1-4-Doctrine & Pratique

Les carêmes et les jeûnes

1-4-Doctrine & Pratique
990 vue(s)

Les carêmes et les jeûnes

Présentation

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les carêmes, mais seul le noviciat permet de les découvrir vraiment, au fur et à mesure de la pratique de vie communautaire. Cependant, je vais essayer de vous les présenter, d’un point de vue pratique d’abord, puis d’un point de vue plus spirituel ensuite.Read more

La Consolation – La convention – L’endura

1-4-Doctrine & Pratique
422 vue(s)

La Consolation

Les cathares ne connaissaient qu’un seul sacrement, car dans leur rigueur à vouloir ne pas dévoyer l’enseignement du Christ, ils ne reconnaissaient comme valable que ce que son apparence physique, nommée Jésus, avait fait lors de son ministère. Or, comme cela est précisé dans l’Évangile selon Jean, après la résurrection, le Christ — dans sa forme strictement spirituelle —, administre le souffle divin aux disciples réunis après l’annonce de sa résurrection que vient de leur faire Marie Madeleine.Read more

Pratiques rituelles

1-4-Doctrine & Pratique
499 vue(s)

Pratiques rituelles communautaires

La communauté évangélique (maison cathare) est rythmée dans sa vie quotidienne par des pratiques rituelles régulières.
Cela ne concerne donc que les chrétiens consolés et les novices en formation.
Ces pratiques sont de deux sortes, celles qui s’effectuent à des moments précis (Heures, Jours et Carêmes) et celles qui n’ont pas de bornage horaire précis (Amélioration, Baiser de paix et Bénédiction du pain). Le service mensuel, la Consolation et la convention sont particuliers et seront traités séparément.

Jours

Ce sont les périodes régulières de jeûne strict (pain et liquides clairs).

Tout au long de l’année, sont jeûnés de façon stricte les lundis, les mercredis et les vendredis.

Pendant les carêmes, sont jeûnés de façon stricte tous les jours de la première (du lundi au dimanche inclus) et de la dernière semaine (du lundi au vendredi inclus).

Heures

Par rotation de trois mois les horaires des rituels quotidiens sont adaptés à la course du soleil, basée sur le méridien de Paris pour le moment. Vous trouverez ci-dessous les horaires de chaque rituel :

Équinoxe de printemps :
février – mars – avril
  Solstice d’été :
mai – juin – juillet
  Équinoxe de printemps :
août – septembre – octobre
  Solstice d’hiver :
novembre – décembre – janvier
Matines (double) : de 6h00 à 6h20
Laudes (double) : de 7h00 à 7h20
Prime (simple) : de 7h40 à 7h50
Tierce (simple) : de 10h00 à 10h10
Sexte (simple) : de 13h00 à 13h10
None (simple) : de 16h00 à 16h10
Vêpres (double) : de 19h00 à 19h20
Complies (double)  : de 21h30 à 21h50
  Matines (double) : de 5h30 à 5h50
Laudes (double) : de 6h30 à 6h50
Prime (simple) : de 7h10 à 7h20
Tierce (simple) : de 9h30 à 9h40
Sexte (simple) : de 12h30 à 12h40
None (simple) : de 15h30 à 15h40
Vêpres (double) : de 18h30 à 18h50
Complies (double)  : de 21h00 à 21h20
  Matines (double) : de 6h00 à 6h20
Laudes (double) : de 7h00 à 7h20
Prime (simple) : de 7h40 à 7h50
Tierce (simple) : de 10h00 à 10h10
Sexte (simple) : de 13h00 à 13h10
None (simple) : de 16h00 à 16h10
Vêpres (double) : de 19h00 à 19h20
Complies (double)  : de 21h30 à 21h50
  Matines (double) : de 6h30 à 6h50
Laudes (double) : de 7h30 à 7h50
Prime (simple) : de 8h10 à 8h20
Tierce (simple) : de 10h30 à 10h40
Sexte (simple) : de 13h30 à 13h40
None (simple) : de 16h30 à 16h40
Vêpres (double) : de 19h30 à 19h50
Complies (double)  : de 22h00 à 22h20

Pensez à ajouter un temps de médiation et d’étude après chaque rituel d’un temps identique à celui du rituel.
Vous pouvez donc contacter les membres d’une maison cathare après la prime, la tierce, la sexte et la none en respectant le temps de rituel et de méditation (prévoir un battement de dix à trente minutes).

Carêmes

Les dates des carêmes sont calculées comme suit :

Carême de la désolation : 40 jours dont le dernier est le vendredi avant Pâques.
Carême de la Consolation : 40 jours à partir du lundi de Pentecôte inclus.
Carême de la régénération : 40 jours dont le dernier est le vendredi du ou avant le solstice d’hiver.
Évitez de solliciter les pratiquants pendant les premières et dernières semaines où le jeûne strict est particulièrement fatigant.

Baiser de paix ou Paix (Caretas)

Ce rituel est le seul qui peut se pratiquer entre croyants en l’absence d’un chrétien consolé.

C’est le mode de salutation qui se pratique systématiquement après un autre rituel ou, éventuellement entre croyants, en dehors d’un rituel.
Il ne peut se pratiquer qu’entre personnes de même sexe. Dans le cas contraire il est simplement mimé à distance (pour les accolades).
Il ne se pratique qu’en intimité entre croyants et consolés. Si des personnes extérieures sont présentes, un simple signe de tête le remplace.

Les participant se donnent trois accolades successives en alternant à chaque fois l’épaule du coreligionnaire. Il n’y a pas d’ordre de début (gauche ou droite).
Après la troisième accolade, les participants échangent un baiser à bouche fermée, en travers de la bouche du coreligionnaire.

Si des chrétiens consolés participent, le plus ancien dans le niveau le plus avancé (consolé, ancien, diacre, fils mineur et majeur, évêque) transmettra le rituel au groupe de sexe opposé en baisant un côté de la couverture du Nouveau Testament et en faisant baiser l’autre côté par la personne la plus ancienne (chrétien ou croyant) de l’autre sexe qui ensuite pratiquera des Baisers de paix classiques avec son groupe.

Cette pratique se fait toujours dans l’ordre d’ancienneté.

Amélioration (Melhorier)

Cette pratique constitue le rituel de base entre croyants et chrétiens consolés.
Il s’agit, dans l’ordre croissant d’ancienneté, de demander à un chrétien consolé, son entremise et son soutien dans le cheminement chrétien afin de pouvoir arriver au salut.

