Les hérésies du Moyen Âge – E. Aegerter

Info. promotionnelle


Hérésies du MA - AegerterLes hérésies du Moyen Âge
Emmanuel Aegerter

Commentaire :

Persée

Les hérésies du moyen âge (Mythes et religions, 2). Paris, Leroux, 1939; un vol. 18,5×12 de XII-156 pp. Ce petit livre de haute vulgarisation est agréablement écrit. Il envisage les hérésies les plus typiques du moyen âge, non du point de vue théologique, mais comme phénomènes d’ordre intellectuel et d’ordre social. L’auteur discerne, en effet, deux groupes d’hérésies : les « hérésies négatives », qui sont purement intellectuelles et qui visent uniquement à propager une interprétation de la doctrine chrétienne jugée incompatible avec l’orthodoxie ; les « hérésies positives », qui impliquent en réalité une révolution sociale contre l’ordre établi. Les premières ont un objet limité et ne sont pas dirigées contre l’Eglise comme telle ; les secondes ont une portée générale et visent à dépasser l’Eglise établie. La doctrine eucharistique de Bérenger est l’exemple typique de la première catégorie ; le catharisme représente la seconde. Pour ne pas aboutir à une énumération sans vie et à d’inutiles répétitions, l’auteur s’est borné à quelques exemples : Bérenger, les Cathares, le panthéisme au début du XIIIe siècle, Siger de Brabant et les Averroïstes, Guillelma et les Guillelmites vers la fin du XIIIe siècle, les Hommes de l’Intelligence, hérésie née à Bruxelles au déclin du XIVe siècle, enfin divers courants groupés sous le titre « monachisme et communisme ».
M. Aegerter montre fort bien l’intérêt des mouvements hérétiques pour l’histoire de la pensée philosophique et la portée sociale de plusieurs de ces mouvements ; il aperçoit même le bénéfice qui résulte de l’hérésie pour le travail théologique et pour la fixation du contenu des dogmes. Que valent sa documentation et son information historique ? Un coup d’oeil sur la Bibliographie (pp. 147-154), qui est cependant une bibliographie choisie, ne laisse pas d’inspirer quelque inquiétude : à côté d’ouvrages fort vieillis (Hauréau, Rousselot, Renan, etc.), on y trouve  la première édition (1900) de l’Histoire de la philosophie médiévale de M. De Wulf (écrit de Wuefï, avec trois fautes), toutes les éditions ultérieures semblent ignorées ; il y a de nombreuses inexactitudes dans les titres des ouvrages et ailleurs ; la première édition du Thomisme de M. Gilson est datée de 1920 et est citée à propos de l’averroïsme (je soupçonne que l’auteur a voulu citer les Etudes de philosophie médiévale, qui sont de 1920 et qui renferment un important chapitre sur la question) ; encore pour l’averroïsme, M. Aegerter ne connaît rien de plus récent que l’ouvrage de Mandonnet, il ignore Doncoeur, Chossat, Gorce, Grabmann, etc. ; pour Boèce de Dacie, il en est encore à Hauréau. Quant à l’information historique de l’auteur, j’ai naturellement lu avec une attention spéciale le chapitre consacré à Siger de Brabant : on y apprend que le décret de 1210 défendait « même de lire dans le privé les ouvrages d’Aristote sur la philosophie naturelle » ; qu’on a retrouvé au XIIIe siècle les traductions aristotéliciennes de Boèce (p. 78) ; que la dernière Intelligence, selon Averroès, est l’intellect actif, tandis que l’intellect passif disparaît avec l’individu (p. 82) ; que Siger est né « selon toutes les probabilités en 1235 » (p. 84) ; le De anima intellectiva est encore daté de 1270 (p. 86) ; la 7e proposition condamnée en 1270 est traduite : « L’âme qui est la forme de l’homme immortel se corrompt par la mort » (p. 90) ; Boèce de Dacie, qui était suédois, devient « Boèce de Danemark » (p. 91) et Jean XXI devient Jean XXII (p. 91). Ces quelques coups de sonde ébranlent sérieusement la confiance que l’on voudrait avoir en l’acribie de l’auteur.
F. Van SïEENBERGHEN.

Table des matières- pdf disponibles

Cet ouvrage est tombé dans le domaine public au 1er janvier 2016. L’ouvrage intégral pèse plus de 36 Mo, mais vous pouvez demander chacun des neuf items ci-dessous individuellement.

  • Avant-propos
  • Chap. 1 – Bérenger de Tours et l’hérésie eucharistique au XIe siècle
  • Chap. 2 – Les Cathares
  • Chap. 3 – Le Panthéisme au début du XIIIe siècle. Amaury de Bêne et les Amalriciens. David de Dinant et le Panthéisme matérialiste.
  • Chap. 4 – Siger de Brabat et les Averroïstes
  • Chap. 5 – Guillelma et les Guillelmistes
  • Chap. 6 – Les Hommes de l’Intelligence
  • Chap. 7 – Monachisme et Communisme : Les Joachimites. Les Frères de la Pauvre Vie. Les Apostoliques.
  • Conclusion et Bibliographie

Ce livre étant libre de droits, vous pouvez le télécharger gratuitement dans la boutique du site.

Info. promotionnelle

Aide aux chercheurs