Spiritualité et procréation

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Quand on enseigne le secourisme on met en avant la notion de fonction vitale afin d’apprendre aux étudiants à compenser une défaillance de l’une d’elles, susceptible de mettre en jeu le pronostic vital de la victime.
Or, dans l’enseignement magistral d’autrefois, on dissociait les fonctions de l’organisme en fonctions immédiatement vitales (cardiaque, respiratoire, neurologique) et fonctions secondairement vitales (hépatique, rénale, reproduction).
Et oui, vous avez bien lu ! La fonction de reproduction est une fonction vitale pour l’espèce humaine. Peu d’entre-nous l’aurait imaginé de prime abord.
Mais une espèce qui ne se reproduit pas, meurt.
Ce n’est donc pas par hasard si le démiurge de ce monde donne à ses créatures l’ordre de croître et de multiplier.
En fait, la plus stricte observation entomologique de l’espèce humaine nous démontre que ses actions ne tendent en fait qu’à un seul but, la reproduction.

Certes, aujourd’hui, cet impératif est dissimulé et amoindri mais, quelques observations montrent qu’il reste fortement prégnant.
La morale qui s’oppose à l’avortement, à l’euthanasie et à l’homosexualité ne le fait pas uniquement pour les raisons qu’elle reconnaît mais bien pour conserver les pleines capacités de reproduction de l’espèce.
Les us et coutumes qui stigmatisent le célibat et célèbrent l’union féconde au point d’intégrer désormais pleinement les mères célibataires tout en regrettant les divorces, n’ont pas d’autre but.
Et notre société qui s’enorgueillit de sa fécondité et qui maintient coûte que coûte une politique fortement nataliste n’a pas d’autre angoisse que le risque, même lointain, de son extinction.

L’acte de chair et les religions chrétiennes

Il est intéressant de constater que si l’on devait mettre en avant un élément doctrinal commun aux différentes religions chrétiennes, ce serait sans aucun doute le mépris — voire l’aversion — qu’elles portent à la procréation.
D’ailleurs, Jésus serait né d’une grossesse sans procréation et n’a jamais officiellement pris femme dans une société où cela constituait la base absolue de l’intégration sociale.
Mais, ce point vient en contradiction avec le commandement du démiurge.
Donc, les religions mondaines ont cherché un arrangement qui concilie l’inconciliable.
La procréation est devenue supportable au sein d’un corpus de règles extrêmement complexes et détaillées, contrôlées par des « spécialistes » ontologiquement incompétents en la matière.
Le mariage vient circonscrire les ébats amoureux, diaboliques par définition, dans un cadre désormais déclaré divin et le couple ainsi béni limite officiellement ses débordements à un but unique, la procréation.
Tout ce qui peut ramener vers le diabolique, dans une activité que l’on peut aisément situer sur « le fil du rasoir », est sévèrement contrôlé et sanctionné : homosexualité, sodomie, adultère, prostitution, stérilité, plaisir corporel et sensuel, etc.

Les religions qui cherchent à s’affranchir de la mondanité n’ont pas cette dichotomie.
Pour elles, la sexualité est purement animale, démiurgique, donc aux antipodes de la recherche du divin.

Pour autant, dans les deux groupes, on observe que, si la masse des sympathisants et des croyants non engagés spirituellement est soit laissée libre, soit invitée à copuler dans les règles imposées, les membres engagés au sein de la spiritualité sont, à quelques exceptions près, invités à s’abstenir ou du moins à réfréner leurs pratiques en la matière.
Il est même amusant de voir comment l’église chrétienne de Rome (dite catholique) critique le marcionisme accusé de vouloir dépeupler la planète par sa doctrine opposée à la procréation alors qu’elle-même ne dit pas autre chose en définitive.
Bien entendu, l’on retrouve le même schéma au Moyen Âge quand la rigueur exemplaire des bons chrétiens amène l’église catholique à moraliser les pratiques de ses prêtres et de ses moines.

