2-Le catharisme dans le monde

Cosmologie du mélange

2-2-Cosmogonie & Mythes
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Cosmologie du mélange

Au Moyen Âge, les cathares ne disposaient pas des connaissances scientifiques et des hypothèses que l’astronomie nous offrent aujourd’hui. Ils se basaient donc sur les éléments à leur disposition, composés pour l’essentiel de textes religieux juifs de la Torah. Sur cette base assez ténue, ils avaient essayé de calquer les éléments que leur conception doctrinale leur faisait valider. Mais aujourd’hui, nous pouvons essayer d’aller plus loin dans notre compréhension et proposer des hypothèses plus avancées en utilisant nous aussi les apports de la science et parfois même ceux de ses failles.

Les deux perturbations des cathares

Quand la Torah juive, reprise dans l’Ancien Testament catholique, imaginait un Dieu créateur de l’univers et des êtres le peuplant, tout en faisant porter sur l’homme la responsabilité de l’imperfection de cette création, les cathares proposaient une lecture nettement différente.

L’ange, premier-né de la création divine, porteur de lumière (Lucifer), était accusé d’avoir préféré le Mal au Bien et d’avoir voulu égaler Dieu dans sa puissance, ce qui l’avait amené à la trahir. Pour les cathares cela posait problème. En effet, comment imaginer qu’une créature divine, parfaite dans le Bien comme son créateur, forcément ignorante du Mal qui est totalement absent de la sphère divine, aurait-il pu préférer le Mal qu’il ne connaissait pas au Bien qui constituait la totalité de son univers ? Le libre arbitre des hommes est également rejeté puisqu’il suppose une relative imperfection de Dieu et de sa création qui est en totale contradiction avec la perfection absolue de Dieu. Donc, les cathares considéraient que Satan, Lucifer ou le diable, selon les façons de le désigner, était une créature du Mal, lui-même appelé Satan. Cet ange mauvais aurait créé un monde mauvais afin, soit de tenter d’égaler la création spirituelle de Dieu, soit de lui nuire. Mais cette création, contrairement à celle de Dieu, ne disposant pas de l’Être — état de permanence absolue transmise de Dieu à sa création par émanation —, était soumise à la corruption temporelle. C’est pour tenter de l’empêcher, ou tout au moins, de la retarder le plus possible que Lucifer eut l’idée de dérober une partie des esprits saints composant l’empyrée spirituelle divine. En effet, ces esprits saints — formant un tout que nous appelons l’Esprit —, sont parfaits dans le Bien et éternels comme leur créateur dont ils partagent la substance.

Ce « rapt » réalisé par le diable fut suivi d’un mélange entre la part mondaine, constituée d’un corps matériel et d’une âme matérielle, et la part spirituelle, appelée âme spirituelle quand elle se trouve auprès de Dieu et esprit ou esprit saint quand elle est prisonnière dans le monde du Mal. La part de l’Esprit demeurée auprès de Dieu était considérée par les cathares comme le « corps » spirituel auprès duquel les esprits saints aspiraient à revenir, réalisant ainsi le mariage mystique.

L’organisation du Mal et l’apparition de Lucifer était nommé la première ou petite perturbation, alors que la chute des âmes spirituelles dans le monde du Mal était appelée la seconde ou grande perturbation.

Cette vision permettait d’expliquer les textes de référence universels, comme la Genèse qui fait état de deux créations distinctes de l’homme par Iahvé.

Tentative d’explication cosmologique moderne

L’univers est la création du Mal

« Ainsi tout bon arbre fait de beaux fruits, et l’arbre pourri fait de mauvais fruits. » (Matth. 7, 17). Cette affirmation vise à illustrer le concept des principes que l’on trouve largement expliqué dans La métaphysique d’Aristote. Ce concept pose comme incontournable le fait que tout se rattache à des principes qui sont uniques et ne peuvent produire que des conséquences elles aussi uniques. Ainsi, le principe du bien ne peut produire que du bien et le principe du mal ne peut produire que du mal. Tout composé peut et doit donc être rapporté aux principes dont émanent chacune des parties qui le composent.

L’existence du Mal oblige donc à considérer l’existence d’un principe du mal, ce qui ne veut pas dire que ce principe est l’égal du principe du bien. En effet, si le Bien est éternel, le Mal l’est forcément aussi, mais le Bien dispose de par sa nature de la capacité à laisser émaner un Bien éternel, alors que le Mal n’a pas cette compétence. Ne pouvant laisser émaner du Mal, il doit le créer provoquant de ce fait l’apparition d’un phénomène corruptif que l’on appelle le temps. Or le temps, s’il signe l’apparition des choses leur impose également une fin. Il en résulte que le Mal produit une création imparfaite, puisque émanant d’une absence d’Être et corruptible puisque créée dans le temps.

Cette lecture est acceptable à notre époque, comme elle l’était au Moyen Âge, puisqu’il est facile de constater à la fois l’imperfection et la corruptibilité du monde où nous vivons. La problématique principale, qui était insupportable aux esprits catholiques, est l’idée que le diable ait pouvoir de création. Jean de Lugio l’expliquait fort bien dans son Livre des deux principes que vous pouvez retrouver dans l’ouvrage de René Nelli : Écritures cathares.

En fait, ce qui définit Dieu, c’est-à-dire le principe du bien n’est pas la faculté créatrice, mais la capacité à laisser émaner de l’Être, sorte de consubstantialité à la fois éternelle et incorruptible.

La partition momentanée de l’Être

Beaucoup se sont interrogé sur le fait que le démiurge du Mal puisse entraîner à sa suite une partie de l’empyrée divine. Il est clair que, vu de notre conception mondaine, cela semble extravagant. Mais il faut apprendre à réfléchir différemment. Contrairement à ce que les ouvrages antiques nous font connaître, le Bien et le Mal n’agissent pas comme des seigneurs ou des États. Chacun étant un principe ne peut agir que selon ce qui relève de son état principiel. Le Mal peut essayer de nuire au Bien, du moins en apparence, mais le Bien ne peut ni ne veut utiliser les modes d’action du Mal pour réagir. Cependant, il a un avantage absolu sur le Mal : il est éternel et ce qui émane de lui l’est également, contrairement à ce que crée le Mal. Donc, pour simplifier, le Bien n’a pas de mal à opposer au Mal, mais si le Mal semble vainqueur, cette apparente victoire est très éphémère puisqu’elle ne s’exprime que dans le temps, alors que le Bien dispose de l’éternité, auprès de laquelle le temps est insignifiant, même si pour nous le temps semble durer indéfiniment.

L’incorporation de l’Être

La part spirituelle, que nous appellerons désormais les esprits saints, est mélangée à la part mondaine créée par le diable, démiurge du Mal. Mais ce mélange est limité à une sorte de coexistence du fait de la théorie des principes. Donc, le simple mélange ne suffit pas à retenir prisonniers les esprits saints. Il faut en outre éteindre chez eux le souvenir de leur origine, sinon ils n’auraient qu’un désir : revenir à leur source. Ce travail d’amnésie est l’œuvre de l’âme mondaine qui coordonne le mélange et assure la coopération des esprits saints en leur faisant oublier leur origine. Aujourd’hui, cela peut se comprendre en observant l’hypothèse émise dans le premier épisode du film Matrix®, où les personnages sont prisonniers d’une réalité virtuelle qui projette à leur yeux un monde acceptable quand en réalité ils sont prisonniers de bulles aspirant leur énergie au profit d’un peuple de robots et de programmes informatiques.

Ce choix cosmologique des cathares présente le mérite d’expliquer que certains humains sont attirés par le Bien quand les autres le sont par le Mal et ouvre l’espoir eschatologique d’une délivrance future et universelle. Mais ce qui est plus intéressant à mes yeux est que cette hypothèse permet d’apporter une réponse à une interrogation scientifique de notre époque qui n’a toujours pas trouvé de réponse satisfaisante.

Si les hommes sont des créations de ce monde dominé par le démiurge malin, cela veut dire qu’il y a eu une période où ces créatures évoluaient comme les autres, c’est-à-dire les animaux, et une période où leur évolution s’est modifiée du fait de l’incorporation des esprits saints.

Que disent les anthropologues sur l’évolution des espèces humaines qui cohabitaient avant que l’homo sapiens ne s’impose définitivement ? Ils notent que les deux espèces qui cohabitaient dans une fourchette de temps située pour l’instant entre 40 000 et 100 000 ans avant l’ère moderne, homo néanderthalensis (l’homme de Néanderthal) et homo sapiens (l’homme moderne), ont connus une mutation comportementale majeure et inédite.

En effet, jusques là ces deux espèces, présentes sur terre depuis plus de 200 000 ans pour la première et 100 000 pour la seconde, traitaient leurs morts comme de simples charognes animales, les jetant dans des gouffres ou les enfouissant sommairement sous des pierres au fond des grottes. Mais tout à coup elles se mirent à les traiter avec infiniment de délicatesse en les enterrant de façon soignée et manifestant l’idée d’une vie après la vie, puisqu’elles ajoutaient dans ces tombes des objets usuels, de bijoux ou des armes. Pour autant l’évolution montre des modifications comportementales majeures des espèces au fil des millénaires. Mais ces évolutions visaient toujours à une amélioration de la vie, que ce soit l’usage de la bipédie, la taille des silex, la découverte de l’usage et de la production du feu, etc. Là, nous sommes devant une évolution qui ne facilite en rien la vie quotidienne, voire qui la complique. Cette évolution semble aller de pair avec la découverte de l’art rupestre et le développement de la chasse, puis de l’élevage. En fait, comme l’explique très bien René Girard dans Des choses cachées depuis la fondation du monde, l’homme se met tout à coup à envisager l’existence d’une transcendance dépassant les pouvoirs de ses congénères. Cela fut sans doute également lié au regroupement des cellules nucléaires dans un but sécuritaire et pour améliorer le rendement de la chasse.

À ce jour aucune réponse scientifique satisfaisante ne peut expliquer à la fois le caractère relativement soudain et profond de cette mutation intellectuelle ni son caractère apparemment contre-productif.

