La prédication cathare

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La prédication était très pratiquée chez les cathares, ainsi que nous le constatons dans les interrogatoires de l’Inquisition. Elle s’adressait à tous les publics et se pratiquait en tous lieux et tous temps, y compris à l’occasion des fêtes religieuses judéo-chrétiennes. Mais cette prédication était-elle particulière aux cathares ou bien comparables à celle des judéo-chrétiens ? Quels en étaient les constituants et la forme ? Qui la pratiquait, sous quelle forme ? Toutes ces questions permettent également de définir la place de la prédication dans la vie des Bons-Chrétiens et dans les rapports internes à la communauté ecclésiale cathare, c’est-à-dire entre les Bons-Chrétiens et les croyants.

Information et formation

Quand des croyants considéraient qu’un de leurs proches, dans leur entourage familial ou professionnel, était apte à être informé de façon sérieuse sur le catharisme, c’est-à-dire quand il répondait favorablement aux informations qu’eux-mêmes lui avaient apportés, ils lui proposaient de rencontrer un Bon-Chrétien, ou ils faisaient en sorte de les mettre en présence sans en informer la personne, de façon à éviter d’éventuelles fuites pouvant être rapportées à l’Inquisition. Ainsi, il était courant que des réunions soient organisées au cours desquelles le Bon-Chrétien et son socius faisaient un enseignement permettant de présentation le christianisme cathare et de montrer en quoi il différait du judéo-christianisme catholique ou orthodoxe. Ces réunions se faisaient le plus souvent dans la maison d’un croyant et plus rarement dans une maison cathare. Ce dernier cas était la règle pour les prédications auxquelles assistaient les femmes. En effet, pour des raisons de sécurité, les Bonnes-Chrétiennes ne sortaient que rarement de leurs maisons avant la croisade. Or, elles avaient les mêmes compétences que les hommes pour prêcher ce qui imposait que les femmes désirant assister à leur prêche viennent à leur rencontre.

Cette prédication d’information utilisait tous les ressorts de la communication pour toucher son public. Il était notamment courant que les Bons-Chrétiens mettent à profit des dates de référence du calendrier judéo-chrétien pour apporter un enseignement qui permettait de préciser le point de vue cathare, de l’argumenter et de le comparer aux éventuels arguments de la partie adverse. Je pense que de nos jours cette forme de prédication est très importante car, la population fonctionne souvent sur des critères judéo-chrétiens mais, en raison de la séparation des pouvoirs politiques et religieux et de l’affaiblissement de la prégnance religieuse sur les gens, elle n’en a pas conscience. Dès lors, rappeler cette prégnance et en démonter le fonctionnement permet d’ouvrir l’esprit des auditeurs et les aide à comprendre que certaines évidences sont simplement le résultat d’une culture à la limite de l’endoctrinement. Enfin, exposer le point de vue cathare et l’argumenter permet de montrer qu’il peut y avoir une compréhension spirituelle qui fasse appel à la logique et à la raison au lieu d’exiger simplement l’adhésion aveugle.

Comme nous le savons, le statut de croyant n’est pas constant dans le temps. Le croyant évolue en permanence et a donc besoin d’être assisté dans son développement spirituel. La prédication a donc également un rôle de formation très important afin d’aider le croyant à faire sienne la doctrine cathare et à mettre ses pratiques en accord avec elle. Ainsi que je le disais le Bon-Chrétien était accompagné d’un socius qui ne prêchait normalement pas. C’était souvent un consolé en cours de formation complémentaire pour devenir un prédicateur. Il apprenait ainsi son futur rôle et affinait sa maîtrise doctrinale.

Qui sont les prêcheurs ?