Elle consiste en une révérence pratiquée debout, suivie d’un agenouillement, d’une bénédiction et de trois prosternations entrecoupées de trois phrases rituelles :

Les deux premières fois, le demandeur dit :
Bon chrétien (ou bonne dame), la bénédiction de Dieu et la vôtre
Le chrétien officiant répond :
La bénédiction de Dieu et la nôtre

La dernière fois, le demandeur dit :
Priez pour nous pêcheurs, afin qu’il fasse de moi un(e) bon(ne)-chrétien(ne) et qu’il me conduise à bonne fin.
Le chrétien officiant répond :
Que Dieu vous bénisse. Dieu veuille faire de vous un(e) bon(ne)-chrétien(ne), et vous conduire à une bonne fin.

Bénédiction du pain

Lors d’agapes, repas pris en commun entre chrétiens consolés et croyants uniquement, le plus ancien des consolés pratique la bénédiction du pain en mémoire de la cène.

Il prend le pain (entier ou déjà coupé pour éviter de faire trop de miettes) qu’il enveloppe dans un linge blanc, tenu en losange (pointe en haut et en bas) sur son épaule. Il prononce un Pater à vois normale et une formule de bénédiction personnelle (à voix étouffée). Ensuite, il distribue un morceau de ce pain à chaque convive, dans l’ordre d’ancienneté dans le cheminement, et veille à ce qu’aucun morceau ou miette ne se perde. Chacun mange alors son morceau de pain, sans en perdre une miette. Rien ne doit rester à la fin du repas.

Voilà une présentation succincte qui pourra faire l’objet de publications plus détaillées dans les pages grand public et, bien entendu, dans les pages réservées aux abonnés.

Éric Delmas, 2 juin 2020.

Le Pater d’aujourd’hui

1-4-Doctrine & Pratique
576 vue(s)

Le Pater d’aujourd’hui

Le document que je vous présente ci-dessous est la version du Pater pratiquée à la maison cathare de Carcassonne.
Il repose sur un travail d’étude des Pater existant dans la littérature et sur la glose du Pater que j’ai réalisée personnellement.

Présentation

Le Pater est clairement présenté, dans tous les textes qui le citent, comme la prière des chrétiens par excellence. Les Bons-Chrétiens cathares utilisaient la version longue, celle de Matthieu, car elle correspondait à la vision sociale et spirituelle de leur époque.
Cette prière était réservée aux novices ayant été admis à la tradition de la sainte Oraison dominicale, qui pouvaient donc quitter l’état de simple observateurs qu’ils respectaient depuis le début de leur noviciat, pour devenir des pratiquants actifs de ce rituel des Heures communautaires. Bien entendu, le Bon-Chrétien, c’est-à-dire le chrétien consolé, l’utilisait quotidiennement, non seulement lors des Heures, mais aussi à divers autres moments de la journée et lors de plusieurs autres rituels.

Les croyants et les novices n’ayant pas atteint le stade indiqué ci-dessus, devaient se contenter de la prière du croyant, connu sous le nom de Père saint.
Bien entendu cette interdiction ne valait que pour la pratique rituelle du Pater ; croyants et novices peuvent très bien lire et étudier le Pater, dans le but de le connaître et d’en apprécier la profondeur.

Pater

 Père tout puissant, principe des esprits saints.

Ta volonté agit sur tout le Bien.

Ton Saint-Esprit nous guide comme il te plaît

Pour que ta grâce puisse nous être accordée.

Donne-nous chaque jour, la nourriture

Que ta Parole et ton Amour procurent.

Remets-nous nos fautes et nos manquements,

Comme pour nos frères, nous en faisons autant.

Et soutiens-nous dans les difficultés,

Afin de nous délivrer du Mauvais !

Amen.

Explication

Le but de ce texte est de présenter une version adaptée à notre époque et mettant plus en valeur la pensée cathare.
Ainsi, chaque mot étudié dans la glose, est utile et apporte une information sur le catharisme et l’ensemble du texte est un résumé complet de la doctrine cathare.

Il n’y a pas de mot inutile et il n’y a aucun mot manquant.
Par contre, tout ce qui pouvait relever de l’organisation sociale du premier siècle et du Moyen Âge a été remplacé par des termes adaptés à notre époque.
De même, ce qui relevait de l’anthropomorphisme, nécessaire pour une population largement analphabète et empreinte de mysticisme, a été remplacé par des termes appropriés.
Seule exception, le terme Père est conservé dans son sens principiel et non familial.

Éric Delmas, 19 février 2020.

Être chrétien

1-4-Doctrine & Pratique
946 vue(s)

Être chrétien

Il y a des moments où il est bon de revenir aux fondamentaux. L’histoire médiévale nous montre que des chrétiens sont entrés en guerre contre une religion chrétienne et qu’ils ont fini par en tuer les membres qui refusaient d’apostasier leur propre christianisme. Au nom de quoi un chrétien peut-il agir ainsi ?
C’est là qu’il faut revenir aux fondamentaux afin de voir si quoi que ce soit peut justifier une telle attitude.Read more

Les fondamentaux de la doctrine et de la praxis cathare

1-4-Doctrine & Pratique
930 vue(s)

Les fondamentaux de la doctrine et de la praxis cathare

Structuration de la règle1

Les cathares nous ont donné l’image de penseurs structurés et cohérents. Appuyés sur la philosophie grecque, ils comprenaient la religion comme une pratique spirituelle simple, ouverte et compréhensible. Très loin des circonlocutions ésotériques et des constructions complexes du gnosticisme, ils voulaient comprendre ce que leur foi les poussait à mettre en œuvre, et ils voulaient que cela soit clair pour tous.
D’ailleurs, au Moyen Âge, même leurs opposants catholiques leur reconnaissaient cette lisibilité, au point que Dominique de Guzman en fera l’explication de l’échec de la campagne de prédication des légats pontificaux et conseillera d’imiter les cathares, dans leur comportement, pour être mieux perçus.

