Communauté chrétienne cathare d’aujourd’hui

À la veille de la première Rencontre de la diversité cathare prévue fin mai, je ne peux m’empêcher de réfléchir aux prolongements logiques que devront avoir les discussions développées lors des tables rondes.
Car, il est à mes yeux deux points fondamentaux à toute prétention cathare d’aujourd’hui et ce sont, la recherche de fondements doctrinaires et la réflexion sur la mise en pratique d’une vie chrétienne cathare pour celles et ceux qui s’y sentiraient appelés.

La praxis chrétienne cathare

Je réfléchirai à « haute voix » plus tard sur les fondements doctrinaires qui méritent largement un article spécifiques.
De même, concernant la praxis, j’ai déjà évoqué les problèmes alimentaires, vestimentaires, de déplacement et je voudrais aujourd’hui réfléchir à la communauté de vie.
De tous temps, les groupes chrétiens vivaient en communauté. Jésus en a formé une avec ses disciples. Eux-mêmes en ont constitué après son départ et les apôtres extérieurs au premier cercle, comme Paul, ont fait de même.
Logiquement, les marcionites, les bogomiles et les cathares — pour ne parler que des chrétiens dont nous avons eu connaissance — ont choisi ce mode de fonctionnement.
Cela s’apparente fortement au mode d’être philosophique grec qui voyait le « maître » s’entourer de ses élèves au quotidien pour vivre avec lui afin que son exemple pratique soit la base de l’enseignement.
C’est d’ailleurs intéressant de constater que c’est là que se situe le hiatus principal entre ces philosophies et leurs resucées, afflublées du préfixe « néo », qui ont lancé le mode philosophique scolastique qui remplaça alors l’exemplarité de vie quotidienne par un enseignement magistral de type universitaire.

Si le catharisme d’aujourd’hui devait être à son tour un néo-catharisme, il perdrait toute raison d’être.
Il convient donc de mettre en haut de l’échelle des priorités de la praxis cathare, la réflexion sur le ou les types d’organisation communautaire les mieux à même de s’intégrer dans notre monde moderne et de satisfaire les aspirations de leurs membres.

Principes communautaires basiques

Il me semble, qu’à l’instar de ce qui existait formellement au Moyen Âge, la communauté chrétienne cathare se doit de suivre quelques principes basiques.

Contrairement aux communautés moniales ou monacales observées aujourd’hui chez d’autres variantes du christianisme, la communauté chrétienne cathare ne peut se résumer aux bons chrétiens qui la rejoindraient.
Leur choix de détachement mondain leur rendrait très compliquée, pour ne pas dire impossible, la gestion matérielle des biens de la communauté.
En outre et contrairement aux autres communautés évoquées ci-dessus, leur volonté d’être dans le monde et non de se cloîtrer, impose des contacts réguliers avec des croyants et des sympathisants  n’ayant pas renoncé à être du monde pour l’instant.
Ce sont d’ailleurs ces derniers qui seraient les mieux à même d’assurer l’interface pratique avec l’univers socio-politico-financier qui régirait forcément la communauté et ses relations extérieures.
Cette communauté devrait disposer d’un noyau de bons chrétiens suffisant pour assurer sa viabilité. Le financement de la communauté (biens mobiliers et immobiliers) ne peut reposer que sur les seuls croyants. Chaque chrétien choisissant de vivre en bonhomme ou bonne femmes doit n’apporter à la communauté que la part libre de ses biens, afin de ne spolier personne de son entourage, mais doit aussi pouvoir les retirer s’il décide d’abandonner la voie de justice et de vérité afin de ne rien perdre en retournant au monde. Cela impose que la communauté puisse, à tout moment, compenser la part rendue à son légitime propriétaire.
Cette gestion financière structurelle peut se réaliser via des moyens juridiques et financiers qui ne peuvent être aux mains des chrétiens eux-mêmes.
Pour autant, il faut que ce système soit sécurisé pour éviter tout problème pouvant aboutir à la destruction de la communauté ou au dol de n’importe lequel de ses membres.

Se pose également la question de la nature de la vie communautaire.
L’absence de « règle » telle qu’elle existe dans les monastères catholiques, impose un système à la fois cohérent en terme communautaire et souple car les particularités de l’homme d’aujourd’hui ne sont pas superposables à celles de l’homme du Moyen Âge.
Il faudra donc réfléchir à l’organisation quotidienne de la vie communautaire et, par extension logique, à ses incidences sur la structure immobilière et mobilière de la communauté.

La nature et les voies de participation à l’immersion mondaine des bons chrétiens de notre siècle posera la question des activités et des revenus qui auront aussi une incidence sur la structure pratique de la communauté.
Par exemple, les revenus liés à l’activité professionnelle aujourd’hui incluent les pensions de retraite qui n’existaient pas autrefois et la participation au soulagement des misères de leurs contemporains inclue aujourd’hui le large panel des actions caritatives organisées qui ne fonctionnaient certainement pas de la même façon au Moyen Âge.

Un chantier à initier

Comme on peut l’entrevoir avec ces quelques pistes de réflexion, la mise en place de communautés chrétiennes cathares ne peut se faire dans la précipitation.
Néanmoins chaque groupe de réflexion pourra très bien se choisir une réponse en accord avec ses choix doctrinaires spécifiques et des communautés organisées différemment et développant une réflexion différente pourront coexister sans peine.
Ce sont les points communs — osons user de l’image mathématique des dénominateurs communs, que nous espérons les plus grands possibles — qui relieront ces communautés dans leur caractère cathare et ce sont les bons chrétiens qui les feront vivre spirituellement qui en feront des exemples tangible de la philosophie et de la théologie chrétienne cathare.