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Qui est l’Antéchrist ?

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Qui est l’Antéchrist ?

Ce personnage récurrent des textes bibliques et néotestamentaires est considéré généralement comme l’opposant direct de Christ. On considère qu’il viendra progressivement détourner l’homme de Dieu au point de remplacer Christ dans l’inconscient collectif. Bien entendu, il ne le fera pas de manière brutale, au risque d’être rejeté, mais subrepticement de façon à ne pas être découvert jusqu’à ce qu’il ne soit plus en mesure d’être éliminé.
Certains l’ont imaginé comme un être humain investi par le Mal d’un pouvoir de corruption des hommes ; d’autres l’ont considéré comme la somme de plusieurs entités, potentiellement multiples elles aussi. C’est de cette dernière hypothèse qu’est venu le nombre 666 représentant le Mal absolu. En effet 6 est le chiffre de l’imperfection — par opposition au 7 qui représente la finitude accomplie —, et l’Antéchrist serait la combinaison de trois formes maléfiques qui combineraient leurs efforts pour vaincre l’idée de Dieu dans l’humanité.
Aujourd’hui, comment pouvons-nous concevoir la possibilité de l’Antéchrist et, par conséquent, en cas de réponse positive, sous quelle forme pouvons-nous l’imaginer ?

Mammon

L’étymologie du nom est encore inconnue, mais selon les langues retenues elle tourne autour des concepts de richesse et de possession. Mammon est donc la manifestation chez l’homme du désir de possession de biens, excédentaires à ses besoins réels, dans le but d’acquérir du pouvoir sur les autres hommes en raison de sa capacité à leur nuire en les privant de ce dont ils ont besoin pour une vie confortable.

Comment définir l’origine de Mammon ?

La volonté de prendre le pouvoir sur l’autre est quasi originelle de toutes les espèces vivantes, végétales et animales. Mais en général cette volonté relevait de l’instinct de survie : une plante s’assure une meilleure alimentation en nutriments et en lumière en éliminant d’autres plantes susceptibles de restreindre son accès à ces éléments essentiels. Avec l’homme les choses vont changer.

Comme nous le rappelle fort bien René Girard dans son ouvrage, désormais célèbre[1], si les animaux ont la capacité de développer un désir mimétique pour ce que d’autres possèdent, l’homme est le seul à pouvoir développer un désir mimétique pour ce que d’autres espèrent posséder. Cette différence est fondamentale puisqu’elle autorise le concept de thésaurisation et de commerce dématérialisé.
En effet, des origines jusqu’au début de la civilisation, l’homme se contentait d’acquérir ce dont il avait besoin pour sa survie et, si une ressource lui était offerte en surplus, il s’en servait comme monnaie d’échange pour une autre qui lui faisait défaut. Ce commerce basé sur le troc se limitait aux besoins à court terme puisque les biens se conservaient très mal dans la durée.

C’est à Sumer, qui inventa la civilisation en même temps que l’écriture, que ce concept changea. Le troc avait un inconvénient majeur. Quand un bien était valorisé de façon importante, le troc créait une disproportion importante dans l’échange nécessaire pour compenser sa valeur. Ainsi, imaginons qu’aujourd’hui un éleveur de poulets veuille acheter une voiture par le simple troc. Il lui faudrait trouver un vendeur de voiture qui accepterait de recevoir des centaines de poulets, de les stocker et de les transporter avant de les échanger à son tour en fonction de ses besoins.

