La vie évangélique

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Introduction

Parler de catharisme aujourd’hui nécessite d’avoir recours à des comparaisons approximatives car il n’existe rien de réellement comparable à ce que fut cette religion dans son implantation médiévale languedocienne.
Forcément cette façon de faire conduit parfois à des représentations excessives et erronées de la façon dont se vivait le catharisme au quotidien. Cela se ressent notamment dans les sondages que je publie sur ce site. En effet, les réponses donnent à penser que la question n’était pas suffisamment précise ou claire pour que les réponses ne s’égarent pas sur des voies inadéquates.
C’est pourquoi j’essaie de présenter toutes les particularités du catharisme, tel qu’il fut vécu dans le monde médiéval, afin que vous compreniez mieux comment il pourrait se vivre dans le monde d’aujourd’hui.

La vie évangélique

Comme son nom l’indique, la vie évangélique est une adaptation mondaine des préceptes évangéliques. Elle est un tout indissociable et s’adresse logiquement à ceux qui ont décidé de suivre la voie du noviciat puis de la vie chrétienne.
Nul n’a oublié le fameux épisode relaté dans les évangiles au cours duquel un jeune homme riche vient demander à Jésus les conditions à réunir pour devenir quelqu’un de bien (Matt. XIX 16-24).
Pour atteindre le plus haut niveau souhaité, Jésus lui explique qu’il doit se départir de tout son bien, en faire profiter les pauvres, puis le rejoindre.
On le voit, c’est exactement ce que firent les premiers disciples ; ils laissèrent leur activité et suivirent Jésus sans discuter.

Ce principe initial est complété par un mode de vie qui respecte l’enseignement de Jésus, et ce dans tous les domaines. Ce n’est donc rien de ce que nous connaissons aujourd’hui, ni vie cloitrée des moines, ni vie sacerdotale des prêtres, ni vie mondaine du peuple des croyants chrétiens d’aujourd’hui.

Cette vie évangélique est le pendant mondain de la vie spirituelle à laquelle, d’ailleurs, elle fait une place prépondérante dans son déroulé. Elle s’organise dans le cadre d’une règle communautaire dont les préceptes sont directement tirés de la voie de vérité et de justice que suivent les croyants avancés et les chrétiens accomplis.

La vie communautaire

C’est une des particularité des cathares que de mêler étroitement une vie totalement ouverte sur le monde et une vie cénobitique comme on l’observe dans d’autres communautés chrétiennes. Cela rend la vie évangélique cathare totalement inclassable. C’est une vie de moine sans la clôture et une vie d’artisan ou d’ouvrier sans la mondanité. Une vie de spirituel sans le caractère sacerdotal d’un prêtre et une vie d’humanitaire un peu anachorète.

La vie communautaire s’articule sur une règle monastique assez classique mais sans le caractère systématiquement coercitif que l’on peut observer chez d’autres communautés chrétiennes. Le bon chrétien n’a pas besoin de se punir des pulsions qu’il a abandonné de bon gré depuis longtemps. Il est conscient de son état de pécheur et ne manque pas de le reconnaître simplement lors de l’appareilhament et sa repentance est purement spirituelle, appuyée par un jeûne que l’on retrouve à chaque fois qu’une purification corporelle semble utile.

L’organisation communautaire s’appuie sur un pivot central qui est l’ancien. Cette dénomination n’est pas un titre mais une reconnaissance unanime de compétence vis-à-vis de la spiritualité. C’est parce qu’il est mieux préparé sur le plan spirituel que l’ancien est en charge de l’organisation matérielle de sa communauté.
Il en est aussi le référent spirituel auquel chaque bon chrétien et, a fortiori chaque novice doit obéissance. Cette obéissance, là non plus, n’est pas contrainte ni aveugle, mais elle est l’aboutissement logique d’une humilité bien gérée. C’est par humilité que le bon chrétien obéit à celui qu’il considère plus compétent que lui en matière de spiritualité. Cette humilité l’amène donc à la fois à reconnaître l’état d’avancement de l’autre mais aussi à bien apprécier son propre état d’avancement. Ni fausse modestie, ni excès de confiance.
On pourrait comparer cela au comportement d’un alpiniste amateur confirmé qui se lance dans un passage difficile avec celui qu’il a engagé pour le guider. Ce n’est pas par excès de modestie qu’il confie sa vie à un guide mais parce qu’il sait que seul il ne peut réussir et il choisit son guide selon des références qu’il admet comme valables pour déterminer la confiance qu’il peut lui accorder.

La vie communautaire est rythmée par des rites et des prières. Parmi les rites on trouve le melhoramentum, les caretas et les venias. Les prières sont organisées du lever au coucher pour permettre de maintenir le lien spirituel malgré les obligations mondaines comme le repos du corps, les repas éventuels et les activités quotidiennes.
Ce sujet fera l’objet de développements plus complets dans d’autres publications.
Rappelons que les prières sont dites, soit de façon isolées à certaines occasions, comme avant chaque événement d’une journée (lever, repas, activité, etc.), soit de façon plus construite et suivies d’une période d’étude d’un texte évangélique, comme lors des heures qui rythment la journée d’avant le lever du jour jusqu’au coucher.
Le principe qui prévaut à ce qui pourrait sembler excessif est simplement la totale conviction que nul ne connaît ni le jour, ni l’heure de sa mort en ce monde et qu’il convient d’être toujours prêt comme cela est expliqué dans la parabole des fiancées (Matt. XXV).