Si l’on se place du point de vue cathare, une explication apparaît. En fait, l’infusion des esprits saints dans les corps humains aurait profondément modifié le fonctionnement de ces derniers en élevant sensiblement leurs capacités intellectuelles. On retrouve cette idée dans le prologue du film 2001, l’odyssée de l’espace®, où l’on voit un singe changer de comportement et développer considérablement ses compétences intellectuelles, par rapport à celles de ses congénères, après avoir touché un monolithe noir venu de l’espace.

Conclusion momentanée

Ce qui saute aux yeux de prime abord est que les cathares étaient capables de produire des réflexions de haute qualité en s’appuyant sur les connaissances de leur époque et en se guidant de la philosophie grecque pour corriger les errements des textes religieux juifs ou judéo-chrétiens de leur temps.

Cela est tellement vrai qu’en suivant leur mode de raisonnement on peut aujourd’hui encore proposer des hypothèses qui, sans déroger en aucune façon à la doctrine cathare médiévale, peuvent résister aux critiques scientifiques, voire les améliorer.

On voit là toute l’importance d’une doctrine offrant une réelle plasticité et basée sur un ensemble de connaissances qui, loin d’être rejetées en bloc, sont en fait disséquées et étudiées de façon extrêmement fine. C’est grâce à cela que le catharisme peut facilement répondre aux critiques d’un monde devenant de plus en plus athée et totalement voué à une nouvelle croyance, la science, qui montre malgré tout des failles non négligeables.

Éric Delmas, le 06 juillet 2020.

Le prosélytisme

2-3-Le catharisme au quotidien
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Le prosélytisme

Il n’est pas rare de constater que le terme de prosélytisme est couramment employé par les personnes qui cherchent à s’extraire d’une communication qui leur déplaît. Ainsi, le terme n’est plus une désignation d’une pratique, mais un repoussoir pour empêcher la poursuite d’une discussion.

Pourtant le prosélytisme est une pratique fort bien définie qui concerne toute pratique excessive visant à faire adhérer une personne à une idée, un groupe ou une forme de pensée précise. Cela concerne bien entendu le domaine religieux, mais peut s’étendre à tous les autres domaines de la communication : politique, science, philosophie, etc.

Le prosélytisme est un extrémisme

Le prosélytisme, se fixant comme objet le recrutement d’adeptes, par une pratique assidue qui peut vite tourner au harcèlement, est finalement l’expression de nier la volonté de l’autre en cherchant à lui imposer la nôtre.

Que révèle cette attitude ?

Certes certaines personnes, très fortement convaincues de la justesse de leurs vues ou certains débutants désireux de bien faire, sont tentés par le prosélytisme, car inconsciemment, ils y voient la validation de leur choix et la manifestation de leur engagement personnel. Mais le plus souvent la pratique du prosélytisme révèle les failles de celui qui le pratique. Une opinion parfaitement en accord avec sa démarche n’a pas besoin de forcer la main de quiconque. Par contre, quand certains observent le peu d’attrait qu’exerce leur opinion sur les autres, la volonté d’insister jusqu’au harcèlement parfois, révèle qu’un doute s’est immiscé en eux quant à la validité de leur choix.

Celui qui se lance dans le prosélytisme en vient forcément au dénigrement. En effet, la seule façon de tenter de valider un choix qui ne semble pas motiver les autres, ne peut passer par les qualités propres du choix que l’on veut imposer. Sinon elle se serait faite valoir d’emblée. Elle passe donc par le dénigrement des choix alternatifs, surtout s’ils attirent plus que le sien propre.

Tout cela nous montre que prosélytisme et extrémisme sont étroitement liés. Il n’est donc pas étonnant de voir les adeptes du premier chercher à « punir » les réfractaires à leurs idées de façon violente. Et cela s’observe notamment pour des groupes qui prétendent par ailleurs prôner la non-violence.

Différencier information et prosélytisme

Comme je l’expliquais au début de ce texte, l’emploi de l’accusation de prosélytisme est souvent invoqué à tort et pour des raisons d’inquiétude, de rejet ou d’incapacité à argumenter.

Aussi faut-il bien définir les limites de ce qui différencie l’information et le prosélytisme.

L’intention est le premier élément que je vois pour effectuer cette différenciation. Là où la bienveillance guide la transmission de savoir ou même la simple information, l’intérêt guide le prosélytisme. Qu’il s’agisse d’informer d’une disposition technique (heures d’ouvertures d’un établissement), de mettre en garde face à un danger (attention à la marche !) ou de délivrer une connaissance acquise (enseignement, conférence, colloque, etc.), l’information est la prise en compte de l’intérêt de l’autre par celui qui la pratique. Inversement, le prosélytisme vise à recruter des adeptes, donc à enrichir sa propre « boutique » par une pratique assidue, voire excessive. C’est donc l’intérêt personnel ou l’intérêt du groupe qui est favorisé, alors que celui de la personne que l’on cherche à recruter est présupposé sans avoir pris son avis, voire totalement ignoré de façon volontaire ou pas. En fait celui qui cherche à vous éclairer est lui-même largement aveuglé par son opinion qu’il refuse de remettre en cause.

Les armes du prosélytisme

Commençons par bien comprendre que le seul outil qui manque au prosélytisme est la force de conviction. En effet, quand une idée porte en elle les éléments suffisants pour convaincre l’auditoire, point n’est besoin de recourir au prosélytisme. Même si celui qui reçoit l’information ne suit pas les indications qu’elle lui apporte, il est convaincu de la justesse de l’argumentation. Par exemple, personne ne niera que tous les gagnants du Loto® sont des personnes ayant joué, même si la personne qui reconnaîtra la validité de l’affirmation n’ira pas forcément jouer une grille.

En fait, le prosélytisme n’existe que parce que celui qui cherche à convaincre sait que ses thèses sont défaillantes et ne seront pas reçues spontanément. Bien souvent, il est convaincu que le problème ne vient ni de lui ni de sa thèse, mais qu’il est le fait des interlocuteurs qui sont mal intentionnés, insuffisamment adaptés à l’enseignement donné, voire manipulés par les « ennemis » du groupe qui cherche à faire des prosélytes.

Donc il faut convaincre de façon active et surtout de force, puisque spontanément cela n’est pas possible. Le premier outil est bien entendu le harcèlement. Quand un message n’est pas accepté, au lieu d’en prendre son parti, l’intervenant va revenir à la charge aussi souvent qu’il estimera nécessaire de le faire pour emporter la conviction naturelle ou forcée de la victime choisie. La répétition du message peut, dans le meilleur des cas, s’accompagner d’un affinement de son contenu. Notamment, l’intervenant mettra en avant les avantages de sa façon de penser et ceux que le futur prosélyte en retirera. On n’est plus dans une démarche collective, mais dans la flatterie d’un certain égoïsme. Ensuite, si le harcèlement et la répétition du message ne suffisent pas, vient le temps du dénigrement. Dénigrement de l’opinion de l’autre ou des voies alternatives existantes et préférées. Le prosélytisme est donc systématiquement violent, même si son auteur n’en a pas forcément conscience.

La bienveillance de la connaissance

Quand l’objectif est de transmettre une connaissance sans chercher à faire des prosélytes la démarche est toute autre. D’abord nul besoin d’arme pour agresser l’autre. Le porteur de connaissance est bienveillant par nature. Détenteur d’une information qui lui semble mériter le partage, il la transmet à qui veut bien l’entendre et, une fois sa mission remplie, il retourne à ses affaires. Si l’information n’est pas acceptée, il en reste là chacun étant bien libre de ses choix. Si elle est reçue, mais qu’on lui demande de mieux la préciser, il va se mettre au service de ses interlocuteurs. Et c’est le pendant indispensable de la transmission bienveillante d’une connaissance que d’être un informateur compétent. Donc, non seulement l’informateur doit être bienveillant, mais il doit aussi s’imposer l’effort de bien connaître le sujet et de l’avoir suffisamment étudié pour en tirer des arguments de qualité, susceptibles d’apporter une information complète et la plus correcte au vu des connaissances du moment.

Le christianisme aux deux visages

Qui n’a jamais reçu la visite de prédicateurs chrétiens insistants ? De prime abord, la plupart sont simplement bienveillants et veulent transmettre leur foi. Face à un manque d’intérêt ou à un refus, ils cessent immédiatement et vont voir ailleurs. Leur seul défaut est de manquer d’éléments efficaces d’information et de se retrouver facilement en défaut face à un interlocuteur avisé qui cherche à leur faire approfondir les points douteux de leur argumentation. D’autres par contre sont insistants et virent facilement à la violence verbale. Heureusement, la recours à la violence physique est plus rare. Mais il y en a qui sont en outre mis sur le devant de la scène par des médias qui font leurs choux gras des violences alors que les expressions sereines les ennuient en accord avec le dicton : « On ne parle pas des trains qui arrivent à l’heure ».

Pourtant le christianisme devrait être un parangon de bienveillance. L’évangéliste prête à Matthieu cette remarque : « Lorsqu’on ne vous recevra pas et qu’on n’écoutera pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds. » (Matt. 10, 14). Les choses sont claires, si le message ne porte pas, il faut non seulement ne pas insister, mais également ne rien prendre avec soi de celui qui ne veut pas recevoir pour ne pas être en dette avec lui. Donc, le prosélytisme se doit d’être totalement absent de toute démarche chrétienne.

Que penser alors des conversions forcées lors des colonisations, des croisades, de l’Inquisition ? N’y a-t-il pas là une démarche violente et visant au prosélytisme ?

Le christianisme, quelle que soit sa tendance religieuse, a presque toujours montré un visage bienveillant et un visage violent. Même la Réforme protestante s’est abandonnée à la violence, ainsi que l’a montré Calvin.

Donc, si l’on tient compte du fondement de la doctrine chrétienne qui est le seul commandement que nous a donné Christ, soit par l’intermédiaire de sa forme visible « Jésus », soit directement comme l’a reçue Paul : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé. », il semble indiscutable que le christianisme ne peut en aucune façon pratiquer le prosélytisme. Quiconque méconnaît cette évidence n’est pas chrétien.

