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Consolation de Guilhem

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Consolation de Guilhem

Cette Consolation est une première depuis sept siècles environ.

Elle n’est que la partie émergée d’une évolution spirituelle qui s’est construite tout au long de cinq années de noviciat, composé de rituels rigoureusement suivis et d’études dans le domaine doctrinal et pratique.

La Consolation spirituelle s’est déjà produite ; c’est le moment où le novice ressent le lien avec le Saint-Esprit paraclet qui nous accompagne depuis l’éveil à la spiritualité cathare.

Cette Consolation sacramentelle permet d’affirmer ouvertement à la communauté ecclésiale et au monde que le catharisme est toujours vivant et actif.

La configuration de cette première Consolation est particulière. L’absence de consolés disponibles pour effectuer le sacrement oblige à adapter le déroulé de la cérémonie.

Vous trouverez ci-dessous le déroulé du sacrement avec en rouge les éléments qui ne seront pas réalisés pour les raisons que je viens d’expliquer.

Préparation du sacrement

Si un novice est en abstinence, et si les chrétiens sont d’accord pour lui donner la Consolation, qu’ils se lavent les mains, et les novices et croyants, s’il y en a, également.

Et puis que l’un des consolés, celui qui est après l’ancien, fasse trois révérences à l’ancien.
Qu’il prépare une table, et fasse trois autres révérences.
Qu’il mette une nappe sur la table, et fasse trois autres révérences.
Qu’il mette le livre sur la nappe.
Qu’il dise : Bénissez-nous, épargnez-nous.

Que le novice fasse son Amélioration et prenne le livre de la main de l’ancien.

Admonestation

L’admonestation qui suit sera normalement enregistrée pour être lue au novice. Si cela est possible vous pourrez la suivre via Skype® en visioconférence. Merci de ne pas intervenir ni commenter.

« Guilhem, vous voulez recevoir le baptême spirituel, par lequel est donné le Saint-Esprit dans l’Église de Dieu, avec la sainte oraison avec l’imposition des mains des consolés.

De ce baptême le Christ dit, dans l’Évangile selon Mathieu, à ses disciples : « Allez et instruisez toutes les nations, et baptisez-les au nom du père et du fils et du Saint-Esprit. Et enseignez-leur à garder toutes les choses que je vous ai commandées. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la consommation du siècle. »

Et dans l’Évangile selon Marc, il dit : « Allez par tout le monde, prêchez l’évangile à toute créature. Et qui croira et sera baptisé sera sauvé, mais qui ne croira pas sera condamné. »

Et dans l’Évangile selon Jean il dit à Nicodème : « En vérité, en vérité je te dis qu’aucun homme n’entrera dans le royaume de Dieu s’il n’a été régénéré par l’eau et le Saint-Esprit. »

Et Jean- Baptiste a parlé de ce baptême quand il a dit : « Il est vrai que je baptise d’eau ; mais celui qui doit venir après moi est plus fort que moi : je ne suis pas digne de lier la courroie de ses souliers. Il vous baptisera du Saint esprit et de feu. »

Et Jésus-Christ dit dans les Actes des apôtres : « Car Jean a baptisé d’eau, mais vous serez baptisé du Saint esprit. »

Ce Saint baptême par l’imposition des mains a été institué par Jésus-Christ, selon ce que rapporte Saint Luc, et il dit que ses amis le feraient, comme le rapporte Saint Marc : « Ils imposeront les mains sur les malades, et les malades seront guéris. »

Et Ananias fit ce baptême à l’apôtre Paul quand il fut converti. Et ensuite Paul et Barnabé le firent en beaucoup de lieux. Et Pierre et Jean le firent sur les Samaritains. Car Luc le dit ainsi dans les Actes des apôtres : « Les apôtres qui étaient à Jérusalem ayant appris que ceux de Samarie avaient reçu la parole de Dieu, envoyèrent à eux Pierre et Jean. Lesquels y étant venus prièrent pour eux pour qu’ils reçussent le Saint-Esprit, car il n’était encore descendu en aucun d’eux. Alors ils posaient les mains sur eux, et ils recevaient le Saint-Esprit. »

Ce baptême par lequel le Saint-Esprit est donné l’Église de Dieu l’a gardé depuis les apôtres jusqu’à maintenant, et il est venu de consolés en consolés jusqu’ici et elle le fera jusqu’à la fin du monde. »

Et vous devez entendre que pouvoir est donné à l’Église de Dieu de lier et de délier, et de pardonner les péchés et de les retenir, comme Christ le dit dans l’Évangile selon Jean : « Comme le père m’a envoyé, je vous envoie aussi. Lorsqu’il eut dit ces choses, il souffla et leur dit : Recevez le Saint-Esprit ; ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur sont pardonnés, et ceux à qui vous les retiendrez, ils sont retenus. »

Et dans l’Évangile selon Mathieu, il dit à Simon Pierre : « Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer n’auront point de force, contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Et quelque chose que tu lies sur terre, elle sera liée dans les cieux, et quelque chose que tu délies sur terre, elle sera déliée dans les cieux. »

Et dans un autre endroit il dit à ses disciples : « En vérité je vous dis que quelque chose que vous liiez sur terre, elle sera liée dans les cieux, et quelque chose que vous déliiez sur terre, elle sera déliée dans les cieux. Et derechef en vérité je vous dis : si deux de vous se réunissent sur terre, toute chose, quoi qu’ils demandent, leur sera accordée par mon père qui est au ciel. Car où sont deux ou trois personnes réunies en mon nom, j’y suis au milieu d’elles. »

Et dans un autre endroit, il dit : « Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. »

Et en l’Évangile selon Jean, il dit : « Qui croit en moi fera les œuvres que je fais. »

Et en l’Évangile selon Marc, il dit : « Mais ceux qui croiront, ces signes les suivront : en mon nom ils chasseront les démons, et ils parleront de nouvelles langues, et ils enlèveront les serpents, et s’ils boivent quelque chose de mortel, cela ne leur fera pas de mal. Ils poseront les mains sur les malades et ils seront guéris. »

Et en l’Évangile selon Luc, il dit : « Voici que Je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions, et sur toutes les forces de l’ennemi, et rien ne vous nuira. »

Et si vous voulez recevoir ce pouvoir et cette puissance, il vous faut tenir tous les commandements de Christ et du nouveau testament selon votre pouvoir. Et sachez qu’il a commandé que l’homme ne commette ni adultère, ni homicide, ni mensonge, qu’il ne jure aucun serment, qu’il ne prenne ni ne dérobe, ni ne fasse aux autres ce qu’il ne veut pas qui soit fait à soi-même, et que l’homme pardonne à qui lui fait du mal, et qu’il aime ses ennemis, et qu’il prie pour ses calomniateurs et pour ses accusateurs et les bénisse, et si on le frappe sur une joue, qu’il tende l’autre, et si on lui enlève la chemise, qu’il laisse le manteau, et qu’il ne juge ni ne condamne, et beaucoup d’autres commandements qui sont commandés par le seigneur à son Église. Et il faut également que vous haïssiez ce monde et ses œuvres, et les choses qui sont de lui.

Car Jean dit dans l’épitre : « O mes très chers, ne veuillez pas aimer le monde, ni ces choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, la charité du père n’est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde est convoitise de chair, et convoitise des yeux, et orgueil de la vie, laquelle n’est pas du père, mais est du monde ; et le monde passera, ainsi que sa convoitise, mais qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. »

Et Christ dit aux nations : « Le monde ne peut vous haïr, mais il me hait, parce que je porte témoignage de lui, que ses œuvres sont mauvaises. »

Et Jude frère de Jacques dit pour notre enseignement dans l’épître : « Haïssez ce vêtement souillé qui est charnel. »

Et par ces témoignages et par beaucoup d’autres, il vous faut tenir les commandements de Dieu, et haïr ce monde. Et si vous le faites bien jusqu’à la fin, nous avons l’espérance que votre âme aura la vie éternelle. »

Consolation

Que le novice dise : « J’ai cette volonté, priez Dieu pour moi qu’il m’en donne sa force. »

Et puis que l’un des consolés [que le novice] fasse son Amélioration à l’ancien [au Saint-Esprit paraclet] ainsi :

Debout, il incline son buste, les mains jointes devant la poitrine, puis il s’agenouille, se prosterne jusqu’à ce que son front touche le sol, les mains à plat de chaque côté.
Il dit deux fois : Bénissez-moi, épargnez-moi, saint paraclet, priez Dieu pour moi.
La troisième fois il dit : Bénissez-moi, épargnez-moi, saint paraclet, priez Dieu pour moi afin qu’il me fasse bon chrétien et qu’il me mène à bonne fin.
Ensuite, il se relève et qu’il dise : « Épargnez-moi, je vous prie par l’amour de Dieu que vous m’accordiez de ce bien que Dieu peut me donner. »
Et puis qu’il dise : « Épargnez-nous. Pour tous les péchés que j’ai pu faire ou dire ou penser ou opérer, je demande pardon à Dieu, et à l’Église et à vous tous. »

Et que les chrétiens disent : « Par Dieu et par nous et par l’Église qu’ils vous soient pardonnés, et nous prions Dieu qu’il vous les pardonne. »
Et puis ils doivent le consoler.

