Admonestation du novice par l’ancien

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Rituel de l’oraison dominicale

Admonestation du novice par l’ancien

Il est important que le novice comprenne bien les tenants et les aboutissants du rituel qu’il va vivre et de ce qu’il va lui apporter.

En effet, les rituels — et même le sacrement de la Consolation — ne sont porteurs d’aucune capacité à rendre l’impétrant[1] apte à ce qu’ils permettent. Certes, la communauté des Bons-Chrétiens va donner son avis sur l’apparente capacité du demandeur à recevoir ce qu’implique la cérémonie, mais ce n’est qu’une indication.

Contrairement à ce que proposent d’autres Églises, le catharisme applique intégralement la règle de l’humilité et de la modestie. Elle considère que ce ne sont pas des hommes, fussent-ils Bons-Chrétiens, qui ont cette capacité à sonder le cœur de l’homme, mais Dieu seul. Donc, les officiants[2] se contentent d’accéder à la demande qui leur est faite, pour autant qu’ils n’aient pas des motifs d’évidence à le refuser, mais ils ne savent pas d’avance si le récipiendaire en sera digne. Parfois, cela échoue et, au lieu d’être amélioré par le rituel ou le sacrement, l’individu va rester mondain et parfois il peut même se dégrader. Nous connaissons tous le cas de Rainier Saconni qui, de Bon-Chrétien est devenu inquisiteur catholique.

Donc, l’ancien va expliquer au demandeur et à l’ensemble des personnes réunies, ce qu’est la tradition de l’oraison dominicale, d’où elle vient et quelles sont ses conséquences.

L’Église de Dieu

Quel que soit l’endroit où se déroule la cérémonie, l’ancien rappelle au novice qu’il est face à l’Église de Dieu. En effet, comme le rappelle Matthieu :
« Oui je vous le dis encore, si deux d’entre vous sur la terre s’entendent pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon père qui est aux cieux. Car là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux» (Chap. 18, 19-20).

C’est donc, au nom de ce fait que les personnes présentes donnent sa valeur au rituel.

Point non négligeable, le novice demandeur est lui aussi, d’ores et déjà, membre de l’Église. Ce rituel ne va pas changer son état, mais sera simplement la marque d’un avancement significatif.
En effet, si l’Église cathare ne se reconnaît pas une hiérarchie temporelle, elle s’en reconnaît une spirituelle. Cette hiérarchie spirituelle est basée sur l’ancienneté dans l’état de chrétien et sur l’approfondissement de l’avancement individuel. Ainsi, les plus anciens et avancés sont invités par les autres à prendre des responsabilités, forcément chronophages, afin que les autres ne soient pas gênés dans leur avancement personnel.

Ce rituel marque donc la fin de la deuxième étape de son état de croyant. La première fut la démonstration de la réalité de son état de croyant. En effet, demander à entrer en maison cathare, pour ceux qui le peuvent au cours de leur vie mondaine, est l’affirmation que l’éveil ressenti est réel et qu’il a fait d’eux de vrais croyants cathares, car le croyant n’a qu’un objectif depuis l’instant de son éveil, entrer en noviciat pour espérer faire sa bonne fin.

Le lien entre Christ et le croyant sincère

C’est ce point que se doit de rappeler l’ancien au novice qu’il est, à titre personnel, porteur d’un lien particulier avec Christ en raison de la qualité de sa foi, ainsi que le dit Jean :
« … Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. » (Chap. 14, 23)

Cela est d’ailleurs rappelé par Paul dans sa première lettre aux Corinthiens :
« Mais celui qui s’attache au Seigneur ne fait qu’un esprit avec lui. » (Chap. 6, 17)

Mais Christ n’est plus là pour nous soutenir. Comme le dit Jean :
« Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements, et je prierai le Père, et il vous donnera un autre paraclet qui soit pour toujours avec vous, l’Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir parce qu’il ne le voit ni ne le connaît. Vous, vous savez qu’il demeure chez vous et il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous. » (Chap. 14, 15-18)

Donc, le lien entre Christ et le novice est celui du commandement de Bienveillance.

Pourquoi un tel rappel ?
Si l’ancien insiste sur ce point c’est parce que le novice va passer une étape, et même la dernière étape avant la Consolation. Il est donc fondamental qu’il soit imprégné de ce commandement et de ce qu’il signifie, car du respect de ce commandement dépendra son salut.