Le catharisme convainc et n’impose pas

Religion chrétienne s’il en est, le catharisme applique — comme toujours — la doctrine authentique du christianisme.

Mais le catharisme est une religion qui fait un usage important de la connaissance et de sa transmission. C’est pourquoi on voyait les apôtres cathares sillonner le pays, allant de village en village, de maison de croyant en château de seigneur, partout où ils étaient appelés à se rendre pour venir faire leurs prêches. Il était courant qu’à l’issue de ces prêches des sympathisants viennent demander des explications ou, quand ils s’y sentaient prêts demandent à faire leur Amélioration, entrant ainsi dans la communauté des croyants. Mais comme je l’ai expliqué au début, l’adhésion librement consentie suite à un apport de connaissance n’est pas du prosélytisme.

Il est donc normal que le catharisme d’aujourd’hui se base sur les mêmes principes. Informer, expliquer, démontrer quand cela est possible, écouter, apporter des arguments et des sources, voilà la véritable technique du catharisme. Mais si l’interlocuteur n’est pas intéressé ou n’est pas convaincu, le prédicateur cathare le laisse mener sa vie. Cela est d’autant plus évident chez les cathares, puisque pour eux le temps n’a aucune valeur. La mort du corps ne signe pas la fin de délai de grâce. Celui qui n’aura pas accès au salut sera transmigré dans un corps naissant et pourra retenter sa chance, si j’ose dire. Le résultat ne dépend pas du hasard comme au Loto® ; il faut participer pour espérer gagner.

Éric Delmas, 1er juillet 2020.

À l’épreuve des faits

2-4-Le monde vu par le catharisme
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À l’épreuve des faits

Le recul des compétences naturelles

Il est encore beaucoup trop tôt pour se lancer dans de grandes analyses, mais il me semble intéressant de proposer quelques pistes de réflexion à tout un chacun.

Les événements actuels nous ramènent à des considérations sur la nature humaine et sur les concepts souvent abscons de la philosophie et de la religion que nous avons oubliées depuis longtemps… trop longtemps.

L’être humain moderne est fragile, très fragile, mais il n’en a pas conscience. Aux débuts de l’humanité, c’est en prenant conscience de sa fragilité que l’être humain a fait des choix qui lui ont permis de survivre dans un environnement hostile en faisant usage de capacités pourtant peu adaptées aux difficultés rencontrées.

Se couvrir d’une peau de bête pour compenser une toison trop fragile, se regrouper en nombre suffisant pour optimiser la recherche de nourriture et améliorer la défense contre les prédateurs, fabriquer des objets manufacturés pour compenser l’absence de griffes et de crocs suffisamment puissants, se tenir debout pour voir l’environnement faute de disposer d’une ouie et d’un odorat efficaces, sont des moyens qui nous ont permis de survivre et de dépasser les autres espèces. Mais, en même temps cela a permis à un animal peu adapté de prospérer quand la règle naturelle est la survie du plus fort, du plus adapté et du plus à même de supporter des changements brutaux.

Plus nous avons amélioré notre environnement, pour le rendre conforme aux besoins de notre fragilité, plus nous avons conforté un statut anti-naturel. En outre, nous avons également modifié l’environnement qui s’est fragilisé et nous avons aboli les frontières naturelles qui permettaient de développer la diversité des espèces animales et végétales garantie d’évolution. En effet, si les continents étaient restés soudés comme au temps de la Pangée, les modèles auraient été bien moins nombreux et seules deux ou trois espèces de prédateurs auraient subsisté, de même de la flore aurait vu sa diversité fortement diminuer et aurait entraîné une raréfaction des espèces herbivores. Or, cette diversité nous l’avons supprimée par la mondialisation des transports et des échanges. C’est pour cela que des espèces endémiques se sont étendues à tous les continents et on supplanté des espèces locales moins bien préparées à leur résister. Il en résulte une diversification des maladies qui s’étendent et qui peuvent tester leur capacité à toucher plus ou moins d’êtres vivants sur l’ensemble de la planète et dans la diversité des climats.

L’extension, la mondialisation biologique, le recours systématique à la technologie pour résoudre les problèmes, nous ont conduits à une impasse. Mais ce n’est pas obligatoirement le plus grave.

L’individualisme, prélude à l’extinction

Quand l’homme se savait faible face au monde, il a eu l’excellente idée de se regrouper en systèmes plus complexes. Certes, comme nous l’a très bien montré René Girard, cela a provoqué des problèmes, mais cela a permis l’évolution de notre espèce qui aurait sans aucun doute disparu sans ce choix essentiel.

Le regroupement permet d’améliorer la protection de chacun par la démonstration de force, comme ces poissons qui dans les océans nagent en bancs serrés pour dissuader les prédateurs. Il permet aussi d’améliorer la recherche de ressources alimentaires. Avant ces regroupements les hommes étaient des cueilleurs de baies et de racines et, quand la chance était avec eux, ils pouvaient trouver un animal mort pour améliorer leur ordinaire. Avec le regroupement, le piégeage d’animaux plus gros est devenu possible et, une fois l’animal pris au piège, on le tuait à coup de pierre. Le regroupement facilité le partage d’idées et d’expériences qui débouche sur des choix comportementaux et sur des inventions qui améliorent grandement la vie.

L’individualisme n’a pas sa place dans la nature. On le voit chez de nombreuses espèces, l’animal malade ou trop vieux est exclu du groupe, ou s’exclut de lui-même, pour vivre une existence aussi solitaire que courte. Même les animaux apparemment solitaires pour des raisons de territoires nécessaires à la recherche de proies, se regroupent régulièrement.

Mais l’homme a inventé l’individualisme à partir du moment où il s’est rendu compte qu’il pourrait toujours trouver ce qu’il ne pouvait pas produire et se l’accaparer grâce aux échanges commerciaux. En fait l’individualisme est l’enfant de la civilisation.

Comme dans une pyramide des âges, l’élévation dans la chaîne alimentaire, que procure l’intelligence supérieure de l’homme, lui a également créé un handicap majeur et mortel. En effet, plus il s’élève et plus il s’isole. Or, plus on s’isole et plus on perd l’avantage de l’expérience et des inventions des autres. Les dinosaures dominaient la planète, mais ne vivaient qu’à sa surface quand de nombreuses espèces alternaient la vie en surface et en sous-sol. Quand est survenu l’accident que l’on sait, la vie en surface est devenue impossible pendant une longue période. Du coup les petits animaux qui ont su se mettre à l’abri ont survécu et les dinosaures qui en étaient incapables ont disparu.

L’homme, dinosaure moderne, est dans la même situation. Incapable subvenir individuellement à tous ses besoins, il ne peut survivre qu’à condition qu’un groupe structuré lui apporte ce qui lui est nécessaire en échange de ses propres apports. Mais l’argent est venu modifier sensiblement cette équation plutôt vertueuse. Initialement destiné à simplifier le troc de produits et services utiles contre d’autres tout aussi essentiel, il est devenu petit à petit un produit en soi. Or, l’argent ne se mange pas, on ne peut s’en vêtir, il ne permet aucune défense ni n’aide à se protéger de l’environnement. L’argent n’est utile qu’autant que l’on trouve quelqu’un qui souhaite se l’approprier en se délestant des éléments essentiels dont nous avons besoin.

L’immense majorité des hommes est ainsi devenue incapable de s’auto-suffire et ne compte que sur la bonne volonté de nombreux autres pour y parvenir. Ce n’est pas de la solidarité, c’est de la dépendance. On le voit, dès qu’un élément jugé essentiel vient à manquer, ceux qui en disposent ne le mettent pas au profit de ceux qui en manquent : ils se contentent de les exploiter en en rendant l’accès beaucoup plus cher ! L’individualiste ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez.

Celui qui se procure de façon illégitime des masques isolants, pour essayer de les revendre à prix d’or, pense à son profit immédiat, mais il ne se demande pas ce qui pourrait lui arriver si son comportement abouti à une extension de la maladie dont il finira par être lui-même victime !

Quand vous mettez des rats dans un environnement riche en nourriture, ils se reproduisent rapidement pour s’étendre, mais si vous restreignez brutalement la nourriture, ils tuent les plus faibles pour adapter leur population aux ressources. C’est brutal, mais terriblement efficace. Pas étonnant qu’ils aient survécu à tant de catastrophes qui nous ont décimées.

La vision de l’avenir

L’individualisme empêche de se projeter dans l’avenir pour anticiper les catastrophes annoncées. Comme l’instinct de survie fait perdre toute cohérence aux comportements et conduit parfois à un résultat pire que le danger initial, comme les moutons qui se jettent d’une falaise pour échapper à un prédateur, l’individualisme pousse ses adeptes à nier les risques à venir au profit d’un avantage mineur immédiat.

Pourtant à quoi sert-il de gagner facilement de l’argent tout de suite si je dois mourir bientôt d’une maladie que mon comportement aura permis de se diffuser plus largement, y compris jusqu’à moi ?

La vision de l’avenir n’est pas de voir loin, mais de voir globalement. En haut de la pyramide on voit loin, mais on ne voit pas la globalité de ce que l’on domine. Du coup, les messages d’alerte nous échappent et la vision lointaine ne sera jamais réalisée car nous serons tombés avant de l’atteindre.

La vision de l’avenir développe la réflexion, la cohérence et la logique. Ces trois qualités sont essentielles à la survie. Elles évitent la panique face à un événement immédiat, mais permettent de l’analyser et d’y trouver une solution qui n’entraîne pas des conséquences encore plus néfastes. Elles permettent de comprendre en quoi un comportement actuel peut donner lieu à une catastrophe non encore réalisée. Elles donnent des orientations visant à améliorer durablement l’évolution de l’espèce.

Or l’humanité a toujours fait exactement le contraire. Nous sommes comme les habitants de l’île de Pâques, plus préoccupés de manifester leur supériorité sur les autres tribus plutôt que de préserver l’écosystème qui assurait leur survie. On connaît le résultat. Sauf que nous avons globalisé ce comportement à l’échelle de la planète. Or, nous n’avons pas de base de repli en cas de catastrophe.

