Table ronde du samedi 30 mai 2009
Introduction
Les tables rondes se sont avérées très animées et la prise de note, pour des personnes non spécifiquement destinées à cette mission, est un exercice très difficile.
Le compte-rendu que je vais vous proposer ci-dessous n’est donc qu’un pâle reflet de la qualité de cette discussion.
Je remercie les amies qui ont effectué cette prise de notes, sans laquelle j’aurais été incapable de vous rapporter quoi que ce soit de cohérent.
Non-violence
La question posée est de savoir ce que nous entendons par non-violence, comment Yves Maris la définissait, comment les cathares la voyaient et comment nous pensons qu’il est possible ou non de la mettre en pratique aujourd’hui.
Pour Yves Maris, la non-violence est l’expression du pur amour.
Ce concept fut mis à l’ordre du jour par gandhi qui l’exprimait par une force d’inertie destinée à désarmer la violence en en renforçant le caractère ignominieux.
Pour les cathares, la non-violence s’appelle Amour (dans le sens du mot grec Agapé), c’est-à-dire amour désincarné par comparaison à l’amour sensuel (Éros) et à l’amour tendresse, amical ou familial (Philéo).
Ruben en donne une traduction qui semble convenir à tous : Bienveillance, c’est-à-dire vouloir du bien pour l’autre comme on peut le vouloir pour soi. Il n’y a donc plus de hiérarchie dans l’amour mais une parfaite égalité entre tous les êtres, soi y compris.
L’amour cathare est donc un rappel des préceptes évangéliques qui proposent de ne pas faire à autrui ce qu’on ne voudrait que l’on nous fasse à nous-même.
Patrick y ajoute la notion de passivité vis-à-vis de la violence afin de ne pas la nourrir et, ainsi, de la désarmer.
Roberto rappelle que Jésus fait preuve de violence dans le Temple quand il détruit les étals des marchands.
Ce comportement pourrait être considéré, non pas comme de la violence mais comme comme une volonté de purification de la raison d’être du Temple, puisque les marchands sont des marchands liés aux offrandes (animaux, change de monnaie, etc.).
En ruinant leurs étals, Jésus remet en quelque sorte les visiteurs à égalité contrairement à un système qui hiérarchisait les visiteurs selon l’offrande qu’ils pouvaient offrir. La suppression du support matériel de la prière renvoie à la spiritualité de la prière qui retrouve son sens initial.
Éric propose aussi une lecture pédagogique de cet épisode afin de favoriser l’éveil en montrant le Temple dans sa « fonction » matérielle de producteur de corruption humaine.
Une partie des intervenants exprime l’idée d’une violence juste, soit en réaction à une violence intolérable, soit en prévention d’un risque de plus grande violence. Cette notion de volonté de justice est-elle un frein au désir de non-violence.
Nous touchons là à un point qui est très important car il marque la frontière entre un état mondain et un état spirituel.
Le croyant cathare doit garder à l’esprit que ce monde est sous la domination du mal, il tend vers le mal. Ce concept, pour intolérable qu’il puisse paraître, doit-être modéré par la foi qui nous porte et qui rappelle que ce mal n’agit que dans le temps – apparut en même temps que la matière – alors que le bien est éternel, donc hors et au-delà du temps.
Tous les arguments évoqués quant à la responsabilité des uns face à la violence des autres doivent être considérés à la lumière de ce principe.
Aucun mal ne peut se justifier car il ne fait que conforter ce monde dans sa finalité. La spiritualité est un état qui permet de dépasser la mondanité, car selon cette mondanité l’intervention est le seul moyen de limiter la violence. Or, user de violence contre la violence ne la limite pas. il ne fait que la déplacer et ne peut satisfaire que nos sens et notre conscience mondaine. En effet, celui envers qui nous sommes violent n’en sera pas amélioré pour autant. Nous aurons cédé à nos pulsions et le mal auquel nous aurons éventuellement soustrait la ou les victimes potentielles n’aura pas disparu. Il sera simplement déplacé dans le temps et l’espace. Au total, tout le monde est perdant et surtout le bien.
Par contre, il appartient de dénoncer le Mal, de le nommer ainsi que Jésus le fait du haut de la croix. Il rappelle que la loi des juifs (Torah) n’est pas la loi de Dieu puisqu’elle impose d’immoler l’envoyé de Dieu. En nommant la loi coupable de la violence qu’il subit, il l’invalide et la montre sous son vrai jour.
Pour le cathare, le problème est que dans un monde où le mal est la norme, ne pas l’utiliser va forcément faire apparaître le non-violent comme un lâche ou comme indifférent à la souffrance de l’autre, notamment la victime.
Or, pour le cathare, la victime n’est pas différente de l’agresseur, selon le principe de la bienveillance. Il ne juge pas l’un par rapport à l’autre ou par rapport à lui-même. Son empathie est totale et égale. Il ne veut de mal à aucun.
Le cathare se rappelle qu’en toutes circonstance : « le Bien n’a pas de Mal à opposer au Mal ».
En outre, intervenir contre tel ou tel suppose de porter un jugement. Or, juger c’est être assuré de se tromper car notre incarnation est faillible et corruptible, donc sujette à l’erreur.
