1-5-Réflexion sur le catharisme

Comment se sont créés les évangiles ?

1-5-Réflexion sur le catharisme
519 vue(s)

Comment se sont créés les évangiles ?

Initialement, la prédication des apôtres se faisait de manière strictement orale. Ils avaient toute latitude pour se déplacer et enseigner à travers tout le pays sans rien d’autre à craindre que le sanhedrin, le tribunal juif, qui veillait à l’orthodoxie et qui luttait contre le blasphème.

Mais un événement terrible va venir perturber cela. La guerre des juifs, comme l’a appelée Flavius Josèphe, va aboutir à la chute et à la destruction du temple de Jérusalem, ainsi qu’au massacre de milliers de juifs. Une terrible répression va ensuite se mettre en place pour de nombreuses années. Cela eut deux conséquences : le juifs ne pouvait plus se rendre au temple qui était le centre de leurs cultes, et les prédicateurs avaient beaucoup de mal à transmettre la tradition orale, avec le risque de la voir se disloquer dans son contenu en raison des difficultés de communication entre les centre de prêche.
Les juifs vont s’adapter en transférant le centre religieux qu’était le temple dans les synagogues, ce que l’on appelle la diaspora et les futurs chrétiens vont mettre par écrit leur tradition orale.

Pourtant un cas d’espèce particulier existait depuis 50 environ ; c’était Paul. De part son érudition personnelle d’une part, et en raison de la nature éparpillée de son auditoire d’autre part, il avait utilisé l’écrit en appui de sa prédication orale pour préparer les foules avant sa venue et pour renforcer sa prédication quand il partait pour de longs mois et même plusieurs années.

C’est pour cela que les écrits pauliniens sont largement antérieurs à tous les écrits judéo-chrétiens. Les évangiles synoptiques sont le reflet de cette mise par écrit d’une tradition orale. Comme le fit beaucoup plus récemment Tolkien, ce qui fut mis par écrit était une histoire parlée que l’on voulait conserver dans une certaine unité. L’auteur de Bilbo le hobbit le fit pour enrichir son récit qu’il racontait à ses enfants, les prédicateurs judéo-chrétiens le faisaient pour conserver une relative cohérence à leurs prêches. Cela explique également les convergences entre les textes et les corrections apportées pendant près de trois siècles.

À la fin du premier siècle, d’autres écrits furent produits et cela dura encore jusqu’à la mise en forme du Nouveau Testament.
Mais ces textes, qui n’avaient connu aucune tradition orale préalable, s’adressaient à des personnes averties. Ainsi l’Évangile selon Jean comportait de nombreuses idées philosophiques et des remises en cause de la tradition juive qui n’auraient jamais pu exister 50 ans plus tôt. Même Paul était beaucoup plus modéré et cela lui a pourtant valu plusieurs menaces de mort. Au deuxième siècle, ces écrits se sont multipliés, notamment en raison de la prise de pouvoir du judéo-christianisme des prédicateurs de Jérusalem qui rejetaient les autres courants pagano-chrétiens, dans l’appellation de gnostiques, de façon à les différencier et de les dénigrer.
Ces écrits, sans tradition orale, avaient besoin de toucher un public plus érudit et devaient donc aller plus loin dans la sollicitation intellectuelle. C’est pour cela qu’ils prirent une forme plus ésotérique et une présentation moins narrative. L’Évangile selon Thomas est de cette veine.
Est-ce que l’évangile attribué à Jean est de la main d’Apollos et celui attribué à Thomas de celle de Valentin ? Je pense que les experts continueront d’en discuter dans plusieurs siècles. Mais il est vrai que la forme de ces textes correspond bien aux étapes que je viens de décrire.

Pour autant, il ne faut pas tomber dans le piège de la validation par l’antériorité. Ce n’est pas parce qu’un texte est plus ancien qu’un autre qu’il est plus authentique et plus valable. Paul qui n’a jamais connu celui que nous appelons Jésus et qui n’a même pas cherché à connaître ceux qui prétendaient l’avoir connu vivant, a écrit sur la base de l’inspiration reçue de christ. Et en matière de foi, c’est cela qui importe.

Chacun de nous est libre de suivre telle ou telle foi, mais en matière de recherche il ne faut fermer aucune porte et explorer toutes les pistes, même celles qui ne vont pas dans le sens de notre foi.

Éric Delmas, 20 novembre 2019.

La résurgence cathare est-elle possible ?

