5-1-Histoire du catharisme

Les cathares se sont-ils nommés ainsi eux-mêmes ?

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Les cathares se sont-ils nommés ainsi eux-mêmes ?

Le fond de la question

Les différents avis

Dans un courriel récent, Ruben Sartori, chercheur et exégète de qualité, nous rappelle sa position personnelle quant à l’origine du mot « cathare » attribué à ces chrétiens opposés sur le plan doctrinal aux judéo-chrétiens, que l’on a désigné un peu partout en Europe sous diverses appellations, le plus souvent locales. Je vous propose de la lire directement puisée dans ce courriel :

En ce qui concerne le mot cathares, et j’en terminerai là, beaucoup a été dit mais ce n’est pas la bonne piste à mon sens. Cathares est un mot bien connu qui appartient à littérature et à l’histoire chrétienne. Il désignait ceux qui au temps des persécutions romaines n’avaient pas abjurés la foi, ne l’avaient pas trahie. Il est donc bien normal que les cathares eux-mêmes se soient référés à ces illustres devanciers. Ils n’avaient pas trahie la vraie foi mais au contraire l’avaient courageusement maintenue en dépit des persécutions et des anathèmes. Cathares ou bons chrétiens, c’est le même sens et il n’est donc guère étonnant que les bons chrétiens se soient eux-mêmes désignés sous le terme de cathares comme l’attestent certaines sources.

Je rappelle qu’il s’agit du mot « catharos », qui signifie « purs » dont nous parle Ruben.

Cette opinion fait l’objet d’une controverse entre Christine Thouzellier — qui comme Ruben cite cette origine ancienne — et Jean Duvernoy qui valide la thèse du moine rhénan Eckbert de Schönau.
Je vous invite à la lire sur le site de Persée, car elle pose des problèmes non négligeables.
Notons cependant que cette interprétation est reliée systématiquement à des mouvement schismatiques judéo-chrétiens : les novatiens et les montanistes.

Deux autres sources nous sont connues à travers des textes qui nous sont parvenus.

La première et la plus connue, est due à un moine rhénan Eckbert de Schönau qui, dans un courrier adressé à l’archevêque de Cologne et chancelier de l’Empire, Rainald de Dassel, reprend un nom déjà connu à l’époque pour différencier une secte d’hérétiques d’une autre qu’il désigne comme les « partisans d’Hartwin1 » . Eckbert relate des éléments déjà connus par la révélation d’Évervin de Steinfeld. Il y eut bien deux groupes d’hérétiques, les premiers étaient des cathares et les seconds, sans doute des ancêtres ou une variante des vaudois.

Analyse de l’appellation

Ce que révèlent les sources c’est que ce nom n’a rien de savant. Eckbert de Schönau le dit clairement : « Ce sont eux qu’en langue vulgaire on appelle “cathares”… »

L’évêque de Cambrai parle lui de l’hérésie des Katter, que Jean Duvernoy propose de traduire par chats (cattorum) . Il poursuit sur le fait que ce mot ne dérive pas du latin, mais de l’allemand populaire. Initialement nommé Ketter, par Eckbert, il se dégrade en Ketzer, comme le Katte de l’évêque de Cambrai est devenu Katze.

Cette référence au chat ne doit rien au hasard, car le diable était alors désigné comme un chat blanc de la taille d’un veau.
Alain de Lille nous en donne l’explication : « Cathares, d’après catus, car, à ce qu’on dit, ils baisent le derrière d’un chat, sous la forme duquel, dit-on, leur apparaît Lucifer. » Il propose aussi deux autres étymologies, plutôt fantaisistes : une dérivée de « catha » qui voudrait dire écoulement, car le vice s’écoule d’eux comme le pus et « cathari » parce qu’ils se font chastes et justes.

Pour éviter tout rapprochement avec les novatiens, Eckbert proposait l’appellation « catharistes », nom d’une secte africaine combattue par Augustin d’Hippone.

