Croyant cathare aujourd’hui

1 836 vue(s)

Nous parlons souvent sur ce site d’une future communauté de vie chrétienne cathare, ce qui doit en laisser pas mal d’entre-vous un peu dubitatifs. Certes, la finalité du catharisme est de vivre sa foi de manière à parvenir à bonne fin mais cet objectif est forcément précédé d’une période, plus ou moins longue, au cours de laquelle chacun vivra sa foi en demeurant en totale immersion dans le monde.
Cette période où certains peuvent se croire isolés les uns des autres est en fait une forme d’existence communautaire réelle et qui a un rôle important à jouer. Cette communauté ecclésiale — c’est-à-dire communauté de personnes se reconnaissant comme membre d’une même Église — a plusieurs fonctions toutes aussi essentielles les unes que les autres.

Elle a d’abord un rôle de communication en direction des personnes qui ne connaissent pas le catharisme ou, plus souvent, qui en ont une idée fausse liée à l’usage qui en est fait, pour diverses raisons, par des personnes dont les intérêts n’ont rien à voir avec la spiritualité cathare. Il ne faut pas confondre communication et prosélytisme. Le catharisme ne peut gagner personne à sa foi par la communication car, l’éveil qui est l’élément princeps à toute entrée en foi chrétienne cathare, est un bouleversement intérieur et personnel qui ne peut être induit par aucun humain. C’est en fait la révélation de notre dualité mondaine et de notre emprisonnement en ce monde enfin reconnu comme indubitablement malin qui conduit à bouleverser totalement l’approche que nous avions de la mondanité et de la spiritualité qui s’appelle l’éveil. Donc, la communication ne joue aucun rôle en la matière. Pour autant elle est utile pour aider les personnes que le sujet peut intéresser ou celles qui l’ont malheureusement abordée par un des nombreux points d’entrée pervers qui s’offrent à tout un chacun, de faire une analyse plus objective et de remettre les données en place afin de connaître le catharisme sous un jour plus en accord avec la réalité.
Certes, quand on parle ainsi on peut facilement être taxé de vouloir imposer sa vision face à celle d’autres qui auraient peut-être autant de légitimité. J’approuve totalement cette critique et j’y réponds volontiers en rappelant que, si proposer une autre lecture de l’histoire et de la théologie est toujours intéressant, cette lecture ne peut apporter quelque chose que si elle s’astreint à s’appuyer sur un maximum d’éléments venant l’expliquer, voire la valider, sans pour autant se contenter d’ignorer ceux qui pourraient éventuellement la remettre en cause. Donc, loin de proposer un choix différent de celui des tenants de l’ésotérisme ou des historiens, voire des régionalistes occitans, il faut aussi argument ce choix de façon à en montrer la cohérence et répondre aux critiques des uns et des autres en s’appuyant sur des éléments tangibles. Cela impose que le parcours du croyant soit constitué d’un véritable travail d’étude et de recherche afin de disposer des compétences nécessaires à la tenue d’un tel débat d’idées. C’est grâce à ce travail que le croyant sera en mesure d’affiner sa propre compréhension de sa spiritualité et de renforcer sa foi par conséquent mais aussi d’intéresser les curieux et les sympathisants afin que chacun dispose des outils pour interroger ses propres convictions et se dégager d’une gangue culturelle qui empêche souvent la réflexion libre. Car, l’ignorance et parfois le bourrage de crâne imposés par des cultures qui se sont imposés sans jamais accepter la critique ouverte, sont une gêne à la manifestation de l’éveil qui a besoin chez beaucoup d’un certain équilibre intellectuel pour inciter à l’introspection.
Donc, au lieu de remplacer un viol mental par un autre, comme le propose souvent le prosélytisme, la communication des croyants doit être simplement une proposition culturelle qui favorise la libre réflexion et la critique constructive. Et, en communiquant on améliore également sa propre culture critique puisque l’on est amené à réfléchir aux argument set aux outils nécessaires pour répondre correctement à toutes ces critiques. Ainsi, on conforte sa foi et l’on accompagne celles et ceux qui veulent mieux connaître le sujet et en éprouver la qualité argumentaire.