Bien entendu, pour les cathares, la subsistance en ce monde passe obligatoirement par le travail. Chez eux, pas de contemplatifs rejetant toute idée d’activité manuelle, pas de mendicité, pas d’impôts frappant les croyants pour faire vivre l’Église.
Chacun doit gagner sa vie et le surplus de moyens obtenu par le travail est mis en commun pour gommer toute éventuelle différence de statut professionnel. S’il reste encore des fonds, ils sont donnés à l’Élise pour la réalisation de ses obligations et projets et offerts afin de soulager la misère qui prévaut dans le vaste monde.
Rien n’indique précisément les emplois autorisés. Même si des témoignages trouvés dans les archives décrivent des cathares bouchers, il est clair que les activités violentes ne sont pas idéales. Par contre, l’histoire nous montre que les activités financières n’étaient pas dédaignées, contrairement à ce qu’en disait l’église catholique, pour autant qu’elles ne conduisent pas à des dommages. En fait, quand les cathares se livraient au prêt d’argent, ils le limitaient à ceux qui pouvaient en supporter la charge de remboursement et, si l’un des emprunteurs était en difficulté, le prêteur n’hésitait pas à lui remettre sa dette.
Aujourd’hui nous avons une particularité qui est la pension de retraite. S’agissant d’un revenu du travail, elle ne peut être considérée comme indigne mais elle ne doit pas exonérer celui qui la perçoit dans sa vie communautaire, de s’adonner à une activité qui peut être au service de la communauté ou tournée vers l’extérieur, mais qui lui garantisse de se préserver de l’oisiveté.

La vie évangélique aujourd’hui

La logique et nécessaire adaptation, de ce que nous donne à voir l’exemple des cathares médiévaux, pour une mise en place, aujourd’hui, d’une communauté évangélique cathare, ne peut faire l’impasse sur certains points fondamentaux.

La vie évangélique passe obligatoirement par la vie communautaire. En effet, l’écueil à éviter est celui de l’isolement. Les cathares avaient la plus grande crainte de l’isolement qui est le premier facteur de la dérive spirituelle. Cela allait au point de prescrire de n’être jamais seul, pas même pour manger. Le croyant qui souhaiterait entamer un noviciat devrait donc rejoindre une communauté. La mise en place de la première communauté chrétienne cathare en France est donc une priorité. Sans elle rien n’est possible.

La vie évangélique passe obligatoirement par une activité spirituelle régulière et soutenue.
Au premier rang se situent les heures monastiques qui doivent rythmer la vie communautaire. Elles seront à organiser selon un modèle qui, sans chercher systématiquement à se différencier de l’exemple des autres christianisme, devra néanmoins veiller à l’expression spécifique de la spiritualité cathare.
En font également partie les temps de lecture, d’échange et d’enseignement en relation avec le christianisme cathare.
Des temps de méditation et de prière en plus petits groupes, voire dans un certain isolement, sont aussi à prévoir.

La vie évangélique passe obligatoirement par un affaiblissement de la mondanité. Nous l’avons dit, l’humilité et l’obéissance y participent, tout comme les jeûnes et les prières. Il faut aussi se garder des tentations évitables. Les bons chrétiens insistaient sur la totale séparation physique entre les sexes. Cela allait du refus de tout contact physique, notamment lors des melhoramentum ou des consolamentum où l’homme transmettait le baiser de paix à l’autre sexe via un évangile et non directement. On a même le témoignage qui rappelle que le bon chrétien s’abstenait de s’asseoir sur le même banc qu’une femme.
Il ne s’agit en aucune façon de sexisme mais de la simple reconnaissance de la faiblesse de la chair. Le bon chrétien ne cherche pas à combattre ses sens, il se contente de ne pas leur donner de motif de le défier.
Il faudra donc, quand une communauté sera installée, qu’elle soit composée uniquement de personnes de même sexe et que, si des personnes de l’autre sexe souhaitent entrer en vie évangélique, une organisation soit mise en place pour leur permettre de le faire de façon adéquate.
J’imagine par exemple que la séparation soit totale dans les zones d’intimité (chambre, toilettes, etc.) et que des activités communes puissent être possibles (repas, prières, travail) sous réserve d’une adaptation adéquate.

La vie évangélique passe obligatoirement par une activité productive destinée, soit à gagner de quoi participer à son entretien au sein de la communauté, soit à servir la communauté ou les personnes nécessiteuses alentour si l’on dispose d’un revenu suffisant.
Il semble préférable que cette activité ne conduise pas à des séparations préjudiciables comme je viens de l’expliquer un peu plus haut, surtout que la vie professionnelle dans le monde risque de ne pas être adaptée au rythme des activités spirituelles diurnes.
Pour cela les communautés devront chercher à développer des activités susceptibles de procurer un travail correctement rémunérés à ceux de leurs membres qui en ont besoin. L’artisanat et le service sont des domaines susceptibles d’aider à gérer cette obligation.

Il y a certainement bien d’autres points à étudier et définir mais cette liste donne déjà une idée de ce qu’il faut entendre par vie évangélique.
Il ne s’agit pas de renier ce que d’autres, bien plus instruits et compétents que nous en matière de spiritualité, ont établi au motif que la différence d’époque justifierait une révolution comportementale essentiellement destinée à satisfaire notre goût d’un certain relâchement.

Conclusion

Je ne peux terminer sans rappeler, une fois encore, que ce qui est décrit ne concerne que les croyants désireux d’arpenter le chemin susceptible de les mener vers un consolamentum au travers d’un noviciat de plusieurs années certainement.
Les croyants qui préfèrent attendre d’être plus avancés dans leur foi pour suivre cette voie ou qui en sont empêchés par leurs légitimes obligations mondaines n’ont pas à rougir de leur situation. Nul n’est au-dessus des autres et l’esprit du croyant vivant en famille vaut tout-à-fait celui du croyant vivant en communauté.

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