1-5-Réflexion sur le catharisme
978 vue(s)

La résurgence cathare est-elle possible ?

Le catharisme est-il définitivement mort et enterré ?

Près de sept siècles se sont écoulés depuis la mort du « dernier » cathare consolé, Guillaume Bélibaste mort en 1321, sans qu’apparemment rien ne permette de dire qu’une sorte de permanence de cette religion lui ai survécu. Il n’est donc pas anormal de considérer cette religion comme morte.

Mais que veut dire le mot mort concernant une pensée spirituelle, une idéologie, un concept détaché du monde ? Quand le christianisme tenta de supplanter les religions de la Rome antique, avec l’aval des empereurs, ces religions antiques ne se sont pas éteintes. Plusieurs siècles après on trouvait encore des statuettes de lares dans les foyers médiévaux. Le catholicisme dû même « superposer » certaines de ses fêtes à des fêtes païennes qu’il ne parvenait pas à faire oublier.

Il semblerait donc que des pensées aussi puissantes que les pensées spirituelles ne s’éteignent pas vraiment, mais qu’elles subsistent sous différentes formes, parfois même à l’insu de la compréhension de ceux qui les véhiculent, sous forme de contes, de chansons, etc. Je racontais cette conversation avec un homme de la région qui me parlait de ses souvenirs d’enfants quand une vieille tante conservait une poêle neuve, accrochée à sa cheminée, pour la donner à un potentiel bonhomme, afin qu’il puisse se faire à manger sans courir le risque d’y trouver une quelconque graisse animale. Sur Facebook®, ce récit me valu immédiatement une réponse d’un monsieur qui conservait — par transmission familiale — un caquelon de terre cuite qu’ils appelaient « patarinon », en étrange résonnance avec le nom des cathares du Nord de l’Italie.

Mais suffit-il de dire que l’on croit le catharisme mort, ou au contraire qu’on le croit capable de resurgir à notre époque, sans argumenter ce point de vue ? Non, bien entendu. Aussi vais-je essayer d’argumenter mon point de vue.

Une spiritualité dans le monde

Le catharisme présente une particularité par rapport aux autres christianismes connus. En effet, pour lui le monde n’est pas une création divine. Dieu en est même absent, mais il demeure cependant tout-puissant sur le bien qui y est détenu prisonnier. Donc, a priori on voit difficilement comment ce qui relèverait de Dieu pourrait disparaître contre sa volonté. Mais ce n’est pas un point de vue scientifique.

Comment l’Église cathare est-elle apparue ? Les historiens buttent en général sur un moment qu’ils considèrent comme historiquement être le témoignage de la première manifestation du catharisme : le discours de Cosmas le prêtre contre bogomile. Ce texte indique pourtant, qu’au moment où son auteur interroge le « bogomile », ce dernier reconnaît l’existence de cinq évêchés déjà implantés. Il faut donc admettre que cet instant n’est pas l’origine de cette religion. D’ailleurs Evervin de Steinfeld, quand il interroge des cathares à Cologne, les entend affirmer une filiation apostolique directe.

Malheureusement, les chercheurs n’avaient pas trouvé le moyen de remonter ce fil pour en trouver l’origine. Avec un ami qui avait largement débroussaillé le terrain avant moi, j’ai fait le chemin inverse. Partant du premier siècle j’ai tenté de montrer qu’un courant « chrétien » avait bien évolué, dès la première moitié du premier siècle, vers des groupes religieux qui étaient vraisemblablement les « ancêtres » des cathares. Comme je l’explique dans mon livre, la « filiation » doctrinale entre ces groupes permet d’établir une filiation historique, certes parfois ténue, qui va de Paul de Tarse aux bogomiles en passant par certains « gnostiques » (Ménandre, Satornil), puis Marcion et les pauliciens. Ces derniers auraient même pu importer leur doctrine en Languedoc par deux voies (simultanées ou pas) via le déplacement des bogomiles en Europe centrale jusqu’en Rhénanie et via les troupes de Raimond IV de Saint-Gilles, revenant soutenir son fils cadet après sa mort en croisade.

La filiation historique, pour utile qu’elle soit n’est pas essentielle dans une religion. On voit bien aujourd’hui que malgré l’éradication du nazisme, des groupes se développent en s’en revendiquant sans qu’aucun de leurs membres n’en ait reçu une transmission directe.

Pourtant le catharisme comportait des éléments qui pourraient laisser croire qu’il lui est impossible de renaître de ses cendres.