La vision de l’avenir est de savoir rester humble face à un environnement qui nous dépasse de loin. Mais l’homme, conscient à l’extrême de son extraordinaire évolution, ne supporte pas l’idée qu’il ne soit pas le dieu de la terre. Donc, ignorant ce qui le dépasse, il prétend au contraire le contrôler. Mais on ne contrôle pas ce que l’on ne maîtrise pas. Du coup, l’homme méprise ce qu’il ne maîtrise pas jusqu’à ce qu’il réussisse à le contrôler et là, au lieu d’admirer sa découverte, il casse son jouet trop fier d’avoir su être le plus fort.

Mais la nature est patiente ! Elle sait faire le dos rond, comme le roseau de la fable, et attendre des jours meilleurs. Comme le prisonnier qui scrute ses gardiens jour après jour, la nature attend patiemment de découvrir nos failles et elle les exploite pour se protéger de nos agissements à son encontre. Il est quand même amusant que personne ne se soit interrogé sérieusement sur quelques phénomènes inquiétant. Par exemple, plus le niveau de vie s’élève et augmente la durée de vie, plus la fertilité diminue. Au lieu de chercher des alternatives à la procréation naturelle, ne pourrions-nous pas nous interroger sur ce phénomène ? Plus nous créons des outils pour nous faciliter la vie, plus leur fonctionnement dégrade notre environnement et nous promet une vie future plus difficile. Ne pourrions-nous pas, au lieu d’empiler les technologies pour que chaque niveau tente de compenser les défauts du précédent, essayer de trouver un juste équilibre entre avantage et inconvénients ?

Changer ou disparaître

Notre avenir va se jouer à l’épreuve des faits.

Si nous ne revenons pas à nos fondamentaux d’une vie plus harmonieuse avec son environnement, d’une solidarité active basée sur le bien-être général au lieu de l’accumulation de produits incapables de nous aider directement, nous allons à l’extinction rapide de notre espèce. Cela ne fait qu’un petit million d’années que notre espèce (Homo) est sur terre et nous entrevoyons déjà notre fin.

Aujourd’hui un virus relativement peu destructeur nous met en panique, faute d’avoir la capacité à réagir intelligemment collectivement. Demain, imaginez-en un autre, avec la mortalité d’Ébola (+ de 50%). Non seulement sa croissance exponentielle exposerait à une mort rapide plus de la moitié de la population, mais la désorganisation liée à l’individualisme conduirait la plupart des autres à la mort par incapacité à s’adapter au phénomène. Et, le nombre restant sera trop faible pour survivre longtemps. Au total, un seul petit virus pourrait nous effacer de cette planète à cause de notre attitude et non pas en raison de sa virulence réelle.

On le voit aujourd’hui. Pour des raisons strictement économiques — c’est-à-dire dans le simple but d’économiser ou de gagner de l’argent — les pays se sont réorganisés en se spécialisant. Les uns consomment, les autres produisent. Mais il suffit de les producteurs se voient obligés de stopper leur production et les consommateurs sont impactés à leur tour. Imaginez que chaque pays produise et consomme ce dont il a besoin. Les échanges seraient beaucoup plus faibles et ne toucheraient que des produits très spécifiques non essentiels. Du coup quand un pays se trouve impacté par un problème sanitaire ou physique, les autres conservent leurs capacités intrinsèques et peuvent manifester leur solidarité au pays concerné. La perte d’un maillon de ce type de chaîne n’entraîne pas la rupture de toute la chaîne. Certes cela aurait comme conséquence de mettre au chômage les spéculateurs et les intermédiaires qui gèrent des produits fabriqués par les uns et consommés par les autres sans jamais avoir eu à faire quoi que ce soit d’autre que de prélever leur bénéfice au passage. Mais pour produire localement, il faut plus de bras dans les champs et dans les entreprises. Ils pourraient facilement trouver du travail dont la finalité leur apparaîtrait enfin.

Nous n’avons pas beaucoup de temps pour changer ou disparaître.

Éric Delmas – 20/03/2020

Le croyant ne mange pas à la carte !

2-3-Le catharisme au quotidien
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Le croyant ne mange pas à la carte !

Si ce titre vous désarçonne un peu, faites l’effort de continuer à lire car vous allez vite comprendre ce qu’il recouvre.

Présentation

Cela fait longtemps que l’on me pose les mêmes questions sur l’intérêt de la religion, sur la foi, sur la définition du croyant cathare et sur les rapports entre les religions. Cela donne parfois motif à débats enflammés et à ruptures durables.
Mais il est très difficile d’expliquer à des personnes qui n’ont pas eu l’expérience de la foi intime ce que cela recouvre. Je prends souvent l’image de l’adolescent et de l’adulte pour tenter de l’expliquer : le premier croit savoir ce qu’est la vie d’adulte et le second sait qu’il n’en est rien, mais il n’a pas les moyens de le faire comprendre au premier.
De même, dire à quelqu’un qu’il est sympathisant quand il se croit croyant ou qu’il est croyant alors qu’il se pose des questions, est un exercice difficile et peut s’avérer source de conflit.

Aussi vais-je tenter d’expliquer plusieurs concepts à l’aide d’une seule image : celle d’un repas au restaurant.

Choisir sa table

Imaginons deux personnes désirant manger dans un restaurant un peu particulier. En effet, ce restaurant propose, comme ses confrères, de manger à la carte ou au menu. Première particularité: si vous mangez à la carte, ce sera en mélangeant des mets qui figurent sur des menus différents, et si vous choisissez un menu vous ne pourrez refuser ou modifier aucun des mets qui y figurent. La seconde particularité est que si vous mangez selon les règles d’un menu, vous occuperez une place dans la salle et à la table du menu choisi, alors que si vous choisissez la carte, vous devrez vous asseoir à une table où ne se trouvent que des personnes comme vous. Et ce, même si votre choix de mets ne diffère d’un des menus que sur un seul plat.

L’avantage de la carte, que beaucoup se voient déjà choisir, est que l’on peut manger ce que l’on veut et rejeter ce que l’on ne veut pas. De ce choix peut découler un repas nourrissant et équilibré ou, au contraire, un repas mauvais pour votre santé, c’est-à-dire pour le salut de votre intestin. L’inconvénient est que vous ne pourrez pas vous intégrer à ceux qui auront choisi un menu, même si cela correspond à vos aspirations.

L’avantage du menu est que vous êtes assuré, si vous le suivez scrupuleusement, qu’il vous apportera une alimentation saine et équilibrée tout à fait utile au salut de votre santé. En outre, vous serez à table avec des personnes qui partagent toutes vos aspirations et vos convictions. Vous serez entouré de convives qui, bien qu’installés à d’autres tables car leur menu diffère plus ou moins du vôtre, pourront partager avec vous sur certains points et débattre éventuellement sur des sujets où vous différez, comme le choix de certains plats, la disposition des couverts, la façon de se tenir à table, etc.

Choisir la carte ou le menu ?

Certes, nous l’avons dit, choisir la carte semble le choix le plus évident : on met dans son assiette uniquement ce qui nous convient ou nous demande le moins d’efforts et ainsi on est assuré que tout le repas se déroulera de façon assez agréable. Mais le but du repas est de manger correctement, pas de se faire plaisir. Il ne faut pas confondre les activités. Et c’est d’ailleurs le problème principal de notre époque où l’on tente de nous faire croire qu’une activité sans plaisir est mauvaise et que le plaisir est la base de nos nécessités. Il vaut mieux manger bien, quitte à consommer certains mets moins faciles à manger ou d’un goût moins agréable que d’autres et être certain de la qualité de notre alimentation, que de n’ingérer que ce qui fait plaisir et de risquer l’indigestion ou une maladie sur le long terme.

Par contre, la carte nous astreint donc à manger séparé de ceux dont nous pensions être proche, mais qui eux ont choisi un menu. Menu qui nous plaît aussi globalement, mais dont nous voulions rejeter certains plats qui ne nous permettent pas d’affirmer notre droit au plaisir. Cette séparation, maintenant qu’elle apparaît clairement, nous met mal à l’aise, voire nous insupporte et, au lieu de nous interroger sur les motifs de nos choix, nous considérons que la faute en revient aux autres et nous fustigeons ceux qui mangent ainsi à l’écart de nous et nous mettent le doigt sur nos différences.

Il suffirait donc de choisir le menu, mais il impose des contraintes qui peuvent nous poser problème. Déjà, chaque menu nous conduit à choisir une table spécifique et pas une autre. Certes, les menus chrétiens nous placent à des tables proches les unes des autres, car les différences peuvent être très faibles parfois : la table cathare et la table gnostique ont certes une nappe et des couverts différents, mais c’est à peu près tout, même si à la table gnostique on peut éventuellement refuser un convive s’il se prénomme Paul.

Parfois les différences sont plus marquées. La table catholique et la table protestante se supportent, mais la table musulmane veut que tous reconnaissent que son installation est la meilleure, ce que contestent la table catholique et la table orthodoxe, sans parler de la table juive où l’on sourit en coin en pensant que ces jeunes trublions ne sont que des avatars manqués de ses propres convives.

De même, les plats peuvent fortement différer d’une table à l’autre. Ces plats sont d’ailleurs parfois l’objet de polémiques violentes : l’homosexualité est absente de presque toutes les tables, le contrôle des naissances, l’avortement, la PMA, le mariage des ministres du Culte, etc. Ce sont d’ailleurs souvent ces points qui ont poussé d’autres convives à choisir la carte.

Les convives

Ceux qui veulent un menu précis et qui mangent à la même table

Pour eux les choses sont claires ; ils acceptent de manger tous les plats de leur menu et ils sont en harmonie avec les autres convives de la même table. Il peut arriver qu’ils jettent parfois un œil sur les tables adjacentes ou plus éloignées et s’étonnent ou raillent les choix d’organisation de ces autres tables ou les plats de leur menu.
Mais ils savent que le respect de leur menu les conduira à un repas de qualité qui, sauf accident ou changement de cap, leur assurera le salut de leur santé future.
Ils peuvent être un peu tristes de voir au loin, dans l’autre salle, des amis qu’ils croyaient proches d’eux manger à la carte faute d’avoir pu comprendre l’intérêt du menu qu’ils ont choisi.

