La lutte anti-cathare

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La lutte anti-cathare

Parler de la lutte anti-cathare aujourd’hui pourrait au mieux prêter à rire, au pire valoir une qualification de farfelu ou de paranoïaque sévère.
En effet, comment pourrait-on lutter contre quelque chose qui n’existe pas ?
D’un autre côté force est de constater que cela n’est pas un frein dans d’autres domaines : les athées luttent contre des religions alors qu’ils considèrent que Dieu n’existe pas, bien des scientifiques luttent contre les ufologistes tout en considérant que les OVNI n’existent pas.

Donc la question qui se pose est de savoir s’il existe vraiment une lutte anti-cathare aujourd’hui et, si oui, quelle ou quelles forme prend-elle.
Accessoirement il serait bon de se demander en quoi le catharisme peut être vu comme un danger potentiel ou réel par des groupes constitués.

Le catharisme est-il un danger ?

Contrairement à ce qu’il serait logique de penser la réponse à cette question n’est pas forcément à chercher dans le catharisme.
En fait le catharisme est vu comme un danger par contraste et non par ce qu’il véhicule comme pensée. D’ailleurs, sa pensée et sa théologie — si l’on peut parler de théologie quand Dieu est considéré comme étranger et absent — sont le plus souvent largement méconnues des opposants les plus actifs.

Mais pour mieux comprendre mon propos il convient de faire un petit tour d’horizon de la situation actuelle.
Nous vivons dans un monde dominé par des valeurs vénales, égoïstes et même criminelles. La religion de l’argent facile, de l’égocentrisme poliment rebaptisé cocooning, des plaisirs matériels rebaptisés a contrario de leur signification initiale épicurisme et du mépris de l’autre a poussé tout un chacun à s’isoler des autres et à se mettre en danger de façon d’autant plus importante que ce choix est contraire à tout ce qui a permis à l’homme de se protéger des dangers qui le guettent en ce monde.
Nos religions mondaines sont de plus en plus délaissées par des fidèles modérés et laissent apparaître par contraste leurs franges les plus extrémistes, chacune trouvant les extrémistes de la religion d’à-côté bien plus dangereux que les siens. En outre elles ont perdu l’essentiel de leur raison d’être qui était d’organiser la vie sociale et de renforcer l’instinct grégaire qui devient de plus en plus un communautarisme étroit et extrémiste.

Nous voyons déjà que les valeurs cathares sont déjà une gêne pour les responsables de nos sociétés modernes qui veulent nous faire considérer l’autre comme un ennemi potentiel, le plus pauvre comme un profiteur ingrat, le plus riche comme un modèle de vertu indépendamment de la façon dont il a acquis ses biens, le politique manipulateur comme un esprit fin et évolué et le spéculateur boursier comme le meilleur soutien de notre économie.
Il est vrai que le catharisme peut sembler proche d’une conception anarchiste pour ces personnes dont le principal objectif est de soutenir un système qui les favorise et un poste électif qui les nourrit tout en veillant à maintenir le troupeau bêlant de la plèbe abrutie de télé-réalité, de mal-bouffe et d’aversion pour la culture dans sa somnolence béate ou dans un effroi maîtrisé pour lui faire accepter ce qu’elle rejetterait violemment si elle en prenait conscience.

Elles gênent aussi bien entendu les dirigeants des religions établies qui ont fait de la foi une multi-nationale profitable en recherche perpétuelle d’un terrain d’expansion. La surenchère extrémiste qui touche toutes les religions de pouvoir vise simplement à attirer les plus combattifs et à interdire aux plus doux la moindre velléité de critique.
Or, le catharisme par son refus du système bipolaire prédateur-proie constitue déjà un épineux problème. Si l’on y ajoute sa volonté d’offrir à tous la capacité d’accéder à une connaissance personnelle et étendue sans la soumettre à une contrepartie quelconque d’adhésion, on comprend combien le péril peut sembler imminent pour les vendeurs de mystères insondable et pour cause. Finissons le tableau en rappelant que la mise en pratique de la pensée religieuse et la volonté d’exemplarité rendent définitivement le catharisme dangereux pour ceux qui ont réussi à faire gober à leurs adeptes que l’indignité de leur cadres ne remettait pas en cause la validité de leurs actes et que la pratique de leur enseignement ne saurait leur être imposée. Bénir les canons et les bombes humaines, encaisser l’argent sale et maintenir le troupeau dans un asservissement prétendument voulu par un Dieu si personnel qu’il autorise voire promeut l’élimination physique des autres hommes et promet le salut à une caste élue selon les critères fixés par une nomenclatura auto-proclamée est devenue un engrenage dont aucun ne peut et ne veut plus sortir.

Le catharisme est donc bien aujourd’hui un danger, de la même façon qu’il le fut au Moyen Âge et que les religions synonymes qui l’ont précédées le furent à leur époque.

Les moyens de la lutte anti-cathare

Identifier le danger est le premier pas de la lutte et il faut reconnaître que cela fut assez long à réaliser.