L’anti-procréationisme face à la société

Excusez ce barbarisme destiné à objectiver un comportement que même la langue rejette.
La logique mondaine est particulièrement en opposition avec la logique spirituelle sur le point de la procréation puisque, la première base son espérance sur la mise en chantier perpétuelle de nouveaux corps destinés à remplacer les anciens devenus obsolètes et sur l’expansion quasi infinie de la masse glébeuse alors que la seconde mise tout sur l’émancipation spirituelle visant, soit à abandonner la matière, soit à la sublimer.

À voir notre monde, il ne manque pas de candidats à l’anti-procréationisme, y compris chez les athées qui y voient un moyen de rendre à cette planète toutes ses chances de survie et de poursuite de son évolution, largement compromise par l’espèce humaine et ses débordements.
Quelques écrivains et philosophes s’en sont fait les hérauts parmi lesquels nous retrouvons sans surprise Arthur Schopenhauer et Émil Cioran.

Mais la société se doit de combattre une dérive qui met en péril son avenir. La procréation est une fonction vitale de l’homme comme je le disais en introduction à mon propos.

Donc, si la société voit croître des mouvements laïcs ou religieux prônant une telle voie de salut, nul doute qu’elle prendra des mesures de plus en plus coercitives pour les contrer.
Car, son incapacité à invalider les thèses anti-procréationistes — toutes parfaitement basées sur une logique imparable — ne peut autoriser d’autre voie de recours que la violence qui est une des bases de son fonctionnement.
C’est bien aussi pour cela que le catharisme fut réduit au silence et, faute d’avoir été aussi bien éradiqué que le marcionisme ou intégré que le paulinisme, il n’en reste pas moins que la tolérance à sa résurgence restera toujours fort limitée.

Le catharisme et la procréation

Le catharisme n’est pas dupe des intentions du démiurge qui a abusé Abraham. Le Christ est venu rappeler que ce monde n’est pas celui de Dieu et que cette création n’est même pas une pâle copie de la création divine, éternelle et parfaite dans le Bien, ignorante du Mal et de la corruption.

Si les esprits créés par Dieu sont issus de toute éternité de son émanation, les corps de la création démiurgiques sont postérieurs à leur créateur, donc limités dans le temps, et d’une imperfection dramatique que nous constatons quotidiennement.

Il ne fait donc aucun doute que le salut n’a rien à attendre de la chair. L’espoir puéril nourrit par certains d’une sublimation des corps à l’heure du jugement dernier est littéralement délirant.
Même les plus limités des apôtres préféraient envisager que les esprit ayant chuté avaient en fait abandonné leur corps spirituel dans un des ciels constituant le firmament pour revêtir l’enveloppe glébeuse imposée par le démiurge, le fameux corps d’oubli.
Les plus cohérents et logiques chrétiens considéraient eux, que la création divine ne connaissait que l’esprit. Purement spirituelle, elle n’avait nul besoin de corps — fussent-ils spirituels — et les corps glébeux n’avaient qu’un avenir, le néant.
C’est pour cela que les cathares attachaient peu d’intérêt à l’avenir de leur corps et que les « pompes funèbres cathares » qui s’affichent aujourd’hui ne peuvent prêter qu’à rire.

Pour les bons chrétiens, la pulsion de reproduction n’a donc qu’un seul objectif, maintenir vaille que vaille la création démiurgique instaurée par la mauvais principe.
C’est pour cela qu’il faut comprendre que, l’engagement dans la voie de justice et de vérité ne peut s’imaginer qu’en corrélation étroite avec un abandon total de toute pulsion sexuelle et une chasteté sans faille.
Mais, contrairement aux prêtres et aux moines catholiques, cet abandon ne peut être vécu comme un sacrifice fait à l’amour de son Dieu. Il s’agit en fait d’une libération spirituelle qui permet l’expansion de l’esprit au détriment du corps.
Si ce sentiment n’est pas prégnant chez le postulant, il lui faut admettre qu’il n’est pas encore prêt pour entamer le chemin.

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