Le commandement nouveau

En venant « accomplir » la loi juive — ce qui veut dire, au sens littéral, y mettre un terme — christ propose de servir Dieu et non pas le démiurge dont les défauts et les vices sont si nombreux qu’on se demande comment des hommes ont pu le confondre avec Dieu. Et là, comme les premiers chrétiens détachés du judaïsme — et donc les cathares, l’avaient compris —, c’est la simplicité qui fait loi : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Si ce n’est fait, je vous invite à lire mon travail sur la Bienveillance, afin de comprendre cela en détail.
Mais ce commandement est une direction à suivre et, pas une carte ou une recette détaillée.
Même si toute la règle de justice et de vérité est soutenue par ce commandement, il n’en fait pas partie.

La praxis

Comme l’explique Aristote, dans Éthique à Nicomaque, l’état par lequel l’homme devient auto-suffisant à lui-même, et par conséquent, détaché du monde, qu’il appelle le bonheur et que nous nommons l’ataraxie, s’acquiert par la vertu et la pratique qui doit contenir en elle les mêmes critères que la vertu.
Il est donc nécessaire de pratiquer la vertu — que nous appelons la Bienveillance —, pour être complets dans notre démarche et atteindre l’ataraxie, état de stabilité absolue qui, tenant le monde à distance de nous, nous permettra le moment venu d’échapper à cet enfer.
Cette pratique autocentrée sur la Bienveillance s’appelle la praxis.

Les fondamentaux

Les fondamentaux du catharisme sont les éléments doctrinaux qui constituent la base de tous les éléments de la doctrine et de la praxis, mais qui de leur côté n’ont comme élément de référence que la Bienveillance. Ils ne dépendent pas les uns des autres et ne sont pas composés.
Après avoir étudié aussi sérieusement que je le peux le sujet, j’en retiens deux seulement : l’humilité et la non-violence.
En effet, ces deux éléments doctrinaux sont l’application directe de la Bienveillance, le premier à soi et le second aux autres. Par contre, ils sont à l’origine de tous les autres points doctrinaux sur lesquels s’appuie la praxis. Nous verrons, en les déclinant, qu’ils peuvent se combiner pour donner des éléments de la praxis où ils s’appliqueront, le premier aux autres et le second à soi.

L’humilité

La Bienveillance conduit naturellement à considérer les autres à l’aune de nous-même. La connaissance nous rappelle que nous ne sommes qu’une part d’un tout : l’Esprit unique émanant de Dieu, artificiellement divisé, et que les autres parties, prisonnières avec nous ou demeurées fermes, sont identiques.
Donc, contrairement à ce que la mondanité veut nous faire croire, nous ne sommes pas meilleurs que les autres ; dans la vérité nous ne sommes même pas différents des autres.
Cela les cathares l’avaient bien compris et faisait de ce point la base de leur doctrine. Leur Église n’était pas structurée hiérarchiquement de façon verticale. Chez les consolés, seules les compétences et les fonctions les amenaient à octroyer, par décision collégiale, une fonction ou une responsabilité à celui ou à celle dont ils pensaient que son avancement spirituel et ses qualités personnelles l’en rendaient capable, sans le mettre en difficulté dans son cheminement personnel.
L’humilité est d’abord un état intérieur et personnel qui signe la spiritualité, quand son opposé : la vanité signe la mondanité.
La personne humble est modeste dans la limite de la perception qu’elle a de ses compétences et de ses limites. Elle ne  mésestime pas ses compétences — ce qui la conduirait à refuser aux autres l’aide qu’elle serait en mesure de leur apporter —, mais elle ne se surestime pas au risque de priver le groupe d’une compétence plus utile. Contrairement à la parabole judéo-chrétienne, si elle ne s’assied pas devant (vanité), au risque d’être envoyée derrière, elle ne s’assied pas non plus derrière (fausse modestie) dans l’espoir d’être appelée devant.
Elle se donne le temps d’évaluer sa juste place — sans impatience —, sans céder aux sollicitations émanant de personnes moins au fait qu’elle de son avancement réel ; ce qui lui permet de se proposer là où elle sera utile à tous sans nuire à personne.
Nous verrons que, de l’humilité découle directement le refus de porter un jugement, d’affirmer avec certitude ou sous serment, de posséder plus que le strict nécessaire, etc.

La non-violence

La Bienveillance conduit à voir l’autre comme un autre soi-même. Nuire à l’autre est tout aussi désagréable que de subir une nuisance des autres. Donc, la règle de base envers les autres est de ne rien faire qui puisse leur nuire.

Or, nuire aux autres ne se limite pas à une neutralité non agressive ou à une défense proportionnée, car la non-violence n’est pas de l’anti-violence : il ne s’agit pas de s’opposer à la violence — personnelle ou extérieure —, mais d’évacuer tout concept de violence de sa nature spirituelle.
En fait, à chaque fois que nous agissons, nous devons nous interroger sur l’interaction que nous risquons de produire, à tous les niveaux de conséquences qu’elle pourrait avoir, et apprécier si elle est susceptible de nuire à qui que ce soit. Si aucune échappatoire n’est possible, nous devons veiller à ce que notre action soit neutre ou protectrice envers les autres formes de vie consciente selon une graduation qui s’évalue à l’aune de ce que la connaissance nous apprend. Une vie végétale doit bénéficier d’une meilleure protection qu’un élément minéral — a priori dépourvu de vie — ; une vie animale doit être favorisée au détriment d’une vie végétale — a priori dépourvue de conscience — et au sein du monde animal, ceux qui disposent d’une conscience — a priori apte à la spiritualité —, doivent être mieux protégés que les vies animales moins développées en ce domaine.
La non-violence s’applique dans la plupart des éléments de la règle que nous étudierons, tant dans les relations inter-humaines, que dans la pratique de vie la plus simple (alimentation, déplacements, etc.). En effet, nous devons être sensible à ce que le fait d’agir en bien pour les uns ne soit pas un mal pour les autres. La possession est donc à la fois un problème vis-à-vis de l’humilité, mais aussi de la non-violence, car l’excès dont bénéficie l’un est un manque dont souffre l’autre.

Ces fondamentaux posés, nous allons pouvoir dérouler la règle, point par point.

Éric Delmas, 23 juin 2019.


1 – Gardons toujours à l’esprit que la règle est une ligne de conduite librement et volontairement choisie par les chrétiens cathares consolés (ayant reçu le baptême d’esprit) et qu’elle ne s’applique qu’à eux. Les croyants, tout comme les sympathisants, peuvent y voir une forme de conduite morale à suivre de façon plus ou moins complète et plus ou moins approfondie, mais rien d’autre.