En effet, le sacrement de la Consolation est essentiel au développement du catharisme. Sans lui, pas de chrétien consolé, donc pas de communauté évangélique, donc pas d’Église constituée. Or, le rituel de la Consolation nous montre bien deux cathares consolés imposant les mains au novice au cours de la cérémonie. Est-ce que sans ces cathares consolés un tel rituel reste possible ? Non vous diront certains historiens.

Pourtant l’étude sérieuse des documents nous donne à connaître un point essentiel des rituels cathares. Les bons chrétiens, contrairement à ce qui se passe dans les cérémonies catholiques, ne transmettent rien par eux-mêmes. Ils ne sont que des intermédiaires entre le novice et le Saint-Esprit. De même qu’à la Pentecôte, les disciples n’ont pas reçu le baptême d’esprit de mains d’hommes, mais directement du Saint-Esprit, lors de la Consolation le novice le reçoit lui aussi du Saint-Esprit et non pas des bons chrétiens. Cela se confirme avec le rituel de l’Amélioration. Là aussi, le cathare impose les mains, mais il exprime son rôle d’intermédiaire et pas du tout un quelconque rôle d’apport sacramentel.

Dans l’absolu, l’absence de cathare n’interdit pas la Consolation de pouvoir se faire. Ce qui d’un point de vue logique est cohérent avec la doctrine cathare, car si le mal devait se contenter d’éliminer physiquement les porteurs du bien pour l’empêcher d’agir, cela reviendrait à dire que Dieu est impuissant !

D’un point de vue doctrinal et spirituel, rien n’empêche donc le catharisme de se relever.

Mais est-ce que le contexte historique le permet ? Est-ce qu’il est opportun qu’il le fasse ?

J’emploie à dessein depuis le début de mon texte des arguments que vient de m’opposer un chercheur qui me semble compétent et bien informé.

Existe-t-il un contexte historique favorable à l’émergence d’une religion ? J’avoue que plus je me pose la question, plus je me dis que le seul contexte historique réellement de nature à pousser les hommes vers la religion serait celui… de la fin du monde ! En dehors de ce cas extrême, les hommes se sont sentis attirés par la religion ou pas selon des moments de leur histoire variés et notre époque n’est pas si différente. Certes, depuis le siècle des Lumières, la science a supplanté la religion dans les esprits, car les hommes pensaient qu’elle résoudrait tous les problèmes et qu’elle pourrait invalider Dieu.

En fait, elle a certes invalidé une certaine compréhension humaine de Dieu et résolu bien des problèmes de l’humanité, mais elle montre aussi ses failles qui confirment qu’elle n’est pas forcément toute-puissante.

L’opportunité d’une religion est en général de se manifester quand les hommes souffrent et cherchent des raisons d’espérer. Ce monde est-il si serein et dénué de toute souffrance qu’une religion n’ait pas d’opportunité à proposer aux hommes une voie de salut ? Je ne le pense pas.

Le catharisme est-il approprié à notre époque ?

La question qui me semble devoir être la plus pertinente, mais que l’on ne m’a pas posée, est de savoir si l’offre religieuse actuelle justifie d’une résurgence cathare ?

En quoi le catharisme pourrait-il proposer quelque chose d’intéressant dans un Occident où l’offre chrétienne, mais aussi juive et musulmane fait florès ?

Je pense qu’il faut comprendre la religion cathare pour que la réponse affirmative devienne une évidence.

Contrairement aux religions que je viens de citer, le catharisme dispose d’un atout qui permet à des hommes de toutes les époques de lui trouver de l’intérêt. En effet, il dissocie Dieu du monde et le cantonne strictement à la sphère du bien.

Dans un monde où le mal semble croître à l’envi, une religion qui explique clairement que Dieu ne peut en être l’auteur ouvre forcément des perspectives encourageantes. Si en plus elle n’en attribue pas la responsabilité à l’homme, mais le place en victime innocente, c’est encore mieux. Enfin, si elle explique comment l’homme en ce qu’il ressent de plus profond en lui est assuré du salut, c’est Byzance ! On le voit, même d’un point de vue athée, ce programme ne pourrait être que vendeur.

C’est quand l’humanité est en souffrance, et elle le fut en permanence quand on regarde bien l’histoire, qu’elle est réceptive à des propositions religieuses. Mais si les principales religions mettent l’homme en position de responsabilité de ses malheurs et ne lui proposent qu’un cheminement hasardeux pour espérer en sortir, le catharisme est lui porteur d’un infiniment plus optimiste.

