Les limites de la liberté de conscience

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Le premier article de la Constitution de la cinquième république française définit cette république comme : « indivisible, laïque, démocratique et sociale ». C’est bien entendu le terme laïque qui attire mon attention, même si le terme social me semble pouvoir, à l’occasion, mériter un long exposé.

Le dictionnaire Le Petit Robert définit ce mot comme désignant un État « … qui est indépendant de toute confession religieuse. » On peut certes trouver curieux d’avoir accolé (en troisième acception) cette définition à un terme qui par ailleurs définit un chrétien qui n’appartient pas au clergé. Encore une preuve de l’assujettissement de notre société à la lecture judéo-chrétienne catholique. Pour autant la république française ne prétend donc pas être anti-cléricale ou athée mais simplement libre de tout lien avec le fait religieux. Comme la liberté de l’un s’arrête là où commence celle de l’autre, on pourrait légitimement croire que la France, qui reconnaît officiellement les religions, se fait une nécessaire obligation de les respecter tant qu’elles ne mettent pas en péril son fonctionnement et ses fondements philosophiques. Pourtant il semblerait bien qu’il n’en soit rien.

L’obligation de participer à la vie politique

Chaque citoyen français dispose, sous réserve des conditions qui le contraignent, du droit de vote. Mais il est tenu de s’inscrire sur les listes électorales et d’ailleurs, depuis 2088, cette inscription est devenue automatique. Logiquement il est impossible de se désinscrire. Certes, me direz-vous, tant que le vote n’est pas obligatoire on peut toujours s’abstenir. De même, à supposer qu’il le devienne, on pourrait glisser un bulletin blanc dans l’urne.

Mais, déjà, cette obligation montre que citoyen n’est pas un individu libre de ses choix, même si ces derniers n’ont pas d’incidence directe sur la vie publique, car que l’on ne soit pas inscrit ou que l’on ne vote pas, cela ne change rien au résultat. En fait ce que l’État cherche à interdire c’est la manifestation de l’indifférence et du retrait social. D’ailleurs on nous répète à l’envi que voter est un devoir civique, comme si mon expression était vitale à la société, surtout si je ne pense pas avoir une opinion suffisamment valable pour l’exprimer.
Mais soyons sérieux, cette obligation reste de peu de gravité puisque l’on peut y échapper. Personnellement, dans mon évolution spirituelle, je considère ne plus avoir de justification à désigner tel ou tel comme meilleur qu’un autre et à peser sur une décision finale, affirmant ainsi à mon niveau, détenir une compétence personnelle alors que ma foi me confirme qu’en fait tout certitude n’est qu’un leurre et que toute croyance en la validité de mon jugement ne peut me conduire qu’au péché.

L’obligation de participer à la vie judiciaire

Mais l’inscription sur les listes électorales n’est pas anodine, tant s’en faut. En effet, c’est sur les listes électorales que sont tirés au sort les jurés d’assise et peut-être un jour ceux de correctionnelle. Donc, en m’obligeant à m’inscrire sur les listes électorales on m’oblige à courir le risque de devoir décider de la vie d’un être humain en prétendant être apte à décider de son innocence ou de sa culpabilité. De la même façon, le Code de procédure pénale prévoit que je puisse être obligé de témoigner et de prêter serment devant une instance judiciaire.
Là je me trouve devant une situation dramatique. En effet, ne pas porter de jugement et ne pas prêter serment sont des fondements de la règle de justice et de vérité que tout croyant cathare veut suivre et qui s’impose en pleine conscience à tout novice et à tout Bon-Chrétien. Ces lois constituent donc un viol manifeste de la liberté de conscience dans des domaines où rien ne le justifie vraiment. En effet, il existe des exemptions légales à la participation à un jury et à l’obligation de prêter serment. Mais la loi prévoit que les orientations religieuses n’en font pas partie. Pourtant, les exemples abondent de prêtres catholiques qui ont refusé de témoigner de ce qu’ils avaient appris sous le secret de la confession et qui ont été autorisés à respecter leur serment ecclésiastique.