Et que l’ancien prenne le livre et le lui mette sur la tête, et les autres consolés, chacun la main droite, et qu’ils disent les Bénissez-nous et trois Prions devant, et puis : Père saint, maintiens ton serviteur dans ta justice, et envoie ta grâce et ton Saint-Esprit sur lui.

Le novice prend le livre et le place au-dessus de sa tête.

Il dit : Bénissez-moi et trois Prions devant (sans veniæ).

Puis il dit : Père saint, maintiens ton serviteur dans ta justice, et envoie ta grâce et ton Saint-Esprit sur moi.

Et qu’ils prient Dieu avec un Pater, et celui qui guide le service divin doit dire à voix basse la « sixaine » ; et quand la « sixaine » sera dite, il doit dire trois Prions devant, et un Pater une fois à haute voix, et puis le prologue de Jean. Ensuite, ils doivent dire trois Prions devant et la Que la grâce et Bénissez-nous, épargnez-nous.

Le nouveau consolé dit un Pater à haute voix suivi d’une sizaine à voix basse.

Ensuite, il dit trois Prions devant avec venias.

Il dit un Pater à voix haute.

Il dit ensuite le Prologue de Jean (17 premiers versets du chapitre 1 de l’Évangile selon Jean) :

1 – Au principe était la parole, la parole était chez Dieu et la parole était Dieu.

2 – Elle était au principe chez Dieu.

3 – Tout a existé par elle et rien de ce qui existe n’a existé sans elle.

4 – En elle était la vie et la vie était la lumière des hommes.

5 – La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas trouvée.

6 – Il y eut un homme envoyé de Dieu, un nommé Jean.

7 – Il vint en témoin pour attester la lumière, pour que tous aient foi par lui.

8 – Il n’était pas la lumière mais le témoin de la lumière.

9 – La lumière véritable qui illumine tout homme venait dans le monde.

10 – Elle était dans le monde et le monde existait par elle et le monde ne l’a pas connue.

11 – Elle vint chez elle et les siens ne l’ont pas reçue.

12 – Mais ceux qui l’ont reçue, elle leur a donné pouvoir d’être enfants de Dieu, ceux qui se fient à son nom,

13 – ceux qui ne sont nés ni du sang, ni d’une volonté de chair, ni d’une volonté d’homme mais de Dieu.

14 – Oui, la parole s’est faite chair, elle s’est abritée parmi nous et nous avons contemplé sa gloire, gloire que tient de son père un fils unique plein de grâce et de vérité.

15 – Jean témoigne de lui, il crie : C’était de lui que je disais : Lui qui vient derrière moi me dépasse, car il était avant moi.

16 – Car nous avons tous reçu de sa plénitude et grâce pour grâce.

17 – Car la loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.

Il dit ensuite trois Prions devant avec venias.

Et puis il doit faire la paix avec le livre envers le Saint-Esprit paraclet et envers les croyants.

Et s’il y a des croyants, qu’ils fassent la paix aussi, et que les croyantes, s’il y en a, fassent la paix avec le livre et entre elles.

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Période médiévale – Le «catharisme» occidental

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3 – 3 – Période médiévale

Il est impossible de comprendre quoi que ce soit au christianisme et aux religions qui s’en réclament si l’on n’étudie pas l’histoire et les religions qui ont participé à son avènement.

Le « catharisme » occidental

Nous l’avons vu, le développement du catharisme en Europe occidentale semble avoir suivi deux voies de propagation. L’une fut le fait des pauliciens intégrés aux armées grecques en Italie du sud et à celle de Raymond IV en Languedoc. L’autre semble avoir suivi les routes commerciales entre Europe centrale et Europe de l’ouest. C’est celle qui est le mieux documentée et qui sert de référence aux historiens modernes. Elle passe de Bulgarie en Rhénanie, puis en Champagne, en Flandre, en Orléanais et en Occitanie. C’est cette vision qui fit croire à ces historiens que le courant mitigé[1] fut premier et qu’il fut ensuite supplanté par le courant absolu. Pour cette même raison, il fut admis que l’Italie du Nord fut touchée avant le Languedoc.

Je pense pour ma part qu’un courant absolu était déjà en place avant l’arrivée des « cathares » du nord de la France. Pour ce qui est de l’Italie du Nord, on peut imaginer aussi qu’une partie des pauliciens de l’armée de Raymond IV, revenue soutenir son héritier après sa mort en Terre Sainte, ait pu essaimer dans cette zone forcément traversée sur le chemin du retour. Mais il est aussi possible que ceux qui étaient installés en Occitanie aient diffusé à l’est compte tenu de l’appartenance de l’Italie du Nord à l’Occitanie. Peu importe en fait. Ce qui compte c’est que la tendance mitigée ne semble pas avoir touché le Languedoc alors qu’elle provoqua de nombreux remous en Italie du Nord où elle divisa l’Église de Concorezzo. Cela ne peut m’empêcher de comparer le mouvement mitigé italien avec celui de Valentin. Là aussi, face à un dualisme strict, il semble bien que Valentin ait introduit une approche plus conciliante avec l’orthodoxie catholique de son époque. Et même si cette approche ne connut pas de lendemain en raison de la dérive gnostique de ses successeurs, elle signe une volonté de retour à la « norme », d’une partie des chrétiens authentiques, peut-être un peu inquiets face à l’orthodoxie catholique dont la doctrine était en outre moins contraignante.

Mais plus que les tribulations du catharisme italien, je voudrais insister sur le fait qu’en France on observa divers épisodes que les historiens ont rapprochés du catharisme sur le simple critère de leur opposition au catholicisme.

XIe et XIIe siècles

Aux environs de l’an mil, à Vertus en Champagne, un dénommé Leutard[2], paysan analphabète, se fait remarquer en dénigrant l’Église catholique, en répudiant sa femme et en brisant les croix. Condamné et expulsé par l’évêque de Châlons, il se suicida en se jetant dans un puits. Vers 1015 l’évêque de Limoges signale des « manichéens » sans plus de précision. En 1022 un bûcher fut dressé à Toulouse contre des « manichéens » dont nous ne savons malheureusement rien d’autre. Cependant, c’est à Orléans[3], la même année, qu’intervint l’affaire la plus retentissante. Des prélats de haut rang, dont le confesseur de la reine Constance — femme de Robert II le pieux —, propagent une doctrine typiquement cathare. La rumeur voulait que ces idées avaient été introduites en Orléanais par une italienne et un paysan périgourdin. Dénoncés par un chevalier qui avait infiltré leurs rangs, après que leurs agissements furent découverts par un clerc tombé sous leur influence, ils furent interrogés en public par l’évêque de Beauvais à la tête d’un collègue épiscopal réuni pour l’occasion sous l’autorité du roi. Ce dernier les fit périr sur un bûcher le 25 décembre 1022. Leur nombre de dix présente une légère imprécision quant à la présence en leur sein d’une nonne qui n’aurait pas été brûlée, de même qu’un jeune clerc. En 1025 des hérétiques abjurèrent devant le synode d’Arras. En 1027-28 le concile de Charroux (Vienne) dénonça les hérétiques à la demande du duc d’Aquitaine, Guillaume III. En 1049 le concile de Reims prit des mesures de portée générale qui amenèrent à des exécutions à Arras[4] et Châlons. Pourtant en 1048 le prince-évêque de Liège[5], Wason, avait interdit la mise à mort des hérétiques en se basant sur la parabole du bon grain et de l’ivraie (seul Dieu est apte à séparer le bon grain de l’ivraie). Vers 1050 son successeur, Théodwin, prend le contre-pied exact de sa position en en appelant au bras séculier contre Bruno évêque d’Angers et Béranger évêque de Tours convaincus d’hérésie. À Goslar en Allemagne, des hérétiques sont démasqués en 1052 par le test du poulet — soucieux d’observer le commandement divin les hérétiques refusent de tuer, même un poulet — et pendus le jour de Noël. Face à cette violence, le concile de Toulouse (1056) fait place à l’amendement des hérétiques sans préciser ce qu’il faut faire des impénitents et des relaps. Il ne sera pas suivi. Vers 1077 le prêtre Ramihrd[6], vivant à proximité de Douai, est dénoncé par l’évêque de Cambrai comme hérétique, car il refuse les sacrements issus de simoniaques (dont l’évêque lui-même). Il sera brûlé par les gardes et la foule. Il fut soutenu par le pape Grégoire VII qui excommuniera la ville. En 1083 le Pape sermonne le comte de Flandre pour sa collusion avec l’hérésie. La seconde moitié du XIe siècle est quasiment muette sur l’implantation et le développement du catharisme.