Du troc à la Bourse

Pour résoudre le problème du troc, les sumériens eurent l’idée de graver des jetons d’argile représentant le bien à échanger. Ainsi, chacun venait au marché avec dans sa poche deux plaquettes d’argiles soudées sur trois côtés qui contenaient les jetons des biens à vendre. Il suffisait alors d’échanger ses jetons avec ceux du vendeur du bien désiré. Pour reprendre l’exemple de l’achat d’une voiture, nous n’avons fait que développer ce système en valorisant notre production (poulets, travail, etc.) sous la forme d’argent et en allant acheter la voiture avec la liasse de billets — qui remplacent les jetons d’argile — représentant les poulets vendus. Une innovation a même été inventée : la banque ! Vous déposez vos billets sur votre compte bancaire et vous donnez au vendeur de voiture un bout de papier griffonné dont la valeur, indiquée sous forme de chiffres et de lettres, n’est limitée que par les avoirs de votre compte. Aujourd’hui on peut même remplacer ce papier par une carte en plastique ou par un code tapé sur un site Internet.
Ce système a permis à certains de commencer à spéculer quand la situation du moment le permettait. Si un agriculteur avait beaucoup de blé, mais que peu de meuniers en avaient besoin, ces derniers pouvaient être tentés de dévaloriser le blé et ainsi faire un bénéfice en vendant la farine au même prix. Au final, ce sont les intermédiaires qui ont su se positionner de telle façon qu’en ne produisant rien eux-mêmes, ils s’enrichissaient du travail des uns et des besoins des autres. On le voit l’accumulation d’argent, bien que par définition non affecté à un besoin précis, a permis de créer des richesses, donc de faire entrer Mammon dans nos vies.

Ce qui a provoqué la prise de pouvoir de Mammon sur l’humanité est intervenu au 13e siècle. Tout d’abord, un bourgeois de Bruges (Van der Buerse) en Belgique, avait créé un hôtel où vendeurs et acheteurs pouvaient se rencontrer pour échanger leurs biens. Ce lieu fut appelé hôtel de Buerse, qui devint très vite Hôtel de la Bourse. Mais c’est en France, à Toulouse précisément, qu’en 1250, furent créés les premiers titres boursiers échangeables (Uchaux) par la société des Moulins de Bazacle. Ces titres avaient la particularité de voir leur valeur évoluer selon la conjoncture.

À partir du moment où la valeur d’un titre n’était plus forcément corrélée à celle du produit qu’il représentait, la fluctuation des cours pouvait être influencée par divers mécanismes plus ou moins contrôlables. Surtout, ce fut l’occasion pour les plus malhonnêtes de s’enrichir en manipulant les cours, comme ce fut le cas de la crise du sucre qui ruina tant de petits épargnants dans les années 1960.
La Bourse est donc l’outil par lequel Mammon — c’est-à-dire le désir de possession et de pouvoir —, réussit à prendre, petit à petit la place que Dieu avait chez les hommes. La peur de la ruine a supplanté la peur du châtiment divin et la croissance de l’athéisme a suivi de près la courbe de la croissance de la spéculation boursière. On ne pouvait croire à la fois dans le profit et en Dieu. C’est ce que nous rappelle Matthieu : « Personne ne peut s’asservir à deux seigneurs : car où il détestera l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez vous asservir à Dieu et à Mammon. » (6, 24).

Pourquoi Mammon serait l’Antéchrist ?

Parmi les vices de l’humanité, pourquoi faire de Mammon celui qui représenterait le mieux l’idée que nous avons de l’Antéchrist ?

D’abord, il correspond bien aux critères qui définissent l’Antéchrist. Il s’est insinué dans l’humanité de façon sournoise et subrepticement. Il a acquis une emprise toujours grandissante sur l’humanité au point de bouleverser à la fois ses valeurs et sa logique. Aujourd’hui des sociétés disposant de biens immobiliers et de matériel, voire de stocks vendables, se retrouvent sous cotées à la Bourse et disparaissent au seul profit d’investisseurs malhonnêtes. Inversement, des sociétés quasiment sans valeur mobilière et immobilière se voient surévaluées par des effets qui s’apparentent clairement à la mode. C’est le cas de sociétés agissant sur Internet. D’ailleurs, bien souvent surévaluée avant leur entrée en Bourse, leur valeur dégringole dès l’ouverture du marché, ruinant au passages les petits investisseurs les plus fragiles.