La Bienveillance

1-4-Doctrine & Pratique
1 190 vue(s)

La Bienveillance

« Aimez-vous les uns les autres »

« Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés, vous aussi vous aimer les uns les autres. Par là, tous sauront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » Évangile selon Jean (13, 34-35)

Ces phrases, anodines de nos jours, étaient presque anarchiques à leur époque. D’abord par la présentation qui en est faite. Présentée comme un commandement nouveau, elle affirme qu’une telle proposition est nouvelle, donc que la Torah et ses dix commandements sont incomplets puisqu’ils ne prévoient pas ce cas. Or, on y trouve pourtant, dans l’Exode et le Deutéronome[1], l’amour dû à Dieu et, dans le Lévitique[2], l’amour du prochain.

La loi mosaïque

Le prochain, pour les juifs, désigne celui dont on était proche d’un point de vue ethnique et spirituel ; le congénère et le coreligionnaire. L’amour filial étant dans les dix commandements, il ne peut s’agir d’une redite.

En effet, dans les dix commandements : la loi mosaïque, dite également loi positive, il y a plusieurs points fixant des obligations préférentielles :
1 – Obligation d’avoir Iahvé comme seul Dieu puisqu’il a libéré le peuple juif d’Égypte ;
2 – Interdiction de toute idolâtrie et, également iconoclasme (image), car Iahvé est un Dieu jaloux se vengeant sur les fils des fautes des pères ;
3 – Utilisation parcimonieuse et justifiée du nom de Iahvé ;
4 – Observation du septième jour, le Sabbat, totalement réservé à honorer Iahvé en souvenir de la libération d’Égypte ;
5 – Respect envers les parents ;
6 – Proscription du meurtre, sans précision ;
7 – Proscription de l’adultère ;
8 – Proscription du vol ;
9 – Proscription du faux témoignage contre le prochain ;
10 – Proscription de toute atteinte aux biens du prochain, y compris en pensée.

La loi du talion

La loi du talion[3]prévoit également une réciprocité équivalente envers celui qui cause un tort à son semblable. Cela va du remboursement d’une bête tuée sous les coups (âme pour âme) à la mise à mort pour un meurtre, en passant par la réciprocité des blessures (fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent). Il semble que la loi du talion adoptée par les juifs soit héritée des mésopotamiens puisqu’on la trouve dans le code d’Hammurabi[4], prône la réciprocité : «  § 196 : Si quelqu’un a crevé un œil à un notable, on lui crèvera un œil. § 197 : S’il a brisé un os à un notable, on lui brisera un os. § 200 : Si quelqu’un a fait tomber une dent à un homme de son rang, on lui fera tomber une dent. »

La non-violence absolue

Christ se positionne clairement en opposition à ces lois positives, comme cela nous est rapporté chez Matthieu et Luc :
Matthieu (5, 43-44) : « Vous avez entendu qu’on a dit : Tu aimeras ton proche et détesteras ton ennemi. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous poursuivent ; alors vous serez fils de votre père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les mauvais et sur les bons et pleuvoir sur les justes et les injustes. »
Luc (6, 27-28) : « Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous détestent,  bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous insultent. »

Luc et Matthieu ajoutent même une partie qui fait penser à une loi du talion inversée :
Luc (6, 29-30) : « Celui qui te tape sur une joue, présente-lui aussi l’autre ; et celui qui te prends ton manteau, ne l’empêche pas non plus de prendre ta tunique. »
Matthieu (5, 38-41) : « Vous avez entendu qu’on a dit : Œil pour œil, dent pour dent. Et moi je vous dis de ne pas vous opposer au mauvais. Mais quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre ; et celui qui veut de faire juger pour prendre ta tunique, laisse-lui aussi le manteau. Quelqu’un te requiert pour un mille, fais-en deux avec lui. »

Il ne fait aucun doute qu’il s’agit bien d’un commandement nouveau. Il a deux sens connexes. D’abord, il signe une absence dans les lois antérieures. La Torah est donc une loi incomplète. De ce fait, il indique que la loi d’Amour vient prendre le pas sur la loi mosaïque. Cela ne nous étonne pas puisque la loi mosaïque est accomplie sans qu’on ne lui retire ne serait-ce qu’un iota, c’est-à-dire comme toute action que l’on a accomplie, elle est terminée et manifestement incomplète, voire contraire à la loi que vient édicter Christ.

L’amour demandé n’est pas rien. En effet, il se base sur l’exemple de celui que Christ à offert à l’humanité ; c’est donc un amour absolu, sans limites et sans la moindre attente de retour. Ce corps de phrase est d’ailleurs intéressant, car il fait la bascule entre les deux autres à qui il sert de conclusion et d’entame. La première partie est une demande normale, alors que si l’on commence la lecture avec : « comme je vous ai aimé », elle devient forte et insistante.
En fait, cette phrase marque la séparation entre le judaïsme et le christianisme. Le premier prône l’amour et la soumission à son Dieu quand le second met en avant l’amour universel. Mélanger les deux pose problème.

On voit bien que celui qui veut suivre Christ est obligé d’effacer les lois antérieures pour repartir sur une seule loi : la loi d’Amour, c’est-à-dire la Bienveillance ou, comme le dit Paul, la charité qui est le seul Évangile de Christ.

Le commandement des cathares

Il est désormais bien clair que les cathares, hautement respectueux d’appliquer à la lettre cet unique commandement de christ, ne pouvaient qu’en faire la pierre d’angle, le faîte de leur doctrine.
C’est pourquoi ils vont organiser leur doctrine en veillant à ce que chaque point la constituant respecte absolument ce commandement.

La Bienveillance était effectivement considérée comme le signe que son porteur était sur le bon chemin, celui qui le mènerait vers sa bonne fin. On le voit bien dans les dépositions faites devant l’Inquisition. Par exemple, Arnaud Sicre[5], fils d’une bonne croyante, décidé à dénoncer et faire capturer des bons-chrétiens, indique dans sa déposition qu’arrivé à San Mateo, en Aragon, il rencontre une femme qui se dit de Saverdun, mais qu’il identifie comme étant de Prades ou de Montaillou. Il s’agit de Guillemette Maury, dont la tête est mise à prix. La première chose qu’elle lui demande est : « As-tu “Entendement de Be ?” », ce qui signifie l’entendement (la connaissance) du Bien. Par extension, elle propose à Arnaud de rencontrer le Be (Bien), c’est-à-dire un bon-chrétien, en l’occurrence, Guillaume Bélibaste.
Il est donc clair que, pour les cathares, le Bien est le point suprême de leur foi et de leur doctrine.