Bien entendu les prêcheurs sont des Bons-Chrétiens, hommes ou femmes, mais tous ne sont pas aptes à cette mission. Comme je l’explique dans mon livre, le noviciat peut déboucher sur une Consolation qui amènera certains des nouveaux consolés à prendre immédiatement leur place dans la communauté de vie et à y effectuer les tâches pour lesquelles ils auront été considérés compétents et utiles à tous. D’autres, se verront proposer de suivre une formation complémentaire en compagnonnage successif avec des prêcheurs. Le but de cette formation complémentaire est de sélectionner ceux qui semblent en mesure de devenir à leur tour des prêcheurs et des références en matière doctrinale. C’est cette forme d’organisation qui a fait la réputation des cathares vis-à-vis des catholiques notamment dont la plupart des cadres n’étaient pas du tout au même niveau de compétence. D’ailleurs, la formation des corps de frères prêcheurs — dominicains et franciscains — fut mise en place en réponses aux nombreux échecs des catholiques dans les controverses publiques qui les opposaient aux cathares.

Alors que la formation initiale durait généralement un an, celle des prêcheurs semble avoir été fixée à deux années supplémentaires, ce qui en dit long sur la qualité de son contenu. De nos jours où l’absence de Bon-Chrétien fragilise sensiblement cette formation initiale, on comprend que les délais cités soient appelés à être considérablement augmentés. De la même façon, ceux qui seront considérés comme aptes à poursuivre leur formation devront y consacrer beaucoup plus de temps. Par contre, à l’inverse de ce qui se pratiquait au Moyen Âge, rien ne justifie de nos jours un traitement différents entre les femmes et les hommes.

Nous savons également que les responsables de l’Église cathare, diacres, Fils et évêques, se recrutaient exclusivement parmi les prêcheurs. Par contre, rien ne nous dit que les responsables des maisons cathares, les anciens, étaient forcément tous des prêcheurs. Cependant, les formations dispensées lors des Heures communautaires (les méditations ou prières), nécessitaient la présence d’un prêcheur pour animer la méditation et assurer l’enseignement.

Les prêcheurs sont donc la tête pensante de la communauté ecclésiale cathare, tout comme les croyants en sont la colonne vertébrale. Ils assurent l’enseignement mais poursuivent inlassablement la recherche, ce qui est essentiel pour une religion qui se remet incessamment en question. Le caractère non dogmatique — c’est-à-dire non figé — de la doctrine chrétienne cathare conduit logiquement à approfondir sans cesse ses arguments afin d’en éprouver la validité. C’est le rôle de ces Bons-Chrétiens à la formation si poussée.

La prédication de nos jours

Il est important de comprendre que la prédication cathare est aussi importante de nos jours qu’à l’époque médiévale. Son rôle d’information est primordial vu les longues années de silence du catharisme qui l’ont rendu quasiment invisible. Son rôle de formation est également très important car les croyants sont très isolés et, malgré les progrès des moyens de transports, il leur est souvent difficile de se déplacer pour assister aux prêches qui se déroulent lors des rencontres internes ou des conférences publiques. Les outils de communication modernes permettent de pallier un peu cette difficulté. En l’absence d’un lieu de convergence permanent et disponible, ils permettent d’assurer l’information, même s’il est vrai que c’est souvent une communication à sens unique tant les gens sont encore hésitants à intervenir sur Facebook ou même par courriel, faute de savoir la valeur qu’il convient d’attribuer à l’expression de telle ou telle personne qui prétend maîtriser le catharisme.

Quand une communauté de vie sera en place, les sympathisants et les croyants pourront venir vérifier si ses membres sont effectivement ce qu’ils prétendent être. Ils pourront venir quand bon leur semblera, et non plus ponctuellement pour des rendez-vous arrangés, afin de constater que les pratiques sont naturelles et régulières, permanentes et constantes et que les affirmations sont en accord avec elles. À ce moment, je pense qu’il devrait être possible pour les croyants d’abord et les sympathisants ensuite de dévoiler leur position personnelle et de s’investir auprès des membres de la communauté de vie.

Alors, la prédication retrouvera toute sa raison d’être et servira d’articulation spirituelle entre ceux qui se considèreront comme appartenant à la communauté ecclésiale et les membres de la communauté de vie.

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