Enfin, il est pour beaucoup devenu un Dieu, éclipsant l’autre, au point que certaines religions ont fait le choix de justifier le gain d’argent dans leur doctrine, comme le zoroastrisme qui, en Inde aujourd’hui au sein de la communauté Parsi, fait de la réussite financière un signe de bénédiction divine. Mais le judéo-christianisme est assez ambigu sur ce point lui aussi. Si les catholiques affectent un mépris de l’argent, ils tendent souvent à laisser les meilleures places dans leurs églises aux personnalités de pouvoir et d’argent. Les dons largement médiatisés pour la reconstruction de Notre Dame de Paris, sont clairement en opposition totale avec l’évangile de Matthieu ; « Toi, quand tu fais l’aumône, que ta gauche ignore ce que fait ta droite. » (6, 3) et : « Toi, quand tu pries, entre dans ta resserre, ferme ta porte et prie ton père qui est dans le secret, et ton père qui voit dans le secret, te le rendra. » (6, 6). Au lieu de cela les riches donateurs font de la publicité à leur action, sans oublier de la rentabiliser sur le plan fiscal, et l’Église met en œuvre ouvertement des actions caritatives estampillées de sa marque. Sans oublier que les riches et les puissants ont droit aux premières places dans la nef quand les pauvres en sont réduits à mendier leur pitance sur le parvis.
Cette totale inversion des valeurs n’est-elle pas la meilleure démonstration que je puisse faire ?

Mais cela pourrait sembler insuffisant si Mammon n’agissait que dans le domaine de l’argent et des placements financiers. C’est oublier un peu vite, ce que ces manigances induisent sur les ressources naturelles de la planète. Si l’on a puisé de façon intensive et folle les énergies fossiles polluantes que sont le charbon, le gaz et le pétrole c’est pour faire tourner une industrie destinée à produire des biens mis sur le marché boursier. Si l’atome a peu servi dans sa forme militaire destructrice, il s’est bien rattrapé dans le domaine de l’énergie où il a permis de favoriser une surconsommation destructrice et difficile à réfréner tout en nous laissant ses déchets dont certains demanderont plusieurs milliers d’années de stockage avant d’espérer réduire significativement leur dangerosité.
Nous polluons l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons et après les guerres pour accéder à l’énergie, puis aux produits nécessaires à notre vie dispendieuse, nous commençons à voir se développer les conflits pour l’eau qui, depuis la fin des années 60 avec l’annexion du plateau du Golan par Israël et plus récemment avec celle du Tibet par la Chine, sont la mèche qui embrasera le monde quand de grandes puissances militaires entreront en conflit pour se procurer ce précieux liquide.
La terre si nécessaire à notre alimentation est polluée ou rendue stérile par l’agriculture intensive, ce qui pousse les hommes à détruire les forêts primaires riches d’espèces vivantes indispensables à notre survie (notamment en termes de médicaments) ; et les animaux que nous avons sélectionnés pour notre confort deviennent fragiles au risque de ne plus pouvoir participer à la pollinisation nécessaire à la production de la majorité de notre alimentation.

Conclusion

Finalement, Mammon est un bon candidat au titre d’Antéchrist. Mais pour le vaincre, il nous suffit d’en prendre conscience et d’agir comme il se doit en revenant à l’essentiel : la stricte suffisance.
Si nous continuons à dévaler la pente de plus en plus raide de la consommation à outrance et du confort égoïste, notre civilisation n’en a plus pour longtemps. Si, au contraire, nous commençons à changer notre mode de vie en revenant aux valeurs qui ont permis à notre civilisation de démarrer : solidarité, entraide, frugalité, etc., nous pouvons retarder l’échéance, histoire de nous donner le temps de faire notre cheminement spirituel.