Mais ces épisodes ne sont qu’une partie des mouvements qui apparurent au XIe et XIIe siècle, soit en réaction aux comportements de l’Église catholique et de ses membres les moins rigoureux, soit en raison de la réforme grégorienne. Ce qu’il faut distinguer, afin de ne pas attribuer au catharisme ce qui n’en est pas et de ne pas mettre dans un fatras de divergences ce qui constitue une rupture totale avec le judéo-christianisme, c’est le contenu doctrinal. Et alors on constate effectivement que beaucoup des mouvements contestataires sont des mouvements de réforme du catholicisme, car ils conservent les mêmes fondamentaux que l’Église catholique, alors que d’autres sont des mouvements de rupture qui poussent leurs adeptes à changer radicalement de fondamentaux doctrinaux, ce qui revient à changer de religion aussi sûrement que s’ils s’étaient fait juifs ou musulmans. Ainsi le paysan Leutard ne peut en aucune façon être considéré comme cathare alors que les prélats d’Orléans confessent un catharisme indiscutable. Ceux de Goslar sont également fortement suspects de catharisme alors que Ramihrd est vraisemblablement plus un réformateur catholique qu’autre chose.

L’autre question importante est le fait que l’on trouve souvent des clercs catholiques dans les rangs de ceux qui sont jugés pour leurs idées hérétiques. Cela peut-il être un frein au fait que ces religieux aient pu renier leur foi initiale pour embrasser un nouveau christianisme ? Je ne le crois pas, car si la révélation de l’éveil peut toucher tout le monde, les clercs de l’époque étaient les mieux placés pour acquérir la connaissance nécessaire à cette conversion. Il n’est donc pas étonnant qu’ils aient été les premiers touchés, tout comme les historiens n’ont pas manqué de noter la forte proportion de nobles parmi les cathares médiévaux, qui n’est pas liée à un quelconque phénomène de mode, mais bien au fait qu’ils étaient eux aussi en mesure d’acquérir les connaissances nécessaires à leur adhésion.

XIIIe et XIVe siècles

Le XIIIe siècle est l’époque la mieux connue du catharisme[7], tant languedocien qu’italien et même français, notamment en Champagne. En Italie, les cathares se répartissent en deux écoles, celle des albanenses (albanistes) qui sont les tenants du christianisme authentique transmis par les pauliciens. L’ouvrage qui présente le mieux leur doctrine nous vient, directement ou non, de leur évêque Jean de Lugio et s’appelle le Livre des deux principes (Liber de duobus principii). L’école de Concorezzo qui semble avoir été instituée par l’Église bogomile de Bulgarie, prône un catharisme mitigé et met en avant un ouvrage qualifié d’apocryphe bogomile : La cène secrète de Jean (Interrogation Johannis). Une troisième école, issue de l’Église de Slavonie, propose une théologie légèrement différente, notamment sur la place de Marie, mais néanmoins rattachée à l’approche bulgare.

La répression fut relativement sporadique pendant tout le siècle en raison de l’opposition entre le pape et l’empereur Frédéric Barberousse, par ailleurs tous deux clairement disposés à éradiquer le catharisme italien. Ce n’est que dans le dernier quart du siècle, suite à la victoire du parti guelfe sur celui des gibelins, que la répression put prendre un tour plus systématique. L’arrestation des cathares de Sirmione et le bûcher de Vérone en 1278 signa la fin du répit pour le catharisme en Italie. Mais nous avions parlé de cathares en Italie du sud et en Sicile. Leur existence débordera sur le XIVe siècle puisque nous savons que de nombreux languedociens s’y rendirent pour être formés, dont Pierre Authier et son frère Guilhem. Pour autant nous disposons de peu d’informations sur son fonctionnement et son développement excepté que, manifestement, elle devait être proche de l’école des albanistes.

En Languedoc le XIIIe siècle est dominé par le début de la répression de l’hérésie cathare. Tout d’abord, objet de tentative de contradictions théologiques par le biais des fameuses disputatio, ces controverses publiques à laquelle participa Dominique de Guzman, le futur créateur de l’ordre des dominicains, elle fut ensuite militaire par l’intermédiaire de la croisade contre les albigeois et enfin religieuse à l’occasion de la mise en place du tribunal de l’Inquisition qui se poursuivra jusqu’à la mort du dernier consolé, Guillaume Bélibaste exécuté à Villerouge en Termenès en 1321. L’association de ces deux derniers modes de répression trouvera son expression la plus forte lors de la reddition de Montségur qui se terminera le 15 mars 1244 après dix mois de siège par l’exécution des derniers représentant de l’Église cathare du Languedoc. Mais, même après la fin de la tentative de reprise de la prédication des consolés mise en place par Pierre Authier, il restait de nombreux croyants et quelques bonshommes, notamment en Quercy où les réseaux étaient mieux segmentés. Que sont-ils devenus ? Les textes manquent à leur sujet. Sont-ils restés sur place ou ont-ils été capturés et éliminés sans que nous le sachions ? Troisième hypothèse ; peut-être sont-ils partis avec leurs croyants dans cet exode commencé dès le début de la croisade par ceux qui n’avaient plus de raison de rester en Occitanie et qui se sont installés à ses frontières sud-ouest, au Pays basque avant de disséminer sur la côte atlantique, en Espagne et même en Amérique du sud sous le nom infamant de cagots ou d’agotes comme l’a si bien expliqué Kepa Olaizola[8] dans son travail de recherche.

J’ai volontairement choisi de ne pas alourdir ce texte en évoquant la (les ?) croisade contre les albigeois, déclenchée à la demande du pape innocent III au début de l’été 1209 et l’Inquisition, créée suite à l’échec partielle de la croisade, en 1233 à Carcassonne et à Toulouse qui éliminera l’hérésie en tuant Guilhem Bélibaste. Il ne manque pas d’excellents ouvrages retraçant ces périodes, notamment la somme historique de Michel Roquebert, l’épopée cathare en cinq volumes.

Conclusion

Les tentatives modernes visant à refuser « l’unité » du mouvement cathare médiéval au motif des variantes cosmogoniques, voire de quelques divergences superficielles dans la doctrine sont donc liées à une totale méconnaissance de l’Église chrétienne authentique que j’espère avoir un peu réduite dans cette présentation des origines. De même, la mode de faire du catharisme médiéval une divergence du catholicisme est totalement ignorante des divergences insurmontables entre les fondamentaux doctrinaux de ces deux christianismes. Fondamentaux qui remontent au premier siècle, même s’ils ne furent finalisés qu’entre le deuxième et le septième siècle. Chercher à subordonner le catharisme au catholicisme est aussi peu sérieux que le fut le fait de l’attacher au manichéisme ou à l’arianisme, voire à l’origénisme.

Comme toujours, vous êtes invités à venir en discuter sur le forum dédié.


[1] Le catharisme fait l’objet de diverses séparations selon les critères doctrinaux touchant à la cosmogonie. Les mitigés considèrent notamment que Dieu a créé la matière que le diable a corrompue et les absolus pensent que c’est le diable le créateur de la matière.

[2]. Edmond Pognon. L’an mille. Œuvres de Raoul Glaber, Adhémar de Chabannes , etc. Éditions NRF Gallimard (Paris) 1947.

[3]. Ibid.

[4]. M. Grisard. Les Cathares dans le Nord de la France in Revue du Nord, tome XLIX, n°194, Juillet-Septembre 1967. Université de Lille.

[5]Ibid.

[6]. M. Grisard. Les Cathares dans le Nord de la France. Op. cit.

[7]. La religion des Cathares et l’histoire des Cathares. Le Catharisme (t. 1 et t. 2) op. cit.

[8]Agot, cagot. L’après Catharisme. Kepa Olaizola. Op. cit.

Rituels et sacrement

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Rituels et sacrement

Le catharisme est un christianisme qui a réduit les activités rituelles au strict minimum en se basant sur ce que les Écritures nous disent de la pratique de christ.