Donc, oui, le catharisme est parfaitement adapté à notre époque et sa résurgence pourra rencontrer des esprits à qui il proposera une meilleure lecture de leur état et de leur avenir que ne font les autres religions.

Mais les hommes sont-ils en mesure d’accueillir ce message ?

C’est là une question à laquelle je ne crois pas qu’il y ait de réponse facile et assurée.

En fait, je dirais que ce n’est pas une question pertinente. Notre état d’être vivant dans ce monde nous fixe des limites intellectuelles, et parfois spirituelles, qui nous empêchent de comprendre quelques points pourtant essentiels.

D’une part Dieu est tout-puissant sur le bien. Donc, si nous considérons être une part de bien prisonnière du mal, Dieu est tout-puissant sur nous. Cela veut dire que, d’une part le temps est sans prise sur nous, puisqu’à l’image de Dieu nous sommes éternels dans notre part spirituelle, et que d’autre part le mal est sans pouvoir sur nous ce qui nous garantit de pouvoir lui échapper au moment opportun. Si ce message est diffusé aux hommes, nul doute qu’ils finiront par le percevoir et, un jour, par l’entendre.

Pour autant la diffusion de ce message sera très difficile et très lente. Comment pourrait-il en être autrement dans un monde où le catharisme a disparu de presque toutes les mémoires et où les messages contradictoires ont acquis le statut de vérité indiscutable ?

Chaque génération ne verra que peu d’hommes capables de recevoir ce message et notre enfermement en ce monde sera, en terme de temps mondain, extrêmement long. Mais n’oublions pas la parole cathare : « Si le Mal est vainqueur dans le temps, le Bien est vainqueur dans l’éternité. »

C’est pourquoi je pense que la résurgence cathare est nécessaire, pour aider celles et ceux qui sont déjà convaincus de sa pertinence et qui recherchent un moyen de se rassembler pour cheminer ensemble, mais aussi pour apporter la connaissance de ce qu’est le christianisme cathare aux autres, qui le comprendront ou pas et qui passeront leur chemin ou bien auront envie de mieux l’approfondir. Ce sera leur liberté. Par contre, refuser de remettre en place l’Église cathare reviendrait à décider qu’ils n’ont pas le droit d’avoir ce choix. Et cela serait profondément injuste et tout à fait inacceptable.

Éric Delmas, 11 juin 2019.

Le dévoiement du catharisme

1-5-Réflexion sur le catharisme
475 vue(s)

Le dévoiement du catharisme

J’utilise régulièrement l’image de l’adolescence pour tenter de faire comprendre l’impossible dialogue entre les sympathisants cathares et les croyants cathares.
Comme l’adolescent, le sympathisant cathare pense, sincèrement et sans aucune malignité, posséder une bonne connaissance du sujet en raison de sa maîtrise intellectuelle et ne se rend absolument pas compte de ce que ses lacunes spirituelles le handicapent totalement pour atteindre cette maîtrise. L’adolescent pense lui aussi en savoir autant que les adultes sur la vie et s’insupporte de s’entendre dire qu’il doit encore progresser.
Comme l’adulte, le croyant cathare a atteint un niveau d’intégration de la spiritualité cathare qui lui permet de comprendre l’attitude de l’adolescent et qui le pousse à tenter de lui expliquer que son impatience ou ses initiatives sont dangereuses voire mortifère pour son avancement.

Si j’avance cette explication c’est pour exprimer ma profonde tristesse devant les initiatives malencontreuses, voire malheureuses, qui se mettent en place ces derniers temps à Montségur. En effet, faire coïncider un lieu et une date qui, dans l’inconscient collectif, sont attachés au catharisme avec des événements et des initiatives qui ne lui sont pas bénéfiques, participe à son dévoiement et à l’affaiblissement de son image publique.

Que pouvons-nous dire du 16 mars à Montségur ?

Contrairement à ce que beaucoup de personnes croient, le 16 mars 1244 à Montségur n’a pas été une grande date de l’histoire cathare. Au contraire !
Ce jour-là a marqué une date mémorable de l’histoire occitane et de l’histoire de la guerre menée par le pouvoir royal, associé au pouvoir catholique, contre une résistance militaire localisée en ce lieu. C’est une victoire, ou une défaite selon le camp où l’on se place, qui ne s’exprime que sur le plan militaire. Aucun historien n’a jamais prétendu que le catharisme s’était éteint ce jour-là, ni même qu’il avait définitivement disparu de la région.
Certes, le 16 mars fut l’occasion d’un massacre de personnes non combattantes en raison de leur volonté de vivre selon leurs convictions religieuses. Mais elles ne furent ni les premières ni les dernières à subir ce sort. Et même pour le catharisme, la longue et funèbre liste des massacres n’a pas attendu Montségur pour débuter et ne s’est pas arrêté après ce jour de cendres.