N’agissons pas comme le scorpion qui tue la grenouille en train de le sauver pour ne pas résister à sa nature. Notre nature mondaine n’est pas notre fonds. Nous sommes avant tout des entités spirituelles !

Éric de Carcassonne, le 11 décembre 2020.


[1] Des choses cachées depuis la fondation du monde – Éditions Grasset & Fasquelle, 1978 (Paris), réédité en Livre de poche, 1983 .

Les carêmes et les jeûnes

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Les carêmes et les jeûnes

Présentation

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les carêmes, mais seul le noviciat permet de les découvrir vraiment, au fur et à mesure de la pratique de vie communautaire. Cependant, je vais essayer de vous les présenter, d’un point de vue pratique d’abord, puis d’un point de vue plus spirituel ensuite.Read more

La Consolation – La convention – L’endura

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La Consolation

Les cathares ne connaissaient qu’un seul sacrement, car dans leur rigueur à vouloir ne pas dévoyer l’enseignement du Christ, ils ne reconnaissaient comme valable que ce que son apparence physique, nommée Jésus, avait fait lors de son ministère. Or, comme cela est précisé dans l’Évangile selon Jean, après la résurrection, le Christ — dans sa forme strictement spirituelle —, administre le souffle divin aux disciples réunis après l’annonce de sa résurrection que vient de leur faire Marie Madeleine.Read more

Pratiques rituelles

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Pratiques rituelles communautaires

La communauté évangélique (maison cathare) est rythmée dans sa vie quotidienne par des pratiques rituelles régulières.
Cela ne concerne donc que les chrétiens consolés et les novices en formation.
Ces pratiques sont de deux sortes, celles qui s’effectuent à des moments précis (Heures, Jours et Carêmes) et celles qui n’ont pas de bornage horaire précis (Amélioration, Baiser de paix et Bénédiction du pain). Le service mensuel, la Consolation et la convention sont particuliers et seront traités séparément.

Jours

Ce sont les périodes régulières de jeûne strict (pain et liquides clairs).

Tout au long de l’année, sont jeûnés de façon stricte les lundis, les mercredis et les vendredis.

Pendant les carêmes, sont jeûnés de façon stricte tous les jours de la première (du lundi au dimanche inclus) et de la dernière semaine (du lundi au vendredi inclus).

Heures

Par rotation de trois mois les horaires des rituels quotidiens sont adaptés à la course du soleil, basée sur le méridien de Paris pour le moment. Vous trouverez ci-dessous les horaires de chaque rituel :

Équinoxe de printemps :
février – mars – avril
  Solstice d’été :
mai – juin – juillet
  Équinoxe de printemps :
août – septembre – octobre
  Solstice d’hiver :
novembre – décembre – janvier
Matines (double) : de 6h00 à 6h20
Laudes (double) : de 7h00 à 7h20
Prime (simple) : de 7h40 à 7h50
Tierce (simple) : de 10h00 à 10h10
Sexte (simple) : de 13h00 à 13h10
None (simple) : de 16h00 à 16h10
Vêpres (double) : de 19h00 à 19h20
Complies (double)  : de 21h30 à 21h50
  Matines (double) : de 5h30 à 5h50
Laudes (double) : de 6h30 à 6h50
Prime (simple) : de 7h10 à 7h20
Tierce (simple) : de 9h30 à 9h40
Sexte (simple) : de 12h30 à 12h40
None (simple) : de 15h30 à 15h40
Vêpres (double) : de 18h30 à 18h50
Complies (double)  : de 21h00 à 21h20
  Matines (double) : de 6h00 à 6h20
Laudes (double) : de 7h00 à 7h20
Prime (simple) : de 7h40 à 7h50
Tierce (simple) : de 10h00 à 10h10
Sexte (simple) : de 13h00 à 13h10
None (simple) : de 16h00 à 16h10
Vêpres (double) : de 19h00 à 19h20
Complies (double)  : de 21h30 à 21h50
  Matines (double) : de 6h30 à 6h50
Laudes (double) : de 7h30 à 7h50
Prime (simple) : de 8h10 à 8h20
Tierce (simple) : de 10h30 à 10h40
Sexte (simple) : de 13h30 à 13h40
None (simple) : de 16h30 à 16h40
Vêpres (double) : de 19h30 à 19h50
Complies (double)  : de 22h00 à 22h20

