Comment suivre la route qui mène au salut ?

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Quand on commence à s’intéresser au catharisme — même à titre de simple curiosité, ce qui est l’approche la plus courante — on ne peut faire l’impasse sur ce concept de cheminement vers un salut universel.
En effet, elles sont rares les spiritualités aussi optimistes qui considèrent que le salut sera universel.
Elles sont rares aussi celles qui font du salut un cheminement individuel dans lequel aucune intervention extérieure efficace n’est possible. Quoi que l’on fasse, l’on ne pourra sauver éventuellement — à la fin de cette vie mondaine —que soi et aucun prosélytisme ne pourra créer un croyant cathare s’il ne ressent pas au plus profond de lui l’étincelle de l’éveil.
Donc, ce particularisme cathare est souvent mal compris car il est si éloigné des spiritualités que nous côtoyons habituellement que toute tentative de comparaison est vouée à l’échec.

Les étapes nécessaires pour avancer vers le salut

Si d’aventure le curieux, devenu sympathisant, ressent au plus profond de lui l’évidence de la cohérence cathare et qu’il se reconnaît comme membre de cette fraternité divine exilée dans ce monde, il va forcément se demander comment faire pour suivre la voie qui, lui aussi, le mènera à bonne fin comme disaient les croyants dans le melhoramentum.
Personnellement j’analyse cette progression selon deux étapes cruciales qui vont se succéder dans la vie de celui ou celle qui aspire au salut.

La confirmation de l’éveil
Il ne suffit pas d’être convaincu de la validité d’une thèse pour qu’elle devienne l’élément majeur de notre personnalité.
Or, que l’on soit croyant débutant ou avancé, faute d’avoir des bons-chrétiens identifiés à observer, c’est bien cette conviction envahissante qui nous mène et nous pousse, petit à petit à adapter notre comportement mondain à ce que nous reconnaissons comme valable et naturel. C’est d’ailleurs de mon point de vue l’élément majeur qui distingue le croyant du sympathisant. Ce dernier ne ressent pas ce besoin de changement personnel.
Donc, il faut d’abord reconnaître le caractère incontournable du changement que l’éveil introduit en nous.
Cela peut se limiter à une introspection ouvrant sur une façon de mener sa vie terrestre de la façon la plus harmonieuse qui soit, c’est-à-dire en appliquant de façon progressive les préceptes moraux qui sont en accord avec la doctrine cathare dans la mesure où ils ne sont pas vécus comme une contrainte.
Cela veut dire que nous ne devons pas nous désoler des limites qui sont les nôtres à tel ou tel moment de notre progression. D’abord parce que chacun fait ce qu’il peut quand il le peut et que le temps ne compte pas pour parvenir à l’objectif final. Ce que nous ne pouvons absolument pas faire dans cette vie mondaine se fera forcément dans une autre et nous accéderons tous au salut. Ensuite parce qu’il apparaît de plus en plus évident qu’une fois le processus d’éveil entamé, la progression se fait naturellement et le désir de se mettre en accord avec sa foi devient de plus en plus rapidement une aspiration profonde que seul un accident peut stopper en cette vie.

Le choix de la vie évangélique
Un croyant qui a déjà suivi cette première étape ne peut pas ne pas  entrevoir la possibilité de franchir le dernier cap qui est celui où la vie mondaine devient secondaire par rapport à la vie spirituelle.
Ce choix peut intervenir à tout moment dans le cours de la vie mondaine mais il faut se garder d’en précipiter l’échéance. En effet, la précipitation est un défaut de notre mondanité qui favorise l’échec et provoque souvent l’abandon de l’objectif initialement visé.
Pourtant le choix de vivre un jour sa foi pleinement au quotidien est forcément une aspiration légitime de tous les croyants.
Avant d’envisager de s’organiser pour la mettre en œuvre il convient de faire une introspection personnelle afin d’apprécier son propre état d’avancement. Point n’est besoin qu’il soit très prononcé mais il doit être constant et régulier, notamment sur les points relatifs à la mise à l’écart des vices de l’âme mondaine qui gênent le plus la libération de l’esprit : l’égo et la vanité.
Ensuite, la vie évangélique commence par la mise en œuvre de choix de vie qui ne nécessitent pas d’emblée l’installation dans une communauté. C’est d’ailleurs pour cela que l’on peut très bien passer le dernier cap à la fin de sa vie mondaine, y compris sur son lit mort.
C’est ce chemin difficile et étroit, jonché d’embûches et de de sollicitations — destinées à nous ramener à notre état mondain — qui constitue l’essentiel de la vie évangélique, pas l’apparence que l’on peut donner en affectant de vivre en communauté alors que l’on n’est pas capable de faire preuve de l’humilité et de la fraternité qui en sont la marque réelle.
Je pense que ce chemin est lié à notre culture. Chacun suivra la route correspondant à sa vision des choses. Dès lors il faut admettre que d’autres suivent des routes différentes à première vue mais menant au même objectif.

