Une « collégiale » cathare ?

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Une « collégiale » cathare ?

Le monde dans lequel nous vivons nous contraint d’une façon que la plupart d’entre nous ne perçoivent pas. Comme dans le film Matrix®, nous ne sentons pas forcément le poids de nos chaînes parce que nous les portons depuis si longtemps que nous les croyons être une partie de nous. Aussi, passer de l’autre côté du miroir est très difficile et y rester est presque impossible.

Rappels sur le catharisme

Le catharisme dans l’Histoire

Si l’on reprend bien l’étude des groupes qui ont précédé le catharisme, on ne peut s’empêcher de remarquer qu’ils étaient largement marginaux.

Lors de l’exécution d’Étienne, pour avoir proféré des blasphèmes je le rappelle, une partie de la communauté juive de Jérusalem s’enfuit vers le nord afin d’échapper à la répression qui s’en suit. Cela veut dire deux choses : Étienne et ceux qui se sont enfuis proféraient une foi qui s’opposait la foi juive en vigueur à l’époque et surtout, ceux qui sont restés — comme Pierre, Jean et Jacques — ont été très peu inquiétés parce qu’ils étaient considérés comme des juifs parfaitement orthodoxes.

Lorsque Paul retrouve ces « proscrits », il abandonne sa foi aveugle (écailles sur les yeux) et se convertit à la foi transgressive de ce groupe. C’est pour cela qu’il met presque trois ans avant de revenir à Jérusalem rencontrer les « colonnes » du judéo-christianisme. S’il avait cru en l’existence physique de Jésus, il serait revenu à la source immédiatement, ce que tentent de nous laisser croire les Actes des apôtres, mais qu’il nie dans ses lettres.

Quand Marcion vient à Rome, c’est dans l’espoir de trouver une communauté chrétienne plus ouverte que celle qui vient de l’excommunier à Sinope. Mais au contraire, il constate le même aveuglement. C’est pourquoi il fait le choix de créer sa propre communauté d’ecclésias. Certes, son succès est tel — et l’attente devait être énorme également — qu’il arrive à fédérer un très grand nombre de croyants. C’est bien la seule fois d’ailleurs où ce christianisme sera majoritaire dans l’histoire du christianisme.

La communauté paulicienne créée par Constantin à Mananalis est elle aussi minoritaire dans le christianisme de son époque et elle est elle aussi combattue par le judéo-christianisme, comme le furent les exilés de Damas, Paul et Marcion. Si elle survit, c’est que ses croyants sont d’incroyables combattants, tellement admirés que même après la chute de leur fief en 872, les empereurs de Constantinople n’hésiteront pas à les intégrer dans leur armée au lieu de les éliminer comme il était de coutume à l’époque.

Et bien entendu, nous savons que les bogomiles et les cathares dans toutes les contrées où ils ont laissé des traces étaient eux aussi très minoritaires. On dit, d’après les textes, que les croyants représentaient au mieux 10% de la population et le « clergé » 10% des croyants.

La minorité cathare est-elle une fatalité ?

Si le catharisme avait dominé la foi des hommes, comment imaginer que nous soyons encore là ? C’est bien parce que les hommes sont fortement englués dans leur mondanité qu’il leur est très difficile de s’en extraire pour retourner au Père ! Et c’est pour cela que nous sommes toujours victimes de nos transmigrations.

Pour autant, nous sommes nombreux à chercher la voie qui mène à lui, mais comme disait Christ : « Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. »

En effet, pour être élu il faut suivre une voie difficile et tenir la distance. Or, beaucoup ne sont pas prêts, soit parce qu’ils sont partis trop vite et sont tombés, soit parce qu’ils ont préféré des chemins plus faciles et se sont égarés.

C’est pour cela qu’aucune structure humaine ne pourra jamais fédérer les hommes dans leur majorité pour leur permettre d’atteindre le salut. C’est l’affaire de chacun et quand on est en chemin, on peut se regrouper pour cheminer ensemble, mais ces groupes seront toujours très minoritaires. Les cathares eux-mêmes ne constituaient jamais de maisons communautaires regroupant beaucoup de novices et de bons-chrétiens.

Vouloir fédérer autour du catharisme des gens qui n’ont même pas encore entamé le chemin vers la Consolation, est une utopie irréaliste, car leur prégnance mondaine ne peut que les séparer, comme furent séparés dans la légende, ceux qui croyaient pouvoir atteindre Iahvé au moyen d’une tour.

Construire une « collégiale » cathare ?

Qu’est-ce qu’une collégiale cathare ?

La tentative de Jean de proposer de réunir les personnes se réclamant du catharisme au sein d’une collégiale omettait un point essentiel : le catharisme n’est pas un mouvement de pensée ouvert où chacun peut venir avec ses bagages et s’installer sans problème.