Pensez à ajouter un temps de médiation et d’étude après chaque rituel d’un temps identique à celui du rituel.
Vous pouvez donc contacter les membres d’une maison cathare après la prime, la tierce, la sexte et la none en respectant le temps de rituel et de méditation (prévoir un battement de dix à trente minutes).

Carêmes

Les dates des carêmes sont calculées comme suit :

Carême de la désolation : 40 jours dont le dernier est le vendredi avant Pâques.
Carême de la Consolation : 40 jours à partir du lundi de Pentecôte inclus.
Carême de la régénération : 40 jours dont le dernier est le vendredi du ou avant le solstice d’hiver.
Évitez de solliciter les pratiquants pendant les premières et dernières semaines où le jeûne strict est particulièrement fatigant.

Baiser de paix ou Paix (Caretas)

Ce rituel est le seul qui peut se pratiquer entre croyants en l’absence d’un chrétien consolé.

C’est le mode de salutation qui se pratique systématiquement après un autre rituel ou, éventuellement entre croyants, en dehors d’un rituel.
Il ne peut se pratiquer qu’entre personnes de même sexe. Dans le cas contraire il est simplement mimé à distance (pour les accolades).
Il ne se pratique qu’en intimité entre croyants et consolés. Si des personnes extérieures sont présentes, un simple signe de tête le remplace.

Les participant se donnent trois accolades successives en alternant à chaque fois l’épaule du coreligionnaire. Il n’y a pas d’ordre de début (gauche ou droite).
Après la troisième accolade, les participants échangent un baiser à bouche fermée, en travers de la bouche du coreligionnaire.

Si des chrétiens consolés participent, le plus ancien dans le niveau le plus avancé (consolé, ancien, diacre, fils mineur et majeur, évêque) transmettra le rituel au groupe de sexe opposé en baisant un côté de la couverture du Nouveau Testament et en faisant baiser l’autre côté par la personne la plus ancienne (chrétien ou croyant) de l’autre sexe qui ensuite pratiquera des Baisers de paix classiques avec son groupe.

Cette pratique se fait toujours dans l’ordre d’ancienneté.

Amélioration (Melhorier)

Cette pratique constitue le rituel de base entre croyants et chrétiens consolés.
Il s’agit, dans l’ordre croissant d’ancienneté, de demander à un chrétien consolé, son entremise et son soutien dans le cheminement chrétien afin de pouvoir arriver au salut.

Elle consiste en une révérence pratiquée debout, suivie d’un agenouillement, d’une bénédiction et de trois prosternations entrecoupées de trois phrases rituelles :

Les deux premières fois, le demandeur dit :
Bon chrétien (ou bonne dame), la bénédiction de Dieu et la vôtre
Le chrétien officiant répond :
La bénédiction de Dieu et la nôtre

La dernière fois, le demandeur dit :
Priez pour nous pêcheurs, afin qu’il fasse de moi un(e) bon(ne)-chrétien(ne) et qu’il me conduise à bonne fin.
Le chrétien officiant répond :
Que Dieu vous bénisse. Dieu veuille faire de vous un(e) bon(ne)-chrétien(ne), et vous conduire à une bonne fin.

Bénédiction du pain

Lors d’agapes, repas pris en commun entre chrétiens consolés et croyants uniquement, le plus ancien des consolés pratique la bénédiction du pain en mémoire de la cène.