Enfin, Jean Duvernoy précise clairement que de son point de vue, ni le corpus hérésiologique médiéval occidental, ni les cathares eux-mêmes n’ont compris ce mot comme signifiant « purs ». Ce terme est régulièrement employé par les polémistes catholiques et même par le pape Innocent III. Cela devrait nous convaincre qu’il ne peut s’agir d’un terme glorifiant, car on imagine mal leurs pires ennemis les parer d’un terme qui aurait pu les valoriser de quelque manière que ce soit.


Notes :

 

  1. Jean Duvernoy, La religion des cathares, in Les cathares, édition Privat 1976 (Toulouse), p. 14.
  2. Jean Duvernoy, ibid, p. 303

 

Glossaire du Catharisme

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Glossaire du Catharisme

Face à des religions dominantes, le catharisme a subi plusieurs influences.
Quand il existait un conflit, la religion dominante (catholicisme ou orthodoxie) reléguait le catharisme à des appellations variables, le plus souvent moqueuses ou discriminatoires.
Quand le catharisme s’organisait, il le faisait comme les autres groupes chrétiens, donc en utilisant le même vocabulaire, même si les fonctions étaient notoirement différents.
Enfin, dans d’autres domaines, les cathares avaient des particularités spécifiques (textes, rituels, sacrement, etc.) dont il est bon de connaître l’existence.

Noms donnés aux cathares selon les régions

Albanistes (Albanenses en latin) : cathares absolus de l’Église de Desenzano, près du lac de Garde (Italie). Jean de Lugio — auteur du Livre des deux principes — en fut évêque en 1230.

Albigeois : nom donné aux cathares, dès la fin du XIIe siècle, dans l’ensemble du midi de la France.

Bagnolistes : cathares italiens de la région de Milan (partisans d’Otton de Bagnolo) dont la foi se serait située entre celle des absolus et celle des mitigés.

Bogomiles : nom attribué aux hérétiques du royaume de Bulgarie et de l’empire Byzantin dès le Xe siècle siècle.

Bougre : initialement destiné à désigner les bulgares, ce terme fut très vite utilisé comme synonyme de débauché et sodomite pour désigner les hérétiques en Occident.

Cathares : nom donné par un moine rhénan, Eckbert de Schönau, aux hérétiques. Ce terme serait péjorativement destiné à les assimiler aux «chatiers» ou «chatistes» — adorateur du diable représenté sous la forme d’un chat blanc ailé — dont la traduction allemande donnait «Katzers». On pense aussi qu’il pourrait s’agir de les assimiler à une secte manichéenne appelée «catharistes» ou «cathaphrygiens» dont les membres se déclaraient «purs», ce qui se dit «catharos» en grec.

Chrétiens : seul nom sous lequel les bogomiles et les cathares se désignaient entre-eux. Ce terme était réservé aux seuls baptisés. Les croyants n’étaient pas considérés comme chrétiens et n’avaient aucune des obligations de ces derniers.

Garatistes (Garatenses en latin) : cathares italiens de l’Église de Concorezzo, près de Milan (Italie). Fondée autour de l’évêque Garatus, elle prêche un catharisme mitigé, moins opposé sur certains point au christianisme officiel du XIIIe siècle.

Parfaits : nom donné aux cathares baptisés par l’Inquisition afin de les assimiler aux manichéens et aux gnostiques, qui se revendiquaient tels, et pour désigner le plus haut degré possible dans l’hérésie.

Patarins : nom donné aux cathares d’Italie du nord mais initialement porté par des révoltés de soulèvements populaires contre les abus des prélats.

Phoundagiagites (porteurs de besace) : nom donné aux bogomiles d’Asie Mineure au début du XIe siècle.

Piphles (joueur de flute ou de pipeau ?) : nom injurieux donné aux cathares des Flandres et, plus largement, du nord de la France.

Publicains (Publicani ou Popelicani en latin) : terme péjoratif désignant les cathares de Champagne et de Bourgogne. Nom possiblement en rapport avec les agents du fisc (publicains) évoqués dans le Nouveau Testament.

Revêtus : terme employé dans les archives inquisitoriales pour désigner les cathares (en référence à leur robe noire) et les différencier des simples croyants.

