Nativité de notre Seigneur

Lecture des textes de la liturgie catholique

Comme chaque Dimanche et pour les principales fêtes catholiques, je reprends la tradition cathare qui consistait en l’analyse des textes de la messe catholique et leur compréhension du point de vue cathare. Il n’y a là nulle intention malveillante mais un simple exercice de style visant à montrer que la compréhension des textes est aussi affaire de doctrine.

Messe de Noël – Nativité de notre Seigneur

1re lecture :

Livre d’Isaïe : 52, 7-10

7 – Qu’ils sont beaux sur les montagnes, les pieds du messager qui proclame la paix, qui annonce de bonnes nouvelles, qui proclame le salut, qui dit à Sion : « Ton Dieu règne ».
8 – Tes guetteurs élèvent la voix, ensemble ils crient d’une voix vibrante, car, face à face, ils voient Iahvé revenir à Sion.
9 – Exultez, acclamez ensemble, ruines de Jérusalem, car Iahvé réconforte son peuple, il rachète Jérusalem.
10 – Iahvé a découvert le bras de sa sainteté aux yeux de toutes les nations, et tous les confins de la terre verront le salut de notre Dieu.

Mon analyse :
Isaïe, qui est le prophète de la captivité, annonce ici le retour en grâce du peuple d’Israël. En fait, c’est le cri d’espoir de ce peuple prisonnier à Babylone qu’exprime ce texte.

Psaumes : 98 (Vulgate 97) 1. 2-3ab, 3cd-4, 5-6

1 – Psaume. Chantez à Iahvé un chant nouveau, car il a fait des merveilles. Sa droite l’a secouru et son bras de sainteté [l’a aidé].
2 – Iahvé a fait connaître son salut, aux yeux des nations il a révélé sa justice,
3 – il s’est souvenu de sa grâce et de sa fidélité envers la maison d’Israël. Tous les confins de la terre ont vu le salut de notre Dieu.
4 – Acclamez Iahvé, toute la terre, exaltez-vous, criez de joie et psalmodiez,
5 – psalmodiez pour Iahvé, avec la cithare, avec la cithare et au son de la psalmodie,
6 – avec les trompettes et au son du cor, acclamez devant le roi Iahvé !

Mon analyse :
Ce texte vient en quelque sorte en complément du précédent. Cette fois, l’espoir s’est concrétisé et le peuple élu chante les louanges du Dieu qui les a favorisé.

2e lecture :

Lettre de Paul aux Hébreux : 1, 1-6

1 – Après avoir maintes fois et de maintes façons parlé jadis à nos pères par les prophètes, Dieu,
2 – dans les jours derniers, nous parla par son Fils qu’il a établi légataire universel et par qui il a fait les siècles.
3 – Ce Fils qui, splendeur de sa gloire et empreinte de sa substance, porte tout par sa puissante parole, fit la purification des péchés et s’assit à la droite de la majesté dans les hauteurs,
4 – d’autant supérieur aux anges qu’héritier d’un nom différent.
5 – Auquel des anges, en effet, Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon fils, je t’ai engendré aujourd’hui ? ou encore : Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils ?
6 – Quand il fait entrer le premier-né dans le séjour, il dit : Que se prosternent devant lui tous les anges de Dieu.

Mon analyse :
Le caractère falsifié de ce texte n’est plus une question pour les chercheurs. Réalisé par un ou plusieurs copistes judéo-chrétiens, il vise à faire entrer l’œuvre de Paul dans le projet de l’Église de Rome. Ce faux est donc une judaïsation de l’œuvre de Paul et en terminant ses lettres il veut laisser au lecteur une impression judéo-chrétienne de l’apostolat paulinien. Ici le texte commence par la vision juive de l’empire céleste avec Dieu régnant en majesté sur une assemblée céleste. Le Fils établi héritier, donc premier parmi tous, dont la supériorité sur tous les anges est affirmée par l’auteur. Et Dieu confirme en demandant aux anges de se prosterner.

Évangile selon Jean : 1, 1-18 ou 1-5. 9-14 (lecture brève)

1 – Au principe était la parole, la parole était chez Dieu et la parole était Dieu.
2 – Elle était au principe chez Dieu.

Mon analyse :
La parole (le verbe et la raison selon une traduction plus complète de logos) est à la fois au principe, c’est-à-dire de tous temps, de toute éternité, et elle est à la fois Dieu et chez Dieu. Quelle meilleure définition de la consubstantialité  ! La création divine est à la fois En Dieu et Chez Dieu. Cela se comprend pour les chrétiens cathares comme signifiant qu’elle est à la fois extérieure au Principe parfait (avec un P majuscule cette fois) et qu’elle est Lui en tant que substance. On en revient à l’image du soleil et de ses rayons qui sont à la fois Soleil et issus du soleil.