De même que les historiens bien en place traitèrent pendant longtemps la recherche historique cathare avec mépris et condescendance, les autorités politiques et religieuses furent longtemps convaincues que cette spiritualités resterait sous l’emprise de groupuscules ésotériques et farfelus qui s’auto-disqualifiaient sans qu’il soit besoin d’intervenir.

Mais voilà, même les meilleurs troupeaux ont leurs moutons noirs. Tout d’abord le retentissement donné au catharisme dans un but uniquement mercantile finit par éveiller l’attention d’historiens d’autant plus sérieux qu’ils n’étaient pas formatés par le sérail.
Ces « amateurs » eurent le mauvais goût de comprendre que le catharisme n’était pas plus oriental que le christianisme de Palestine et qu’il recelait quelques perles philosophiques et ethnologiques dignes d’être mises en valeur.
Heureusement qu’ils sont restés prudemment à l’écart de toute étude théologique sinon ils auraient mis à mal les certitudes pourtant bien établies depuis des siècles.

À leur suite, et souvent grâce à leurs travaux, des expatriés de la foi qui erraient ici ou là sans trouver de port d’attache digne de leurs convictions entrèrent eux dans une étude théologique poussée de la doctrine cathare et en comprirent, au moins en partie, le sens profond. En décidant de la communiquer ouvertement et en annonçant leur intention de la mettre logiquement en pratique ils prédirent le réveil d’un dragon que tous croyaient endormi, celui de la démonstration que l’être humain peut disposer d’autres choix de vie que ceux qui lui sont imposés et que ces autres choix peuvent lui apporter une plénitude qu’il a déjà largement perdu.

Il fallait donc remettre en action les outils classique de la lutte contre tout ce qui vient menacer un monopole bbien assis.
Tout d’abord, dan ces situations, il convient de tarir au maximum les sources d’information. Mais notre époque d’hyper-communication ne favorise pas un tel projet.
Néanmoins ce projet fut atteint là où c’était possible. La lente agonie du Centre d’Études Cathares puis sa fermeture sine die, tout comme celle de la section étude de bibliothèque de Carcassonne permet de mettre sous clé des trésors d’information susceptibles de nourrir l’appétit de ceux qui veulent voir un catharisme différent de celui qu’on leur propose. Les archives départementales qui mettent de nombreux freins à la reproduction de documents intéressants restent fonctionnelles mais attirent peu de monde.
Seul internet est aujourd’hui un outil de vulgarisation et de transmission efficace. C’est pourquoi il est largement utilisé pour saturer les moteurs de recherche de références douteuses destinées à égarer le visiteur et à lui rendre l’accès à l’information d’autant plus difficile qu’il n’a pas de réelles références.

Le réveil des universitaires soucieux soit de cantonner le catharisme à sa dimension historique médiévale, soit de lui retirer tout caractère existentiel spécifique, a permis depuis près de dix ans de freiner l’entreprise de René Nelli et de Jean Duvernoy visant à redonner au catharisme sa dimension de christianisme autonome et différent. Leur disparition a permis de mettre un frein à la recherche d’une part et d’entreprendre une activité visant à noyer le catharisme dans des mouvements réformateurs du judéo-christianisme qui ont toujours existé mais qui n’ont jamais remis en question les fondamentaux doctrinaux qui font l’unité profonde de religions dont la diversité apparente n’est que de façade.

L’absence de chercheurs emblématiques et l’apparente désaffection pour cette recherche où tout semble avoir été découvert de ce que l’on a bien voulu chercher ont favoriser les thèses un temps repoussées par Jean Duvernoy lui-même.

On le voit bien la lutte anti-cathare suit le schéma habituel des répressions, à savoir une première phase de mépris et de feinte ignorance suivie d’une phase de contestation et de rejet sans argumentation afin de dépouiller les sources de toute validité sans jamais démontrer la validité des thèses avancées et même sans argumenter valablement les critères utilisés dans la dénégation des sources.
En général quand ces deux phases s’avèrent insuffisantes à éteindre une contestation, la troisième consiste à essayer de dénigrer les porteurs de la thèses honnie afin que l’opprobre portée sur les uns rejaillisse sur le sujet de leur engagement et la quatrième, employée en dernier recours est la violence physique visant à l’éradication des porteurs de la thèse que l’on veut détruire.

Nous n’en sommes pas encore là et l’avenir nous dira ce qu’il en est.

Conclusion

Il est important de bien mettre à jour les manœuvres entreprises — quitte à prêter le flanc aux accusations que j’évoquais en introduction — car leur caractère insidieux les rend difficiles à remarquer pour ceux qui sont peu affutés dans ces domaines.
Par contre, si nous parvenons à maintenir une communication calme et pondérée, adossée à des argumentaires construits et étayés de nombreuses sources et surtout si nous parvenons à montrer que la mise en œuvre du catharisme n’obéit à aucune contrainte temporelle, nous créerons un point de fixation contre lequel aucune action, fut-elle extrêmement violente, ne pourra en effacer la mémoire chez ceux qui se laissaient jusque là facilement manipuler.

Comme le feu qui couve sous les cendres et même au plus profond du sol, le catharisme qui commence à produire des braises fécondes aujourd’hui restera susceptible de resurgir à n’importe quel moment favorable à son éclosion.

Éric Delmas, 11 septembre 2012.

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