Le Pater, prière des Cathares – 2

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Le Pater, prière des Cathares – 2

Le Pater marcionite

On en trouve ce texte dans l’Évangélion de Marcion de Sinope :

«  Père, que ton esprit saint soit sur nous et nous purifie ;
que vienne ton règne ;
donne-nous chaque jour ton pain surnaturel ;
remets-nous nos péchés
comme nous remettons aussi à nos débiteurs,
et ne nous laisse pas succomber à la tentation. »

Analyse

Le terme anthropomorphique Père est conservé. Par contre Que soit sanctifié ton nom est remplacé par Que ton esprit saint soit sur nous et nous purifie. Je trouve cette formulation beaucoup plus claire car elle déplace le sujet de Dieu à nous, ce qui est logique car Dieu n’a nul besoin d’une quelconque sanctification. En fait, c’est en disant que le nom de Dieu est saint — ce qui est une évidence — que nous manifestons notre foi en lui et que nous créons ce lien, via le Saint esprit qui nous permet d’avancer vers notre purification spirituelle. En cela les Marcionites avaient compris le sens profond de cette locution.

Encore, le terme de règne est utilisé, ce qui n’est pas surprenant à cette époque.

Les Marcionites ont fait le choix de corriger le terme pain de la journée par ton pain surnaturel. C’est la traduction littérale du terme grec épiousious. Cette traduction est littérale : épi = au-delà, au-dessus et ousia = existence, état actuel. Certains auteurs ont pensé que cela désignait la nourriture à venir et ont donc validé le choix de Luc : pain quotidien. Mais, en fait c’est plutôt pain du jour à venir qu’il aurait fallu dire. En fait, cela peut se comprendre plus logiquement par le pain que nous recevrons dans la vie future. Il s’agit donc bien d’un élément surnaturel, au-delà de toute substance mondaine, supersubstantiel, comme dit le texte latin de Matthieu ; c’est le pain de la parole divine. Prisonniers ici-bas, nous sommes privés de la parole divine et de sa raison, le logos, et nous prions pour qu’elle nous soit assurée afin de nous aider à atteindre le niveau d’avancement requis pour être en état de recevoir la grâce divine. Il est clair qu’il ne s’agit pas d’un pain matériel, comme on pourrait le comprendre dans la traduction néotestamentaire mais d’une nourriture spirituelle, ce qui est évident puisque nous la demandons à Dieu qui n’a rien de matériel en lui et encore moins à proposer.

Sur la rémission des péchés, il n’y aurait rien à dire excepté que cette notion de péché est un peu restrictive. Le péché est ce qui éloigne de Dieu. Je ne sais pas comment les Marcionites comprenaient ce terme. Les Cathares en avaient une lecture extensive puisqu’ils considéraient tout manquement — même involontaire — comme un péché.

La locution finale pose encore le problème du rôle négatif supputé que Dieu pourrait avoir dans notre défaillance. S’il lui est demandé de ne pas nous laisser succomber à la tentation, cela sous entend qu’il le pourrait, ce qui est faux et contraire à la divinité de Dieu.

En fait ce qui est recherché n’est pas de nous prémunir d’une tentation qui est notre lot quotidien en ce monde, mais de nous soutenir pour surmonter les épreuves de ce monde.

Commentaire

Le Pater marcionite, s’il propose une amélioration par rapport aux textes canoniques en ce qu’il présente bien la voie de la sanctification divine et la nature de la nourriture proposée, — même si le terme de pain est un peu restrictif —, reste encore perfectible sur d’autres points.

Le Pater des Bons-Chrétiens cathares médiévaux

Ce texte est issu du rituel cathare tel qu’il nous fut transmis par les textes de Lyon (occitan), de Florence (latin) et de Dublin (occitan).

Le texte est en latin qui était souvent utilisé pour les actes cérémoniels même si l’occitan restait la référence pour les prêches.

La glose du Pater ci-dessous vient du rituel de Dublin :

Pater noster qui es in celis
Sanctificetur nomen tuum
Adveniat regnum tuum
Fiat voluntas tua sicut in celo et in terra
Panem nostrum supersustancialem da nobis hodie
Et dimitte nobis debita nostra sicut et nos dimittimus debitoribus nostris
Et ne nos inducas in temptationem
sed libera nos a malo
Quoniam tuum est regnum
Et virtus
Et gloria
Dans les siècles, Amen
Notre Père qui êtes aux cieux
Que votre nom soit sanctifié
Que votre règne arrive
Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel
Donnez-nous aujourd’hui notre pain suprasubstantiel
Et remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs
Et ne nous induisez pas en tentation
Mais délivrez-nous du mal
Car à vous appartiennent le règne
Et la puissance
Et la gloire
Dans les siècles, Amen

La version cathare occitane du manuscrit de Lyon :

Lo nostre Paire que es als Cels,
Sanctificatz sia lo Teus Nom,
Avenga lo Teus Regnes
E sia faita la Tua voluntatz sico el Cel e la terra.
E dona a nos uei lo nostre pan qui es sobre tota causa.
E perdona a nos los nostres deutes,
Aisi co nos perdonam als nostres deutos.
E no nos amenes en tentatio
Mas deliura nos de mal.
Amen.

On peut penser à la lecture de ce texte que les Cathares n’avaient pas eu la version marcionite à leur disposition. En effet, pour l’essentiel, la référence est le texte de la Vulgate « amélioré » par la transcription exacte de épiousios. On constate la proximité entre la version de Dublin et celle de Lyon, alors que les écoles de pensées concernées semblaient assez éloignées l’une de l’autre.

Bien des points posent problème, dont notamment le retour du terme pardon dans la version occitane. Ce qui est intéressant est la notion de délivrance du mal. La doxologie finale, absente de la version occitane est effectivement superflue.

Ce qui ressort est que ce texte, qui n’était déjà pas unique au premier siècle, a fait l’objet d’adaptation jusqu’au Moyen Âge. Il n’est donc pas à considérer comme immuable et figé, ce qui ne peut que rassurer les Cathares qui ont toujours refusé les dogmes. Il faut donc l’étudier pour le rendre cohérent avec notre siècle.

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