À l’exception notable du Baiser de paix (caretas), tous les rituels nécessitent la présence d’un chrétien consolé. Ils sont normalement réalisés par le consolé le plus ancien présent au moment donné : ancien, diacre, Fils et bien entendu évêque.

Certains relèvent de la vie évangélique de la communauté vivant dans la maison cathare et les autres sont destinés à marquer l’appartenance à la communauté ecclésiale qui réunit les croyants vivants dans le monde et les communautés évangéliques.

Les rituels concernant les croyants

Certains rituels incluent les croyants, seuls ou associés à des consolés. D’autres sont réservés aux consolés, accompagnés ou non des novices. Parmi ces derniers certains acceptent des croyants, voire des sympathisants comme témoins muets.

Le Baiser de paix[1]

C’est le seul rituel qui ne nécessite pas la présence et la participation d’un consolé. Les croyants peuvent donc le pratiquer ensemble à l’occasion d’un temps de concentration spirituelle. Par exemple, si des croyants prient ensemble avec le Père saint, ils peuvent conclure ce temps par un Baiser de paix.

Ce rituel permet aux membres de la communauté de manifester ostensiblement, les uns envers les autres, leur appartenance et leur cohésion.

La pratique en est simple et rappelle ce qui se passe dans les communautés judéo-chrétiennes.

D’abord, le rituel ne peut s’effectuer qu’entre membres de même sexe. Il se compose de trois accolades alternées sur chaque épaule et se termine par un baiser, à bouche fermée, effectué en inclinant la tête de façon à ce que les lèvres de rejoignent de façon perpendiculaire. Il se conclue par un baiser donné au Nouveau Testament que chaque groupe fait circuler.

En présence d’un consolé, les membres de même sexe que lui (ou elle) le pratiquant prononce à chaque accolade : « Bénissez-moi. » et après le baiser, il dit : « Priez Dieu pour nous. », ce à quoi le consolé répond : « Que Dieu en soit prié. ».

L’Amélioration[2]

C’est sans doute le rituel le plus important au sein de la communauté ecclésiale. Il manifeste l’appartenance à la communauté et l’obéissance du croyant ou des consolés envers le Saint-Esprit paraclet représenté par l’ancien de la communauté évangélique.

C’est un rituel intime qu’on ne pratique pas en public, mais uniquement si l’assistance est composée de consolés et de croyants.

Il se décompose en deux temps :

La révérence

Le croyant ou le consolé qui pratique se met face au consolé qui officie. Il joint ses mains à plat, pouces collés si possible contre sa poitrine. Il incline la tête et le buste pour manifester. Aucun mot n’est prononcé de part et d’autre.

La prosternation

Sans pause, le pratiquant se met à genoux et adresse sa demande à l’officiant : « Bon-chrétien (ou Bonne Dame), la bénédiction de Dieu et la vôtre. »

L’officiant étend sa main au-dessus de la tête du pratiquant et répond : « La bénédiction de Dieu et la nôtre. »

Le pratiquant met alors ses mains à plat sur le sol et se prosterne en les touchant du front. Puis il revient à la position antérieure et renouvelle sa demande. L’officiant lui répond de même. La troisième fois, le pratiquant dit : « Priez pour nous pécheurs, afin qu’il fasse de nous de bons chrétiens et nous conduise à bonne fin. », ce à quoi le consolé répond : « Que Dieu vous bénisse et veuille faire de vous de bons chrétiens pour vous conduire à bonne fin. ».

Le pratiquant se relève et le rituel se termine par le Baiser de paix.

La Tradition du pain de la sainte Oraison

Lorsque des consolés et des croyants se trouvent ensemble à table, le plus ancien des consolés (ancien, diacre, Fils, évêque) va reproduire la gestuelle, attribuée à Jésus, de partage du pain de la Cène sans que cela ait la prétention de signifier quoi que ce soit de comparable avec l’eucharistie judéo-chrétienne. Il s’agit juste de commémorer des agapes.

Au début du repas, le consolé place sur son épaule (inverse de sa main dominante) une serviette blanche et y pose du pain en le maintenant, à travers la serviette, avec l’autre main.

Puis, il prononce quelques mots, pendant une durée estimée à celle nécessaire pour dire deux Notre Père. Que dit-il ? Personne ne l’a rapporté de façon claire, mais on peut considérer qu’il y avait sans doute un Pater, et que les quelques mots dit à voix basse, servaient au consolé à confirmer que cette réunion se faisait pour manifester la présence de l’ecclésia.

Ensuite, il découpe le pain en autant de parts que de convives. Il les distribue en respectant l’ordre d’ancienneté dans la croyance. Enfin, chacun mange son pain sans rien n’en laisser perdre.

Aujourd’hui cela peut s’envisager avec des tranches de pain déjà découpées pour simplifier les choses.

Les deux prières des croyants

Si je vous parle de cela c’est que les consolés ont des rituels de prières qui leur sont réservés. Les croyants n’en ont pas, mais ils disposent de prières qui leur sont autorisées, contrairement au Pater.

Le Père saint

« Père saint, Dieu légitime des bons esprits.
Toi qui n’as jamais trompé, ni menti, ni erré, ni hésité ;
Par peur à venir trouver la mort dans le monde du Dieu étranger,
Puisque nous ne sommes pas du monde et que le monde n’est pas de nous,
Donne-nous connaître ce que tu connais et d’aimer ce que tu aimes. Amen.
 »

Ce texte est suivi d’un anathème, tiré de l’Évangile selon Matthieu, écrit en réaction à l’éviction des juifs chrétiens des synagogues par les juifs (pharisiens et sadducéens) qui leur faisaient porter la responsabilité de la chute du Temple de Jérusalem en 70.

Bénédicité

Pour les instants à risque, un texte plus court est proposé à la demande des croyants :

« Bénédicité, seigneur Dieu, père des bons esprits, aide-nous dans tout ce que nous voudrons faire. »

Les rituels concernant les consolés

En plus des rituels ci-dessus, les consolés ont des rituels qui leur sont spécifiques et dont certains se pratiquent à l’abri des maisons cathares, c’est-à-dire sans que les croyants y assistent.

Le rituel des Heures

Ce rituel s’inscrit dans la vie quotidienne des consolés et, dans une moindre mesure, des novices.

Il s’agit de pratiquer un rituel simple ou double à certaines heures de la journée et de la nuit. Le rituel double enchaîne deux rituels simples.

Ils sont répartis comme suit :

  • Matines : rituel double exécuté dans l’heure qui précède le lever du jour ;
  • Laudes : rituel double exécuté dans la première heure du jour ;
  • Prime : rituel simple exécuté à la suite du précédent ;
  • Tierce : rituel simple de la troisième heure du jour ;
  • Sexte : rituel simple de la sixième heure du jour ;
  • Vêpres : rituel double exécuté à la douzième heure du jour ;
  • Complies : rituel double exécuté avant le coucher.

Le rituel se compose d’une série d’éléments récités et d’éléments gestuels. Dans l’ordre :

  • Benedicite : « Bénissez-nous, épargnez-nous. Quel Père, le Christ et le Saint-Esprit nous remettent et nous épargnent tous nos manquements.»
  • Adoremus : pratique appelée veniae (pl. venias) visant à se prosterner à trois reprises, mains à plat sur le sol et tête appuyée sur les mains, précédée du récitatif suivant : « Prions devant le Père, le Christ et le Saint-Esprit ; cela est digne et juste. » ;
  • Pater : 13 sont dits en commun et un est dit par l’ancien qui dirige le rituel ;
  • Adoremus : 3 venias identiques aux précédentes ;
  • Pater : 1 dit en commun et 3 dits par l’ancien ;
  • Adoremus : 1 veniae identique aux précédentes ;
  • Gracia : « Que la grâce du Christ, notre sauveur, soit toujours avec nous.»
  • Benedicite : identique au premier.

Le rituel est obligatoirement suivi d’une période de réflexion et d’étude de même durée.

Les novices, qui ne peuvent dire le Pater peuvent participer aux rituels simples et prononcer les phrases relatives aux autres parties du rituel. S’ils n’ont pas encore été admis à la pratique de la sainte oraison dominicale, ils ne peuvent assister aux rituels doubles, mais peuvent profiter de la période d’étude qui les suit.

Le Pater des cathares d’aujourd’hui

Après avoir étudié plusieurs versions du Pater anciens et modernes et en avoir fait l’exégèse, j’en suis arrivé à proposer une version moderne qui permette de mettre en avant les éléments importants de la doctrine cathare tout en conservant la forme initiale :

Père tout-puissant, principe des esprits-saints,
Ta volonté agit sur tout le Bien.
Ton Saint-Esprit nous guide comme il te plaît,
Pour que ta grâce puisse nous être accordée.
Donne-nous chaque jour, la nourriture
Que ta Parole et ton Amour procurent.
Remets-nous nos fautes et nos manquements,
Comme pour nos frères nous en faisons autant.
Et soutiens-nous dans les difficultés,
Afin de nous délivrer du Mauvais.
Amen.