Par contre, la non-violence, si elle apparaît toujours comme inefficace dans l’immédiat, parvient — même dans ce monde hautement imparfait — à porter ses fruits dans le temps (Gandhi). Le problème est que l’homme veut des résultat dans des délais compatibles avec sa durée de vie et qu’il se croit apte à juger et à trancher. Le cathare connaît la vanité du temps et du jugement humain.
Patrick émet l’hypothèse que le non-violent peut-être épaulé par un « Défenseur » qui lui pourrait avoir recours à la violence. Cette idée ne rencontre pas d’écho, ni dans le groupe, ni dans la spiritualité cathare.
Plusieurs intervenants, dont Roberto et Françoise, rappellent combien il leur semble insupportable de ne rien faire contre une violence intolérable.
Ruben et Éric rappellent qu’il faut essayer de comprendre que le raisonnement d’un cathare est un raisonnement détaché de la mondanité et de ses passions, contrairement à celui des êtres sensuels que nous sommes.
La violence ne peut rien contre les violences les plus importantes de ce monde. La vie humaine n’a qu’une finalité : la mort !
Comment lutter par la violence contre la mort ? Peut-on être violent contre un cancer ? Pas vraiment.
Il faut donc peut-être mieux se tourner vers la philosophie stoïcienne qui rappelle qu’il vaut mieux consacrer son énergie à améliorer ce qui dépend directement de nous, plutôt que d’essayer de changer ce qui dépend des autres.
Ce monde est le siège et le prototype du Mal. Tout ce que peut faire le bien c’est atténuer un peu ce Mal qui est toujours premier et prédominant. Il faut donc retrouver l’humilité nécessaire à la connaissance de ses propres limites et ne pas se leurrer quant à l’efficacité et à la durabilité de son action personnelle.
Quand on est dans la bienveillance, il convient de ne pas faire des choix contraires à sa nature.
Roger et Patrick soulignent qu’une action non-violente immédiate permet de désamorcer bien des conflits, soit en opposant un front résolu mais pacifique ou en supprimant la cause du conflit par une réconciliation rapide. Car un conflit génère une cascade de comportement visant à conforter chacun des protagonistes dans son bon droit, soit en amplifiant des éléments bénins, soit en mentant pour valider sa propre position.
Éric rappelle que la bienveillance est la meilleure prévention de la violence puisqu’elle provoque un effet de miroir qui amène à voir l’autre comme un autre soi-même. Dans cette situation, on ne peut plus être violent envers soi, donc envers l’autre.
Cela amène aussi à toujours se positionner en soutien du plus faible, quitte à changer de camp quand la situation change, de façon à faire percevoir à celui qui prend le dessus que sa position n’est pas justice. Exemple du Franciscain de Bourges.
La non-violence peut aussi amener à s’exposer, au risque de subir une violence qui ne vous est pas destinée. Là encore, le caractère immoral et injuste de la violence en est renforcé.
Ruben rappelle un des fondement du catharisme. On ne peut en aucune façon légitimer le mal, pas même pour des raisons impérieuses. la voir parfaite rejette l’instinct de survie qui amène l’homme à tout accepter pour survivre. Il faut dé-s’apprendre ce comportement. Le parfait est entré dans une autre vie et il accepte la souffrance et la mort en se rusant à commettre la moindre violence. il sait que le choix de la violence est un choix de mort spirituelle.
Éric rappelle que tout le monde va mourir dans ce corps. Le choix de l’heure et du jour ne nous appartient pas. Ce qui nous appartient c’est le choix de suivre le chemin de vie. On peut souhaiter un chemin plus doux mais on ne peut refuser le chemin qui s’ouvre devant nous, aussi pénible soit-il. Se rappeler de la parole : « Père, si tu peux, éloigne cette coupe de mes lèvres, mais que ta volonté soit faite et non la mienne. ».
Patrick pense que le « Défenseur » est plus utile à Dieu quand on est vivant que mort, mais concernant les cathares, il se peut qu’ils furent plus utiles morts que vivant puisque l’esprit est bien vivant aujourd’hui.
Éric rappelle que si défenseur il peut y avoir, ce ne peut être que l’Esprit saint et jamais le glaive.
Simplicité
Roberto la définit comme un choix, une volonté d’être et de ne pas subir.
Éric la relie à la bienveillance en ce qu’elle est la nécessité de lutter contre l’image de soi que l’on a tendance à sublimer par rapport à celle que l’on a des autres. La vanité est l’ennemi de la simplicité.
Patrick, Françoise, etc. la désigne comme la capacité à abandonner ce qui n’est pas essentiel afin de se purifier et d’être nous-même. C’est, comme le chameau, pouvoir « … passer par le chas de l’aiguille … ».
Les cathares sont vrais, ils ne font pas semblant car ils ne se forcent pas à paraître. Dominique n’avait pas compris cela, lui qui faisait « comme les cathares » imaginaient qu’ils étaient comme lui.
Altruisme
L’altruisme c’est voir l’autre en soi. C’est aider gratuitement. C’est comprendre ce qu’ignore le petit enfant, l’amour ne se partage pas, il se donne car il est infini.
Ce résumé essaie de rendre l’esprit de cette table ronde au-delà d’une simple restitution des paroles prononcées. Les quelques noms cités sont destinés à permettre la compréhension d’opinions différentes.

