Le Pater, prière des Cathares – 3

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Le Pater, prière des Cathares – 3

Le Pater aujourd’hui

Dans l’ouvrage de Yves Maris, La résurgence cathare. Le manifeste, publié en 2007, l’auteur cite une version qui semble être de son cru :

« Principe parfait qui es au-delà des cieux,
sois glorifié,
que vienne ton règne,
que soit faite ta volonté dans cet univers comme au-delà des cieux.
Donne-moi aujourd’hui ma part de pain spirituel ;
remets-moi sur la voie qui mène vers toi.
Ne me laisse pas dans l’épreuve,
mais délivre-moi du Principe mauvais. »

Analyse personnelle

Je vois dans cette proposition le commencement d’un travail de spiritualisation du texte par le retrait du terme Père au profit de celui de principe parfait. La fin de phrase (qui es au-delà des cieux) amoindrit un peu ce concept et peut même être vécu par certains comme une forme de gnosticisme. En outre, cela crée une idée de situation physique de Dieu qui est complètement extérieure à la vision cathare.
La reprise de la version médiévale de glorification me semble constituer une perte de qualité par rapport à la conception marcionite qui avait compris que le besoin de purification n’est pas en direction de Dieu mais de nous. Il n’a nul besoin d’être glorifié, nous si. Et notre gloire ne peut nous être apportée que par lui, mais forcément de façon indirecte.
De même, la notion de règne qui persiste dans toutes les versions est marquée du sceau de son temps antique ou médiéval et n’a plus de raison d’être de nos jours. Yves Maris ajoute une phrase sur la volonté par laquelle il veut marquer l’universalité divine au-delà des limites temporelles. Mais cela alourdit le texte et n’apporte en fait rien, car si l’on considère ce que veut dire le terme règne, il y a forcément redondance entre les concepts.
L’idée de parler de pain spirituel est un plus par rapport à celle de surnaturel, car enfin ce pain perd son aspect matériel. Pourtant, il me semble dommage de se limiter à une image de nourriture précise. L’homme ne vit pas que de pain (Luc IV, 4) est une réponse de Jésus au tentateur. Aussi me semble-t-il adéquat de ne pas limiter l’apport demandé à Dieu à cet unique aliment. Ce qui me gêne également dans cette phrase c’est l’idée de demander sa part de pain. Cela fait de la prière quelque chose d’individualiste alors qu’elle devrait être un moment de communion. En cela le pluriel des marcionites me semble plus adapté. Yves fait l’impasse complète sur la notion de remise des péchés, ce qui occulte de fait la réciprocité qui figure dans les autres versions. Il la remplace par la demande d’une remise dans le bon chemin. Certes, c’est intéressant, mais je trouve dommage de se priver de la double rémission et je trouve que la reprise du bon chemin n’est pas du ressort de Dieu mais de nous. Comme pour le fils prodigue, c’est par notre prise de conscience de nos erreurs que nous devons comprendre quelle est la voie qui mène à Dieu et choisir de l’emprunter. Sinon, nous devenons passifs, tout comme l’étaient les Juifs qui laissaient à Iahvé toute la charge de la direction.
Par contre, je trouve intéressante la fin qui associe une demande d’aide face à l’épreuve actuelle et la délivrance du Principe mauvais.

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