Le rituel des Jours

Les consolés et les novices pratiquent des jeûnes rituels qui sont organisés de la façon suivante :

  • Jeûne strict comportant 100 g de pain et des boissons claires, froides ou chaudes à volonté. Il se pratique les lundis, mercredi et vendredi tout au long de l’année. Il se pratique également les mardi et jeudi de la première et de la dernière semaine de carême, ainsi que le samedi et le dimanche de la première semaine de carême.
  • Jeûne simple qui demande une restriction alimentaire portant sur les corps gras et sur les produits alimentaires de type récréatifs (gâteaux, confiserie, desserts sucrés, etc.). Il se pratique les mardi, jeudi et samedi de la deuxième à la cinquième semaine de carême inclus et le samedi et le dimanche de la sixième.

Des Jours peuvent être pratiqués en sus de ceux indiqués en contrition d’un manquement que la communauté aura avoué lors du rituel du Service.

Le Service[3]

Les consolés considèrent que le vrai péché est celui que l’on commet en se départissant du chemin qui mène au Bien.
Donc, seuls ceux qui ont connaissance du Bien, les consolés, peuvent vraiment pécher.
Cela imposait logiquement de manifester ouvertement sa contrition pour tous les péchés commis : volontaires, conscients, involontaires et inconscients.
Pour cela, une cérémonie rituelle était organisée chaque mois, en présence des croyants, aux cours de laquelle le diacre dont dépendait la maison cathare concernée, venait recevoir ce Service de la part des anciens des maisons cathares concernées.

Le texte de ce Service met en avant la conscience des consolés de n’avoir pas pu observer leur règle de façon stricte et efficace, en raison des fautes que leur nature mondaine provoque. À l’issue de cette contrition commune et publique, l’ancien annonce la mesure d’ascèse que sa communauté évangélique a décidé d’observer de façon à approfondir la bonne pratique de sa maison cathare. Le diacre écoute, mais ne se prononce pas, car le consolé a toute latitude pour évaluer son respect de la règle et définir ce qu’il doit faire pour rattraper le droit fil de son cheminement. Cette cérémonie était éventuellement l’occasion d’une confession privée d’un consolé au diacre, quand son ancien considérait que cela dépassait le cadre du Service commun. Là encore, le diacre, après avoir écouté la confession, demandait au consolé de définir la ou les mesures que ce dernier pense nécessaires à s’appliquer. Il pouvait, si besoin, modérer ou aggraver ces mesures, s’il pensait que le consolé n’avait pas su tirer les bonnes conclusions de son manquement ou de sa faute.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

Concernant les novices

Les novices en formation en vue de devenir des consolés avaient deux étapes fondamentales à passer.

On note que ces cérémonies comportent un temps d’admonestation de l’officiant envers le bénéficiaire qui vise à lui faire prendre pleinement conscient de l’importance de l’étape qu’il s’apprête à franchir.

Rituel de la sainte Oraison dominicale

Quand le novice avait atteint un niveau d’avancement dans sa formation qu’il considérait comme suffisant, sous réserve que les consolés l’ayant suivi soient d’accord avec lui, il pouvait demander à bénéficier de l’autorisation de participer pleinement aux rituels des Heures.
Cela revenait à l’autoriser à dire le Pater et à participer, comme les consolés, à l’ensemble des Heures, simples et doubles.

En général, ce rituel intervenait à la fin de la première année complète de noviciat, incluant trois carêmes. Dans la plupart des cas, les sources nous disent que ce rituel était associé au sacrement de la Consolation.
En effet, les novices qui n’étaient pas destinés à des missions de prédication, avaient reçu au cours de cette année de noviciat, les bases suffisantes pour mener une vie de consolé en maison cathare.
Par contre, les novices destinés à une mission de prédication pouvaient, soit ne pas être consolés immédiatement, soit l’être, mais ils continuaient leur formation en compagnonnage avec différents prédicateurs qui leur montraient ainsi les différentes pratiques apostoliques et complétaient leur connaissance des textes et des pratiques rhétoriques nécessaires à la bonne diffusion des prêches cathares. Une fois cette formation supplémentaire terminée, qui pouvait durer plusieurs années, ils étaient consolés et devenaient donc des prédicateurs associés à un plus ancien. S’ils avaient été consolés comme les autres, à la suite du rituel de la sainte Oraison dominicale, ils étaient re-consolés une nouvelle fois.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

Sacrement de la Consolation

C’est le seul et unique sacrement du christianisme cathare, car c’est le seul sacrement dont les textes nous disent qu’il aurait été pratiqué par le christ.

Il s’agit d’un baptême d’esprit, réalisé par imposition des mains. Il est réservé à des personnes ayant été formées dans le cadre d’un noviciat cathare et estimées prêtes à le recevoir. Il faut noter que ce sacrement n’est pas imposé par les formateurs du novice, mais que c’est ce dernier qui ressent en son for intérieur qu’il est temps pour lui de franchir cette étape dans son cheminement. Ce ressenti est en fait la vraie Consolation spirituelle par laquelle le Saint-Esprit consolateur baptise le novice. La cérémonie qui suit n’est qu’une reconnaissance ecclésiale de l’état de baptisé de l’ancien novice. Bien entendu, il peut y avoir confusion de la part du novice ; c’est pour cela que l’avis des consolés de la communauté où vit le novice est nécessaire à la mise en place de la cérémonie.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

La Consolation[4] n’est pas un rituel figé, comme l’est par exemple le baptême chez les catholiques. Elle était donc renouvelée à l’occasion d’étapes importantes de la vie d’un consolé, comme lors de l’attribution de charges importantes (diaconat, désignation comme Fils ou évêque). Elle pouvait aussi être renouvelée quand le consolé avait perdu son état, à l’occasion d’un départ volontaire de la communauté ou lors d’une faute ayant entraîné la perte de l’état de chrétien.
Au cours de la cérémonie, le novice se voit remis ses péchés antérieurs et choisi un prénom qui le désignera désormais au sein de la communauté, associé au nom de la commune où il s’est éveillé au catharisme.

La Consolation au mourant

Il était admis que les croyants, n’ayant pas eu la possibilité de se former lors d’un noviciat, s’ils se retrouvaient au seuil de la mort, pouvaient recevoir une Consolation in extremis. Cela rappelait que les cathares ne s’arrogeaient pas le droit de décider qui serait sauvé ou pas. Ils laissaient cela à l’appréciation du Saint-Esprit paraclet et de Dieu.
Cette Consolation n’était donc pas une garantie de salut, mais elle mettait le croyant dans les meilleures dispositions nécessaire à sa survenue. Si le croyant ne mourait pas, il devait, soit renoncer à son vœu d’être consolé, soit entrer en maison cathare pour suivre un noviciat suivi d’une nouvelle et complète Consolation. La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

La Convention

Les contraintes imposées par la croisade et l’Inquisition, qui rendaient plus difficile le recours à un consolé pour administrer la Consolation à un mourant, conduisit l’Église cathare à mettre en place un système de dédoublement de ce sacrement, une partie étant réalisée à distance de l’échéance et l’autre l’étant à son chevet, même s’il n’était pas conscient.
Il faut comprendre que la Consolation n’est possible que si le bénéficiaire est capable de répondre en pleine conscience aux demandes et interrogations de l’officiant.
Donc, quand la venue rapide d’un officiant s’est avérée plus aléatoire, l’idée de diviser la cérémonie en deux temps, un premier où le croyant indique clairement sa volonté pleine et entière d’être reçu, le moment venu dans la communauté évangélique comme baptisé, le second où l’officiant valide et finalise la Consolation sur un croyant incapable de lui répondre consciemment. Cependant, cela ne peut être considéré à l’instar des derniers sacrements catholiques, puisque le croyant, quoique inconscient, doit être vivant.

De nos jours, ce système peut être remis en place tant que l’Église sera faible en membres et dispersée sur le territoire.

Exprimez-vous dans le forum dédié à ce sujet.


[1] Appelé caretas dans les documents qui en parlent.

[2] Appelé melhoramentum, melhorament ou meliorer

[3] Il est appelé Apparelhment dans les textes.

[4] Elle est appelée Consolament dans les textes.