La constance dans le cheminement

Ce qui me semble important c’est de ne pas confondre la forme et le fond.
Le chemin est personnel et il faut se concentrer sur celui que l’on a choisi. Il faut donc éviter de se laisser distraire. La distraction est affaire de sens et les sens nous rattachent à ce monde.
S’il est relativement aisé d’apaiser certaines de nos pulsions, d’autres sont infiniment rebelles à notre désir d’être et les laisser pour ce qu’elles sont est très difficile.
Le désir de maîtrise est aussi un vrai danger. « Qui trop embrasse mal étreint. » dit justement le proverbe.
Vouloir tout savoir, tout connaître, être expert en tout ce qui relève du sujet qui nous passionne nous fait perdre un temps précieux.
Chacun doit rester à sa place et ne pas regarder dans l’assiette du voisin.
La forme est justement constituée de ces milles et une dérives qui nous éloignent du chemin : jugement des autres, importance apportée à l’image que l’on renvoie, vanité conduisant à l’envie d’apparaître meilleur que l’on n’est, etc.
Le fond est lui simplement limité au désir de progresser dans la connaissance de son être véritable, d’entrevoir ce qui est nécessaire à l’esprit et de trouver un état d’équilibre de vie matérielle qui ne perturbe pas trop ce qui maintient éveillé notre esprit.
Donc, au lieu de chercher à devenir expert dans ce que furent les autres ou dans ce que sont ceux qui suivent une autre voie, je veux me concentrer à devenir expert dans la compréhension de ce que je suis et de comment je dois m’améliorer.
C’est ce qui me semble être, à l’heure actuelle, le but le plus important à atteindre.

Chacun déterminera dans le secret de sa conscience ce qui lui paraît adapté pour son propre cheminement. Cela aboutira à un choix de vie qui sera ou ne sera pas en accord avec le catharisme et, finalement, ce point n’est pas le plus important. En effet, il importe plus d’être en cohérence avec ses choix que d’avoir le vernis d’une spiritualité dont le fond ferait défaut.
Pour ma part il me semble que le plus important est de cultiver la fraternité qui me fait admettre que mes choix ne peuvent être universels et que toute volonté de les imposer à d’autres est une grave dérive.
Cela veut dire qu’une volonté de mener une vie évangélique implique d’avoir l’humilité de reconnaître les autres opinions à l’aune de la sienne et donc de rejeter toute volonté de choix majoritaire imposable au profit d’un choix unanime qui est le seul apte à reconnaître chacun comme l’égal des autres.
Cela veut également dire qu’il faut avoir l’humilité de reconnaître que nous ne sommes pas des bons-chrétiens mais de simples croyants et que, quoi que nous fassions en ce moment, nous n’aurons jamais la lucidité qui était celle des bons-chrétiens médiévaux.
Aussi adapter leur choix de vie évangélique ne peut s’envisager que dans la mesure où cette adaptation tend vers un élargissement des considérations d’amour et de non violence liées à une meilleure connaissance technique et scientifique que celle qui était en l’état au Moyen Âge et dans les siècles précédents.
Par contre, vouloir modifier leurs choix pour améliorer les conditions de vie évangélique au motif que notre nature d’homme moderne risque de ne pouvoir supporter certains de leurs choix n’est pas valable et signe au contraire un état d’avancement personnel insuffisant pour envisager de se lancer dans ce choix de vie.
Ne nous précipitons pas et faisons les choses quand elles nous deviennent évidentes et naturelles.
Publié initialement le 25/12/2008

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