Il prend le pain (entier ou déjà coupé pour éviter de faire trop de miettes) qu’il enveloppe dans un linge blanc, tenu en losange (pointe en haut et en bas) sur son épaule. Il prononce un Pater à vois normale et une formule de bénédiction personnelle (à voix étouffée). Ensuite, il distribue un morceau de ce pain à chaque convive, dans l’ordre d’ancienneté dans le cheminement, et veille à ce qu’aucun morceau ou miette ne se perde. Chacun mange alors son morceau de pain, sans en perdre une miette. Rien ne doit rester à la fin du repas.

Voilà une présentation succincte qui pourra faire l’objet de publications plus détaillées dans les pages grand public et, bien entendu, dans les pages réservées aux abonnés.

Éric Delmas, 2 juin 2020.

Être chrétien

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Être chrétien

Il y a des moments où il est bon de revenir aux fondamentaux. L’histoire médiévale nous montre que des chrétiens sont entrés en guerre contre une religion chrétienne et qu’ils ont fini par en tuer les membres qui refusaient d’apostasier leur propre christianisme. Au nom de quoi un chrétien peut-il agir ainsi ?
C’est là qu’il faut revenir aux fondamentaux afin de voir si quoi que ce soit peut justifier une telle attitude.Read more

Vivre le Catharisme

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Vivre le Catharisme aujourd’hui

Maintenant que la connaissance du Catharisme, de son histoire réelle, de son contenu doctrinal et de son organisation pratique nous sont mieux connus, celles et ceux qui se sentent portés par une telle spiritualité peuvent ressentir l’envie de l’expérimenter par divers moyens. Cela est tout à fait légitime, mais il faut nous assurer qu’une mise en pratique de nos jours serait non seulement réaliste mais aussi bénéfique, sinon nous ne serions pas dans une démarche de Bienveillance. À ma connaissance, il n’y a aujourd’hui que deux types de pratiques mises en place de façon durable qui cherchent à aller dans ce sens. Je me propose de les étudier avec vous afin d’en apprécier la qualité et l’efficience.

Comment mettre en pratique le Catharisme ?

Si l’on se réfère aux documents disponibles, nous voyons qu’il n’y avait au Moyen Âge que deux sortes de pratique du Catharisme. La plus connue est celle que les Bons Chrétiens, c’est-à-dire le personnes ayant reçu la Consolation et les novices qui se préparaient en vue de la recevoir, avaient choisis de vivre. Il s’agissait d’une vie régulière — c’est-à-dire organisée selon une règle —, comparable à la vie monastique des catholiques ou des orthodoxes, qui faisait une part prépondérante à la pratique spirituelle. Elle ne concernait évidemment qu’une très faible partie de l’Église cathare qui regroupait, je le rappelle, les Bons-Chrétiens, les novices et les croyants qui constituaient son immense majorité. Justement, les croyants cathares semblaient vivre d’une façon parfaitement identique à celle des croyants judéo-chrétiens qui les entouraient.

Nous voyons, par cette brève description, qu’à priori mettre en œuvre le Catharisme aujourd’hui pourrait sembler délicat. Mais, les systèmes monastiques judéo-chrétiens, catholique et orthodoxe, ont évolué au fil des siècles et proposent aujourd’hui à leurs croyants, et parfois même à des personnes qui ne se réclament pas de cette confession, des solutions de retraite individuelle en leur sein. Voyons comment cela se passe et si ces pratiques sont transposables au Catharisme.

Le système judéo-chrétien

La façon la plus connue et la plus ancienne de s’investir auprès d’un monastère sans pour autant prononcer des vœux monastiques est l’oblation. L’oblat, qui peut être séculier, régulier et qui fut même militaire, est une personne qui se rattache spirituellement à un monastère tout en conservant une vie classique (oblat séculier), ou en optant pour une vie monastique impliquant une participation pleine et entière aux charges et devoirs qui s’y rattachent (oblat régulier ou conventuel), voire en protection après une vie militaire ayant provoqué des blessures rendant le retour à la vie civile impossible (oblat militaire). Parmi les oblats célèbres citons : Thomas d’Aquin, Paul Claudel, Max Jacob et Robert Schuman.