2 – 2 – Paul, Marcion et les autres

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Paul, Marcion et les autres

Nous allons aborder une période extrêmement compliquée à appréhender de l’histoire du proto-christianisme et du début du christianisme, en raison de la pauvreté et du manque de fiabilité des sources disponibles. L’histoire n’est ni une science exacte, ni une science honnête. L’absence d’outils de cadrage et l’obligation de se référer à des documents forcément subjectifs obligent à faire preuve d’une grande prudence dans nos analyses. Bien entendu, cela est valable pour nos propres analyses qui sont soumises à notre subjectivité personnelle.

Le « christianisme » du premier siècle

Les 30 premières années de l’ère commune

Que sait-on de vérifiable sur cette période en Palestine ? Rien, ou à peu près rien. En effet, la plupart des informations disponibles dans les textes chrétiens du Nouveau Testament ne sont pas superposables à des récits émanant d’autres sources. Quand certains points sont conformes à d’autres données historiques, ces dernières sont suffisamment vagues pour n’être en aucune façon décisives. À titre d’exemple, le fait qu’un romancier décrive dans son livre un lieu précis, en respectant scrupuleusement les données connues sur ce lieu, ne permet pas d’affirmer que les événements qu’il y place aient eu lieu.

Si l’ère commune commence à l’an 0, il ne se trouve plus aujourd’hui grand monde pour affirmer qu’il corresponde à la date précise de la naissance de Jésus. Même l’Église catholique reste floue sur la date précise, voire l’année de sa naissance. Pour d’autres, c’est le fait même de sa naissance, donc de son existence qui est sujette à de nombreux doutes.

Mais il faut bien démarrer quelque part. Alors voyons ce qui s’est passé dans ces premières années de notre ère.

Il est indéniable que des individus de religion juive ont propagé un message qui fut attribué à un être de chair qu’ils ont assimilé au messie davidique des écrits de la Torah. Mais la compréhension de ce message fut très diversement interprétée, allant de ceux qui voyait dans ce message un complément au judaïsme justifiant la mise en place d’une énième secte juive jusqu’à ceux qui y voyait en réalité une rupture et un rejet du judaïsme comme religion de Dieu.

Si l’on connaît assez bien le développement du groupe rattachant le message christique au judaïsme, il en va tout autrement du groupe qui rejetait cette idée.

Le principal document utilisable sur ce sujet est le livre Actes des apôtres dont il est clair qu’il est fortement orienté, à la fois pour rattacher au courant majoritaire les éléments qui l’arrangent ou qui peuvent le valoriser et, pour dénigrer directement ou pas ceux qui ne vont pas dans son sens.

Trois personnages sont à distinguer dans cette période.

Étienne, représentant du pagano-christianisme ?

Étienne, présenté comme un jeune diacre de la communauté judéo-chrétienne qui blasphème le Dieu des juifs et est exécuté par lapidation.

Son comportement est intéressant à double titre :

  • Il fait partie du second cercle, nommé à l’occasion d’une querelle entre juifs chrétiens (Hébreux) et juifs hellénisants (diaspora) ;
  • Il blasphème le Dieu des juifs, comme le fit Jésus, et est exécuté par lapidation, ainsi que le prévoit la loi juive, alors que jésus aurait été crucifié.

La querelle, qui occasionna la mission d’Étienne au service des dirigeants de la communauté, met en avant un comportement des Hébreux qui correspond à l’attitude habituelle des juifs de Jérusalem vis-à-vis des juifs de la diaspora (vivant à distance du Temple de Jérusalem). Si les premiers sont avant tout des juifs cherchant à établir une secte faisant de Jésus leur référence, les seconds sont plus éloignés du judaïsme le plus orthodoxe.

Le comportement d’Étienne nous fait comprendre qu’il est forcément, et au mieux, issu du groupe hellénisant. Pourtant ses idées sont plus radicalement anti-juive que la plupart des autres, ce qui révèle l’existence d’une fracture au sein de ce groupe. Cette fracture porte sur le rejet de la Torah, voire de Iahvé comme référence. En cela, ce groupe préfigure le courant pagano-chrétien. D’ailleurs, après la mort d’Étienne, les Actes nous disent qu’une grande persécution eut lieu contre l’église de Jérusalem. Mais c’est faux ! En effet, si tous les membres furent dispersés, les apôtres sont demeurés. Cela montre qu’aux yeux des juifs il y a bien deux catégories de sectateurs de Jésus : ceux qui l’intègrent au judaïsme et ceux qui en font le pilier d’une nouvelle religion.

Simon le mage, caricature de Paul ?

Dès le chapitre 8 les Actes mettent l’accent sur ceux que les judéo-chrétiens considèrent comme des ennemis. Paul, qui sera appelé Saul jusqu’au chapitre13, y est présenté sous un jour sombre, mais en accord avec sa mission d’alors. Par contre, un nouveau personnage fait son apparition. Il s’agit de Simon que l’on dit capable de magie et qui semble causer des troubles chez les samaritains, juifs considérés comme hérétiques par ceux de Jérusalem. Il reçoit le baptême d’eau de Philippe, mais pas le baptême par imposition des mains. Considérant ce baptême comme supérieur, il demande à en recevoir la compétence de transmission contre de l’argent[1].

Plusieurs auteurs et chercheurs ont cru voir dans la juxtaposition des critiques envers Paul et dans l’histoire de Simon, une volonté de dénigrement de Paul, plus ou moins assimilé à ce personnage dont l’existence réelle n’est pas attestée.

Paul de Tarse

Pour Paul nous avons plusieurs documents pour étayer son existence. Les Actes des apôtres posent problèmes, car ils semblent chercher à donner de Paul une image conforme à la volonté judéo-chrétienne d’amoindrir son influence au profit de celle de Pierre. Les Épitres qui lui sont attribuées sont manipulées, modifiées, remaniées, voire carrément inventées. Trier dedans pour tenter de restituer sa pensée est un véritable travail de… romain !

Les apocryphes sont intéressants, mais forcément entachés de doute.

Si Paul n’a pas créé le groupe des juifs qui se sont éloignés de la « parenté » juive, au point de rejeter Iahvé et la Torah, il l’a rejointe à Damas et en est devenu le porte-parole au point que son travail missionnaire est sans aucun doute à l’origine du premier schisme intervenu en 49 entre judéo-chrétiens et pagano-chrétiens, même si ces qualificatifs n’existaient pas encore.

Il est très difficile d’analyser la vie de Paul à cette époque, parce que les témoignages qui nous sont parvenus sont loin d’être uniformes. D’un côté nous avons un récit attribué à Luc, médecin et un temps ami de Paul, mais cela semble être une ruse, car son contenu est loin d’être celui d’un proche. En effet, on n’y trouve aucune mention des lettres que Paul adressa à des communautés qui s’appuyaient sur son apostolat. De même, on remarque des divergences entre les lettres de Paul et le récit attribué à Luc, notamment concernant la reconnaissance du statut d’apôtre de Paul et la date de sa venue à Jérusalem. Enfin, ce texte (Les Actes des apôtres) ne reconnaît le statut romain de Paul qu’à partir du chapitre 13, alors qu’il est citoyen romain de naissance. Sans parler des épisodes destinés à mettre Paul en difficulté vis-à-vis des communautés chrétiennes. De l’autre côté nous avons les lettres de Paul, appelées Épitres par l’Église romaine, dont nous savons très clairement qu’elles ont été manipulées de diverses façons. Certaines ont été constituées à partir de plusieurs écrits différents (Lettre aux Romains par exemple), toutes ont été partiellement falsifiées par l’ajout d’interpolations de scribes judéo-chrétiens destinées à amoindrir le caractère jugé « hérétique » des écrits pauliniens jusqu’à la mise en place de la compilation appelée Nouveau Testament. Deux autres documents nous sont parvenus, sans être validés par l’Église officielle. Ces apocryphes sont une vie de Paul figurant dans les Actes de Pierre et de Simon et un échange de correspondance avec Sénèque, précepteur de Néron. Il en ressort principalement que Paul fut libéré de prison vers 64 en raison d’un vice de procédure — ses accusateurs juifs ne s’étaient pas présentés devant le tribunal de peur d’être mis en accusation —, et qu’il partit pour un quatrième voyage missionnaire qui le mena de Rome en Espagne et ensuite dans la zone orientale de l’Empire. C’est là qu’il fut de nouveau arrêté et ramené à Rome où il fut exécuté vers 68, sans doute sur ordre de l’empereur Néron, soucieux de se disculper dans les accusations populaires relatives à l’incendie de Rome.

On retrouve dans la correspondance de Paul de nombreux éléments doctrinaux et de praxis qui jalonneront les groupes religieux qui suivront et ce jusqu’aux bogomiles et aux cathares. Le lien doctrinal est indiscutable.