Tisserands : terme péjoratif utilisé pour désigner les hérétiques, d’abord dans le nord puis dans toute la France, en référence aux ariens. On pense aussi qu’il pouvait rappeler que les cathares pratiquaient souvent cette activité artisanale, notamment dans le sud.

Les textes cathares

L’Interrogatio Johannis, habituellement appelé La cêne secrète, est le plus ancien document attribué aux bogomiles. Il s’agit d’un apocryphes, donc d’un texte non reconnu officiellement.

Le livre des deux principes est attribué à Jean de Lugio évêque cathare italien de l’Église de Desenzano.

Le rituel de Dublin contenant l’Église de Dieu et la glose du pater.

Le rituel occitan de Lyon, en ajout à la Bible en langue occitane des cathares.

Le rituel de Florence en latin.

Le traité cathare anonyme.

Les pratiques cathares

Amélioration (melhorier ou melhorament) : rite de demande de bénédiction du croyant à un Bon-Chrétien ou d’un Bon-Chrétien à un ministre.

Service (aparelhament ou servici) : cérémonie de pénitence collective mensuelle réalisée par l’ancien de la communauté devant le diacre et en présence de croyants.

Baiser de paix (caretas) baiser réalisé entre Bons-Chrétiens et croyants de même sexe intervenant en clôture des rituels cathares.

Consolation (consolament ou consolamentum) : baptême d’esprit réalisé par imposition des mains.

Bénédiction du pain : cérémonie rappelant la dernière cène du Christ sans aucun rapport avec la transsubtantiation judéo-chrétienne.

Carême : période de jeûne ou d’abstinence rituelle. Les cathares observaient trois carêmes annuels. La première semaine est jeunée de façon stricte, les autres écartent tout corps gras et les friandises.

Convention (convenenza) : pacte passé par un croyant auprès d’un Bon-Chrétien pour se voir accordé la Consolation en cas d’incapacité majeure du récipiendaire le moment venu.

Endura : période de jeûne au pain et à l’eau — généralement d’au moins trois jours (trépassement) — suivant la Consolation. Interprétée à tort comme un suicide des cathares des dernières années de la répression.

Jeûne : abstinence alimentaire permettant aux cathares de marquer leur détachement du monde.

Adoration (veniae) : génuflexions rituelles effectuées par les cathares devant leur hiérarchie en signe de pénitence lors du rituel ou du service ou par les croyants devant les cathares en signe d’humilité lors de l’Amélioration.

Organisation de l’Église

L’Église cathare est une ecclesia chrétienne par excellence, c’est à dire une communauté d’hommes et de femmes engagés dans un même chemin.

Toute société humaine se fonde sur des valeurs communes et s’organise en conséquence. L’Église cathare ne fait pas exception mais exclue toute notion de hiérarchie au sens où ce terme est généralement entendu de nos jours et même au sein d’autres communautés ecclésiales.

Rien ne distingue un Bon-Chrétien d’un autre, si ce n’est sa fonction dans l’Église.
Les énoncés ci-dessous, tentant de classifier les divers états ou fonctions de l’Église cathare, sont arbitraires mais tentent simplement, dans la mesure du possible, de coller au vocable que les cathares utilisèrent eux-mêmes, ou du moins, de donner un équivalent évocateur.

Ce que les cathares appelaient tout simplement sous le nom de chrétien ou de chrétienne recouvrait des distinctions induites qui mérite d’être relevé.

Auditeur : Personne sympathisante du catharisme mais qui n’y adhère pas encore, elle l’écoute mais sans plus. Elle ne fait pas partie de l’Église. Cela est visible au fait qu’elle n’effectue pas le « melhiorer ». Elle ne participe pas non plus à la fraction du « pain béni ».

Croyant : Personne convaincue de la validité de la foi cathare et qui accepte d’en recevoir l’enseignement. Cela correspond au catéchumène, elle se prépare à devenir un jour chrétien à son tour. Elle fait donc partie de l’Église, le « melhiorer » en est le signe visible. Avec la foi grandissante, elle prend une part de plus en plus active au soutien de l’Église et par étapes successives se voit acceptée au partage du « pain béni », et même en stade ultime, à la prière collective avec les Parfaits.

