1-3-Catharisme & monde

Pourquoi l’éveil est-il difficile ?

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Pourquoi l’éveil est-il difficile ?

Si je n’ai pas créé le concept de la parabole, j’en saisi totalement l’intérêt pour rendre accessibles à tous des concepts qui, s’ils étaient directement exprimés depuis ce qu’ils sont dans ma tête, seraient totalement incompréhensibles.
Aussi vais-je vous parler d’un point crucial, qui est à mon avis la cause principale de l’échec dans leur avancement des sympathisants, déterminant dans le passage au statut de croyant : l’éveil.

La victoire du Malin

Quand le Malin fit tomber dans la fange de sa création les esprits saints de l’empyrée céleste, il mit au point la plus extraordinaire supercherie possible. Cela a-t-il marché ? Jugez vous-même ; cela fait des centaines de milliers d’années que cette escroquerie perdure en étant à peine écornée par quelques résistants qui ont su la révéler, sans que les autres victimes ne les croient.

Mais quelle est cette escroquerie si extraordinaire ?
Elle consiste dans le fait de prendre des entités spirituelles, de leur faire oublier leur origine céleste, de leur imposer un univers mondain et de les convaincre que cet univers est, non seulement unique, mais aussi le meilleur monde dont elles peuvent rêver. En clair emprisonner quelqu’un en lui faisant oublier son état de prisonnier et en lui faisant confondre sa prison avec le paradis.

Dans un de ses derniers livres, Jean d’Ormesson dit : « Le présent est une prison sans barreaux, un filet invisible, sans odeur et sans masse, qui nous enveloppe de partout. »
Bien entendu, je partage cet avis, mais je l’étend à tous les temps du monde et non seulement au présent.
Comme je ne suis pas certain que cet auteur soit accessible à tous, je vais aller chercher ma parabole dans le monde du cinéma. Connaissez-vous le film américain : The Truman show ? Ce « spectacle Truman » nous conte l’histoire d’un agent d’assurance, Truman Burbank, marié à une gentille infirmière, Meryl, qui vit dans une petite ville américaine campagnarde, Seahaven, entouré de toute une population très sympathique. Les besoins de ce citoyen étant comblés en tous points, il ne lui vient même pas à l’esprit de s’interroger sur cette situation. Les choses se gâtent quand il aura envie de quitter ce cocon douillet pour explorer le monde, car il découvrira alors que cela est impossible : les routes reviennent toutes au centre-ville et le grand lac s’avère difficile à naviguer à l’approche de l’horizon. En fait, ce que ne sait pas Truman, c’est qu’il est depuis sa naissance le sujet principal d’une émission de télé-réalité ; que le monde qui l’entoure est factice et constitue un immense plateau de télévision fonctionnant en permanence, et que sa femme, ses amis, ses voisins sont des acteurs.

Voilà comment le Malin nous tient prisonnier : il nous a convaincus que nous étions ici de notre propre initiative et qu’il n’y a rien d’autre.

Sommes-nous des victimes innocentes ?

Vous vous dites que ce pauvre Truman est une innocente victime. C’est vrai, jusqu’au moment où il commence à avoir des doutes. Nous sommes donc nous-mêmes innocents de la farce que nous joue le Malin. Oui, mais à une seule condition. Celle de n’avoir jamais eu le plus petit doute sur le fait d’avoir été trompé par le Mal. Par contre, quand Truman constate que quelque chose ne tourne pas rond, il ne se retient pas de chercher à comprendre et, quand il comprend ce qui se passe, il ne retourne pas gentiment à cette vie idéale qui ne présente aucun risque pour lui et qui ne lui impose aucune contrainte excessive. Non, il choisit de savoir et de vivre libre quel qu’en soit le prix.

La victime n’est innocente qu’à deux conditions. Soit elle ignore être victime, comme le décrit Jean d’Ormesson, soit elle le sait et elle lutte, avec ou sans réussite, pour échapper à sa prison, comme le fait Truman.
Une victime qui accepte sa condition pour ne pas prendre de risque ou parce qu’elle pense que la liberté sera moins confortable que la captivité n’est plus vraiment une victime à proprement parler. Cette situation débute dès l’instant où le moindre doute s’insinue en nous. En effet, si à ce moment nous ne cherchons pas à comprendre la situation, nous devenons complices de notre geôlier. Ce point est essentiel. En effet, comme dans la caverne de Platon , si nous entrevoyons une faiblesse dans le roman bâti pour nous leurrer et que nous ne cherchons pas à approfondir cette information, nous devenons complices par lâcheté.

Comme Truman, nous devons chercher à comprendre si la vie qui se déroule devant nous est cohérente ou pas. Pour cela nous devons passer au crible toutes les informations disponibles et nous devons apprendre à les étudier de façon à ne plus nous laisser manipuler et berner par un système culturel taillé pour cela.