Mais l’homme mondain a besoin de jalons, de points de repères historiques pour fixer sa mémoire. Le sympathisant n’a pas d’autre chose à quoi se raccrocher, alors que le croyant est tout entier intégré dans sa foi qui le porte d’autant mieux qu’elle n’est justement attachée à rien de mondain. C’est cela qui conduit à des actions inappropriées et bien souvent délétères.
Depuis de nombreuses années, Montségur fut érigé en mémorial cathare par des personnes qui ressentaient ce besoin d’un ancrage territorial. L’érection de la stèle par l’association du Souvenir et des études cathares en 1960, sous l’impulsion de son président de l’époque M. Déodat Roché (je l’écris en français et non  en occitan), fut le point de départ d’un engouement légitime mais déplacé.
En effet, depuis, ce monument est devenu un point de ralliement de personnes dont les motivations dépassaient largement le cadre du catharisme, quand elles n’en faisaient pas qu’un simple prétexte. Tour à tour argument indépendantiste ou ésotériste, le catharisme y était malmené, comme je l’ai constaté régulièrement chaque fois que j’y suis allé. En réalité le seul point positif que l’on pouvait y trouver en rapport avec le catharisme, est celui de la Bienveillance qui amenaient certains sympathisants à s’y retrouver quand leur vie les tenait éloignés les uns des autres.

Voilà bien la seule action un peu « cathare » que j’ai jamais vu à Montségur au cours de mes quelques passages sur place. J’étais d’ailleurs fort réticent à m’y rendre initialement et je suis désormais convaincu de ne plus jamais y retourner.

Comment Montségur tend à devenir le centre de l’anti-catharisme

J’ai conscience de l’apparente violence de ce terme pour nombre de sympathisants et je leur présente mes excuses, car ces termes n’ont pas  vocation à les blesser, mais veulent éveiller les consciences encore aptes à l’être.

Comme toute initiative mondaine, le « pèlerinage » à Montségur s’éloigne, année après année, de son objectif initial. Cette année 2019, 775anniversaire de la tragique journée du 16 mars 1244, les choses semblent avoir pris un tour encore plus marqué.
Un groupe de chercheurs et de sympathisants, au demeurant très sympathiques comme il se doit, y organise une rencontre annuelle dont la thématique de cette année est dévolue à René Nelli. Ce chercheur et auteur à qui nous devons d’exceptionnels documents sur le catharisme et qui a même aidé à mieux faire connaître les écrits cathares est aussi connu pour ses appétences régionalistes et intellectuelles tournées vers l’art et la poésie. Le programme de cette journée sera d’ailleurs assez peu orienté vers le catharisme. Une telle thématique aurait eu mieux sa place du côté de Bouisse où il vécut ou de Carcassonne où il créa le Centre d’études cathares qui porta son nom jusqu’à sa faillite en 2011. L’association porteuse de ce projet avait mieux choisi ses thématiques les années précédentes et sa réunion d’automne à Cailhau montrait d’ailleurs que le lieu avait peu d’importance pour qui veut parler de catharisme. En effet, le catharisme n’est rattaché à aucun lieu mondain et ne dépend d’aucune date calendaire, comme sa résurgence moderne en est la preuve.
Par ailleurs j’ai reçu ces jours-ci une annonce, parue dans un journal, à propos d’une autre initiative dont l’origine m’est inconnue mais qui semble vouloir faire du catharisme un simple faire-valoir. Non seulement, ce 16 mars aucune manifestation relative au catharisme n’est prévue, mais c’est exactement le contraire, puisque nous sommes invités à aller écouter l’évêque de Pamiers, M. Eychenne, à l’église du village ! Si je n’ai rien à reprocher à ce prélat catholique, dont la repentance qu’il organisa voici peu s’avéra sympathique et louable, je trouve plutôt osé de lui confier l’animation d’une telle cérémonie en un tel lieu et à telle date. Ensuite, ce ne sont qu’agapes et divertissements qui sont organisés, comme si c’était tout ce qu’inspirait ce moment à l’organisateur dont j’aimerais bien connaître l’identité.

