Les dangers du néo-catharisme

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Qu’est-ce que le néo-catharisme ?

Quand une voie spirituelle humaine apparaît, elle est souvent de nature à fixer des modes de fonctionnements très proches des nécessités que ressentent ses créateurs. Or, ces créateurs sont des personnes qui ont longuement mûri leur décision, car il n’est pas aisé de créer ex nihilo un courant philosophique et spirituel. Ils sont donc particulièrement tentés de mettre en place des règles assez strictes, mais souvent justifiées par l’objectif à atteindre.
Quand cette première vague s’atténue ou disparaît, il ne reste plus que la partie doctrinale qui demeure comme un témoignage lointain de ces premiers hommes de bien. Parfois, plus ou moins longtemps après, d’autres viennent qui sont séduits par cette doctrine. Mais, les différences liées à l’éloignement territorial et surtout aux changements sociétaux font que ces suiveurs ont tendance à penser qu’ils peuvent prendre quelques distances avec les choix initiaux de leurs prédécesseurs. Ils mettent alors en place une doctrine calquée sur la précédente, souvent « adaptée » selon eux à l’évolution des temps et souvent aussi dénuée de toute implication dans la vie quotidienne. L’exemple le plus typique que nous connaissons fut celui de la philosophie romaine quand elle voulut relancer la philosophie grecque. Elle repris sous forme d’enseignement magistral ce que les grecs enseignaient au quotidien à l’occasion d’une vie entièrement tournée vers la philosophie. Cette néo-philosophie avait ainsi perdu l’essentiel de sa justification. Et les choses n’ont fait que s’aggraver avec le temps pour en arriver à des « philosophes » qui appliquent le principe confortable du « faites ce que dis, pas ce que je fais ». On enseigne même aujourd’hui une « philosophie » qui s’apparente plus à la sophistique, c’est-à-dire à un exercice de style rhétorique visant à démontrer une thèse et son opposée avec le même talent.
Le domaine religieux ne fait exception à cette règle. L’évolution des Christianismes montre à quel point certains n’ont pas hésité à mettre sous le boisseau les commandements de Christ concernant la Bienveillance, l’humilité, l’ascèse et la pauvreté. Aujourd’hui on trouve des Christianismes dégoulinant d’ors et de parures, riches au milieu de populations pauvres, soutien de pouvoirs autocratiques et bénisseurs de canons, mais bien peu de Christianismes humbles et modestes.
Le Catharisme connaît ces dérives, souvent incroyables pour qui connaît le sujet. L’absence d’une Église cathare reconnue et conforme à l’original favorise des appellations cathares appliquées à des pratiques et doctrines dont on se demande ce qu’elles ont de cathare. L’imaginaire du XIXe siècle, éminemment romantique, a favorisé une approche du Catharisme sous l’angle d’une religion martyr, donc forcément porteuse d’un message important. Or, comme ceux qui l’ont observé manquaient d’éléments concrets pour une étude digne de ce nom, ils ont glissé vers la facilité qui voulait que si ce message n’était pas clair, c’est qu’il était secret. C’est delà qu’est née l’approche ésotérique cathare. Forcément, en créant un secret accessibles à des initiés elle a scindé le monde en deux groupes ce qui était à l’opposé de la démarche christique qui rappelait que nous sommes tous identiques et égaux et que personne ne peut se prévaloir d’une quelconque supériorité. Ensuite, sont apparus des groupes qui ont voulu marquer leur ancienneté et leur différence avec le judéo-christianisme. Reprenant des accusations de l’Église chrétienne romaine, ils en ont fait un titre de gloire. L’intérêt de l’époque pour ce qui était oriental a favorisé ces choix qui ont abouti à des syncrétismes pour le moins surprenants. Enfin, la découverte des documents de Qumran et de Nag Hammadi, après la seconde guerre mondiale, a donné une importance exagérée aux groupes qui les avaient produits. Forcément, si ces documents sont restés secrets depuis des siècles, c’est qu’ils sont très importants et supérieurs à tout le reste. Et cela est venu favoriser des rapprochements incroyables entre des groupes religieux qui n’avaient pas à voir les uns avec les autres.
Au final, le Catharisme s’est vu affublé d’oripeaux totalement étrangers à sa véritable nature jusqu’à ce que Jean Duvernoy lui redonne l’essentiel de sa réalité. Mais, même lui n’a pas résisté à la recherche de liens avec des mouvements chrétiens plus orthodoxes. Sa culture réformée est sans doute pour partie dans cette volonté. Rejetant le marcionisme qu’il n’avait peut-être pas suffisamment étudié, il voulu rapprocher le Catharisme d’Origène, ce qui peut surprendre ceux qui connaissent l’orthodoxie indiscutable de Père de l’Église de Rome.
Depuis, les groupes néo-cathares fleurissent et prospèrent. Leur diversité en dit long sur leur absence de bases doctrinales dignes de ce nom. En fait ces groupes n’ont de Cathare que le nom qu’ils se donnent pour des raisons souvent peu glorieuses.

Faut-il craindre le néo-catharisme ?

