La Bienveillance ne déçoit pas

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La Bienveillance ne déçoit pas

L’amour est souvent décevant

On est souvent en extase devant des personnes qui ont réussi, leur vie durant, à rester dans une attitude aimante envers leur conjoint, leur famille et leurs amis tant cela semble un objectif difficile à réaliser. En effet, notre nature mondaine évoluant au fil des ans, il n’est pas rare que nos choix fait initialement s’avèrent ne plus nous correspondre quelques décennies plus tard.
Pourquoi sommes-nous finalement déçus par ce qui emportait notre adhésion, voire plus, au début ?

L’objet de l’amour change

Nous changeons au cours de notre vie ; il n’est donc pas étonnant que les autres changent aussi. Même si nous faisons réciproquement des efforts et des concessions, il faut bien admettre que nous sommes parfois incapables d’accepter les changements des autres ou de nous adapter à leurs capacités d’accepter nos changements.
Dans un couple, on pourrait croire que cela est moins vrai puisque le choix de l’autre n’est pas imposé et que l’on peut croire que nous y réfléchissons à deux fois avant de nous engager. Il semble néanmoins que cette croyance soit erronée, au moins une fois sur trois en France. Cela peut tenir à plusieurs causes :
D’abord, voyons la cause la plus probable : nous ! Même si c’est souvent celle que nous ne voulons envisager qu’en dernier, c’est la cause qui doit être considérée de prime abord. En effet, que ce soit dans le cadre inclusif de l’éros, ou dans le cadre plus large du philos, notre propre changement de perspective nous amène à ne plus avoir les mêmes buts que ceux qui nous ont poussés initialement vers les autres. La famille nous semble moins importante que nos opinions politiques ou sociales et nous ne voulons plus faire des concessions envers ceux qui s’en éloignent trop à notre goût. De même, dans l’amour intime, la personne aimée nous apparaît dans sa réalité quotidienne que nous ne connaissions pas à l’époque de notre rencontre. Déjà, le physique change, or c’est la plupart du temps le premier critère qui pousse à envisager de nouer une relation avec quelqu’un. Le caractère change, et je parle du nôtre, et devient incapable de s’adapter. Ce que nous trouvions craquant chez l’autre devient agaçant alors que rien n’a changé si ce n’est notre capacité d’acceptation. Nos critères eux aussi changent. Là où le plaisir charnel occupait la première place, la complicité et la proximité des choix et des opinions deviennent prépondérants. Mais nous constatons alors que nous n’avons pas choisi la personne la mieux adaptée à ce point de vue.
L’autre change aussi de point de vue vis-à-vis de nous, et tout ce que je viens de dire peut se retourner tout en demeurant parfaitement exact.
La vie nous change également. L’image qu’elle nous renvoie de nous-même peut se dégrader et nous conduit à considérer, soit que ce que nous aimons ne mérite pas de l’être puisque nous sommes si supérieurs si notre situation nous semble tellement meilleure qu’elle ne l’était à l’époque du début de notre relation. Le plus souvent c’est plutôt quand notre image nous semble dégradée par une évolution physique, professionnelle ou sociale peu favorable et nous amène à croire que les autres vont nous juger indigne d’eux, mais nous manifesteront une amitié ou un amour de compassion que notre égo ne saurait supporter.

La conception de l’amour est trop exigeante

La plupart d’entre nous fixe des limites à l’amour, que ce soit celui que nous ressentons pour des amis ou de la famille ou qu’il s’agisse de l’amour exclusif que nous vouons à une autre personne. Notre personnalité ne saurait espérer qu’il puisse exister, comme c’est le cas pour l’aspect physique, un parfait jumeau – un sosie intégral qui partagerait, non seulement notre conception initiale, mais qui évoluerait comme nous au fil des ans.
Or l’amour est sans doute le sentiment le plus exigeant pour la bonne raison que c’est celui qui nous touche au plus profond de notre intimité. Choisir une autre personne pour en faire son ami ou son conjoint n’est pas considéré comme un acte superficiel. Quand on voit combien nous pouvons être exigeant pour choisir un vêtement, une voiture ou un logement, il est clair que pour envisager une relation sur le long terme nous fixons des critères encore plus pointus.
L’amitié durable est logiquement adossée à un partage de valeurs morales touchant les domaines de la vie qui nous semblent les plus importants. Pour ma part, j’avais fixé comme critères les valeurs qui m’avaient poussées à rejoindre les équipes de secours de la Croix-Rouge Française et, ensuite, le monde de la santé. Forcément quand les valeurs changent ou quand d’autres apparaissent qui diffèrent notablement, la rupture est souvent proche. Une grande amie, connue au début de mon parcours secouriste, s’est éloignée quand j’ai clairement refusé de valider ses opinions sociales et politiques que je jugeais extrémistes à l’époque. Un autre, après plus de vingt ans d’amitié profonde, n’a plus donné signe de vie quand je me suis engagé dans le catharisme. J’ai également connu cela de quelques collègues que mon engagement spirituel a fait fuir.
Un autre point est également jugé essentiel au maintien d’une relation, c’est la réciprocité. Nous ne savons pas aimer une personne qui ne manifeste aucun sentiment comparable envers nous. Cela est dû à notre part mondaine qui crée un attachement envers l’autre pour ce qu’il est en ce monde. Or qui dit attachement dit forcément réciprocité puisque ce que fait l’autre a forcément un effet sur nous. Nous sommes des êtres sensibles qui ressentent tout ce qui se produit autour d’eux et qui en conçoivent des émotions. C’est cela qui définit la vie consciente animale par contraste avec la vie sensible inconsciente des végétaux. C’est vrai que certains vont donner à des végétaux une compétence de conscience, mais ce n’est que de l’anthropomorphisme. La vie consciente nécessite un cortex cérébral capable de transformer une sensation en émotion. Cela répond d’ailleurs à la critique de mauvaise foi des consommateurs de viande qui expliquent que les végétaliens font souffrir les carottes. La carotte n’a pas de conscience, donc pas de capacité émotionnelle, ce qui explique qu’elle ne noue pas de relation préférentielle avec sa voisine de champ, pas plus d’ailleurs qu’avec le chou-fleur ou le navet qui poussent un peu plus loin.
Or, quand il n’y a pas de retour à notre flamme érotique ou amicale, nous sentons notre attirance décroître parce que nous pensons que la valeur de notre amour n’est pas reconnue.
Cela m’amène à penser que vouloir quantifier ou qualifier notre amour est une voie sans issue.

