d’une vie correctement menée, nous essayons d’en vivre mal plusieurs. Pourtant, notre espérance de vie devrait nous donner à penser que nous avons la chance de pouvoir mener à bien, voire de façon plus approfondie, une vie que nos prédécesseurs ont réussi à mener de façon correcte dans les contraintes de leur temps.

Vivre dans le réel

Le monde de la foi

La spiritualité a ceci de spécifique qu’elle n’est pas sensible à l’illusion car elle ne requiert pas le truchement sensoriel pour s’exprimer. Une foi sincère et profonde n’a pas besoin d’artifices et, au contraire, le recours à des faux semblants est la marque d’une foi incomplète. Mais pour atteindre une foi de qualité il faut du temps et de la patience. En effet, notre esprit est tellement bien engoncé dans la matière, tellement éloigné de ses origines spirituelles, qu’il faut un lent et patient travail pour le ramener à sa vie réelle, comme on le fait d’une personnes en hypothermie que l’on réchauffe doucement du cœur vers la périphérie, alors qu’un réchauffement brutal de la périphérie vers le cœur provoquerait sa mort inéluctable.

La foi est un long processus que rien ni personne ne peut forcer ou travestir. S’illusionner sur sa foi c’est s’interdire de l’atteindre. La mimer et la feindre c’est la rendre inaccessible. Prétendre l’avoir atteinte c’est s’enfoncer sur le chemin, pavé de bonnes intentions, qui mène en enfer. Car, ce n’est pas par malice que l’on commet ces erreurs. Souvent c’est dans une intention louable et dans l’espoir d’accélérer un peu les choses que l’on essaie de se convaincre que telle ou telle façon de faire est un bon moyen d’atteindre la foi.

L’Église catholique a institutionnalisé, en quelque sorte, ce genre de comportement. On en a vu et on en voit encore régulièrement le résultat. La mise en place de rituels et de sacrements mal adaptés conduit l’adepte à se croire ce qu’il n’est pas et à agir à contretemps voire à l’opposé de ce qu’il devrait pour progresser.

Les comportements mortifères

En donnant le baptême à un enfant, sous couvert d’un engagement de vie professé par son parrain et sa marraine, alors qu’il est incapable de le faire et d’en comprendre la portée, fait de lui un faux Chrétien dans le but de l’intégrer à une communauté avant qu’il ait eu le temps de réfléchir à ses propres choix. Jalonner sa vie de rituels vides de sens, de prétendus enseignements qui sont autant de bourrage de crâne et de sacrements qui ne sont que des comédies, fait de lui un adepte du mensonge qui se persuade peu à peu qu’il suffit de peu pour compenser une vie très imparfaite. Certains, et je pense notamment aux criminels de la Mafia, ont poussé le concept dans ses limites en croyant qu’il suffisait de quelques donations et d’une piété de façade pour compenser l’effet de leurs crimes sur leur évolution spirituelle.

Mais sans aller aussi loin, comprenons qu’il est aussi grave d’agir impétueusement et impatiemment dans le domaine de la foi pour nous qui rêvons d’être des croyants cathares, voire des Bons-Chrétiens. Certes, au royaume des aveugles les borgnes sont rois nous dit le proverbe. Il est donc facile, même de bonne foi, de se croire parvenu à un stade avancé sur le simple témoignage de personnes ignorantes ou débutantes. Cela m’arrive régulièrement dans bien des domaines. Ainsi, il me suffit de discuter cinq minutes avec quelqu’un en lui expliquant les toutes premières bases de l’histoire médiévale pour qu’elle me demande si je ne suis pas enseignant en histoire ou, à tout le moins, guide touristique. Il me faut alors systématiquement répondre que non car ces professions demandent des compétences et une formation que je n’ai pas et que j’aurais été bien incapable d’acquérir. De la même façon, il m’est aussi arrivé d’entendre dire que j’étais déjà un Bon-Chrétien, simplement parce qu’ayant un peu plus étudié le sujet que la plupart, je dispose d’un vernis de compétence qui éblouit certains de ceux qui n’en ont aucune.

De la même façon que nous savons qu’il est dangereux de prendre les commandes d’un avion avec pour seul bagage quelques heures passées sur un logiciel de simulation de pilotage, nous devons comprendre qu’il ne suffit pas de simuler un état de Bon-Chrétien pour en être un. Faire cela est non seulement mortifère pour celui qui s’y risquerait, mais aussi pour ceux qui le suivraient en se persuadant de sa valeur. Les comédiens dont je parlais précédemment savent parfaitement qu’ils ne sont pas réellement le personnage qu’ils incarnent et leur public le sait également. Mais si l’on vous convainc de la validité d’un placement financier mirobolant, le résultat sera votre ruine. De même quand un gourou — même s’il est convaincu lui-même de sa position spirituelle — vous entraîne à sa suite, c’est votre ruine spirituelle qu’il provoque.