3 – Tout a existé par elle et rien de ce qui existe n’a existé sans elle.

Mon analyse :
Cette phrase n’a pas fini de faire couler beaucoup d’encre. Elle peut être considérée comme une base justifiée du dualisme chrétien. Le mot important est celui qui définit l’existant. Ce qui existe dispose de l’Être, cet état particulier qui fait que l’on pourrait aussi nommer la Conscience. Tout ce qui dispose de l’Être vient de ce qui était au principe, c’est-à-dire Dieu. Ce corps de phrase se suffit largement à lui-même et pourtant le disciple se croit obligé d’ajouter un second corps de phrase assez alambiqué. Et rien de ce qui existe n’a existé sans elle. Quelle surprenante double négation. La double négation sert à mettre en valeur un concept. Par exemple : « Vous ne pouvez pas ne pas savoir ». Ce qui veut dire vous savez absolument sans pouvoir le nier. Rien de ce qui existe. Là où le mot rien aurait suffit l’ajout de ces quatre mots ne peut être anodin pour moi. Si je dis : Rien de ce que je sais, je sous-entends qu’il y a peut-être des choses que je ne sais pas mais que je n’en parle pas puisque, par définition, je les ignore. Par contre, si elles existent, ce qui est sûr c’est que je ne les connais pas. De même, rien de ce qui existe veut dire que le propos se limite à l’existant, sans prétendre que l’existant constitue le tout mais en affirmant que l’existant est seul concerné par la suite du corps de phrase. Donc, il y a peut-être quelque chose en plus de l’existant, mais ce quelque chose n’est pas de l’existant et n’a rien à voir avec le verbe et la raison, c’est-à-dire avec Dieu. D’où l’idée qu’il y a quelque chose qui n’a rien à voir avec Dieu et qu’il s’agit de ce qui n’a pas cette propriété strictement divine, l’Être. Le meilleur exemple actuel est celui du vide sidéral. Ce vide que l’on a longtemps cru empli de rien, s’avère aujourd’hui être composé de matière et d’énergie noire. On comprend que cette phrase ait pu poser de graves problèmes. Car, dire qu’il y a quelque chose d’autre que ce qui relève de la création divine a deux implications :

  • Tout ne provient pas de Dieu, ce qui peut sembler amoindrir le pouvoir de Dieu ;
  • Dieu n’a pas pouvoir sur ce qui ne provient pas de Lui puisque ce qui lui est étranger n’a pas d’Être.

Il y a donc autre chose, d’aussi principiel que Dieu puisque ce qui vient de Dieu est consubstantiel à Lui, donc éternel comme Lui, d’une part, et qu’en sa situation étrangère à Dieu et à sa création consubstantielle, ce principe est auteur de quelque chose également étranger en substance et en nature à la création divine.
Il y a donc deux Principes, l’un parfait et auteur de tout ce qui existe et l’autre imparfait et auteur de ce que nous ne pouvons nommer que Rien (Néant) car, étant étranger à son domaine, nous ne le connaissons pas. Nous ne pouvons en apprécier que les effets, le Mal. Or, si ce qui émane de ce Principe est le Mal, c’est que le Principe est le Mal absolu d’où le nom que nous lui donnons de Principe du Mal. De même que Dieu, Principe du Bien (au sens large du terme), est créateur par le verbe et la raison (le Logos), le Mal est auteur par son démiurge (Satan).

4 – En elle était la vie et la vie était la lumière des hommes.
5 – La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas trouvée.

Mon analyse :
Pour le cas où il y aurait encore des indécis, Jean enfonce le clou. En elle (le verbe et la raison) était la vie, comprenons l’Être, et la vie était la lumière des hommes, c’est-à-dire ce qui confère aux hommes leur caractère d’existant. Or, pour que cette lumière brille dans les ténèbres comme le dit le disciple, il faut bien qu’il y ait des ténèbres ! Les ténèbres — ce qui n’a pas la lumière, c’est-à-dire l’Être —, ne l’ont pas trouvé. Et ce pour la même raison que nous ne savons pas ce que sont précisément les ténèbres puisque nous faisons partie d’une autre création, celle de la lumière. Par contre, si les ténèbres ne l’ont pas trouvée, c’est bien qu’elles la cherchaient, donc qu’elles savaient son existence tout comme nous savons l’existence des ténèbres dont nous mesurons les effets. Comme nos savants savent l’existence de la matière noire sans pouvoir l’appréhender concrètement.