Le « christianisme » du deuxième siècle

Les gnostiques

Ce nom, clairement donné par l’Église catholique de Jérusalem, puis de Rome, à ceux qui refusaient de se plier au dogme catholique, regroupe en fait des personnalités et des « écoles » de pensée très diverses, dont certaines ne furent sans doute pas chrétiennes.

Simon, Apollos et Cérinthe

Si Simon le mage dont nous venons de parler a existé, il est clairement le premier des gnostiques et, sans doute pas chrétien. Par contre Apollos de Corinthe[2], qui vivait à Alexandrie avant d’en être ramené et d’être baptisé par imposition des mains à Corinthe, est clairement un chrétien. On connaît de lui sa grande éloquence qui fit de l’ombre à Paul qu’il ne croisa que de façon épisodique. Cependant, installé dans des communautés pauliniennes, il y poussa les théories du maître si loin qu’il semble bien que Paul s’en soit inquiété. Le travail d’Apollos à Corinthe fut si intense que certains chercheurs pensent que le gnostique appelé Cérinthe pourrait bien n’être personne d’autres qu’Apollos et ses théories firent penser à d’autres qu’il pourrait bien être l’auteur de l’Évangile selon Paul, si cher aux cathares. Apollos semble avoir avancé sur l’exclusion de Iahvé comme Dieu des chrétiens et sur le docétisme, c’est-à-dire sur la double nature de Jésus, à la fois Dieu et homme.

Ménandre et Satornil (Saturnin)

Ménandre semble avoir été le premier à proposer que Dieu ne serait pas le créateur du monde, doctrine que son disciple Satornil va faire évoluer jusqu’à proposer que Iahvé serait un ange devenu mauvais. Dieu est par ces théories séparé du démiurge et innocent de ce monde imparfait et mauvais. Ménandre avait proposé que le monde soit la création de sept anges. Cette hypothèse est intéressante quand on se rappelle que le Dieu des juifs est souvent appelé Élohim qui est terme pluriel alors que Iahvé est un singulier.

Cette séparation crée un second schisme, après celui de Paul, et met durablement en place une seconde voie christique, avant même que le mot chrétien ne soit inventé.

Basilide et Carpocrate

Cet autre disciple de Ménandre semble avoir introduit la philosophie platonicienne et aristotélicienne. C’est lui introduit le concept grec de Nous (Intellect, Sagesse) pour désigner le christ. Il partage avec Satornil l’idée du salut par la foi. Il semble bien qu’il ait ouvert la voie à Valentin et au néoplatonisme.

Proche de Satornil pour le rejet de la Torah, Carpocrate n’est pas adepte du docétisme et ne voit en Jésus qu’un homme. Il croit en la puissance de chacun dans sa résistance au Mal. Cela est sans doute à l’origine de l’idée qu’il aurait autorisé ses disciples à se laisser aller à toutes les turpitudes, puisque ces dernières ne concernent que le corps. C’est sans doute une interprétation de leurs opposants.

Valentin

Disciple de Basilide, il se réfère beaucoup à la philosophie grecque et rejette la loi mosaïque. Il n’associe pas le Dieu de la Torah au démiurge et valorise Jacques le mineur, dit frère de Jésus, contrairement aux autres gnostiques. Cette approche peut expliquer à la fois le recentrage de Valentin sur Jésus et son éloignement des racines juives. Ce sont les raisons qui font que certains chercheurs voient en Valentin l’auteur de l’Évangile selon Thomas et que ces disciples ont fini par abandonner le christianisme au profit d’une nouvelle religion qu’ils ont créée, le gnosticisme.

Marcion et le marcionisme

Disciple de Satornil, il appartient clairement à ce courant hétérogène appelé gnostique, mais il va constituer une doctrine chrétienne fidèle aux origines et à la pensée de Paul.

Issu d’une famille christianisée de Sinope (sur la côte sud de la Mer Noire), il semble avoir développé une approche chrétienne jugée hérétique, puisqu’il fut rejeté par la communauté dont son père était l’évêque. Descendu à Rome en 140, il renfloua les caisses de l’Église catholique qui lui permit de travailler quatre ans à l’étude des textes. Mais, ses conclusions rejetant les textes de la Torah, la plupart des autres textes juifs et faisant de Iahvé, non seulement le démiurge créateur du monde, mais aussi Dieu du Mal, firent hurler les responsables judéo-chrétiens locaux. Si l’on ajoute qu’il reprit toutes les lettres de Paul, dénonçant les falsifications, les ajouts et les forgeries et qu’il remania l’Évangile selon Luc pour en faire un évangile de Paul, on comprend aisément qu’il également exclu de l’Église romaine qui préféra lui rembourser ses 200 000 sesterces.

Grâce à sa richesse personnelle liée à son activité d’armateur, il décida de fonder des communautés adeptes de ses théories. Cette nouvelle Église chrétienne prit une telle ampleur qu’elle était considérée au 3e siècle comme la plus importante du monde, avant l’Église de Rome ! Et cette opinion est celle d’un des Pères de l’Église de Rome ! Après sa mort, survenue vers 160, son Église se répandit sur tout le continent, souvent à proximité ou en remplacement des communautés paulinienne. Les marcionites furent si présent qu’au 2e siècle, quad le mot chrétien fut inventé à Antioche de Syrie, c’est à des marcionites qu’il fut appliqué. De même, à Édesse, ce sont les marcionites qu’on appelait chrétiens, alors que les judéo-chrétiens étaient nommés palutiens, du nom de leur évêque Palut.

Quand l’empereur Théodose rendit le christianisme catholique religion d’État et donna à ses cadres le pouvoir de justice religieuse, les choses changèrent. Les marcionites durent entrer dans la clandestinité et furent poursuivi durement, mais à la fin du premier millénaire on trouve encore des récits citant des communautés marcionites clandestines.


[1] C’est de là que vient le terme de simonie qui désigne le fait de monnayer les actes rituels de la religion.

[2] Le nom de la ville accolé au nom de l’apôtre désigne la ville où fut baptisé l’intéressé, selon le rite de l’imposition des mains.

Les bornages du catharisme

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Les bornages du catharisme

Les bornages dans le monde

À tout moment dans la vie mondaine nous sommes soumis à des bornages. Ils sont pour la plupart du temps mis en place a posteriori et ont généralement un caractère de jugement et de comparaison.

Le but des bornages dans ce monde est de différencier les individus en valorisant les uns et en dévalorisant les autres. Même si nous ne savons plus les reconnaître, nous n’y échappons pas. Pour certains d’entre nous ils sont bénins et pour d’autres ils sont insurmontables. Cela commence dès la petite enfance :

  • À l’école, le passage de classe en classe dépend d’une évaluation de l’année précédente, voire d’un examen qui sanctionne un niveau d’étude ;
  • Pour conduite un véhicule à moteur, cyclomoteur ou voiture, une évaluation sanctionne un niveau de connaissance et de pratique ;
  • Bien entendu, pour accéder à de nombreux métiers, une formation est requise et est sanctionnée par des examens
  • Dans l’exercice professionnel il n’est pas rare de devoir, là aussi, subir des évaluations de la part de son encadrement, voire des examens et des formations validant.

Notre vie est bornée à posteriori, c’est-à-dire qu’un jugement est porté sur nous après une étape, pour décider de la possibilité de passer à une autre.

Certains bornages sont formels, mais nous en subissons d’autres qui sont plus discrets, voire pernicieux :

  • L’inclusion dans un groupe social (ami, relations, etc.) dépend souvent de critères précis ou intuitifs qui définissent la confiance qui nous sera accordée.
  • La relation de couple dépend aussi d’une période d’évaluation que notre partenaire potentiel mettra à profit pour savoir s’il est possible d’envisager une vie à deux ;
  • Nous sommes également portés à évaluer les autres avant de leur permettre d’accéder à des zones intimes.

Même si ces bornages sont réalisés a posteriori, rien ne garantit qu’ils soient infaillibles et il n’est pas rare qu’ils puissent être remis en cause, le plus souvent par les autres.

Il n’y a guère que dans le domaine intime que les bornages peuvent se faire éventuellement a priori en se basant généralement sur l’appartenance à un groupe social, familial, ethnique ou autre.

Ces bornages servent à valider des compétences et à organiser la société en plaçant chacun de ses membres à la place estimée la plus profitable au groupe. Le problème est qu’ils sont souvent basés sur des niveaux de compétences généraux et qu’ils ne peuvent donc pas vraiment prendre en compte les particularismes de chacun.