Je vous présenterai en détail tous les éléments de la doctrine, afin que chacun puisse vérifier la validité de mes propos, avec un maximum de références. Cela sera disponible dans l’espace abonné pour ne pas surcharger cette zone de découverte.

En attendant et pour conclure, je voudrais confirmer que nous ne pouvons pas envisager la résurgence du catharisme, si nous ne mettons pas nous aussi la Bienveillance en tête de la doctrine, non pas comme élément fondamental, mais bel et bien, comme fondement.

Il ne saurait y avoir d’Église cathare de France qui accepte la moindre entorse à ce sujet.

Éric Delmas, 14 juin 2019.


[1]Décalogue : Exode (20, 1-17) et Deutéronome (5, 6-21)

[2]Lévitique (19, 18) : « Tu ne te vengeras pas, tu ne garderas pas de rancune envers les fils de ton peuple, mais tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

[3]Lévitique (24, 17-21) et Deutéronome (19, 21)

[4]Roi de Babylone qui a régné de 1792 à 1750 avant notre ère.

[5]Version française de Jean Duvernoy du Registre d’Inquisition de Pamiers devant Jacques Fournier. Déposition 65, tome 3, pp 751 et suivantes.

La prière et le croyant

1-4-Doctrine & Pratique
2 293 vue(s)

La prière et le croyant

Le Catharisme présente la particularité de ne pas imposer le baptême aux enfants. De ce fait, les croyants sont dans un statut un peu particulier qui les met à la marge du statut de Chrétien — réservé aux seuls Consolés — mais les implique néanmoins dans bien des moments de la vie communautaire chrétienne.
Leur participation, parfois active à plusieurs rituels les conduit à vouloir participer, mais la doctrine cathare est claire dans les limitations à cette participation.
C’est notamment le cas pour ce qui concerne les pratiques méditatives et, bien entendu, la plus importante, la pratique du Pater.

Le Pater, qui, quand et comment ?

Les Bons-Chrétiens médiévaux réservaient le Pater aux Consolés et aux novices admis à la tradition de la Sainte Oraison[1], qui intervenait peu de temps avant de recevoir la Consolation. On peut estimer que cela devait se passer entre la fin du troisième carême et la Pentecôte.
Nous ne sommes pas des Bons-Chrétiens, mais, pouvons-nous considérer que nous sommes aptes à nous considérer comme admissibles à cette tradition ?

Voyons ce que nous apprend la déposition de Pierre Maury devant l’inquisiteur de Pamiers[2] :
« Il [Pierre Authié] ajouta “Vous autres croyants, comme vous n’êtes pas encore dans la voie de vérité et de justice, vous n’êtes pas dignes de prier Dieu.” Je lui dis alors : “Et si nous ne prions pas Dieu, que ferons-nous ? Nous serons comme des bêtes !” Il me répondit que lui, qui était dans la vérité et la justice, et était digne de prier Dieu, priait et prierait pour les croyants. Je lui demandai : “Et nous donc, nous ne ferons pas une prière à Dieu ?” Il me répondit de dire, quand j’aurai à me lever du lit, à m’habiller, à manger, ou à faire quelque ouvrage : “Benedicite, Seigneur Dieu, Père des bons esprits, aide-nous dans tout ce que nous voudrons faire”, mais de ne dire en aucun cas le Pater noster, car nul ne doit le dire, s’il n’est dans la vérité et la justice, car ce sont des paroles de vérité et de justice. Si quelqu’un disait cette prière sans être dans la vérité et la justice, elle ne lui servirait de rien. »

Ce témoignage est très important, d’abord parce que Pierre Maury fait partie des très rares témoins absolument fiables. Ce croyant qui n’a pas voulu entrer en noviciat, par amour de sa liberté et de ses montagnes, en avait largement atteint le niveau pourtant. Devant l’Inquisition, il ne cherche pas à minimiser son engagement et livre au contraire un témoignage clair, net et précis, par lequel on sent la volonté de transmettre une information que rien ne saurait faire taire. Il en accepte le prix le plus élevé pour lui, l’enfermement au mur perpétuel.
Étudions-le de façon plus fine.

Statut des croyants et des Bons-Chrétiens

« … vous n’êtes pas encore dans la voie de vérité et de justice… »
Voilà la pierre d’achoppement du Catharisme. Il n’y a pas de demi-mesure. On retrouve cela dans les évangiles quand Jésus distingue nettement entre la foule, à qui il parle par paraboles car elle n’est pas en mesure de comprendre son enseignement direct, et ses disciples, à qui il parle directement car ils ont franchi le pas.
La Consolation — le baptême d’esprit — fait table rase du passé et ouvre la porte sur le cheminement chrétien. Celui qui est reçu dans la communauté évangélique, l’assemblée des Bons-Chrétiens, vit concrètement la résurrection. Le vieil homme, l’Adam, meurt en lui et le Christ s’éveille en lui pour le conduire en vérité et en justice sur la voie qui rend possible l’action de la grâce divine et qui le mène au salut.

L’interdiction de l’usage du Pater

Le croyant, et même le novice n’ayant pas accompli au moins sa première année de noviciat (les trois carêmes), ne sont pas encore dans la voie de vérité et de justice. S’ils ne sont pas dignes de prier Dieu, ce n’est pas en vertu d’un oukase dogmatique fixé par un clergé aveugle. Non, c’est simplement que l’on ne peut prononcer des paroles revêtant des notions précises si l’on n’est pas capable de les comprendre et si on ne les pratique pas au quotidien.
L’étude du Pater, que j’ai réalisé récemment, vient clairement démontrer cela. La purification spirituelle que sa pratique exige ne peut pas être le fait de personnes qui, aussi croyantes et motivées qu’elles soient, n’ont pas la possibilité de s’extraire suffisamment du monde pour y parvenir.
D’ailleurs Pierre Authié ne prononce pas une menace envers quiconque prononcerait le Pater sans y être apte. Il dit simplement que cela ne lui servirait de rien. Il précise également que le croyant n’est pas abandonné à son sort ; le Bon-Chrétien prie au quotidien pour les croyants, car c’est sa mission. Cela nous permet de comprendre mieux encore ce lien extraordinaire qui unissait la communauté ecclésiale (croyants et Bons-Chrétiens) jusque dans la terrible période de l’Inquisition.

