Les mondes impénétrables

1 538 vue(s)

Les mondes impénétrables

Les mondes du Bien et du Mal sont impénétrables l’un par l’autre. Comme l’huile et l’eau, ils peuvent se mêler mais ne se mélangent pas intimement. C’est pourquoi nous vivons dans un état de perpétuelle incertitude, car viscéralement constitués de Bien, nous sommes perpétuellement environnés de mal.
Cela nous amène souvent à agir d’une façon erronée malgré des motifs sains.

Le prosélytisme

Les conceptions spirituelles des uns et des autres sont souvent inconciliables car elles constituent l’aboutissement d’une démarche intime appuyée à une conviction qui sous-tend notre vie et nos espoirs.
C’est pourquoi il est vain de chercher à ramener vers sa conception ceux qui s’accrochent à une autre. C’est aussi la raison du prosélytisme déployé par beaucoup.
En effet, nombreux sont ceux qui croient que leur approche est d’autant plus valable qu’elle réunit beaucoup de monde. Un peu comme autrefois, les premiers chrétiens pensaient qu’il fallait arrimer leur foi chrétienne au judaïsme afin de lui créer une « généalogie » factice qui lui conférerait une reconnaissance de la part de la population.

Les bons chrétiens du Moyen Âge allaient, à la demande, de village en village, de maison de bons croyants en maison de bons croyants, pour délivrer leur vision du monde et de Dieu.
Ils expliquaient inlassablement, en s’aidant du Nouveau Testament lu par un auditeur neutre, comment ce monde appartenait au néant et comment Dieu attendait notre retour dans sa création.
Au premier regard superficiel, l’on pourrait croire qu’ils faisaient mission de prosélytisme comme le faisaient les prêtres de l’église de Rome, catholique et apostolique.
Mais l’apôtre n’est pas un « camelot » de sa foi.
Les bons chrétiens ne cherchaient pas à convertir comme le firent, et le font de plus en plus actuellement, les tenants des religions judéo-chrétiennes et musulmane.
Ils étaient simplement là pour expliquer leur approche raisonnée et pleine de sens afin de convaincre leurs auditeurs de réfléchir à ce qui leur avait toujours paru indiscutable. Car, la base d’une foi est sa résistance argumentée à toute critique sensée.

Construire et vivre sa Foi

Si la foi est un abandon, la construction doctrinale qui l’accompagne ne doit pas être un aveuglement.
Croire en l’existence de Dieu relève de la foi, comme son contraire d’ailleurs.
Imaginer que Dieu est créateur d’un monde pourri tout en étant la perfection du Bien relève du grand écart idéologique.
Imaginer que l’Homme, inconscient des tenants et aboutissant est néanmoins responsable de sa situation ne me semble guère plus raisonnable.

Une doctrine cohérente

Quand nous pensons avoir trouvé une explication qui semble combler les vides que notre environnement théologique creuse en nous, nous ne devons pas laisser la lâcheté ou la crainte nous pousser à accepter quelques petites incohérences ou remises en cause de certaines de nos positions.
Chaque jour, nous devons interroger notre conscience afin de juger de la pertinence des éléments doctrinaux que la religion qui nous paraît la plus cohérente expose comme fondamentaux.
Cela peut nous amener à revoir de fond en comble notre cheminement spirituel si nous nous sommes laissé endormir dans le confort douillet d’une dogmatique bien huilée ou ingurgitée à la va-vite à une époque où notre conscience était quelque peu en sommeil.
Mais, si notre travail quotidien de réflexion est bien mené et si nous voyons « comme le nez au milieu du visage » les erreurs ou dérives des croyances de ceux qui nous entourent, nous devons comprendre qu’il est vain de les leur jeter au visage.
Il faut simplement faire comme les bons chrétiens, c’est-à-dire dérouler devant tous l’argumentaire de notre foi afin de montrer que nous ne lui autorisons aucune faille, aucune déviance par rapport à sa logique et à la cohérence. Car, c’est par sa qualité que nous pourrons convaincre ceux qui en proposent une autre, de faire le même travail et, qui sait, de trouver par eux-mêmes les failles qu’ils ont laissé s’installer dans leur doctrine.

Car si la foi est au-delà de la raison, elle s’appuie sur elle. Fou serait celui qui attendrait que la raison lui apporte les réponses concernant ce qui est supérieur à toute science et fou serait celui qui penserait qu’il suffit de croire pour être certain d’être dans la vérité.
La foi et la raison sont les deux béquilles que notre infirmité humaine nécessite pour avancer dans ce monde.
Les bons chrétiens avaient même choisi d’être toujours au moins deux pour ne pas courir le risque de s’égarer spirituellement. C’est bien la démonstration qu’ils savaient la foi insuffisante à baliser le chemin.
Donc, continuons notre route, à notre rythme, et laissons ceux qui pensent avoir atteint le but à leurs certitudes. Ce n’est pas à nous de dire à l’autre ce qu’il doit faire ou croire. Nous avons assez de notre poutre dans l’œil pour ne pas chercher la paille dans celui du voisin.

Une vie cohérente avec sa foi

Mais, une foi solidement appuyée sur une raison de qualité peut aboutir à une approche purement scolastique qui ne serait crédible que si l’on faisait la démonstration de sa validité au quotidien.
Pour cela, il faut donc compléter cette approche purement intellectuelle par son pendant matériel, une vie évangélique en accord avec les principes retenus.
C’est un point essentiel car, nous voyons là un autre élément fondamental de la non pénétration des mondes.
Quand une théorie n’est pas cohérente elle ne permet pas une application mondaine saine. Si je ne suis pas cohérent en prônant une ascèse de vie, je ne suivrai pas un mode de vie ascétique.

Il est donc particulièrement intéressant de se mettre en cohérence avec ses choix spirituels et philosophiques. Cela viendra mettre en avant les points forts et les zones de rupture de ce que l’on avance. Car, par la parole, tout ou presque est possible.
Les sophistes dénoncés par Platon s’en faisaient même une gloire, eux qui disaient pouvoir soutenir avec un égal succès et une égale maîtrise, une thèse et son opposée.
En outre, je pense que mener la vie que l’on prône dans sa doctrine spirituelle ne peut que rendre humble et tolérant.
D’abord parce que les difficultés obligent à admettre la faiblesse de notre incarnation tellement pesante à notre esprit libre, ensuite parce que nos difficultés permettent de comprendre celles des autres et développent notre tolérance à ce qui nous semble erroné chez eux.

Mener une vie droite : le travail d’une vie

Ainsi, sans violence et sans dogmatisme, chacun suivra la route qui lui semble convenir à ses critères.
Foin donc des polémiques stériles qui ne servent qu’à opposer les hommes et à les amener à des rapports violents et, place à des échanges constructifs basés sur l’argumentation construite de façon lisible pour être comprise de tous.

Au final, ce qui comptera de toute façon, ce n’est pas ce que l’on dit mais ce que l’on fait.

Faites connaître cet article à vos amis !

Information

Contenu soumis aux droits d'auteur.

0