Novice : Croyant affermi qui désire devenir Chrétien et qui suit un stage probatoire et de parachèvement de sa formation de son futur état de Chrétien. La formation ne peut pas être inférieure à trois carêmes (un an), mais n’a pas de limite de durée.
Il vit comme un Bons-Chrétiens, à leur côté, mais sans l’être encore.

Compagnon (en occitan socius) : Après son noviciat, le Bon-Chrétien qui vient d’être reconnu comme tel par le baptême de l’imposition des mains, la Consolation (appelée consolament en occitan), est associé à un Ministre confirmé qui va parachever sa formation. Par décision de l’ancien, du diacre ou de l’évêque, il sera le « second » de plusieurs Chrétiens pour qu’il puisse être enrichi par la pratique de chacun d’entre eux.
Si le compagnon est un Chrétien à part entière, mais il n’est pas encore reconnu comme « Ministre » de l’Église, c’est-à-dire quelqu’un capable de catéchiser, de prêcher ou de baptiser, bien qu’il est en droit de le faire en cas de nécessité extrême.

Ministre : Si un Bon-Chrétien est reconnu comme apte à catéchiser, prêcher et baptiser, il est autorisé à le faire par l’évêque ou son représentant, le diacre. Cette nouvelle fonction dans l’Église est signifiée par une nouvelle imposition des mains. On lui adjoint alors un autre Bon-Chrétien qui sera son compagnon, son socius.

Ancien : Il est l’autorité responsable de la cellule de base de l’Église, c’est-à-dire la maisonnée, qui regroupe en un même lieu de vie communautaire une douzaine de Bons-Chrétiens tout au plus. Si son élection semble avoir été collégiale, il en était toutefois confirmé par l’imposition des mains du diacre ou de l’évêque. Dans les communautés féminines on parle de Diaconesse.

Diacre : Il est le représentant de l’évêque et gère le suivi spirituel de plusieurs maisonnées dans un même secteur géographique. Cette fonction au sein de l’Église était également signifié par une l’imposition des mains de l’évêque. C’est probablement lui, avec l’accord des anciens, qui veillaient à la bonne formation et à la répartition des paires de Bons-Chrétiens, et bien entendu au bon équilibre de chaque maisonnée. Comme particularité, il avait l’autorité pénitentielle, le service (appelé apparelhament ou servici en occitan) qu’il était d’usage de faire une fois par mois dans chaque maisonnée.
Comme les autres, il ne se déplaçait pas seul, mais accompagné de son compagnon.
Comme les autres Bons-Chrétiens, il devait vivre de ses mains au sein d’une communauté. Sa maisonnée était celle tenue par l’évêque, dont les membres étaient composés des diacres et de leurs seconds, mais il était en fait plus souvent sur les routes et les maisons de son district qu’auprès de son évêque.

Évêque : C’est un responsable désigné pour servir au sein d’une zone géographique plus étendue. Il est assisté de deux futurs remplaçants dans sa mission d’organisation et de cohésion de l’évêché considéré. L’un appelé fils majeur, l’autre fils mineur.
Si à la constitution des Églises occitanes, les évêques furent élus collégialement par la suite, il fut procédé autrement : le fils majeur était le successeur désigné de l’évêque.
À la succession, le fils mineur devenait majeur et on choisissait un autre fils mineur, un diacre en principe.

Le catharisme, une réalité concrète

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Nous le martelons à longueur de temps, le catharisme d’aujourd’hui ne peut se contenter de rester une approche philosophique intellectuelle mais doit s’accompagner d’une mise en œuvre concrète par l’installation de communautés de vie évangélique en total respect des critères de la règle de justice et de vérité dont les éventuels aménagements ne doivent concerner que des points sur lesquels les Bons-Chrétiens médiévaux manquaient d’informations que nous possédons aujourd’hui.

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