Dans sa déposition, Arnaud Sicre d’Ax explique qu’une nuit, alors qu’il est couché dans le même lit que le Bon-Chrétien Guillaume Bélibaste et Pierre Maury, ce dernier, à qui il vient d’avouer dire le Pater noster et l’Ave Maria, lui répond :

« Personne ne doit dire le Pater noster sauf les messieurs qui sont dans la voie de la vérité. Mais nous et les autres, quand nous disons Pater noster, nous péchons mortellement, car nous ne sommes pas dans la voie de la vérité, puisque nous mangeons de la viande et que nous couchons avec des femmes. »

Ce témoignage, même s’il est de moindre qualité que le précédent, en raison de la nature du témoin essentiellement, confirme celui que Pierre Maury nous livre du prêche de Pierre Authié. L’ajout du fait que le croyant qui ne respecte pas cette règle pèche mortellement doit être considéré comme excessif. En effet, les Bons-Chrétiens sont clairs : pour être capable de pécher, il faut avoir la connaissance du Bien, ce qui n’est pas le cas des croyants. Par contre, logiquement, un croyant qui s’obstine à contrevenir à cette règle se met en dehors de la communauté ecclésiale et doit être considéré comme un sympathisant.

Une prière pour les croyants

La prière de tous les instants

Pierre Authié propose un texte à dire à tous les moments de la vie quotidienne pour un croyant désireux d’une implication spirituelle plus importante :
« Benedicite, Seigneur Dieu, Père des bons esprits, aide-nous dans tout ce que nous voudrons faire »
C’est un texte court, adapté aux croyants de l’époque dans sa formulation, et en même temps très fort dans sa signification.
La formule initiale demande la bénédiction à Dieu et l’identifie clairement pour éviter toute confusion avec celui qui se fait passer pour Dieu devant les hommes de ce monde. La seconde partie est simple et claire. L’attente porte sur une aide et non sur la résolution des problèmes, ce qui implique que le croyant accepte l’idée que c’est à lui de faire le plus gros du travail. Enfin, l’idée est que cela concerne tous les actes de la vie, car nous trébuchons à chaque instant.
Il me semble qu’on peut tout à fait la conserver telle quelle aujourd’hui et s’en servir à l’approche d’une activité qui nous semble de nature à nous éloigner un peu du cheminement correct. Pour des actes plus lourds de conséquence, un autre texte me semble préférable.

Le Père saint, une prière plus complète

Cette autre prière nous est indiquée dans un autre témoignage.
L’Inquisition d’Aragon transmit les textes de ses interrogatoires à celle de Pamiers[3]. Parmi eux se trouve celui de Jean Maury. Que nous dit ce texte ?

« Quand j’étais d’âge tendre, j’ai vu dans la maison de mon père un nomme Fabre et Philippe d’Alayrac ; c’étaient des hérétiques parfaits, et j’étais déjà, quoique petit, nourri de cette secte par mon père, ma mère et mon frère Pierre… Ils croient le Père des bons esprits, et ils prient ainsi :
« Père saint, Dieu légitime des bons esprits
qui n’a jamais trompé ni menti, ni erré, ni hésité,
par peur à venir trouver la mort dans le monde du dieu étranger
(car nous ne sommes pas du monde, et le monde n’est pas de nous)
donne-nous de connaître ce que tu connais
et d’aimer ce que tu aimes.
 »

Ce texte est suivi d’une tirade, sous forme d’anathème, empruntée à Matthieu. qui visait à l’époque les Juifs orthodoxes ayant rejeté des synagogues les Juifs chrétiens ébionites à la suite de la chute de Jérusalem en 70. Comme je l’indique dans mon livre, elle concernait aussi Paul accusé d’être demeuré pharisien, de façon à discréditer son action apostolique : « Pharisiens trompeurs, qui vous tenez à la porte du Royaume, vous empêchez d’entrer ceux qui le voudraient, et vous autres ne le voulez pas… »
Ensuite vient une dissertation doctrinale visant à confirmer la foi du croyant en un Dieu bon et en rappelant comment s’est opérée la chute : « c’est pourquoi je prie le Père saint des bons esprits, qui a pouvoir de sauver les âmes, et qui pour les bons esprits fait grener et fleurir, qui en considération des bons donne la vie aux méchants et fera pourtant qu’ils aillent au monde des bons…
et quand il n’y aura plus (dans) les cieux inférieurs, qui appartiennent aux sept Royaumes, des miens qui sont tombés du paradis, d’où Lucifer les a tiré avec le prétexte de tromperie que Dieu ne leur promet que le bien, et du fait que le diable était très faux, et leur promettait le mal et le bien, et leur dit qu’il leur donnerait des femmes qu’ils aimeraient beaucoup, et leur donnerait seigneurie les uns sur les autres, et qu’il y en aurait qui seraient rois, et comtes, et empereur, qu’avec un oiseau ils en prendraient un autre, et avec une bête une autre ; (que) tous ceux qui lui seraient soumis et descendraient en bas auraient pouvoir de faire le mal et le bien, comme Dieu en haut, et qu’il leur vaudrait beaucoup mieux être en bas, pouvant faire le mal et le bien, qu’en haut où Dieu ne leur donnait que le bien.
Et ainsi ils montèrent sur un ciel de verre, et autant qu’ils y montèrent ils tombèrent et périrent…
Enfin, le texte se termine en évoquant la mission que Dieu confia à Christ : « Et Dieu descendit du ciel avec douze apôtres, et s’esquissa en sainte Marie. »

Pour ne conserver que la partie strictement méditative, son analyse montre à quel point elle est construite de façon presque symétrique avec le Pater, tout en conservant un style et des formulations adaptées aux croyants.
D’abord le croyant précise à qui s’adresse sa prière et manifeste ainsi sa foi qui assoit son statut de croyant cathare. Il conserve néanmoins une présentation qualitative qui n’est pas utilisée dans le Pater, car le Bon-Chrétien est imprégné de cela et n’a donc pas besoin de le formuler.
Vient ensuite la motivation de la prière, c’est-à-dire réussir sa bonne fin en quittant ce monde qui nous contraint.
Le texte se termine par la demande de « nourriture spirituelle » formulée plus précisément car là encore le croyant a besoin de mettre les points sur les i. Rien ne figure, ni en ce qui concerne les manquements, ni en ce qui concerne le salut. C’est logique, puisque le croyant ne peut commettre de péché à proprement parler et que son salut ne peut intervenir que s’il devient à son tour Bon-Chrétien.