Ceux qui veulent manger à la table d’un menu en le modifiant

Ces amis justement auraient bien voulu manger à leur table, mais certains plats leur semblaient trop indigestes ou trop contraignants et ils ont finalement opté pour la carte, faute de pouvoir modifier le menu. Ils sont donc insatisfaits globalement, même si leurs choix les contentent sur le moment. Ils se doutent que s’en tenir à un menu doit offrir quelque chose d’important qu’ils ne peuvent saisir et dont ils ont peur que cela leur fasse défaut à terme. Alors, soit ils sont moroses, soit ils deviennent vindicatifs. Moroses, ils vont perdre un peu du plaisir qu’ils auraient dû éprouver en consommant ces mets choisis sur mesure et ils vont profiter de toutes les occasions pour se lever de table et passer à proximité de la table réservée au menu qu’ils ont finalement refusé. Vindicatifs, ils vont exprimer haut et fort leur indépendance et critiquer ceux qui les ont rejetés, ce qui est à leurs yeux une forme de mépris et d’extrémisme.

Ceux qui ne veulent pas de menu et qui préfèrent la carte

Mais à leur table se trouvent des personnes qui ont délibérément choisi de ne se nourrir qu’à la carte. Tout simplement parce qu’ils considèrent que la qualité nutritionnelle des menus est une fable et que leur organisme peut supporter tout ce que leur plaisir leur commandera de manger. Que ces personnes croient à une règle nutritionnelle judicieuse sans savoir l’identifier dans les menus proposés, parce qu’ils n’ont pas encore la connaissance nécessaire, ou qu’ils ne croient à aucune règle nutritionnelle et considèrent même cette croyance comme avilissante pour le libre arbitre de chacun, chacun est là pour une bonne raison. Ils l’acceptent volontiers et s’ils regardent les tables des menus c’est davantage pour en rire ou pour plaindre ceux qui s’imposent de telles contraintes que par envie.

La qualité du repas

Exprimer un point de vue sur la qualité du repas est un exercice difficile. En effet, ayant fait le choix d’un menu, j’ai logiquement tendance à être convaincu de l’importance de la qualité du repas et de préférer le mien à celui des autres.

Essayons néanmoins d’être pragmatiques dans notre réflexion.
De deux choses l’une : soit la qualité des repas n’aura aucune incidence sur l’état futur de notre santé et pour le salut de notre bien-être, soit il est essentiel d’avoir des repas équilibrés et de qualité pour espérer sauver notre peau.
Dans le premier cas de figure, où qu’on s’installe et quoi qu’on mange, notre santé n’a pas à en souffrir. Du coup ceux qui mangent à la carte n’ont rien à redouter et les menus non plus en fait. Certes, les cartes vont se moquer de leurs efforts et contraintes finalement inutiles. Mais ce qui compte c’est d’être en bonne santé.
Dans le second cas de figure, ceux qui mangent à la carte vont au-devant de gros ennuis et quand ils finiront par s’en rendre compte et par l’admettre, ils devront suivre un traitement et un régime draconiens pour espérer rejoindre l’état de santé des autres ; s’il est encore temps de le faire. Ceux qui auront choisi un menu, pour autant que le cœur du menu — c’est-à-dire l’équilibre alimentaire — y soit respecté, auront de bien meilleures chances d’être en bonne santé et de se sauver.

Conclusion

Comme dans toute parabole, il convient de proposer une courte analyse afin d’expliquer clairement les choses à celles et ceux qui hésiteraient encore sur l’interprétation à donner à ce texte.

Quand on est croyant on accepte la doctrine de sa foi sans réserve. Si l’on veut commencer par arranger le menu à sa guise on n’est plus croyant, mais au mieux sympathisant.

Le croyant ne mange pas à la carte !

Certes beaucoup de personnes, qui ont perdu le sens de ce que croyant veut dire, se pensent croyantes et laissent leur mondanité et leur sensualité dicter des choix qui, de fait, les remettent hors de la foi à laquelle elles prétendent appartenir. On voit notamment cela dans le catholicisme où les croyants critiquent le célibat des prêtres, le rejet de la contraception et de l’avortement, la PMA et que sais-je encore. Il est tout à fait légitime d’être choqué par certains choix de l’Église catholique ; la seule voie honnête est alors de s’en séparer au lieu de vouloir imposer ses choix.

Concernant le catharisme c’est la même chose. Nous avons maintenant une idée précise de ce qu’est la doctrine cathare. Soit on la fait sienne et l’on est croyant, soit on voudrait en modifier certains points et on n’est au mieux que sympathisant.

Enfin, cessons de nous focaliser sur des points secondaires. L’habitude du judéo-christianisme est de nous faire croire que tout est doctrine. C’est faux ! La doctrine est l’ensemble des points qui définissent l’attitude du croyant en vue de son salut. La cosmogonie n’est pas doctrine ; c’est tout au mieux une tentative de compréhension ou d’explication fortement limitée par les capacités de notre cerveau mondain à se projeter dans un espace qui lui sera à tout jamais totalement étranger et inaccessible.

Peu importe que l’on pense que Dieu est créateur de l’univers ou pas, que Jésus a vécu en homme ou pas, que Marie fut vierge et mère ou pas. Ce qui compte, c’est que l’on suive la doctrine de façon à pouvoir accéder au salut. Et si l’on ne peut se fixer sur une foi, cette doctrine qui est généralement à peu près la même dans toutes les religions, peut très bien s’appliquer globalement hors de la religion et elle devient alors une morale de vie, ce qui permet à un athée de vivre aussi bien qu’un croyant.

Forts de cette réflexion, je vous invite à vous interroger sereinement et en toute conscience, puis à vous comporter en accord avec le résultat de votre propre réflexion.

Éric Delmas, le 22/12/2018.

Le croyant cathare moderne

2-3-Le catharisme au quotidien
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Le croyant cathare moderne

Le rapport à la religion aujourd’hui

De nos jours, il semble que l’amalgame soit devenu la norme. Comme dans la fameuse auberge espagnole, chacun entre avec ce qu’il transporte avec lui et s’installe sans tenir compte de la nature du lieu.

C’est un peu comme si vous alliez dans un restaurant chinois en demandant un pot au feu et que vous vous sentiez outré de vous entendre répondre que ce n’est pas un plat chinois. Après tout, si vous décidez que pour vous c’est un plat chinois qui peut s’autoriser à vous contredire ?
De même, vous entrez dans ce même restaurant et exigez que l’on modifie l’ordonnancement de la salle afin qu’elle corresponde à votre goût. Un refus vécu comme une insulte poserait problème.
Bien entendu, pour justifier vos exigences, vous veilleriez à n’avoir que le moins possible de connaissances sur la culture chinoise ou, si vous en avez, vous préférez faire l’impasse afin de justifier vos exigences.

Pour en revenir à la religion, je voudrais mettre en avant un phénomène très répandu, notamment dans le catholicisme. Cette religion dispose de fondements doctrinaux, voire de dogmes, très clairs. S’en réclamer impose logiquement de les accepter. Or, nous voyons quotidiennement des personnes se disant catholiques, mais rejetant ces fondements doctrinaux. Ainsi, le dogme de l’esprit infusé à la conception a logiquement mené les autorités catholiques à s’opposer à toute interruption volontaire de grossesse, pour quelque motif que ce soit. De même le dogme de l’ordre divin de croissance et de multiplication s’oppose à toute tentative de contrôle des naissances. Pourtant nombreux sont ceux qui se considèrent comme catholiques, qui s’opposent à ces dogmes sans s’interroger une seule seconde sur leur appartenance à cette Église.

Il en va de même pour le catharisme. Le rejet des éléments doctrinaux cathares impose logiquement que leur non-respect exclut de fait de cette religion ceux qui s’en rendent coupables.

Le croyant cathare aujourd’hui

Les études de ces dernières années ont permis d’approfondir la connaissance de la religion cathare, notamment dans le domaine doctrinal qui avait été peu étudié par les chercheurs et historiens conventionnels. C’est d’ailleurs sur la base de ces lacunes qu’ont fleuri nombres d’interprétations absolument pas fondées et dépourvues de toute source de référence.

Le croyant cathare, s’il veut s’appeler ainsi, doit s’appuyer sur les fondamentaux doctrinaux cathares, à commencer par ceux qui découlent du message christique.

Le premier point à prendre en compte est celui de la nature de notre incarnation. Nous sommes dans la création du démiurge, serviteur du principe du Mal, appelé généralement le diable. Notre part profonde est cependant d’une autre origine : le domaine du principe du Bien qui, s’il ne peut s’opposer au Mal en raison de sa nature parfaite dans le Bien, conserve néanmoins son omnipotence sur tout ce qui relève de son domaine, c’est-à-dire ce moi profond que nous appelons les esprits saints.
Ensuite, Christ qui nous a révélé cette situation, nous a enjoint de tout mettre en œuvre pour en sortir dès lors que nous comprenons son message. Cela implique de recevoir le message par le biais de la connaissance, d’en comprendre le sens profond par sa maîtrise gnostique et de le faire sien par l’éveil. Dès lors, le croyant éveillé mettra tout en œuvre pour retrouver celles et ceux qui partagent la même foi et la même volonté afin de cheminer ensemble vers le cap de la Consolation. Car, comme le navire longe les terres inhospitalières et se méfie des écueils cachés, jusqu’à dépasser le dernier cap et pouvoir ainsi se lancer en mer profonde et sécurisante, le croyant sait que son salut passe forcément par la voie du cheminement jusqu’à la Consolation qui lui ouvre la dernière porte avant le salut.
Mais, comme les courses au large voient de nombreux navires de mélanger au départ : voiliers hauturiers aptes à franchir les océans et barcasses diverses qui, en les accompagnant pendant quelques miles se donnent l’illusion de pouvoir les suivre ou rivaliser avec eux, il ne manque pas de personnes qui s’illusionnent sur leur état et quelques capitaines qui les éblouissent faute de se sentir capables de suivre eux aussi le bon chemin.
Alors toute cette agitation crée logiquement de nombreux remous dans lesquels certains sombrent et d’autres sont ballotés jusqu’à perdre la ligne de la route à suivre. Certains navires, initialement équipés pour le grand large vont eux aussi sombrer ou dériver pour s’être plus intéressés à l’agitation locale qu’à la ligne d’horizon et au cap à suivre.