Aujourd’hui, il existe une manière moins formelle et moins implicante de participer à la vie monastique qui consiste en des retraites monastiques brèves, souvent d’une semaine pendant les vacances.

Le principe est toujours le même, l’oblat ou le participant aux retraites, mène la vie des moines s’il est en monastère, de façon complète pour l’oblat — qui porte même un habit monastique classique ou spécifique —, ou de façon réduite aux repas et aux oraisons, pour les « retraitants ». Compte tenu de la règle de continence, seuls les hommes peuvent manger à la même table que les moines, ou bien tous mangent dans un réfectoire séparé. Le reste du temps le retraitant est libre de ses allées et venues, contrairement à l’oblat régulier, mais l’oblat séculier mène lui-aussi une vie mondaine classique.

La vie des croyants cathares

Les textes sont tout à fait clairs ; les croyants cathares n’avaient aucune obligation particulière pour ce qui concernait leur façon de vivre dans le monde car, n’ayant pas le statut de Chrétien, ils n’en avaient logiquement pas les nécessités requisent par la règle des Bons-Chrétiens.

Aujourd’hui il en va de même, les croyants sont libres de mener leur vie mondaine comme ils l’entendent et rien ne les distingue des autres citoyens qu’ils côtoient au quotidien. La différence est bien entendu spirituelle, car un croyant est fermement et intimement convaincu que la compréhension doctrinale cathare est la réponse qui lui convient pour accéder au salut. Cela implique donc pour lui, de mener sa vie en privilégiant ce qui lui permettra, le moment venu, de rejoindre une communauté cathare pour y faire son noviciat afin d’accéder à la Consolation et de mourir dans l’état de Chrétien cathare consolé. Cela l’amène donc logiquement à tout mettre en œuvre pour assurer le développement matériel des communautés de vie évangélique cathares et pour aider les Bons-Chrétiens dans leur vie quotidienne car leur état spirituel les rend vulnérables dans le monde extérieur.

L’absence de Bons-Chrétiens, unanimement reconnus par les croyants cathares d’aujourd’hui, fait que les croyants n’agissent pas forcément de façon visible pour assumer leurs obligations envers l’Église. De ce fait, vu de l’extérieur, il n’est pas facile de différencier un croyant d’un sympathisant. Cependant, le croyant cathare est aussi une personne en évolution, comme le sont les Bons-Chrétiens. Et s’il ne pratique pas la vie régulière (c’est-à-dire celle qui obéit à la règle des maisons cathares), il va en appliquer certains principes dans sa vie mondaine et en faire une sorte de morale personnelle. Ainsi, au fil de son évolution, son implication régulière deviendra de plus en plus forte jusqu’au moment où il ressentira la nécessité de passer le pas du noviciat. Rien n’interdit de nos jours à un croyant de se rapprocher d’une communauté pour participer à la vie régulière de celle-ci pendant une courte période. Un tel système de retraite peut se faire s’il y a une communauté de vie évangélique pour l’accueillir. Cependant, la règle cathare fixe des limites. Les croyants ne sont pas autorisés à assister aux oraisons des Bons-Chrétiens qui pratiquent entre eux avec toutefois la présence silencieuse des novices. Surtout les croyants ne doivent pas pratiquer eux-même l’oraison dominicale, c’est-à-dire réciter le Pater qui est exclusivement et très formellement réservé aux Bons-Chrétiens. Même les novices ne peuvent le réciter tant qu’ils ne seront pas reçu dans la tradition de l’Oraison dominicale qui signe en général la fin de leur première étape de noviciat.