Conclusion

J’espère vous l’avoir clairement expliqué, le croyant et le novice en première partie de sa formation, ne doivent pas utiliser le Pater, qui ne leur est pas adapté, mais disposent néanmoins de pratiques de méditation utilisables à travers le Père saint et le Benedicite.
Ces deux textes permettent une vie spirituelle tout à fait satisfaisante et définissent une ligne de conduite apte à amener le croyant vers le noviciat et le novice vers la transmission de la sainte Oraison dominicale.
C’est aussi une école de patience qui nous apprend à ne pas brûler les étapes et à faire preuve d’humilité vis-à-vis de sa condition réelle au sein de la communauté ecclésiale.

Éric Delmas, 8 août 2017.


[1]. Le Rituel provençal contenu dans le Nouveau Testament de Lyon précise clairement qu’il ne faut pas que l’oraison (le Pater) soit dite par un homme séculier, c’est-à-dire par un croyant ou un novice qui n’est pas encore reçu dans la communauté évangélique.
[2] Le registre d’Inquisition de Jacques Fournier. Traduction et notes de Jean Duvernoy. Déposition de Pierre Maury, vol. 3 (Privat), vol. 3 (Bibliothèque des Introuvables).
[3] Le registre d’Inquisition de Jacques Fournier. Traduction et notes de Jean Duvernoy. Op. cit. Déposition de Jean Maury, vol. 2 (Privat), vol. 3 (Introuvables).

La non-intervention

1-4-Doctrine & Pratique
1 512 vue(s)

La non-intervention

Dans le rituel cathare occitan de Lyon se trouve une précision, à destination des bons-chrétiens revenus en Languedoc pendant la période la plus dure de l’Inquisition. Il s’agit du cas (casus) de la bête prise au piège et de l’attitude que doit adopter le bon-chrétien dans ce cas.
Read more

Vivre le Catharisme

1-4-Doctrine & Pratique
725 vue(s)

Vivre le Catharisme aujourd’hui

Maintenant que la connaissance du Catharisme, de son histoire réelle, de son contenu doctrinal et de son organisation pratique nous sont mieux connus, celles et ceux qui se sentent portés par une telle spiritualité peuvent ressentir l’envie de l’expérimenter par divers moyens. Cela est tout à fait légitime, mais il faut nous assurer qu’une mise en pratique de nos jours serait non seulement réaliste mais aussi bénéfique, sinon nous ne serions pas dans une démarche de Bienveillance. À ma connaissance, il n’y a aujourd’hui que deux types de pratiques mises en place de façon durable qui cherchent à aller dans ce sens. Je me propose de les étudier avec vous afin d’en apprécier la qualité et l’efficience.

Comment mettre en pratique le Catharisme ?

Si l’on se réfère aux documents disponibles, nous voyons qu’il n’y avait au Moyen Âge que deux sortes de pratique du Catharisme. La plus connue est celle que les Bons Chrétiens, c’est-à-dire le personnes ayant reçu la Consolation et les novices qui se préparaient en vue de la recevoir, avaient choisis de vivre. Il s’agissait d’une vie régulière — c’est-à-dire organisée selon une règle —, comparable à la vie monastique des catholiques ou des orthodoxes, qui faisait une part prépondérante à la pratique spirituelle. Elle ne concernait évidemment qu’une très faible partie de l’Église cathare qui regroupait, je le rappelle, les Bons-Chrétiens, les novices et les croyants qui constituaient son immense majorité. Justement, les croyants cathares semblaient vivre d’une façon parfaitement identique à celle des croyants judéo-chrétiens qui les entouraient.

Nous voyons, par cette brève description, qu’à priori mettre en œuvre le Catharisme aujourd’hui pourrait sembler délicat. Mais, les systèmes monastiques judéo-chrétiens, catholique et orthodoxe, ont évolué au fil des siècles et proposent aujourd’hui à leurs croyants, et parfois même à des personnes qui ne se réclament pas de cette confession, des solutions de retraite individuelle en leur sein. Voyons comment cela se passe et si ces pratiques sont transposables au Catharisme.

Le système judéo-chrétien

La façon la plus connue et la plus ancienne de s’investir auprès d’un monastère sans pour autant prononcer des vœux monastiques est l’oblation. L’oblat, qui peut être séculier, régulier et qui fut même militaire, est une personne qui se rattache spirituellement à un monastère tout en conservant une vie classique (oblat séculier), ou en optant pour une vie monastique impliquant une participation pleine et entière aux charges et devoirs qui s’y rattachent (oblat régulier ou conventuel), voire en protection après une vie militaire ayant provoqué des blessures rendant le retour à la vie civile impossible (oblat militaire). Parmi les oblats célèbres citons : Thomas d’Aquin, Paul Claudel, Max Jacob et Robert Schuman.

Aujourd’hui, il existe une manière moins formelle et moins implicante de participer à la vie monastique qui consiste en des retraites monastiques brèves, souvent d’une semaine pendant les vacances.

Le principe est toujours le même, l’oblat ou le participant aux retraites, mène la vie des moines s’il est en monastère, de façon complète pour l’oblat — qui porte même un habit monastique classique ou spécifique —, ou de façon réduite aux repas et aux oraisons, pour les « retraitants ». Compte tenu de la règle de continence, seuls les hommes peuvent manger à la même table que les moines, ou bien tous mangent dans un réfectoire séparé. Le reste du temps le retraitant est libre de ses allées et venues, contrairement à l’oblat régulier, mais l’oblat séculier mène lui-aussi une vie mondaine classique.

La vie des croyants cathares

Les textes sont tout à fait clairs ; les croyants cathares n’avaient aucune obligation particulière pour ce qui concernait leur façon de vivre dans le monde car, n’ayant pas le statut de Chrétien, ils n’en avaient logiquement pas les nécessités requisent par la règle des Bons-Chrétiens.