Le croyant cathare est il moderne aujourd’hui ?

Les mots ont un sens. Le concept de modernisme est souvent malmené. On le considère comme une obligation de destruction de l’existant pour lui subsister quelque chose de différent. C’est faux !
Le modernisme est la capacité de rendre fonctionnel à une époque ce qui, venant d’une autre, serait inutilisable en l’état.

Pour être croyant cathare aujourd’hui il suffit donc d’adapter des éléments rendus obsolète par l’évolution sociétale sans que cela remette en cause le fondement sur lequel repose leur nécessité d’être.
Ainsi, le croyant moderne ne s’habille plus comme le paysan médiéval occitan et ne mange plus comme lui. Il vit dans son époque tout en respectant ce qui justifiait les choix de son ancien coreligionnaire.
Par contre, il respecte les choix relatifs aux fondamentaux sur lesquels son ancien s’appuyait.

Se sachant enfermé dans une prison extrêmement contraignante, il n’a de cesse que de chercher les moyens d’y échapper.
Ayant fait le choix de la voie (navire) cathare, il en suit les préceptes et les fondamentaux en terme de connaissance et de cheminement.

La religion n’est pas une auberge espagnole. Si l’on se dit cathare tout en triant dans les règles et les éléments doctrinaux pour ne retenir que ce qui nous convient, ou si on y ajoute tel ou tel élément qui fait défaut à notre goût, on est dans l’erreur et pire, on risque d’y entraîner d’autres personnes qui se seront fiées à nous.

Alors ! qu’est-ce qu’un croyant cathare moderne ?

Tout simplement le croyant cathare moderne se comporte en fonction des points que je viens d’énoncer et que je vais préciser.

La connaissance cosmogonique

Le croyant cathare moderne a compris, admis et fait sienne la théorie de la chute d’un tiers de l’Esprit émané du bon principe — seul Dieu —, divisé en ce monde dans les corps humains résidant partout où le démiurge a décidé de les emprisonner.
De même il admet comme évident que ce monde n’a rien de divin et ne peut être amendé, mais qu’il finira par retourner à son néant originel.
Logiquement il sait que sa mission, en cette incarnation qu’est sa prison mondaine, est de tout mettre en œuvre pour s’évader lorsque le corps qui le retient viendra à mourir, et que pour cela il doit se préparer maintenant en mettant en œuvre les conditions de son évasion.

La connaissance doctrinale

Le croyant cathare moderne a compris, admis et fait sienne la doctrine cathare, basée sur le fondement de la Bienveillance (Amour, dilection, agapê, etc.) et cherche à en appliquer tous les fondamentaux et la règle de justice et de vérité qu’il peut mettre en œuvre à son niveau débutant.
Il cherche à respecter la non-violence absolue, même s’il sait que cela lui demande beaucoup d’efforts et qu’il aura du mal à y parvenir avant son noviciat. Mais il est clairement convaincu qu’aucune forme de violence n’est justifiée ni justifiable, fut-ce à l’encontre de personnes dont le comportement lui semblerait monstrueux.
Il cherche à faire preuve de la plus grande humilité, sans sombrer dans la fausse modestie. De ce fait il fait preuve d’obéissance envers les croyants, novices et chrétiens consolés dont il reconnaît que leur avancement leur donne accès à des connaissances qui lui échappent encore.
Bien entendu, il essaie de respecter les éléments de la règle de justice et de vérité à la hauteur de ses capacités, sans sombrer dans une imitation des chrétiens consolés qui serait forcément fausse et théâtrale.

La pratique ecclésiale

Le croyant cathare moderne a compris, admis et faite sienne la nécessité d’agir de concert avec les autres membres de la communauté des croyants cathares en vue d’instaurer des outils nécessaires au cheminement menant vers le salut.
Il cherche à s’impliquer dans un travail de diffusion de la connaissance, à partir des éléments donnés par les croyants, novices et chrétiens consolés qui par leur propre avancement sont à même de l’aider dans ce travail.
Il cherche à participer autant qu’il le peut aux activités de recherche, d’étude et d’échange avec les autres croyants, les novices et sous l’égide des chrétiens consolés afin de maintenir au mieux les conditions de collégialités exigées par le dur cheminement qui est le leur.
Il participe autant que faire se peut aux tentatives de mise en place de maisons cathares, indispensables pour permettre l’éclosion de communautés évangéliques de novices et de chrétiens consolés, pour qu’un jour il puisse lui aussi s’engager dans cette voie unique vers le salut.
De même, il s’implique à son niveau dans le travail de remise en place d’une Église cathare reconnue.

Voilà présenté, de la façon la plus claire et la plus simple possible, ce qu’être croyant cathare moderne veut dire aujourd’hui.
Si vous adhérez à tout cela, mais que certains points sont encore hors de portée pour vous, vous êtes sans doute sympathisant et en bonne voie pour devenir croyant un jour.
Si vous n’adhérez pas à certains de ces points et que votre état spirituel vous dit ne pas devoir y adhérer un jour, le catharisme ne peut être pour vous qu’une voie différente de la vôtre. Vous la regardez avec curiosité et, je l’espère, sans animosité.

Éric Delmas, 6 décembre 2019.

Ah, les héritiers !

2-1-Philosophie, sociologie
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Ah, les héritiers !

Celles et ceux qui, comme moi, ont amassé de la documentation sur le catharisme au cours de leurs années de travail sur le sujet, se pose sans aucun doute la question du devenir de cette documentation après leur mort. S’ils ont produit une œuvre, la question est la même à ce sujet.
En effet, les lois françaises — dans un souci bien mondain de permettre à ceux qui se sont donné le mal de naître de continuer à profiter du travail de leur ancêtre —, encadrent très sévèrement le devenir des biens du défunt. Nul besoin de rappeler les batailles juridiques qui accompagnent bien souvent les suites d’un décès pour vous convaincre. et, bien entendu, plus il y a de biens, plus la guerre est violente.
Si certains pays ont réglé le problème en laissant une totale liberté à chacun de disposer de ses biens après sa mort, la France a légiféré de façon tatillonne sur le sujet, au motif de protéger les liens du sang et ceux du sacro-saint mariage.

Les biens matériels

Ce sont le plus souvent les seuls que laisse le défunt à sa famille. Mais, si les héritiers savent très bien comment s’occuper des biens mobiliers et immobiliers, sans parler des placements et de l’argent, ils sont souvent démunis face à des biens culturels particuliers.
Je pense notamment aux bibliothèques qui sont intimement liées à la personnalité de leur propriétaire et dont les héritiers ne savent que faire, le plus souvent.
J’ai ainsi des prises de contact d’héritiers qui, ayant récupéré des ouvrages en lien avec le catharisme, me proposent de les récupérer. Généralement, ils ne se sont jamais intéressés au sujet et ont compris que les revendre serait difficile, car il ne suffit pas qu’un livre soit rare pour qu’i soit facile à vendre. Ainsi, récemment, une famille m’avait contacté pour me proposer de récupérer au plus vite des ouvrage d’un père décédé dont elle ne savait que faire. J’ai répondu immédiatement, mais la relation a tourné court sans explication. Ont-ils trouvé en leur sein une personne intéressée par le sujet ? Ont-ils réussi à vendre quelques livres à un bouquiniste ou sur Internet ? Je n’en sais rien. La seule chose que je me demande, c’est de savoir ce que le défunt aurait pensé de cela s’il avait pris la peine d’y réfléchir en amont ?
Car comprenez bien que votre passion n’est pas forcément partagée par vos héritiers. Les efforts consentis pour réunir votre bibliothèque risquent bien de finir en fumée une fois que vous ne serez plus là pour protéger ces ouvrages. Vos héritiers risquent fort de brader des biens de grande qualité, faute d’en connaître la valeur, voire de les jeter à la benne, histoire de se simplifier la vie.
Alors, si vous considérez que vos efforts sont sans intérêt, laissez faire. Sinon, il est temps d’y réfléchir sérieusement et de trouver une échappatoire, via un don anticipé par exemple.

Les biens immatériels

Il en va de même concernant les droits d’auteurs. Là encore, ne rêvez pas. faire publier ou rééditer un ouvrage après la mort de son auteur, n’a d’intérêt que si de juteux bénéfices sont pressentis. Dans les autres cas, les héritiers des droits moraux et les maisons d’éditions laisseront votre travail dans les poubelles de la mémoire humaine.
La France a le douteux privilège de favoriser l’extinction forcée des œuvres de l’esprit. En effet, pour préserver les bénéfices de ceux qui n’ont rien fait pour les mériter, elle bloque les droits des œuvres sur plus de soixante-dix ans !
Quand elles sont d’un intérêt public important (musiques, chansons, tableaux, etc.) cela ne pose pas de gros problèmes, mais s’agissant d’œuvres concernant un petit public, leur seul avenir est la disparition puisque les personnes susceptibles de faire vivre ces œuvres sont souvent contemporaines de l’auteur et mourront avant la fin des droits. Quant aux héritiers, constatant les efforts nécessaires à faire perdurer l’œuvre de leur défunt, ils auront tôt fait de laisser tomber : ils n’ont rien fait pour la faire naître et prospérer du vivant de leur parent, ne rêvez pas qu’ils feront quoi que ce soit après sa mort. Sans compter que si l’œuvre en question n’est pas de leur goût, ils veilleront jalousement à lui offrir un enterrement de première classe.