La Bienveillance n’est pas de l’amour

La Bienveillance, cet amour détaché du monde, que je vous ai déjà décrit est si différent des autres formes d’amour que j’en viens à penser que ce n’est pas de l’amour. Bien que les Grecs l’aient englobé dans leurs définitions de l’amour sous le terme agapè, il me semble relever d’un domaine bien différent. En effet, la Bienveillance s’oppose à l’amour en cela qu’il ne relève pas du domaine mondain. En effet, l’amour, qu’il soit érotique ou amical, s’appuie sur les sens autant que sur la raison. La Bienveillance ne peut être véritable que si elle est totalement détachée du domaine mondain. En fait, la Bienveillance est l’expression directe et sans intermédiaire de notre part spirituelle. Elle est donc détachée de notre sensualité.

La Bienveillance ne se fixe pas d’objet spécifique

La Bienveillance est universelle. Certes la plupart du temps nous la rattachons à ce qui se présente à nous : une personne en souffrance ou un animal, mais en réalité elle s’exprime sans cesse, que nous en soyons conscients ou pas. Mieux, elle s’exprime sans son objet nous soit connu et quand nous croisons une personne pour la première fois nous avons de la Bienveillance pour elle parce qu’elle était déjà englobée dans notre Bienveillance globale. En amour, le sentiment ne peut se fixer que sur un objet connu, fut-il chimérique.
De ce fait, la Bienveillance n’a pas besoin de critère pour s’exprimer et, même si la personne change par rapport à notre première rencontre, cela ne change rien à la Bienveillance que nous avons pour elle.
Mais la Bienveillance n’a pas non plus d’objectif à atteindre, contrairement à l’amour qui vise à nous créer un réseau social ou à choisir le partenaire d’une vie. La Bienveillance s’exprime gratuitement parce qu’elle n’a besoin de rien et ne veut rien. En fait, c’est envers nous qu’elle agit en nous amenant à faire émerger notre part spirituelle que nous connaissons si mal depuis que nous sommes enfermés dans notre corps mondain.

La Bienveillance n’attend pas de retour

Encore un point qui distingue totalement la Bienveillance de l’amour. Elle n’a pas besoin d’un ressenti comparable de la part de l’autre. En effet, comme nous l’avons vu l’absence de critères, la possible absence d’objet précis et le détachement sentimental, font que la Bienveillance n’a pas de retour à attendre de qui ou de quoi que ce soit.
L’absence de retour est la garantie de ne pas être déçu, de ne pas se tromper, de ne pas impliquer la part mondaine dans l’équation et la certitude que rien ne viendra limiter le champ d’expression de la Bienveillance. Voilà bien qui confirme qu’il ne peut s’agir d’amour, mais de quelque chose de plus élevé. L’amour, que l’on en ait conscience ou pas est une sorte de marché comme le montre le système de contrat qui l’accompagne toujours. Certes, le mariage en est l’expression la plus formelle, mais l’appartenance à un groupe familial ou amical est une forme de contrat qui confirme bien que l’on est lié à un ou plusieurs autres. L’expression de la Bienveillance libère l’individu, le place hors du temps et du monde. Il se rend compte qu’il n’est ni au-dessus des autres, ni même de ce monde régit par des contrats, même dans les expressions les plus pures de son existence.

La Bienveillance est un pont entre notre mondanité où elle s’exerce et notre origine divine dont elle tire sa nature et sa substance. Quand nous la pratiquons pleinement elle réalise ponctuellement le mariage mystique entre notre part prisonnière et son pendant resté auprès du principe parfait.

Guilhem de Carcassonne.

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