Le Nouvel an

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Le nouvel an, symbole du renouveau

Dans toutes les civilisations et sous toutes les latitudes, une période de l’année était consacrée à symboliser le renouveau. C’était toujours une date choisie en fonction d’un événement marquant de cette symbolique. Pour autant, cette date n’était pas forcément fixe dans l’année. Ainsi, si certaines civilisations choisissaient le renouveau de la nature en fêtant le nouvel an autour de l’équinoxe de printemps, d’autres choisissaient le solstice d’hiver, période où le jour reprend le dessus sur la nuit. En Égypte c’est la date de l’inondation alluviale par la crue du Nil qui servait de référence. Les critères peuvent évoluer avec le temps. Ainsi, les Romains qui fêtaient le renouveau au printemps vont changer de date à l’initiative de Jules César et choisiront le 1er janvier en 46 avant notre ère. Alors que la France avait plusieurs dates de début d’année selon les régions, le 1er janvier sera décidé en 1564 (Édit du Roussillon).

Cependant, quelle que soit la date, ce qui compte c’est la notion de renouveau. C’est le point commun à toutes les civilisations. Alors, se pose la question de cette symbolique. En effet, le fait de célébrer un nouveau départ une fois par an semble avoir comme effet, de faire de l’année calendaire une sorte de cercle permanent où tout ce que l’on fait disparaît et où tout recommence à zéro. Certes, le renouveau est porteur d’espoir, mais à y bien réfléchir, c’est un espoir sans cesse déçu, un voyage immobile, une annonce d’un échec systématique. Est-ce que l’on peut essayer de mieux comprendre ce choix apparemment négatif ?

Pourquoi ce besoin d’un renouveau fréquent ?

Il ne faut pas être trop pessimiste. L’humanité présente l’aspect d’un système en progression permanente, année après année. La Terre, initialement hostile à notre espèce, devient chaque jour plus adaptée à nos besoins. Les groupes humains donnent le sentiment d’une amélioration qui permet aux plus faibles de survivre là où ils auraient disparus autrefois. Pourtant, cet apparent élan positif est-il ressenti comme tel ou bien l’homme a-t-il tendance à voir le caractère éphémère de ces progrès ?

Notre siècle est sans doute celui qui met le plus en avant ce doute permanent. Nous commençons à entrevoir les risques que notre comportement font peser sur la planète et sur mode de vie. Notre système social et financier nous apparaît finalement très instable pour les individus qui espéraient au contraire une prospérité toujours plus grande et permanente. Le progrès, facteur de paix selon les croyances du siècle dernier, devient un facteur de conflits et les plus pauvres commencent à menacer les plus riches, soit en raison de leur désir de connaître eux aussi la prospérité, soit par un repli identitaire nationaliste, culturel ou religieux qui sert de base à une volonté d’inversion des pouvoirs.

Même au plan personnel, la majorité tend à considérer que les espoirs de l’an nouveau sont sans cesse déçus quand vient l’heure des bilans en fin d’année. La coutume des bonnes résolutions que l’on prend en début d’année, montre que la plupart ne sont pas atteintes douze mois plus tard. Nous serions donc dans une sorte d’échec constant, un cycle vicieux qui n’aboutit presque jamais à l’espérance que semblait porter la puissance du renouveau précédent.

Ce besoin de renouveau serait donc une sorte de frénésie destinée à nous masquer, au mieux la médiocrité permanente d’un monde à qui nous avons confié nos espoirs de progrès et de bonheur, au pire la réalité d’un monde en plus ou moins lente mais néanmoins inexorable engloutissement dans la perversion et la violence.

Un renouveau est-il possible finalement ?

Même si la manifestation de notre désir de réparation de la décrépitude de notre monde semble vaine et futile, doit-on forcément considérer qu’il n’y a pas d’espoir ?

C’est la grande question que se sont posés les premiers chrétiens quand ils durent tenter de comprendre le message de Christ face à ceux qui prétendaient être les élus d’un Dieu dont les œuvres semblaient tellement éloignées de ce que l’on peut légitimement espérer d’une divinité parfaite.