Des croyants et des sympathisants peuvent toujours se réunir pour étudier ensemble le Catharisme, surtout de nos jours où je le rappelle nous manquons de Bons-Chrétiens pour les encadrer. Cependant, par humilité au regard de leur condition spirituelle et par respect envers l’Église cathare, il ne sauraient en aucune façon pratiquer des rituels qui requièrent la présence de Bons-Chrétiens ou qui leur sont réservés. La seule pratique accessible à des croyants, me semble être le Caretas ou Baiser de paix.

Le noviciat

Aujourd’hui, un croyant qui se sent suffisamment avancé et motivé pour entamer un parcours vers la Consolation, peut, si cela lui est possiblement de façon pratique et au regard de ses obligations, décider d’entamer un noviciat, ainsi que je l’ai fait depuis le 16 mai 2016. Il devra alors voir s’il lui est possible de s’associer à une communauté existante ou à un autre novice désireux de l’accompagner dans cette démarche. En raison des particularités de notre résurgence débutante, il peut aussi commencer seul en espérant être rejoint plus tard. Cet isolement rend les choses plus difficiles mais était déjà pratiqué au Moyen Âge quand la répression éparpilla les Bons-Chrétiens et en obligea certains à demeurer seuls ou simplement entourés de croyants.

Il va sans dire que le noviciat est un engagement fort qui, normalement, ne saurait être envisagé pour un temps limité. Certes, chacun est toujours libre d’abandonner s’il pense s’être trompé dans ses motivations et capacités, mais la porte de sortie recherchée du noviciat est la Consolation. Cela revient à dire que le noviciat n’est pas une voie accessible de prime abord au croyant désireux d’approfondir sa spiritualité.

La participation à une communauté ecclésiale

Aujourd’hui, un croyant ou un sympathisant peut participer à des réunions, Rencontres ou périodes de retraite lui permettant d’étudier le Catharisme dans ses différentes orientations afin d’améliorer ses connaissances et d’essayer d’approfondir un peu sa compréhension spirituelle. Cela peut être l’occasion d’apprécier l’intérêt de la pratique du jeûne strict et ouvrir à des périodes de méditation collectives ou individuelles sans pour autant verser dans l’imitation partielle ou totale des rituels réservés aux Bons-Chrétiens ou aux novices.

Cependant, il peut paraître insuffisant à un croyant désireux d’approfondir sa spiritualité de se limiter à de telles pratiques. L’idéal serait de faire des retraites dans des communautés ecclésiales. Elles font défaut aujourd’hui et dans l’état de mon avancement de novice, je ne peux envisager d’accueillir un retraitant avant la fin de ma première année de noviciat car mes progrès sont lents faute d’être guidé par un Bon-Chrétien. Il m’est néanmoins possible d’organiser des périodes de partage consistant en des discussions ouvertes sur des sujets religieux ou même de vie courante avec des croyants et des sympathisants qui seraient cependant hébergés hors de la maison cathare. Le partage d’un repas, les jours non jeûnés, serait également possible.

Cela peut sembler extrêmement embryonnaire mais je rappelle que la patience est une grande vertu en Catharisme car elle provient de l’humilité, fondamental cathare s’il en est.

Conclusion

Voilà l’état de mes réflexions pour le moment en la matière. Je ne veux juger personne qui choisirait une autre manière de faire mais il ne peut y avoir de cohésion et de partage réel entre croyants avancés ou novices que si certains points majeurs sont compris et respectés à l’unisson.

Cependant, je peux entendre d’autres points de vue et étudier leurs arguments lors d’échanges formels, pour voir si certains aménagements sont possibles sans déroger au respect des obligation de la règle cathare et des enseignements des Bons-Chrétiens médiévaux dont l’opinion ne saurait être balayé au nom d’un modernisme qui considérerait comme rétrograde ce qui nous semble difficile pour nos mentalités modernes.

Là encore l’humilité doit nous rendre modeste et l’obéissance est un élément fondamental pour celui qui aspire à avancer jusqu’à sa propre Consolation.

Éric Delmas, 23 novembre 2016.

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