Mais moi, si je dis au Préfet que je ne peux pas participer au jury ou si je dis au juge que je ne peux prêter serment, je serai condamné à 3750 € d’amende au minimum. Où est-elle la république laïque dans tout ça ? En fait on est bien dans un système qui prétend nier l’individu au profit du groupe, qui nous emprisonne en prétendant nous libérer. Car, ne nous trompons pas. Il ne s’agit pas d’impliquer l’ensemble des citoyens dans des activités qui leur permettraient d’exprimer leur avis au nom de leur liberté individuelle. Il s’agit d’imposer aux citoyens l’obligation de participer à des activités, y compris en niant leur liberté de ne pas le faire. D’aucuns me diront que mon témoignage peut éviter une erreur judiciaire ou remettre en état de commettre un crime une personne dangereuse. Il n’en est rien, je ne refuse pas de témoigner, je refuse d’affirmer que mon témoignage est absolument véridique et que je le certifie tel. Si l’on me laissait dire ce que je crois avoir vu ou entendu ou compris dans telle ou telle situation, je le ferais bien volontiers. Mais vouloir m’imposer un serment, c’est vouloir me contraindre là où ce n’est pas nécessaire. Mon mensonge sous serment ne serait davantage mensonger que si je le commettais hors serment.

On ressent plutôt l’impression que ce système est une sorte de chaîne destinée à imposer à tout un chacun de devoir prendre une part dans la responsabilité collective des erreurs commises par celles et ceux qui veulent peser dans les décisions politique et judiciaires. Je suis tout à fait convaincu néanmoins que ce refus de voter, de participer à un jury ou de prêter serment doit avoir pour conséquence le retrait d’office de postes et organismes qui ont pour objet de contrôler et d’apprécier la validité des décisions émanant des organismes élus ou relevant d’une décision juridique. Il faudrait faire le point pour dire par exemple à une personne refusant de voter qu’elle ne peut être candidate à un poste électif ou qu’elle ne peut appartenir à un organisme dont les fonctions l’amèneraient à porter un jugement sur des personnes élues sans son concours. De même certains métiers exigent une prestation de serment. J’accepterais logiquement qu’en soient écartées les personnes qui ne veulent prêter serment. Encore faudrait-il vérifier que ces prestations de serment ont une réelle nécessité et ne sont pas de pure forme organisées dans une volonté de solennité sans rapport avec le serment prêté. Dans mon domaine, les médecins prêtent serment et pas les infirmiers ou les sage-femmes alors que tous ont clairement à l’esprit que leurs certitudes sont régulièrement démontrées fausses quand bien même elles ont été exprimées en pleine conscience.

Comment s’adapter ?

Certes me direz-vous, les croyants cathares ne sont pas nombreux et peu d’entre-eux ressentent à ce jour le besoin de respecter ces éléments de la règle de justice et de vérité. Mais je ne suis pas sûr que nous soyons les seuls concernés. D’autres ont peut-être des restrictions morales tout aussi légitimes que les nôtres. Cela reste donc à étudier.
De toutes façons, une république démocratique ne peut s’abaisser à contraindre un seul de ses citoyens, dans un domaine où il semble bien qu’il n’y ait pas nécessité de le faire, sans se renier un peu elle-même. Pour autant il y a peu de chance que les choses évoluent favorablement en la matière et nous devons plus espérer une sorte de jurisprudence comparable à celle dont peuvent bénéficier les prêtres qu’un changement de la loi.

En attendant cela comment faire ? Comme souvent c’est affaire de choix personnel. Si le croyant ressent l’impérieuse nécessité de se conformer à la règle de justice et de vérité ou si un novice ou un Bon-Chrétiens se trouvent concernés, ils se retrouveront hors-la-loi à leur corps défendant et devront en assumer la charge, financière s’ils le peuvent, pénitentiaire si nécessaire. Car je ne vois pas comment nous pourrions biaiser sans mentir.
Pour ce qui est de l’investissement dans des activités qui nous poussent à juger d’autres individus ou des institutions, il y a là aussi nécessité de s’interroger en conscience sur son propre niveau d’avancement dans le cheminement chrétien afin de définir si l’on souhaite ou pas s’abstenir ou se retirer d’organismes qui ont à juger des choix et pratiques d’autres personnes ou d’institutions que ce soit dans le domaine politique, social, juridique ou autre. Comment ne pas juger si l’on choisit une profession juridique où l’on doit juger ou prêter serment (magistrat, avocat, etc.), une profession politique ou une activité de contrôle d’organismes professionnels ou politiques (élu, décideur politique ou professionnel, syndicaliste, etc.).

Comme je le disais à une époque concernant des professions amenant à tuer des animaux, la reconversion spirituelle que représente l’éveil doit amener à apprécier si notre comportement est en accord avec nos choix spirituels. Il faut alors faire le choix d’abandonner les uns ou les autres s’ils sont incompatibles.
La liberté de conscience a des limites et si certaines nous sont imposées, les autres relèvent de nos propres choix et définissent la réalité de notre engagement individuel.

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