À partir de là, la vérité va commencer à se dérouler devant nous ; comme Truman nous toucherons le fond du décor au bout du lac et comme l’homme de la caverne nous gravirons le chemin vers la lumière. Il ne manquera pas d’obstacles à notre progression. Les vagues et les conseils apparemment bienveillants d’un côté, la douleur de la progression et l’aveuglement de la lumière de l’autre. Les bonnes raisons d’abandonner ne manqueront pas et si nous renonçons les éloges et les récompenses pleuvront, alors que si nous persistons ce sont les avanies et les injures qui seront notre lot.
Mais si nous abandonnons, nous serons notre propre geôlier et nous perdons tout droit à nous plaindre et à rêver d’un avenir meilleur.

Et si la vérité était pire que le mensonge ?

Quand vous étiez enfant peut-être avez-vous eu l’occasion d’entrer dans la cuisine familiale pendant que votre mère (à mon époque c’était surtout elle) préparait une tarte au citron. Si vous goûtiez un peu de farine, de blanc d’œuf ou de citron, vous faisiez la grimace tant ces mets offraient peu de satisfaction gustative. Aussi quelle n’était pas votre surprise, si en dévorant une part de cette tarte meringuée dont vous saviez qu’elle était faite de ces trois éléments, vous la trouviez parfaitement délicieuse.
De même que la vérité de la tarte est d’être constituée d’éléments qui, pris individuellement et sans préparation ni cuisson, ont un goût détestable ; de même sa vérité de plat constitué et préparé s’avère être délicieuse. Mais cela, une personne n’ayant jamais eu connaissance de ce que sont la pâtisserie et la tarte au citron ne peut pas le dire.
De même, quand on découvre que l’on nous ment, il est cohérent d’imaginer que c’est pour nous cacher quelque chose. Si ceux qui nous mentent semblent bienveillants, il est logique de penser que ce qui nous est caché est mauvais et que le découvrir nous fera souffrir. Si notre état actuel est satisfaisant, pourquoi lâcher la proie pour l’ombre et s’engager dans un voyage sans retour vers une vérité désagréable ? Comme Nemo dans Matrix® , ce qui pousse à prendre ce risque c’est l’espoir. Or, l’espoir est d’autant plus fort que la situation actuelle est difficile. Mais, le monde moderne a créé un système qui ferme la porte à cet espoir et le redirige vers lui-même. Au lieu de laisser espérer en un monde meilleur, on vous explique que dans ce monde vous pouvez changer de position, soit par votre travail (le rêve américain), soit par l’héritage (l’oncle d’Amérique), soit par la chance (loterie, paris, etc.). Du coup, l’espoir placé dans la spiritualité disparaît petit à petit ; les gens préférant un espoir à court terme à un espoir plus tardif.

Le mensonge ne peut pas faire le bonheur

Le mensonge induit par ce faux espoir ne fait que retarder le moment où chacun devra faire son introspection et s’apercevra que le chemin du bonheur mondain est une voie sans issue. Le seul bonheur est de pouvoir retourner à son état initial au sein de l’Esprit unique. Et pour cela il faut faire le chemin complet qui va de l’éveil à la prise de conscience de son état de pécheur, de la conscience à la contrition et de la contrition à l’amende honorable en vue de l’accès au salut.

Nous savons tous que la voie cathare est, sans doute, l’une des plus ardues qui existent pour s’approcher du salut. Pourtant les cathares disaient que nous serons tous sauvés. Alors pourquoi se donner tant de mal ? La raison en est toute simple et lève clairement cette apparente contradiction. Plus nous tardons à nous arracher à ce monde, plus l’effort nécessaire sera difficile et le résultat incertain. Il ne faut donc pas gâcher la chance que nous donne l’éveil en remettant à demain la décision d’agir pour notre salut.

C’est pourquoi nous devons abandonner la voie du mensonge et agir au mieux pour mériter la grâce du père en cette incarnation. La voie cathare nous paraît offrir les meilleures chances d’être dans la justice et la vérité jusqu’à l’instant ultime, car elle ne laisse rien au hasard et ne s’autorise aucune licence dans l’effort en vue du salut. Certes, celui ou celle qui va s’éveiller à la voie cathare va devoir fournir plus d’efforts, passer par plus de difficultés et subir les plus gros doutes quant à son succès, mais s’il surmonte cela il aura sans doute les meilleures conditions possibles pour aller au bout du chemin.

Par contre, si l’éveil nous touche et que nous tergiversons pour commencer la route, nous jetons aux orties cette chance exceptionnelle que l’Esprit nous a donnée. Nous sommes victimes du Malin, mais l’éveil nous a donné les clefs de la cellule et le plan vers la sortie de la prison. Ne pas s’en servir est pire que de ne pas les avoir reçus.
À chacun d’interroger sa conscience pour savoir s’il se sent éveillé et, si oui, que faire pour mettre à profit cet avantage unique qui nous est donné contre la volonté du Mal.

Guilhem de Carcassonne.

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