Aujourd’hui il en va de même, les croyants sont libres de mener leur vie mondaine comme ils l’entendent et rien ne les distingue des autres citoyens qu’ils côtoient au quotidien. La différence est bien entendu spirituelle, car un croyant est fermement et intimement convaincu que la compréhension doctrinale cathare est la réponse qui lui convient pour accéder au salut. Cela implique donc pour lui, de mener sa vie en privilégiant ce qui lui permettra, le moment venu, de rejoindre une communauté cathare pour y faire son noviciat afin d’accéder à la Consolation et de mourir dans l’état de Chrétien cathare consolé. Cela l’amène donc logiquement à tout mettre en œuvre pour assurer le développement matériel des communautés de vie évangélique cathares et pour aider les Bons-Chrétiens dans leur vie quotidienne car leur état spirituel les rend vulnérables dans le monde extérieur.

L’absence de Bons-Chrétiens, unanimement reconnus par les croyants cathares d’aujourd’hui, fait que les croyants n’agissent pas forcément de façon visible pour assumer leurs obligations envers l’Église. De ce fait, vu de l’extérieur, il n’est pas facile de différencier un croyant d’un sympathisant. Cependant, le croyant cathare est aussi une personne en évolution, comme le sont les Bons-Chrétiens. Et s’il ne pratique pas la vie régulière (c’est-à-dire celle qui obéit à la règle des maisons cathares), il va en appliquer certains principes dans sa vie mondaine et en faire une sorte de morale personnelle. Ainsi, au fil de son évolution, son implication régulière deviendra de plus en plus forte jusqu’au moment où il ressentira la nécessité de passer le pas du noviciat. Rien n’interdit de nos jours à un croyant de se rapprocher d’une communauté pour participer à la vie régulière de celle-ci pendant une courte période. Un tel système de retraite peut se faire s’il y a une communauté de vie évangélique pour l’accueillir. Cependant, la règle cathare fixe des limites. Les croyants ne sont pas autorisés à assister aux oraisons des Bons-Chrétiens qui pratiquent entre eux avec toutefois la présence silencieuse des novices. Surtout les croyants ne doivent pas pratiquer eux-même l’oraison dominicale, c’est-à-dire réciter le Pater qui est exclusivement et très formellement réservé aux Bons-Chrétiens. Même les novices ne peuvent le réciter tant qu’ils ne seront pas reçu dans la tradition de l’Oraison dominicale qui signe en général la fin de leur première étape de noviciat.

Des croyants et des sympathisants peuvent toujours se réunir pour étudier ensemble le Catharisme, surtout de nos jours où je le rappelle nous manquons de Bons-Chrétiens pour les encadrer. Cependant, par humilité au regard de leur condition spirituelle et par respect envers l’Église cathare, il ne sauraient en aucune façon pratiquer des rituels qui requièrent la présence de Bons-Chrétiens ou qui leur sont réservés. La seule pratique accessible à des croyants, me semble être le Caretas ou Baiser de paix.

Le noviciat

Aujourd’hui, un croyant qui se sent suffisamment avancé et motivé pour entamer un parcours vers la Consolation, peut, si cela lui est possiblement de façon pratique et au regard de ses obligations, décider d’entamer un noviciat, ainsi que je l’ai fait depuis le 16 mai 2016. Il devra alors voir s’il lui est possible de s’associer à une communauté existante ou à un autre novice désireux de l’accompagner dans cette démarche. En raison des particularités de notre résurgence débutante, il peut aussi commencer seul en espérant être rejoint plus tard. Cet isolement rend les choses plus difficiles mais était déjà pratiqué au Moyen Âge quand la répression éparpilla les Bons-Chrétiens et en obligea certains à demeurer seuls ou simplement entourés de croyants.

Il va sans dire que le noviciat est un engagement fort qui, normalement, ne saurait être envisagé pour un temps limité. Certes, chacun est toujours libre d’abandonner s’il pense s’être trompé dans ses motivations et capacités, mais la porte de sortie recherchée du noviciat est la Consolation. Cela revient à dire que le noviciat n’est pas une voie accessible de prime abord au croyant désireux d’approfondir sa spiritualité.

La participation à une communauté ecclésiale

Aujourd’hui, un croyant ou un sympathisant peut participer à des réunions, Rencontres ou périodes de retraite lui permettant d’étudier le Catharisme dans ses différentes orientations afin d’améliorer ses connaissances et d’essayer d’approfondir un peu sa compréhension spirituelle. Cela peut être l’occasion d’apprécier l’intérêt de la pratique du jeûne strict et ouvrir à des périodes de méditation collectives ou individuelles sans pour autant verser dans l’imitation partielle ou totale des rituels réservés aux Bons-Chrétiens ou aux novices.

Cependant, il peut paraître insuffisant à un croyant désireux d’approfondir sa spiritualité de se limiter à de telles pratiques. L’idéal serait de faire des retraites dans des communautés ecclésiales. Elles font défaut aujourd’hui et dans l’état de mon avancement de novice, je ne peux envisager d’accueillir un retraitant avant la fin de ma première année de noviciat car mes progrès sont lents faute d’être guidé par un Bon-Chrétien. Il m’est néanmoins possible d’organiser des périodes de partage consistant en des discussions ouvertes sur des sujets religieux ou même de vie courante avec des croyants et des sympathisants qui seraient cependant hébergés hors de la maison cathare. Le partage d’un repas, les jours non jeûnés, serait également possible.

Cela peut sembler extrêmement embryonnaire mais je rappelle que la patience est une grande vertu en Catharisme car elle provient de l’humilité, fondamental cathare s’il en est.

Conclusion

Voilà l’état de mes réflexions pour le moment en la matière. Je ne veux juger personne qui choisirait une autre manière de faire mais il ne peut y avoir de cohésion et de partage réel entre croyants avancés ou novices que si certains points majeurs sont compris et respectés à l’unisson.

Cependant, je peux entendre d’autres points de vue et étudier leurs arguments lors d’échanges formels, pour voir si certains aménagements sont possibles sans déroger au respect des obligation de la règle cathare et des enseignements des Bons-Chrétiens médiévaux dont l’opinion ne saurait être balayé au nom d’un modernisme qui considérerait comme rétrograde ce qui nous semble difficile pour nos mentalités modernes.

Là encore l’humilité doit nous rendre modeste et l’obéissance est un élément fondamental pour celui qui aspire à avancer jusqu’à sa propre Consolation.

Éric Delmas, 23 novembre 2016.

0