L’adoration des mages

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Un récit unique

On ne trouve cet épisode de l’adoration des mages que dans l’Évangile selon Matthieu, qui est celui qui rapproche le plus le christianisme de la tradition juive. Dans ce récit, le nombre et l’origine de ces mages n’est pas précisée. En fait, ce sont des auteurs plus tardifs et des spéculations relatives aux cadeaux apportés qui décideront qu’ils étaient trois.
Ce récit unique vise à rattacher la tradition de Jésus de celle des textes de la Torah. Le but est clairement de valider le conte de la naissance et d’attester le statut messianique de Jésus.
L’évolution de la tradition est clairement de la même eau et vise à valider la voie judéo-chrétienne. En effet, les trois mages sont censés représenter les trois versants de la philosophie, la logique, la physique et l’éthique. Ainsi c’est l’humanité dans sa totalité qui vient rendre hommage à Jésus. Plus tard, ils seront désignés rois, sans aucun argument d’ailleurs, mais cela permettra de les rattacher aux différentes régions du monde connu d’alors, donc de renforcer cette allégeance universelle, allégeance s’étendant aux religions majeures de l’époque et notamment le zoroastrisme. Leurs cadeaux viendront eux aussi renforcer l’universalité, l’or étant le cadeau des rois, l’encens celui des prêtres et la myrrhe celui des guérisseurs.
On le voit, le côté symbolique constitue l’essentiel de ce récit qui veut simplement affirmer la suprématie du Dieu de Moïse, qui va d’ailleurs guider les mages, supplantant ainsi par sa puissance, leurs propres dieux. Cela est à la fois la marque de la volonté de faire du Dieu créateur le seul vrai Dieu et de donner le message que les païens peuvent rejoindre la croyance en Jésus et en son Dieu.

Un élément de la construction syncrétique du judéo-christianisme

Cet épisode, dont il est aisé de comprendre qu’il n’a aucune validité historique, est destiné à conforter le syncrétisme entre la tradition juive et ce qui est présenté comme sa concrétisation, le christianisme auquel les Juifs doivent se rallier afin d’être sauvés. Bien entendu, la raison profonde est la validation du phénomène chrétien selon les valeurs de l’époque, notamment l’antériorité sur toutes les autres religions. De même que le judaïsme s’est inventé plus de six cents ans d’histoire pour se mettre en position de culte monothéiste de référence, le judéo-christianisme, dont le « héros » vient d’apparaître, s’attribue l’antériorité juive et s’approprie sa cosmogonie tout en faisant de ses textes sacrés une annonce et une démonstration de l’objectif visé. Difficile d’être plus complet.
L’autre motif de cette appropriation est la peur de vivre une spiritualité unique. Les premiers disciples, en fait la communauté juive qui va recevoir le message christique, est incapable de se départir de son judaïsme. Est-ce que cela est dû à un manque de compétence théologique, comme pourrait le laisser penser les évangiles qui font des premiers disciples des hommes de faible érudition ? Est-ce que cela est dû au fait que ces premiers témoins sont en fait des Juifs qui voient cette prédication comme ils voient celles qui traversent le judaïsme de leur époque, d’où l’idée d’en faire une nouvelle secte au sein d’un judaïsme déjà fort pluriel ?
Finalement, tout cela est terriblement humain. La volonté grégaire d’être reconnu comme membre du groupe est associée à celle d’apparaître comme unique et supérieur. Il faudra attendre Paul pour voir un Juif intellectuellement avancé qui sera capable d’éviter ces pièges et dont l’éveil sera suffisant pour lui faire entrevoir la voie à suivre.

Un mythe pour conforter un conte

Ce qui fait le succès du judéo-christianisme est l’empilement constant de mythes, plus ou moins reliés les uns aux autres, dont l’objectif est de valider le conte initial. Face à un message qui rebat les cartes en invalidant le Dieu juif au profit d’un Dieu clairement inapte en ce monde, les judéo-chrétiens vont faire ce que l’on fait le mieux depuis l’Antiquité, assimiler le meilleur des deux systèmes pour en faire qui permette de poursuivre la vie mondaine de façon confortable tout en se persuadant d’être élu pour le Salut final.
Les rappels incessants à la Torah qui émaillent les évangiles sont un élément essentiel de cette démarche. L’épisode des mages n’y fait pas exception qui s’en sert pour définir le lieu de la naissance de Jésus et pour expliquer les motifs de la fuite en Égypte. Ils permettent à la fois de rattacher Jésus et sa prédication aux textes juifs, donc d’en faire le messie davidique, et ils permettent de donner une onction de vérité à un mythe que rien ne peut confirmer par ailleurs. C’est pourquoi on ne trouve trace d’aucun des événements liés à la vie terrestre de jésus dans les auteurs contemporains.
Mais comme le veut le dicton, « un mensonge souvent répété devient une vérité. », l’accumulation d’épisodes aussi farfelus que merveilleux finit par ébranler le doute qu’un seul d’entre eux aurait fait naître. Comment remettre en cause ce que tant de phénomènes semblent confirmer ? Donc, l’épisode des mages, tout comme celui du massacre des innocents ne sert qu’à valider le conte de la naissance de Jésus qui serait totalement inacceptable sans ces confirmations. Mais, comme dans tous les mensonges, il faut à chaque fois en faire de plus en plus. Aussi, l’envoyé de Dieu ne peut plus, après ces événements extraordinaires, se contenter d’être un simple prophète. Il devra vivre une enfance aussi incroyable qu’obscure et un apostolat ponctués de nombreux phénomènes merveilleux, tout aussi mythiques les uns que les autres pour finir par ce qui en fait constituait le seul élément de l’histoire originale, la Passion. Mais là encore, les judéo-chrétiens vont si mal comprendre le message qu’ils l’inverseront en en faisant un sacrifice voulu par le Dieu de Moïse, conforme en cela à ses antécédents, au lieu d’y voir l’invalidation définitive de la Torah et du démiurge qui l’avait inspirée.

Comment se positionner face à ce mythe d’un point de vue cathare ?

De prime abord, je dirai qu’il suffit de laisser ceux que ces histoires intéressent s’en satisfaire, comme nous le faisons des mythes entourant le catharisme que l’on trouve dans certains courants ésotériques.
Malgré tout, rien n’empêche de montrer le caractère purement mythique des ces histoires et, en les étudiant une à une avec les personnes de bonne volonté, de montrer que l’ensemble ne repose sur rien, ce qui revient à invalider le conte initial. Bien entendu, il est inutile de chercher à dévaloriser la foi de ceux qui veulent continuer à croire à ces histoires qui les confortent dans leurs choix. Il suffit simplement de donner notre compréhension des choses sans prétendre détenir la vérité absolue. Ainsi, nous manifestons notre différence sans en faire un antagonisme, donc sans violence.
Pour ceux qui le souhaitent, nous pouvons aller plus loin, surtout s’il semble y avoir chez eux un début de réflexion critique susceptible de signer le commencement d’un éveil spirituel. Il conviendra alors de développer la doctrine cathare et de montrer combien le Dieu mosaïque est en opposition avec elle.
Au total, ce qui importe, c’est de mettre à profit ces temps de manifestation spirituelle pour présenter notre lecture et proposer une discussion ouverte et bienveillante à celles et ceux qui voudront se joindre à nous.

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