De Paul de Tarse aux cathares médiévaux, la réponse fut unanime. Ce monde est définitivement et irrémédiablement condamné car, étant le fruit véreux d’un arbre pourri, rien ni personne ne peut envisager une quelconque amélioration et a fortiori un rétablissement dans la pureté divine. Cela explique que ces groupes chrétiens, n’espérant aucune amélioration de ce monde, finissaient par appeler de leurs vœux une apocalypse qui se faisait toujours attendre. En effet, il suffit de lire les Évangiles pour y trouver maintes citations qui sont autant de condamnations sans fard pour le monde dans lequel nous vivons et qui ne laissent aucun doute sur son créateur malin.

Mais aujourd’hui, peut-on encore prêter l’oreille à ces annonces apocalyptiques ? Le progrès scientifique, l’élévation intellectuelle liée à l’éducation et à la culture donnent-elles un démenti formel à l’approche des personnes qui vivaient dans ces temps reculés ? Comme je l’expliquais au début de mon sujet, il semble que non. À croire que pour chaque chose positive que l’humanité conçoit, elle s’ingénie à en produire au moins une mauvaise, destinée à compenser tout risque d’amélioration notable.

Donc, et comme nous le pratiquons régulièrement, la célébration du renouveau n’est pas l’annonce d’une amélioration durable mais plutôt, la marque d’une résignation à ne pas pouvoir obtenir la moindre amélioration capable de nous faire espérer en ce monde.

Quelle est la bonne attitude pour un « cathare d’aujourd’hui » ?

Il ne faut pas confondre constat et action. Que nous soyons simple sympathisant ou croyant convaincu, le fait de constater ce cercle vicieux dans lequel s’enfonce notre monde, ne justifie pas un comportement défaitiste ou même simplement attentiste. Pour paraphraser Pierre de Coubertin, il ne suffit pas d’espérer un dénouement positif pour entreprendre des actions positives et il n’est pas nécessaire que ces actions aient un résultat probant pour que nous fassions le choix de poursuivre nos efforts.

Gardons à l’esprit que nous sommes tous porteurs en nos corps de boue d’un esprit divin, parfait dans le Bien, inaltérable et éternel. Cela concerne également les membres de l’humanité qui nous semblent irrémédiablement incapables d’amélioration. Après tout, si l’on s’en tient à la doctrine cathare qui veut que les esprits-saints dérobés à la création divine, voici plusieurs dizaines de milliers d’années, soient tous tombés ensemble et une fois pour toute en cet enfer terrestre, nous qui sommes encore ici avons démontré l’échec de nos incarnations précédentes à atteindre un niveau de purification spirituelle suffisante pour mériter la grâce divine. Partant de ce constat, qui prétendrions-nous être pour porter un quelconque jugement sur autrui ?

Donc, et tant que nous serons prisonniers ici-bas, il nous faut à la fois garder à bonne distance de nous les influences malignes de ce monde et apporter autant que nous le pouvons les marques de notre part divine à l’ensemble des êtres et des choses que nous côtoyons en ce monde. Faire le plus de bien possible tout en essayant de nous préserver du mal que nous pourrions faire, même involontairement, doit être notre choix de vie.

Comme dans la parabole des mines ou des talents, nous gardons à l’esprit que le mauvais maître ne doit pas nous illusionner et nous lui rendrons en temps et heures ce qu’il nous a donné pour nous éprouver, tel que nous l’avons reçu, sans bénéfice ni perte et dans un état dont la décrépitude ne devra rien à notre volonté mais ne sera que l’illustration de son incompétence de créateur.

Pour nous donc, ce nouvel an ne signifie pas grand chose. Il est comme la roue que fait tourner frénétiquement le hamster dans sa cage. Il ne mène mène nulle part et ne fait qu’épuiser celui qui s’illusionne à l’actionner dans l’espoir d’en faire l’instrument de sa progression.

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