J’en arrive à me dire qu’il ne manque plus que d’organiser un méchoui dans le pré situé en bas du château pour atteindre le summum de l’imbécillité !

Vous comprenez mieux j’espère pourquoi je trouve que, finalement, loin de représenter ce que fut et ce qu’est le catharisme, le rendez-vous du 16 mars devient de plus en plus l’occasion de le piétiner et le moyen d’effacer sa mémoire.

Comment rendre hommage aux cathares et soutenir le catharisme ?

Notre siècle n’est pas plus favorable au catharisme que ne l’était le Moyen Âge. Si l’envie de spiritualité reprend du poil de la bête, c’est plus vers des courants qui favorisent la mondanité, le confort et le soutien psychologique que s’orientent nos contemporains, partisans du moindre effort et réfractaires à toute diminution de leur statut mondain.
Or, le catharisme est exactement l’inverse de cela. Il nous appelle à agir comme le fils prodigue ayant compris son erreur, au lieu de faire comme lui au moment où il la commet.

Alors, si vous avez besoin de jalons et de moyens de rendre hommage au catharisme, faites-le en l’étudiant sérieusement, au prix d’efforts de recherche et d’études, car c’est le seul moyen de l’appréhender correctement, contrairement à ce que peuvent proposer certains médias d’accès facile qui, dans le meilleurs des cas, se contentent de se copier les uns les autres et ressassent les mêmes erreurs, faute d’avoir pris la peine de suivre les évolutions de la recherche et de les avoir intégrées intellectuellement.

Soutenir le catharisme n’est pas nécessaire. Il n’en a pas besoin. Par contre veiller à ce que personne ne l’agresse ou ne le dévoie est utile. Il n’y a pas d’organisme qui fera des procès à ceux qui lui font du tort, et c’est normal, puisqu’il ne juge pas et qu’il n’est pas violent. C’est donc à vous les sympathisants d’assumer cette mission, si vous vous sentez réellement sympathisants. Laissez aux usurpateurs et aux ennemis du catharisme le triste honneur de le salir et de le dénigrer.

Éric Delmas, 14 mars 2019.

Cathares, néo-cathares, pseudo-cathares

1-5-Réflexion sur le catharisme
833 vue(s)

Cathares, néo-cathares, pseudo-cathares

Lecture audio de la page à destination des mal-voyants

Cathare ! Ce mot est si souvent mal employé que l’on comprend qu’il soit devenu vide de sens pour beaucoup. À peine était-il sorti de ses limbes par René Nelli et Anne Brenon qui lui firent un centre d’étude historique sur mesure, qu’il devint la proie des « marchands du temple » désireux d’en faire l’outil du réveil économique de la région languedocienne. Sur leurs pas, conscient que la marque Cathare était porteuse de profits et de valorisation, tous se sont engouffrés dans la brèche sans prendre la peine de chercher un vernis de cohérence à leur choix. De fait, on trouve des restaurants gastronomiques cathares, des groupes de lutte cathares, des équipes sportives (rugby, etc.) cathares, des pompes funèbres cathares, et bien d’autre idioties encore.Read more

Le catharisme « Canada dry »

1-5-Réflexion sur le catharisme

Voici quelques décennies une boisson sans alcool, de couleur brunâtre, avait basé sa publicité sur le slogan « Il a la couleur de l’alcool, mais ce n’est pas de l’alcool. ». Si la boisson n’a pas eu un succès planétaire, le slogan est devenu une sorte de référence et s’est appliqué à de nombreuses situations désirant différencier l’original d’une copie, plus ou moins qualitative.

Read more

Montségur 1244, l’incompréhension spirituelle

1-5-Réflexion sur le catharisme

Le 16 mars à Montségur entre 220 et 225 Bons-Chrétiens, dont une bonne vingtaine récemment consolés — c’est-à-dire ayant reçu le baptême d’esprit par imposition des mains — étaient arrachés de ce lieu qui avait été leur dernier refuge pendant le plus long siège qu’a jamais connu la croisade contre les albigeois. Ils sont conduits au pied du pog où ils défilent devant des clercs catholiques qui leur intiment l’ordre de renier leur foi et, suite à leur refus, ils sont conduits devant un vaste enclos cerné de pieux et rempli de paille enflammée dans lequel ils sont contraints de se jeter après avoir gravi de force une courte échelle.

Read more
0