L’apprentissage du Catharisme

Le Catharisme est un Christianisme qui, par sa résurgence moderne présente l’avantage de n’avoir quasiment pas subi cette lente évolution du factice dans le monde réel. Il nous revient donc de ne pas l’y introduire aujourd’hui par nos comportements.

Si l’on est désireux d’approfondir cette spiritualité il faut renoncer aux comportements mondains de notre époque et accepter d’en revenir à des pratiques plus saines que beaucoup ont oubliées. La patience est la vertu cardinale de celui qui veut comprendre le Catharisme, même s’il sent en lui l’appel de la foi. En effet, la foi cathare n’est pas bâtie sur du sable. Elle nécessite une connaissance qui ne peut s’acquérir que par un effort d’étude sérieux et prononcé.

Une fois que la connaissance est là, il faut s’interroger sur ce qu’elle nous révèle en nous. Considère-t-on le Catharisme comme un passionnant sujet d’histoire ou bien cette doctrine et cette philosophie répondent-elles en notre moi intérieur à un questionnement existentiel profond ? Dans ce dernier cas, les propositions du Catharisme fournissent-elles la réponse évidente, logique et seule spirituellement acceptable ? Si oui, on entre dans la famille des croyants et l’on va alors cheminer pour accomplir ce que notre foi nous impose, tenter de devenir en cette vie des Bons-Chrétiens afin qu’au seuil de la mort physique nous soyons en mesure d’espérer la grâce divine et le salut pour notre esprit saint prisonnier.

Il va sans dire qu’un tel cheminement demande beaucoup de travail et de temps. Il faut apprendre les deux choses les plus difficiles pour un individu de notre époque : l’humilité et l’obéissance. L’humilité nous permet de faire preuve de patience et de progresser au rythme nécessaire à un approfondissement correct de notre foi. L’obéissance permet de comprendre que nos prédécesseurs dans ce cheminement ont acquis des compétences que nous n’avons pas encore et que c’est à cause de cette immaturité spirituelle que nous avons tendance à vouloir sans cesse considérer que nos convictions sont de meilleure qualité que leurs enseignements. Ainsi, nous pourrons progresser, lentement sans aucun doute mais plus sûrement, et atteindre un jour le même avancement qu’ils atteignirent en leur temps, afin de pouvoir en finir avec les transmigrations qui nous maintiennent encore prisonniers de l’enfer de ce monde.

Le Catharisme est un long apprentissage qui demande un investissement permanent et une pratique prudente. Il ne suffit pas de quelques journées consacrées à ce sujet pour en acquérir la connaissance nécessaire, tout comme on ne peut pas mimer le Catharisme sans remettre gravement en question l’espoir de le vivre pleinement.

Chacun de nous progresse à son rythme et, comme me le rappelait un ami très cher, il peut être comparé à une échelle où chacun se trouve sur le barreau correspondant à son niveau d’avancement. Croire qu’un autre peut vous hisser à son niveau serait une erreur. Faire comme si l’on était déjà en haut de l’échelle serait une faute. Se hâter dans l’espoir de la gravir plus vite provoquerait la chute. Nous devons gravir les échelons, un à un, à notre rythme et selon nos capacités du moment et nous abstenir de croire que ceux qui sont montés avant nous étaient rétrogrades et incompétents quand ils nous ont laissé leur mode d’emploi de l’échelle. Ce n’est pas non plus en faisant semblant de la gravir que nous y parviendrons dans la vraie vie et si l’on dit qu’un barreau est vermoulu, ce n’est pas en affectant de ne pas le croire que nous réussirons.

Réussir dans sa voie

J’en terminerai en vous disant qu’après près d’un an consacré exclusivement à mon propre avancement, je me rends compte combien il est difficile de progresser efficacement dans cette voie. J’ai conscience de n’avoir fait qu’un tout petit pas et je me rends compte à quel point j’ai pu m’illusionner dans le passé sur ma capacité à avancer dans ma foi. Aujourd’hui, après quarante semaines de travail, de pratique rituelle respectueuse des indications des Bons-Chrétiens médiévaux, après de nombreux échanges avec les uns et les autres, je commence à peine à entrevoir l’orée du chemin qu’il me reste à parcourir. Nul doute que ma route sera encore longue avant de pouvoir espérer passer un cap de plus. Mais en fait, j’ai appris qu’il ne faut pas agir dans l’espoir d’être mais agir pour mettre sa vie réelle en accord avec sa foi et avec les prescriptions de Christ. Les Bons-Chrétiens les ont développées pour les adapter à notre mondanité et s’il nous demandent de faire ceci ou, au contraire, de ne pas faire cela, ce n’est pas par lubie mais pour nous aider à mieux canaliser nos pulsions mondaines pour avancer efficacement. L’habit ne fait pas le moine, et s’il suffisait de pratiquer tel rituel ou de se donner telle apparence pour être ce que l’on veut être, il y a longtemps que nous serions tous aptes à rejoindre notre espace originel. Ce n’est pas le cas. Aussi devons-nous agir autrement et retrouver l’humilité et la patience qui nous font si cruellement défaut.

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