La communauté ecclésiale a également une fonction que je qualifierais d’interne vis-à-vis de ceux qui en font partie, c’est-à-dire les croyants. Car si les croyants sont totalement impliqués dans ce monde, de par leur vie professionnelle et familiale, voire sociale et politique, ils sont aussi amenés à construire leur spiritualité afin de cheminer vers leur but ultime — dont l’échéance peut être proche ou au contraire très lointaine — qui est de devenir des Bons-Chrétiens afin d’en finir avec les transmigrations et de rejoindre enfin leur part spirituelle en abandonnant définitivement ce monde malin.
Sans être comparable à un noviciat qui permet de mettre en œuvre une ascèse physique et d’approfondir un apprentissage religieux, la vie quotidienne du croyant va lui permettre de débuter un apprentissage religieux qui viendra accompagner son développement spirituel afin de lui permettre d’accéder à une connaissance et à une compréhension complète et totalement dénuée de la moindre contrainte, des éléments doctrinaux qui font la particularité du catharisme.
En effet, nous voyons souvent dans les discussions que les personnes se relient très régulièrement sur des fondamentaux du christianisme — comme bien évidemment l’Amour/agape que je préfère appeler Bienveillance — quand elles ressentent une divergence avec des éléments doctrinaux cathares dont elles se sentent pas capables d’assumer la particularité. C’est normal et en même temps cela doit faire s’interroger sur le caractère erroné de cette démarche. C’est normal parce que les fondamentaux chrétiens sont assez facile à admettre sans trop d’effort, même si en réalité la Bienveillance est souvent considérée de façon sélective alors qu’elle doit être universelle. Mais même alors, il faut garder à l’esprit que si tous les cathares sont des chrétiens, tous les chrétiens ne sont pas des cathares. Le catharisme est un christianisme particulier, notamment en cela qu’il n’a jamais renié quoi que ce soit de l’enseignement christique pour quelque raison que ce soit.
C’est une habitude ancestrale de modifier ce qui nous dérange plutôt que de s’interroger sur la raison qui fait que nous nous sentons dérangés afin de voir si ce n’est pas nous qu’il convient de modifier au lieu de trafiquer la doctrine pour la faire coller à nos petits calculs et ainsi préserver notre confort. C’est pourquoi l’appartenance à la communauté ecclésiale est largement plus utile qu’un cheminement solitaire pour ceux qui souhaitent progresser dans leur foi et que cette appartenance ne saurait donner lieu à l’établissement de « chapelles » qui progresseraient en secret afin de ne pas se confronter à d’éventuelles critiques. En clair il ne faut pas polluer la communauté ecclésiale par des pratiques qui ont déjà lieu en externe et qui dénaturent le catharisme.
Par contre, les échanges au sein de la communauté, s’ils sont ouverts et accessibles à tous, ne doivent pas se contenter d’émettre des points de vue en refusant toute contestation ou en s’abstenant de répondre aux questions qui se posent, quand bien même elles seraient ressenties comme des critiques. Non seulement la controverse permet de monter le caractère bienveillant de la démarche que l’on suit mais elle permet également d’améliorer son argumentation et de pousser à approfondir son étude pour justifier ses choix ou pour admettre une erreur que l’on pourra ainsi corriger. C’est par ce travail incessant d’étude et d’analyse intime de ses convictions que l’on pourra vérifier que l’on est à juste titre membre d’une communauté cathare ou comprendre que l’on s’est trompé de voie et en sortir pour mener une vie chrétienne en accord avec ses propres convictions, car le catharisme ne se considère pas comme la seule voie menant à la Vérité.

Enfin, bien entendu, la communauté ecclésiale à naturellement vocation à laisser émerger en son sein et à soutenir de toutes ses forces, une communauté évangélique qui mettra en pratique ce qui sera une évidence pour ceux dont le cheminement spirituel de croyant les incitera à mettre en pratique quotidienne ce qui est devenu pour eux une nécessité évidente et une continuation logique de leur pratique spirituelle et morale. Car le travail d’étude, de recherche, de construction mentale et morale que le croyant réalise tout au long de son développement au sein de la communauté ecclésiale va l’amener à intégrer dans sa propre cohérence tous les points de la doctrine cathare. De fait, il va alors modifier sa compréhension du monde et de la spiritualité, mettre en œuvre dans vie quotidienne les éléments moraux qui viendront en résonance de son aspiration spirituelle et commencer à se détacher des attraits de ce monde. Sans pour autant être déjà en situation d’ascèse physique, qui est je le rappelle un rôle du noviciat, le croyant en fin de parcours strictement mondain sera déjà en état d’ascèse morale et se sentira porté par le désir de passer au stade suivant, c’est-à-dire mettre en œuvre au quotidien ce qu’il considère comme évident tout en consacrant le plus clair de son temps libre à l’étude et à la méditation pour atteindre un niveau de spiritualité qui lui permettra d’accéder, le moment venu, au stade final de son évolution mondaine, c’est-à-dire celui de la Consolation.
Au quotidien, le croyant cathare va donc être amené, par le biais de sa propre réflexion, de ses lectures et études divers mais surtout grâce à des échanges réguliers et de plus en plus soutenus avec d’autres croyants, qu’il considérera comme d’un niveau d’avancement comparable au sien ou même évalué comme peut-être un peu plus avancé, à intégrer la cohérence des éléments doctrinaux dont il peut disposer via des échanges verbaux ou par le biais d’écrits divers. Certes, l’idéal serait de disposer d’une communauté évangélique vers qui on pourrait se retourner pour apporter des éléments d’étude déjà bien structurés mais il n’y en a pas pour l’instant et il faut bien trouver une solution alternative.
Cependant, on peut trouver aujourd’hui, soit dans documents d’histoire, soit dans des propos de croyants, des éléments que l’on peut travailler afin de constituer des outils de compréhension des éléments doctrinaux cathares. C’est en raison de cet éparpillement que j’avais proposé à mon frère Ruben de construire ce site afin d’y réunir les éléments d’information utiles et de favoriser l’expression d’autres frères parfois éloignés sur un plan géographique. Même si cela a bien fonctionné au début, il faut reconnaître que le tentation du repli sur soi est toujours forte dans notre communauté.
Mais je ne doute pas que bientôt nous aurons des documents plus travaillés qui donneront des moyens d’apprentissages, peut-être perfectibles et sans aucun doute légitimement critiquables, mais qui seront la première d’un travail de reconstitution de la bibliothèque cathare du Moyen Âge dont les textes qui nous sont parvenus laissent entrevoir l’immense richesse spirituelle.
Les croyants de demain auront donc je l’espère à la fois un outil pédagogique pour se former intellectuellement et des communautés évangéliques pour apprécier la validité de la praxis cathare et son exemplarité vis-à-vis des critiques extérieures et vis-à-vis de la communauté ecclésiale.
Dans l’attente de ce moment continuons à travailler ensemble à notre avancement personnel et mutuel.

Faites connaître cet article à vos amis !

Information

Contenu soumis aux droits d'auteur.

0