Ce que nous apprend Jean, c’est que Christ n’est plus le lien direct entre nous et le principe du Bien, mais qu’il délègue cette tâche au Saint-Esprit, le paraclet (consolateur) envers qui toutes les prières et adresses des croyants et des Bons-Chrétiens sont dirigées. C’est lui l’intermédiaire de tous les rituels et c’est lui qui délivre la Consolation. Cela nous est rappelé dans les Actes des apôtres :
« mais le Saint Esprit surviendra sur vous et vous en recevrez la puissance et serez mes témoins. » (Chap. 1, 8) et :
«  et tous furent remplis de l’Esprit saint et commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de les prononcer. » (Chap. 2, 4)

La raison de l’oraison dominicale

L’oraison dominicale nous a été transmise depuis l’origine comme étant une prière adaptée aux plus proches de Christ. Il est vrai que les textes que nous connaissons diffèrent :
« Vous donc, vous prierez ainsi : Notre père qui es dans les cieux, que soit sanctifié ton nom,
que vienne ton règne, que soit faite ta volonté sur terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de la journée ;
remets-nous nos dettes comme nous remettons aussi à nos débiteurs ;
et ne nous fais pas entrer en épreuve mais délivre-nous du mauvais. » Matthieu (6, 9-13)

« Il leur dit : Quand vous priez, dites : Père, que soit sanctifié ton nom ; que vienne ton règne ;
donne-nous chaque jour notre pain de la journée ;
et remets-nous nos péchés, car nous remettons nous aussi à tous ceux qui nous doivent ;
et ne nous fais pas entrer en épreuve. » Luc (11, 2-4)

Pour autant, et même si nous acceptons que ces textes ne soient pas la parole fidèle de Christ, nous y trouvons la preuve d’une transmission orale précise.

L’oraison dominicale est donc bien un moyen concis de mettre en mots l’expression de notre spiritualité profonde. C’est pourquoi, arrivé à un certain niveau d’avancement, il est important que le novice apprenne à la prononcer en pleine conscience et l’utilise dans le rituel des Heures afin d’en être imprégné à toute heure du jour et de la nuit.

Mais pour dire l’oraison dominicale il faut être arrivé au point culminant du noviciat, c’est-à-dire avoir intégré pleinement tous les éléments de la règle de vérité et de justice. C’est pourquoi il faut faire preuve de l’humilité du pécheur, de l’obéissance et de l’abandon de tout grief de l’homme régulier qui n’a plus qu’un seul objectif en ce monde, atteindre l’ataraxie et la purification nécessaire pour être en état de recevoir la grâce que le bon principe accorde à tous sans réserve.
En effet, pour les cathares, le sacrement ne vaut pas en lui même, mais il vaut par la pureté de celui qui le porte. C’est pourquoi l’impétrant et les officiants se sont mis en ascèse et en jeûne strict pendant les trois jours précédant ce rituel. De même, le novice devra se rappeler d’être digne de prononcer l’oraison à chaque fois qu’il voudra le faire. Cela n’est possible qu’à un homme régulier, entièrement voué à sa démarche, et c’est la raison pour laquelle l’homme séculier ne peut la dire, car on ne peut servir à la fois le monde et le bon principe.

La pratique de l’oraison dominicale

L’ancien doit également rappeler les moments où l’oraison doit être dite.

Bien entendu, elle sera dite à l’occasion des Heures communautaires.
Elle sera dite également à chaque repas, avant de manger et de boire, et dans les situations périlleuses.
Elle sera dite que le novice soit seul ou accompagné d’un autre novice ou d’un Bon-Chrétien. Mais, quand elle n’est pas dite avec un Bon-Chrétien, il revient à celui qui la dit de ne pas la faire dire à quelqu’un qui n’en aurait pas la capacité.

Voilà les points qui doivent constituer l’ossature de l’admonestation de l’ancien au novice avant de lui enseigner l’oraison dominicale et de la dire avec lui.

[1] L’impétrant est celui qui reçoit de l’autorité compétente le titre, ou la décoration correspondant.
[2] L’officiant est le ministre en charge de mener la cérémonie.

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