Si une forme de rapprochement doit se faire dans l’avenir autour du catharisme, ce ne sera pas par l’agglomération de sympathisants, plus ou moins au fait du sujet, qui mettront en commun leurs points de convergences tout en conservant chacun ses points de divergence.

La seule collégiale possible en matière de catharisme est celle que formeront peut-être un jour des bons-chrétiens déjà consolés et vivant leur foi au quotidien dans toute sa profondeur. Au lieu d’un plus petit dénominateur commun, la collégiale doit représenter la totale réalité du catharisme, c’est-à-dire sa forme la plus aboutie : celle de la vie chrétienne communautaire des maisons cathares.

Au lieu de vouloir mettre la charrue avant les bœufs, il faut que chacun fasse le long et difficile chemin qui va de l’étude à la connaissance du catharisme, puis de la connaissance à la foi la plus pure — c’est-à-dire celle qui ne compose pas — et de la foi à la mise en œuvre par la vie évangélique au sein d’une communauté de vie. Quand nous serons un certain nombre à vivre ainsi, il sera alors envisageable de tisser des liens entre les communautés afin de nous organiser. En attendant, aucune autre forme de rassemblement ne peut réussir à autre chose qu’à nous éloigner du but.

Ce qui motive le désir de « collégiale » cathare

Pourquoi cette envie de rassemblement est-elle apparue ? Déjà en 2009, Yves Maris avait voulu rassembler les personnes qui se croyaient sincèrement, ou non, dans une démarche proche du catharisme. Ce rendez-vous fut boudé par quelques-uns, mais un nombre non négligeable de personnes de bonne foi y participa. Ce qui en est ressorti est que beaucoup de personnes font ce que l’on appelle du syncrétisme, c’est-à-dire qu’elles agglomèrent des éléments de divers horizons pour se faire une religion sur mesure et surtout une religion qui ne vient pas trop perturber leur confort de vie. Et c’est très compréhensible. En effet, seul l’individu éveillé peut comprendre que ce confort de vie est en fait un enfer spirituel.

De ce groupe initial, peu furent capables de comprendre cela. Aussi, au fil des années, chacun est reparti de son côté, persistant à appeler « cathare » sa propre vision et niant ou refusant d’accepter ce que la connaissance du catharisme nous donnait à connaître de ce qu’était le catharisme.

Face à ce délitement dont beaucoup se désolaient, car ils n’avaient pas compris ce particularisme ultra-minoritaire du catharisme, ce désir de regroupement commença à laisser croire qu’en réunissant des personnes à peu près d’accord sur rien, finirait par apparaître comme par miracle une unité spirituelle qui serait la résurgence du catharisme triomphant !

Comme je l’ai dit, le catharisme est et sera toujours ultra-minoritaire dans la société humaine. D’autres religions, d’autres christianismes l’ont compris et ont fait le choix de se rapprocher du monde pour attirer de plus grandes foules et obtenir de plus grands pouvoirs sur les hommes. Ce n’est pas la voie du catharisme.

Donc, si un regroupement devait se faire ce ne pourrait être qu’une communauté intellectuelle autour du catharisme comme l’est notre association Culture et études cathares, qui regroupe celles et ceux que ce sujet intéresse, sans aucune connotation religieuse.

Une vraie collégiale cathare

Mais une collégiale est bien autre chose. Même si le dictionnaire d’aujourd’hui n’en rend pas bien compte, la collégiale est le lieu où se réunissent celles et ceux que rassemble une communauté légale (co legis de lex). Ils constituent un collège, c’est-à-dire une unité basée sur une loi, en l’occurrence une règle, celle que le catharisme nous demande de respecter : la règle de justice et de vérité.

Donc, si demain nous voulions créer un collège cathare, nous devrions en confier la tâche à des bons-chrétiens consolés qui œuvreraient par exemple à la mise en place d’éléments propres à permettre l’amélioration de l’étude de la religion et de la formation des novices.

On est loin de ce niveau. C’est pourquoi j’ai toujours refusé d’aller dans ce sens, car laisser croire à la possibilité d’une communauté spirituelle fonctionnant des moins avancés vers les plus avancés est un leurre qui ne peut que retarder la résurgence du catharisme.

En attendant, investissons les groupes associatifs qui œuvrent à une meilleure connaissance du catharisme, et si même cette unité ne peut se faire, créez-en d’autres qui tenteront plus tard de se rapprocher.

Pour la communauté religieuse, je ne connais aujourd’hui que deux personnes qui pourraient se rapprocher suffisamment pour en créer le premier embryon. Encore faut-il que chacun soit suffisamment avancé dans son propre cheminement pour y parvenir. Laissons passer le temps nécessaire, puisque pour nous le temps n’est rien.

Éric Delmas – 18/01/2020

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