Protéger la mémoire

Il ne s’agit pas de chercher l’éternité pour soi. non, ce qui importe est de veiller à ne pas laisser perdre la connaissance. Que vous soyez auteur ou simplement en possession mondaine d’éléments de connaissance importants, organisez-vous pour assurer la survie des outils de mémoire et de connaissance.
La meilleure façon est de léguer officiellement ce qui vous appartient à des personnes ou des organismes aptes à les recevoir. Attention, très peu d’associations peuvent recevoir des legs. Un don manuel anticipé est donc préférable. Il en va de même des droits moraux. Donnez-les ou léguez-les à des personnes dont vous pensez qu’elles auront à cœur de faire vivre votre œuvre sans se soucier de sa rentabilité financière.
En tout état de cause, bannissez l’expression : « Après moi le déluge », car ne n’est pas le déluge qui attend votre travail, mais plutôt l’anéantissement immédiat et conjoint, comme c’était le cas quand les inquisiteurs jetaient dans le bûcher où ils avaient mis les bons-chrétiens, leurs bibliothèques et leurs œuvres.

La résurgence cathare est-elle possible ?

2-3-Le catharisme au quotidien
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La résurgence cathare est-elle possible ?

Le catharisme est-il définitivement mort et enterré ?

Près de sept siècles se sont écoulés depuis la mort du « dernier » cathare consolé, Guillaume Bélibaste mort en 1321, sans qu’apparemment rien ne permette de dire qu’une sorte de permanence de cette religion lui ai survécu. Il n’est donc pas anormal de considérer cette religion comme morte.

Mais que veut dire le mot mort concernant une pensée spirituelle, une idéologie, un concept détaché du monde ? Quand le christianisme tenta de supplanter les religions de la Rome antique, avec l’aval des empereurs, ces religions antiques ne se sont pas éteintes. Plusieurs siècles après on trouvait encore des statuettes de lares dans les foyers médiévaux. Le catholicisme dû même « superposer » certaines de ses fêtes à des fêtes païennes qu’il ne parvenait pas à faire oublier.

Il semblerait donc que des pensées aussi puissantes que les pensées spirituelles ne s’éteignent pas vraiment, mais qu’elles subsistent sous différentes formes, parfois même à l’insu de la compréhension de ceux qui les véhiculent, sous forme de contes, de chansons, etc. Je racontais cette conversation avec un homme de la région qui me parlait de ses souvenirs d’enfants quand une vieille tante conservait une poêle neuve, accrochée à sa cheminée, pour la donner à un potentiel bonhomme, afin qu’il puisse se faire à manger sans courir le risque d’y trouver une quelconque graisse animale. Sur Facebook®, ce récit me valu immédiatement une réponse d’un monsieur qui conservait — par transmission familiale — un caquelon de terre cuite qu’ils appelaient « patarinon », en étrange résonnance avec le nom des cathares du Nord de l’Italie.

Mais suffit-il de dire que l’on croit le catharisme mort, ou au contraire qu’on le croit capable de resurgir à notre époque, sans argumenter ce point de vue ? Non, bien entendu. Aussi vais-je essayer d’argumenter mon point de vue.

Une spiritualité dans le monde

Le catharisme présente une particularité par rapport aux autres christianismes connus. En effet, pour lui le monde n’est pas une création divine. Dieu en est même absent, mais il demeure cependant tout-puissant sur le bien qui y est détenu prisonnier. Donc, a priori on voit difficilement comment ce qui relèverait de Dieu pourrait disparaître contre sa volonté. Mais ce n’est pas un point de vue scientifique.

Comment l’Église cathare est-elle apparue ? Les historiens buttent en général sur un moment qu’ils considèrent comme historiquement être le témoignage de la première manifestation du catharisme : le discours de Cosmas le prêtre contre bogomile. Ce texte indique pourtant, qu’au moment où son auteur interroge le « bogomile », ce dernier reconnaît l’existence de cinq évêchés déjà implantés. Il faut donc admettre que cet instant n’est pas l’origine de cette religion. D’ailleurs Evervin de Steinfeld, quand il interroge des cathares à Cologne, les entend affirmer une filiation apostolique directe.

Malheureusement, les chercheurs n’avaient pas trouvé le moyen de remonter ce fil pour en trouver l’origine. Avec un ami qui avait largement débroussaillé le terrain avant moi, j’ai fait le chemin inverse. Partant du premier siècle j’ai tenté de montrer qu’un courant « chrétien » avait bien évolué, dès la première moitié du premier siècle, vers des groupes religieux qui étaient vraisemblablement les « ancêtres » des cathares. Comme je l’explique dans mon livre, la « filiation » doctrinale entre ces groupes permet d’établir une filiation historique, certes parfois ténue, qui va de Paul de Tarse aux bogomiles en passant par certains « gnostiques » (Ménandre, Satornil), puis Marcion et les pauliciens. Ces derniers auraient même pu importer leur doctrine en Languedoc par deux voies (simultanées ou pas) via le déplacement des bogomiles en Europe centrale jusqu’en Rhénanie et via les troupes de Raimond IV de Saint-Gilles, revenant soutenir son fils cadet après sa mort en croisade.

La filiation historique, pour utile qu’elle soit n’est pas essentielle dans une religion. On voit bien aujourd’hui que malgré l’éradication du nazisme, des groupes se développent en s’en revendiquant sans qu’aucun de leurs membres n’en ait reçu une transmission directe.

Pourtant le catharisme comportait des éléments qui pourraient laisser croire qu’il lui est impossible de renaître de ses cendres.

En effet, le sacrement de la Consolation est essentiel au développement du catharisme. Sans lui, pas de chrétien consolé, donc pas de communauté évangélique, donc pas d’Église constituée. Or, le rituel de la Consolation nous montre bien deux cathares consolés imposant les mains au novice au cours de la cérémonie. Est-ce que sans ces cathares consolés un tel rituel reste possible ? Non vous diront certains historiens.

Pourtant l’étude sérieuse des documents nous donne à connaître un point essentiel des rituels cathares. Les bons chrétiens, contrairement à ce qui se passe dans les cérémonies catholiques, ne transmettent rien par eux-mêmes. Ils ne sont que des intermédiaires entre le novice et le Saint-Esprit. De même qu’à la Pentecôte, les disciples n’ont pas reçu le baptême d’esprit de mains d’hommes, mais directement du Saint-Esprit, lors de la Consolation le novice le reçoit lui aussi du Saint-Esprit et non pas des bons chrétiens. Cela se confirme avec le rituel de l’Amélioration. Là aussi, le cathare impose les mains, mais il exprime son rôle d’intermédiaire et pas du tout un quelconque rôle d’apport sacramentel.

Dans l’absolu, l’absence de cathare n’interdit pas la Consolation de pouvoir se faire. Ce qui d’un point de vue logique est cohérent avec la doctrine cathare, car si le mal devait se contenter d’éliminer physiquement les porteurs du bien pour l’empêcher d’agir, cela reviendrait à dire que Dieu est impuissant !

D’un point de vue doctrinal et spirituel, rien n’empêche donc le catharisme de se relever.

Mais est-ce que le contexte historique le permet ? Est-ce qu’il est opportun qu’il le fasse ?

J’emploie à dessein depuis le début de mon texte des arguments que vient de m’opposer un chercheur qui me semble compétent et bien informé.

Existe-t-il un contexte historique favorable à l’émergence d’une religion ? J’avoue que plus je me pose la question, plus je me dis que le seul contexte historique réellement de nature à pousser les hommes vers la religion serait celui… de la fin du monde ! En dehors de ce cas extrême, les hommes se sont sentis attirés par la religion ou pas selon des moments de leur histoire variés et notre époque n’est pas si différente. Certes, depuis le siècle des Lumières, la science a supplanté la religion dans les esprits, car les hommes pensaient qu’elle résoudrait tous les problèmes et qu’elle pourrait invalider Dieu.

En fait, elle a certes invalidé une certaine compréhension humaine de Dieu et résolu bien des problèmes de l’humanité, mais elle montre aussi ses failles qui confirment qu’elle n’est pas forcément toute-puissante.

L’opportunité d’une religion est en général de se manifester quand les hommes souffrent et cherchent des raisons d’espérer. Ce monde est-il si serein et dénué de toute souffrance qu’une religion n’ait pas d’opportunité à proposer aux hommes une voie de salut ? Je ne le pense pas.

Le catharisme est-il approprié à notre époque ?

La question qui me semble devoir être la plus pertinente, mais que l’on ne m’a pas posée, est de savoir si l’offre religieuse actuelle justifie d’une résurgence cathare ?

En quoi le catharisme pourrait-il proposer quelque chose d’intéressant dans un Occident où l’offre chrétienne, mais aussi juive et musulmane fait florès ?

Je pense qu’il faut comprendre la religion cathare pour que la réponse affirmative devienne une évidence.

Contrairement aux religions que je viens de citer, le catharisme dispose d’un atout qui permet à des hommes de toutes les époques de lui trouver de l’intérêt. En effet, il dissocie Dieu du monde et le cantonne strictement à la sphère du bien.

Dans un monde où le mal semble croître à l’envi, une religion qui explique clairement que Dieu ne peut en être l’auteur ouvre forcément des perspectives encourageantes. Si en plus elle n’en attribue pas la responsabilité à l’homme, mais le place en victime innocente, c’est encore mieux. Enfin, si elle explique comment l’homme en ce qu’il ressent de plus profond en lui est assuré du salut, c’est Byzance ! On le voit, même d’un point de vue athée, ce programme ne pourrait être que vendeur.

C’est quand l’humanité est en souffrance, et elle le fut en permanence quand on regarde bien l’histoire, qu’elle est réceptive à des propositions religieuses. Mais si les principales religions mettent l’homme en position de responsabilité de ses malheurs et ne lui proposent qu’un cheminement hasardeux pour espérer en sortir, le catharisme est lui porteur d’un infiniment plus optimiste.

Donc, oui, le catharisme est parfaitement adapté à notre époque et sa résurgence pourra rencontrer des esprits à qui il proposera une meilleure lecture de leur état et de leur avenir que ne font les autres religions.

Mais les hommes sont-ils en mesure d’accueillir ce message ?

C’est là une question à laquelle je ne crois pas qu’il y ait de réponse facile et assurée.

En fait, je dirais que ce n’est pas une question pertinente. Notre état d’être vivant dans ce monde nous fixe des limites intellectuelles, et parfois spirituelles, qui nous empêchent de comprendre quelques points pourtant essentiels.