6 – Il y eut un homme envoyé de Dieu, un nommé Jean.
7 – Il vint en témoin pour attester la lumière, pour que tous aient foi par lui.
8 – Il n’était pas la lumière mais le témoin de la lumière.
9 – La lumière véritable qui illumine tout homme venait dans le monde.

Mon analyse :
Nous abordons un problème intéressant et complexe que les cathares avaient soulevé : qui est Jean le Baptiste ? Comme nous l’avons vu en 4, la lumière est la création divine et les hommes en sont imprégnés car ils sont membres à part entière de la création divine. Or, le 8 dit que Jean n’était pas la lumière mais son témoin. Pour certains cathares Jean était donc un démon, c’est-à-dire une création de Satan qui ne porte pas d’Être. Cela peut se comprendre si on lit ces versets de façon exclusive. Par contre si on les lit de façon inclusive, Jean est comme les autres hommes, porteur de la lumière mais non la lumière en elle-même. Ce qui est certain c’est qu’il est témoin et chargé de mission (apôtre au sens littéral).

10 – Elle était dans le monde et le monde existait par elle et le monde ne l’a pas connue.
11 – Elle vint chez elle et les siens ne l’ont pas reçue.

Mon analyse :
Cette expression est à la fois simple et ambiguë. La lumière est dans le monde et le monde existe par elle exprime l’idée que le monde contient une partie de la création divine, les esprits prisonniers en ce monde, c’est-à-dire nous. C’est en cela aussi qu’elle vint chez elle, non pas chez elle dans le monde mais chez elle au sein de sa communauté consubstantielle. Malheureusement, dans tous les cas, elle n’est pas reçue comme on peut espérer l’être par ses proches. L’esprit amoindri en ce monde ne reconnait pas la lumière, sa lumière, et il ne la reçoit pas.

12 – Mais ceux qui l’ont reçue, elle leur a donné pouvoir d’être enfants de Dieu, ceux qui se fient à son nom,
13 – ceux qui ne sont nés ni du sang, ni d’une volonté de chair, ni d’une volonté d’homme mais de Dieu.

Mon analyse :
Si le monde ne la reçoit pas, il y a en ce monde ceux qui la reçoivent. Qui sont-ils ? Ce sont ceux qui ne doivent rien à ce monde et à sa technique de création (sang, chair, homme) mais qui sont issus de Dieu. Cela pourrait expliquer que certains cathares admettaient l’hypothèse qu’une partie de l’humanité pouvait être constituée d’humains ne disposant pas d’esprits, des créatures totalement issues du démiurges et donc inaccessibles au salut. Le verset 12 décrit l’éveil et le salut. Ceux qui l’ont reçue sont ceux qui sont en capacité de le faire, donc les éveillés, non pas par une preuve matérielle mais simplement par la foi (ils se sont fiés à son nom). Le salut est exprimé sous la forme du pouvoir d’être enfants de Dieu.

14 – Oui, la parole s’est faite chair, elle s’est abritée parmi nous et nous avons contemplé sa gloire, gloire que tient de son père un fils unique plein de grâce et de vérité.

Mon analyse :
Trois notions affleurent dans ce verset. Le verbe et la raison ne s’est pas transformé en chair, il n’est pas devenu chair mais il s’est fait chair, ce qui est tout à fait compatible avec l’idée cathare de l’illusion. C’est confirmé ensuite par la notion selon laquelle il s’est abrité, ce qui n’est pas logique pour un être devenu homme parmi les hommes mais qui peut correspondre à l’idée d’introduction au sein de quelque chose avec lequel il n’y a pas de fusion. C’est aussi l’idée de l’adombrement. Enfin, cet être venu parmi nous conserve la totalité de ses attributs divins d’origine qui apparaissent comme un idéal parfait (un fils unique idéal).

15 – Jean témoigne de lui, il crie : C’était de lui que je disais : Lui qui vient derrière moi me dépasse, car il était avant moi.
16 – Car nous avons tous reçu de sa plénitude et grâce pour grâce.
17 – Car la loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
18 – Personne n’a jamais vu Dieu, un dieu fils unique qui est dans le sein du père qui l’a fait connaître.

Mon analyse :
Cette annonce de Jean est un mélange subtil. D’une part, des affirmations qu’aucun juif n’aurait renié et, d’autre part, une annonce de la particularité de Jésus.

Voici comment je reçois ces textes.