Ils créent aussi des jugements de valeur, donnant à chaque catégorie des qualités ou des défauts plus ou moins justement évalués. Ainsi on constate régulièrement qu’un des paramètres qualitatifs de classement est celui de l’argent. Que ce soit l’argent généré en positif, comme le salaire ou des revenus autres, mais que ce soit aussi de l’argent dépensé pour la catégorie, comme les coût des allocations diverses.

Si le prologue de la Constitution indique que : « Les hommes naissent libres et égaux en droit. », il semble bien que la société se chargent très tôt de détruire cette égalité au profit d’un classement qualitatif qui va créer des catégories difficiles à dépasser, malgré l’inscription de l’égalité dans notre devise nationale.

Ces bornages ne remplissent pas leur fonction d’utilité sociale, car nous voyons qu’ils ne conduisent pas à valoriser ce qui est le plus important pour le groupe : la situation des personnels de santé, entre autres, le montre malheureusement bien.

Ces bornages sont donc bien en phase avec ce monde imparfait et souvent malin, qui nuit plus qu’il ne sert l’humanité qui en subit les conséquences.

Comment le catharisme fonctionne-t-il de ce point de vue ?

La particularité du catharisme est qu’il n’a pas besoin de classer la population puisqu’il considère que chaque être humain est une parcelle de l’Esprit unique, émanation divine artificiellement divisée.

Par contre, ceux qui s’intéressent au catharisme et veulent progresser en son sein ressentent le besoin de se situer. Mais la doctrine cathare ne permet pas de juger, donc de séparer les hommes sur quelque critère que ce soit. La manifestation des choix doit donc obéir à une autre forme.

La désignation a posteriori est forcément basée sur le jugement puisqu’elle se sert de l’expérience accumulée pour évaluer la compétence et le niveau atteint. Elle est donc impossible dans le catharisme.

La désignation a priori rencontre le même problème. Dire d’une personne qu’elle est apte à ceci ou cela est un jugement et le fait qu’il ne s’appuie pas sur des éléments objectifs ne lui ôte pas cet aspect de jugement.

C’est pour cela que le catharisme a choisi de retirer à son système de bornage ce qui lui posait problème : l’estimation extérieure.

Mais il n’en reste pas moins qu’il y a des étapes dans l’avancement en catharisme et que ces étapes constituent un système de bornage de l’évolution au sein de cette spiritualité. Nous pouvons en définir trois de façon précise :

Tout d’abord, quand une personne découvre le catharisme, grâce à des apports de connaissance personnels (lecture, contact avec des croyants, etc.) elle peut, soit n’y voir qu’un sujet comme un autre et le laisser de côté une fois que sa curiosité aura été satisfaite. On peut dire sans exagérer que cela représente l’immense majorité des cas. Cependant, il arrive que cette personne ressente le désir d’aller plus loin dans sa connaissance, notamment dans le domaine spirituel, soit parce qu’elle n’est pas satisfaite de ce qu’elle a déjà appris, soit parce que cela éveille en elle des sentiments liés à d’autres connaissances qu’elle possède déjà. Le fait de vouloir approfondir ses connaissances, surtout s’il s’accompagne d’une empathie envers le catharisme, voire d’une sympathie plus profonde, marque le franchissement d’une borne entre le statut de curieux et celui de sympathisant.

Le sympathisant va poursuivre ses études et améliorer ses connaissances, ce qui lui permettra de faire un tri dans les données circulant sur le catharisme et qui sont, dans une grande majorité, erronées, voire pires. De ces études il retirera, soit une connaissance améliorée sans qu’elle n’éveille rien de particulier en lui, soit le sentiment que cette voie spirituelle semble être celle qui peut assurer le salut.

Si le sympathisant adhère à la doctrine cathare au point de considérer que c’est la meilleure voie possible pour atteindre le salut, il va continuer à l’étudier et, parallèlement il suivra l’enseignement des chrétiens cathares qui l’aideront à mieux appréhender le christianisme. Si cela l’imprègne réellement, il finira par atteindre l’éveil qui se manifestera pour lui par l’impérieux besoin d’aller au bout de ce cheminement pour faire sa bonne fin. Cela s’appelle l’éveil et fait de ce sympathisant un croyant cathare. Une fois qu’il l’aura compris, le croyant recherchera les chrétiens cathares consolés et leur manifestera son état en leur demandant leur aide pour son cheminement par le biais de l’Amélioration. Il marquera ainsi le bornage de son nouvel état.

On le voit dans ces deux cas, le bornage peut n’être visible que de l’intéressé ou bien se manifester ouvertement envers l’Église cathare. Il n’intervient que pour confirmer un état déjà acquis et n’est évalué que par l’intéressé. Pas de jugement, pas de sanction, pas de marque extérieure publique ; même l’Amélioration ne peut se faire qu’en comité restreint. De même, l’engagement pris est sans cesse remis en question et l’intéressé peut abandonner son cheminement s’il considère s’être trompé. Là encore, il est seul juge de son état réel.

Le croyant manifeste son état dans sa pratique intime et dans sa volonté de participer à la mise en place des conditions qui lui permettront d’assurer son salut, à savoir disposer en temps voulus d’une maison cathare où faire son noviciat et recevoir sa Consolation. En attendant d’en arriver là, surtout si des contraintes mondaines l’empêchent de se libérer, il va approfondir son cheminement par l’étude, par les pratiques spirituelles et par une adaptation de sa vie mondaine, afin de la rendre la plus compatible possible avec la règle de justice et de vérité. La préparation spirituelle peut se faire aider par un accompagnement dans l’étude des textes et dans les pratiques spirituelles. Aujourd’hui, plutôt que des participations à des prêches réguliers, qui n’est pas forcément facile étant donné l’éloignement entre les membres de l’Église, il peut entamer une préparation au noviciat.

Au cours de cette période de préparation, non seulement le croyant va améliorer ses capacités spirituelles et pratiques, mais il va également travailler aux conditions de règlement des contraintes qui le retiennent encore dans ce monde. Cela passe par des échanges avec les personnes qui lui sont attachées pour expliquer ses choix et son désir d’avancement. Cela permettra de voir si les autres sont encore dans une dépendance envers lui qui l’empêche de partir ou si ces personnes sont plus dans une démarche visant à le bloquer dans ses choix. Dans cette dernière hypothèse il est clair que ses engagements ne seront plus de même nature. De même, s’il a des enfants, il convient de voir selon leurs capacités à appréhender la situation, si des aménagements sont possibles (déménagement à proximité d’une maison cathare, séparation de corps avec le conjoint avec maintien d’un lien quotidien avec les enfants, etc.). En effet, la plasticité du catharisme permet bien des aménagements propres à favoriser l’entrée en noviciat sans nuire à l’entourage. Le choix d’entrée en noviciat va constituer un nouveau bornage dont le croyant seul peut définir le moment opportun.

Une fois entré en noviciat, le croyant va cheminer plus profondément dans sa foi au moyen de temps de pratiques et de spiritualités plus nombreux, même si des obligations mondaines demeurent. Plusieurs étapes viendront ponctuer son avancement au sein de la maison cathare et lui permettront de choisir une finalité strictement personnelle ou un parcours plus approfondi en vue de devenir prédicateur. Il va sans dire que de nos jours, les freins à l’accès à des fonctions de responsabilités que connaissaient les femmes cathares médiévales, n’ont plus aucune justification.

Ainsi, au terme d’une évaluation personnelle et d’un approfondissement de son état spirituel, il sera en mesure de ressentir le lien avec le Saint-Esprit consolateur qui lui confirmera la nouvelle étape atteinte. Dès lors, il pourra en parler avec les membres de la maison cathare afin de définir la date de sa Consolation. Ce bornage, considéré à tort par beaucoup comme une fin, lui ouvrira la porte d’un nouveau cheminement qui sera lui aussi ponctué de bornages, visibles ou non, qui le mèneront à terme à sa bonne fin.

Conclusion

On le voit mieux maintenant, le catharisme est lui aussi ponctués de moments-clés, mais ils prennent des formes particulières qui lui sont propres.

D’abord ils ne sont pas forcément formalisés de façon mondaine. Ils sont toujours à l’initiative de la personne concernée qui est la mieux placée pour évaluer son état. Elle peut s’appuyer sur l’avis de personnes plus avancées qu’elle, ce qui ne constitue pas un jugement. Quand une cérémonie ponctue ce bornage, elle peut survenir à distance du moment où le changement s’est opéré. Enfin, les bornages cathares sont systématiquement vécus a posteriori de ce qui les justifie, car le catharisme ne préjuge jamais d’un avenir qui n’est pas écrit dans ce monde.

Éric Delmas, novice cathare à Carcassonne.

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