Une fois identifiés les néo-catharismes, il est évident que certains sont de nature à dévoyer le Catharisme. Mais, pour autant, faut-il refuser systématiquement toute évolution ? Après tout, ce monde n’est qu’une perpétuelle évolution ? Est-ce que les Bons Chrétiens médiévaux étaient absolument infaillibles et le refus d’évolution n’est-il pas contradictoire avec le principe même du Catharisme et des courants religieux qui l’ont précédé et qui ont permis son éclosion ?
Toutes ces questions sont légitimes. Elles méritent donc une étude attentive. Tout d’abord l’évolution du monde est sans rapport avec le Catharisme et vouloir calquer l’un sur l’autre reviendrait à vouloir faire du Catharisme une religion mondaine ! Même si Paul semble avoir montré une certaine réticence à l’évolution doctrinale au sein de son courant Chrétien, Marcion a montré que le Christianisme doit être capable de se remettre en question et, si nécessaire, d’évoluer. L’évolution n’est donc pas une obligation mais une possibilité. L’évolution n’est pas non plus un progrès et elle peut souvent s’avérer délétère. Les néo-catharismes actuellement identifiés montrent d’ailleurs bien à quel point l’évolution peut être terriblement dangereuse et peut tellement dénaturer la pensée initiale des Bons Chrétiens qu’elle aboutit à la destruction du Catharisme. Je comprends très bien que beaucoup de croyants sont aujourd’hui extrêmement inquiets devant cette diversité qui s’affiche à leurs yeux, au point que nombreux sont ceux qui se tiennent à l’écart et qui attendent de voir comment tout cela va évoluer.
Personne n’est à l’écart de la tentation néo-cathare. Même les croyants les plus sérieux et motivés peuvent dériver de la ligne des Bons Chrétiens pour des raisons variées. En effet, les croyants sont, par rapport aux Bons Chrétiens, comme des enfants. Impatients de voir la résurgence advenir, inconscients des risques que représentent les dérives doctrinales et pratiques et insouciants vis-à-vis de la nécessité de construire sur des bases solides. Or, plus l’espoir de voir arriver la résurgence cathare augmente plus l’impatience pousse à vouloir accélérer le mouvement. Cela donne lieu à des initiatives malheureuses qui poussent des croyants et des sympathisants à identifier en leur sein des personnes plus avancées dans le cheminement cathare, selon leurs critères. Ces personnes cèdent parfois à ces amicales pressions et en viennent à se comporter comme des Bons Chrétiens sans en avoir la moindre réalité. Du coup on observe des choix déviants dans la pratique quotidienne ou à l’occasion de rencontres ponctuelles qui sont clairement en opposition formelle avec les choix des Bons Chrétiens. Moins évidents que les néo-catharismes excessifs dont je parlais ci-dessus, celui-ci est encore plus dangereux car le glissement doctrinal est moins patent.
Mais, le néo-catharisme est-il finalement si mauvais dans la mesure où il permettra la résurgence cathare alors qu’un véritable catharisme risque de la repousser aux calendes grecques ? J’en reviens en posant cette question à notre statut de croyants infantiles. L’impatience est mauvaise conseillère. Elle nous pousse à minorer les risques des dérives et à valider des personnes et des choix qui peuvent conduire le catharisme d’aujourd’hui dans l’impasse. En effet, rien n’est plus fragile que le dernier instant avant d’atteindre le but. Si vous pratiqué la varappe, vous connaissez cette exaltation qui nous prend quand nous ne sommes plus qu’à deux ou trois prises de la fin de l’ascension. La tentation est forte alors d’en finir au plus vite pour se glorifier de l’effort accompli et de la victoire remportée sur la nature hostile. Or, si l’on cède à cette sirène, la chute est garantie. Étant pour ma part un nouvel arrivant dans le catharisme, je comprends très bien l’impatience de celles et ceux qui ont vécu cet espoir depuis des décennies. Mais je leur dis qu’il se poser la bonne question. Veut-on un Catharisme qui satisfasse notre impatience au risque de nous plonger de nouveau dans le désert spirituel pendant plusieurs siècles, ou sommes-nous capables de faire preuve de maturité de façon à permettre une vraie résurgence d’un catharisme conforme à l’original ? Ce qu’il faut au catharisme ce sont des croyants patients, conscients de l’importance de respecter les choix doctrinaux de nos prédécesseurs et soucieux de construire un Catharisme stable disposant d’une ecclesia cohérente.

Comment éviter la dérive néo-cathare ?

La doctrine cathare, et notamment la règle de Justice et de Vérité pratiquée et enseignée par les Bons Chrétiens, à l’exclusion de toute autre récupérée ici ou là, nous offre les moyens d’éviter toute dérive. La Bienveillance nous apprend à rester ouvert à toutes et à tous, y compris si nous observons les dérives de certains. L’humilité et la modestie nous enseignent à ne pas surévaluer la valeur de ce que nous pensons juste et à ne pas nous positionner comme des références alors que nous ne sommes que des croyants comme les autres. L’accès la connaissance est essentiel en Catharisme. Nous devons donc y consacrer des efforts importants. Le plus difficile est certainement de ne pas laisser notre culture judéo-chrétienne polluer notre réflexion. Il faut donc sans cesse remettre l’ouvrage sur son métier afin d’en déceler les fragilités, voire les erreurs.
Nous devons être conscients que, tant que nous ne vivrons pas comme vivaient les Bons Chrétiens, nous resterons extérieurs à ce qu’ils maîtrisaient et qui nous échappe. Même si nous nous groupons sur la base de quelques éléments communs et dans le respect de nos divergences, nous ne faisons qu’entretenir cet état extérieur à la réalité des choses. C’est pourquoi je met en avant la nécessité de créer de véritables unités de vie où des croyants effectueront leur noviciat, dans le respect de ce qu’il était à l’époque, car je pense qu’il est indispensable à l’évolution spirituelle du croyant qui veut s’imprégner de l’esprit des Bons Chrétiens et qui espère être un jour en mesure d’atteindre leur niveau d’éveil. Mais ce noviciat doit lui aussi respecter ce que je viens de dire en matière de rigueur et de patience.
Certes, face à la facilité et la gratification qu’offrent les choix néo-cathares, le choix d’un cheminement strictement cathare est presque répulsif. C’est peut-être là que se trouve la clé de notre positionnement de croyant.

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