D’une part Dieu est tout-puissant sur le bien. Donc, si nous considérons être une part de bien prisonnière du mal, Dieu est tout-puissant sur nous. Cela veut dire que, d’une part le temps est sans prise sur nous, puisqu’à l’image de Dieu nous sommes éternels dans notre part spirituelle, et que d’autre part le mal est sans pouvoir sur nous ce qui nous garantit de pouvoir lui échapper au moment opportun. Si ce message est diffusé aux hommes, nul doute qu’ils finiront par le percevoir et, un jour, par l’entendre.

Pour autant la diffusion de ce message sera très difficile et très lente. Comment pourrait-il en être autrement dans un monde où le catharisme a disparu de presque toutes les mémoires et où les messages contradictoires ont acquis le statut de vérité indiscutable ?

Chaque génération ne verra que peu d’hommes capables de recevoir ce message et notre enfermement en ce monde sera, en terme de temps mondain, extrêmement long. Mais n’oublions pas la parole cathare : « Si le Mal est vainqueur dans le temps, le Bien est vainqueur dans l’éternité. »

C’est pourquoi je pense que la résurgence cathare est nécessaire, pour aider celles et ceux qui sont déjà convaincus de sa pertinence et qui recherchent un moyen de se rassembler pour cheminer ensemble, mais aussi pour apporter la connaissance de ce qu’est le christianisme cathare aux autres, qui le comprendront ou pas et qui passeront leur chemin ou bien auront envie de mieux l’approfondir. Ce sera leur liberté. Par contre, refuser de remettre en place l’Église cathare reviendrait à décider qu’ils n’ont pas le droit d’avoir ce choix. Et cela serait profondément injuste et tout à fait inacceptable.

Éric Delmas, 11 juin 2019.

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Le dévoiement du catharisme

2-3-Le catharisme au quotidien
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Le dévoiement du catharisme

J’utilise régulièrement l’image de l’adolescence pour tenter de faire comprendre l’impossible dialogue entre les sympathisants cathares et les croyants cathares.
Comme l’adolescent, le sympathisant cathare pense, sincèrement et sans aucune malignité, posséder une bonne connaissance du sujet en raison de sa maîtrise intellectuelle et ne se rend absolument pas compte de ce que ses lacunes spirituelles le handicapent totalement pour atteindre cette maîtrise. L’adolescent pense lui aussi en savoir autant que les adultes sur la vie et s’insupporte de s’entendre dire qu’il doit encore progresser.
Comme l’adulte, le croyant cathare a atteint un niveau d’intégration de la spiritualité cathare qui lui permet de comprendre l’attitude de l’adolescent et qui le pousse à tenter de lui expliquer que son impatience ou ses initiatives sont dangereuses voire mortifère pour son avancement.

Si j’avance cette explication c’est pour exprimer ma profonde tristesse devant les initiatives malencontreuses, voire malheureuses, qui se mettent en place ces derniers temps à Montségur. En effet, faire coïncider un lieu et une date qui, dans l’inconscient collectif, sont attachés au catharisme avec des événements et des initiatives qui ne lui sont pas bénéfiques, participe à son dévoiement et à l’affaiblissement de son image publique.

Que pouvons-nous dire du 16 mars à Montségur ?

Contrairement à ce que beaucoup de personnes croient, le 16 mars 1244 à Montségur n’a pas été une grande date de l’histoire cathare. Au contraire !
Ce jour-là a marqué une date mémorable de l’histoire occitane et de l’histoire de la guerre menée par le pouvoir royal, associé au pouvoir catholique, contre une résistance militaire localisée en ce lieu. C’est une victoire, ou une défaite selon le camp où l’on se place, qui ne s’exprime que sur le plan militaire. Aucun historien n’a jamais prétendu que le catharisme s’était éteint ce jour-là, ni même qu’il avait définitivement disparu de la région.
Certes, le 16 mars fut l’occasion d’un massacre de personnes non combattantes en raison de leur volonté de vivre selon leurs convictions religieuses. Mais elles ne furent ni les premières ni les dernières à subir ce sort. Et même pour le catharisme, la longue et funèbre liste des massacres n’a pas attendu Montségur pour débuter et ne s’est pas arrêté après ce jour de cendres.

Mais l’homme mondain a besoin de jalons, de points de repères historiques pour fixer sa mémoire. Le sympathisant n’a pas d’autre chose à quoi se raccrocher, alors que le croyant est tout entier intégré dans sa foi qui le porte d’autant mieux qu’elle n’est justement attachée à rien de mondain. C’est cela qui conduit à des actions inappropriées et bien souvent délétères.
Depuis de nombreuses années, Montségur fut érigé en mémorial cathare par des personnes qui ressentaient ce besoin d’un ancrage territorial. L’érection de la stèle par l’association du Souvenir et des études cathares en 1960, sous l’impulsion de son président de l’époque M. Déodat Roché (je l’écris en français et non  en occitan), fut le point de départ d’un engouement légitime mais déplacé.
En effet, depuis, ce monument est devenu un point de ralliement de personnes dont les motivations dépassaient largement le cadre du catharisme, quand elles n’en faisaient pas qu’un simple prétexte. Tour à tour argument indépendantiste ou ésotériste, le catharisme y était malmené, comme je l’ai constaté régulièrement chaque fois que j’y suis allé. En réalité le seul point positif que l’on pouvait y trouver en rapport avec le catharisme, est celui de la Bienveillance qui amenaient certains sympathisants à s’y retrouver quand leur vie les tenait éloignés les uns des autres.

Voilà bien la seule action un peu « cathare » que j’ai jamais vu à Montségur au cours de mes quelques passages sur place. J’étais d’ailleurs fort réticent à m’y rendre initialement et je suis désormais convaincu de ne plus jamais y retourner.

Comment Montségur tend à devenir le centre de l’anti-catharisme

J’ai conscience de l’apparente violence de ce terme pour nombre de sympathisants et je leur présente mes excuses, car ces termes n’ont pas  vocation à les blesser, mais veulent éveiller les consciences encore aptes à l’être.

Comme toute initiative mondaine, le « pèlerinage » à Montségur s’éloigne, année après année, de son objectif initial. Cette année 2019, 775anniversaire de la tragique journée du 16 mars 1244, les choses semblent avoir pris un tour encore plus marqué.
Un groupe de chercheurs et de sympathisants, au demeurant très sympathiques comme il se doit, y organise une rencontre annuelle dont la thématique de cette année est dévolue à René Nelli. Ce chercheur et auteur à qui nous devons d’exceptionnels documents sur le catharisme et qui a même aidé à mieux faire connaître les écrits cathares est aussi connu pour ses appétences régionalistes et intellectuelles tournées vers l’art et la poésie. Le programme de cette journée sera d’ailleurs assez peu orienté vers le catharisme. Une telle thématique aurait eu mieux sa place du côté de Bouisse où il vécut ou de Carcassonne où il créa le Centre d’études cathares qui porta son nom jusqu’à sa faillite en 2011. L’association porteuse de ce projet avait mieux choisi ses thématiques les années précédentes et sa réunion d’automne à Cailhau montrait d’ailleurs que le lieu avait peu d’importance pour qui veut parler de catharisme. En effet, le catharisme n’est rattaché à aucun lieu mondain et ne dépend d’aucune date calendaire, comme sa résurgence moderne en est la preuve.
Par ailleurs j’ai reçu ces jours-ci une annonce, parue dans un journal, à propos d’une autre initiative dont l’origine m’est inconnue mais qui semble vouloir faire du catharisme un simple faire-valoir. Non seulement, ce 16 mars aucune manifestation relative au catharisme n’est prévue, mais c’est exactement le contraire, puisque nous sommes invités à aller écouter l’évêque de Pamiers, M. Eychenne, à l’église du village ! Si je n’ai rien à reprocher à ce prélat catholique, dont la repentance qu’il organisa voici peu s’avéra sympathique et louable, je trouve plutôt osé de lui confier l’animation d’une telle cérémonie en un tel lieu et à telle date. Ensuite, ce ne sont qu’agapes et divertissements qui sont organisés, comme si c’était tout ce qu’inspirait ce moment à l’organisateur dont j’aimerais bien connaître l’identité.

J’en arrive à me dire qu’il ne manque plus que d’organiser un méchoui dans le pré situé en bas du château pour atteindre le summum de l’imbécillité !

Vous comprenez mieux j’espère pourquoi je trouve que, finalement, loin de représenter ce que fut et ce qu’est le catharisme, le rendez-vous du 16 mars devient de plus en plus l’occasion de le piétiner et le moyen d’effacer sa mémoire.

Comment rendre hommage aux cathares et soutenir le catharisme ?

Notre siècle n’est pas plus favorable au catharisme que ne l’était le Moyen Âge. Si l’envie de spiritualité reprend du poil de la bête, c’est plus vers des courants qui favorisent la mondanité, le confort et le soutien psychologique que s’orientent nos contemporains, partisans du moindre effort et réfractaires à toute diminution de leur statut mondain.
Or, le catharisme est exactement l’inverse de cela. Il nous appelle à agir comme le fils prodigue ayant compris son erreur, au lieu de faire comme lui au moment où il la commet.

Alors, si vous avez besoin de jalons et de moyens de rendre hommage au catharisme, faites-le en l’étudiant sérieusement, au prix d’efforts de recherche et d’études, car c’est le seul moyen de l’appréhender correctement, contrairement à ce que peuvent proposer certains médias d’accès facile qui, dans le meilleurs des cas, se contentent de se copier les uns les autres et ressassent les mêmes erreurs, faute d’avoir pris la peine de suivre les évolutions de la recherche et de les avoir intégrées intellectuellement.

Soutenir le catharisme n’est pas nécessaire. Il n’en a pas besoin. Par contre veiller à ce que personne ne l’agresse ou ne le dévoie est utile. Il n’y a pas d’organisme qui fera des procès à ceux qui lui font du tort, et c’est normal, puisqu’il ne juge pas et qu’il n’est pas violent. C’est donc à vous les sympathisants d’assumer cette mission, si vous vous sentez réellement sympathisants. Laissez aux usurpateurs et aux ennemis du catharisme le triste honneur de le salir et de le dénigrer.

Éric Delmas, 14 mars 2019.

Contenu soumis aux droits d'auteur.

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