Si on s’en tient aux apparences, l’idée que l’homme ait un libre arbitre est extrêmement sympathique et valorisante. Cette idée crée en nous le sentiment de liberté. Nous nous pensons libre. Or qu’y a-t-il de plus aimable que l’idée de liberté ? Voilà certainement la raison du succès de cette idée, chantée par des générations de théologiens et de philosophes. Aujourd’hui le libre arbitre est une évidence pour beaucoup, c’est un lieu commun de la pensée, l’idée est installée dans les consciences, même les plus laïques ou athées.
Peu savent pourtant que cette idée est née d’un affrontement entre deux traditions chrétiennes antagonistes. Elle est à l’origine même de l’histoire du christianisme. Le libre arbitre fut le seul argument capable de justifier un ensemble de croyances face à ses détracteurs. Il fut la seule réponse à la croyance d’un monde créé par un dieu bon et pourtant dans lequel le mal existe. Le libre arbitre a permis de justifier l’un et l’autre. C’est parce que ce dieu aurait créé l’homme libre que le mal a existé. C’est l’homme le grand coupable du mal, car c’est lui qui fait un mauvais usage de son libre arbitre donné par ce dieu, telle est la rhétorique. L’homme commet le mal à la place du Bien par libre arbitre. Le dieu créateur est donc innocent du mal. Les théologiens se sont d’ailleurs ingéniés à magnifier ce dieu créateur ; il a voulu faire, disent-ils, l’homme à son image, c’est-à-dire libre, c’est-à-dire capable de faire le bien et le mal. Les hommes ne sont donc pas de simples animaux, régis pas un instinct qui les détermine, ils sont des êtres libres, disent-ils.
Le propos est pratique, il justifie d’une part la prééminence de l’homme sur la nature et sur les animaux, et d’autre part, il justifie l’idée du jugement dernier. C’est parce que les hommes sont libres de commettre le bien ou le mal que les hommes en fonction de leur choix peuvent être expédiés aux enfers ou au paradis. Le libre arbitre permet et autorise le jugement. Nous savons parfaitement que si un homme n’était pas libre de ses actes, il ne pourrait répondre de ceux-ci. C’est pourquoi les fous, ne peuvent être condamnés, ils ne sont pas considérés comme des personnes responsables de leur actes.
Comme nous le voyons, le libre arbitre est indissociablement lié au jugement dernier, thème prégnant dans les écrits évangéliques dont nous connaissons les vicissitudes. Ils furent écrits et réécrits par des générations de courants successifs. De sorte que les écrits évangéliques sont un véritable mille-feuilles. Chaque génération, chaque courant à mis sa couche sur les précédentes avant que ce conglomérat plus ou moins disparates ne soit définitivement fixé et harmonisé par Jérôme à la fin du IVe siècle. Aujourd’hui les exégètes se perdent en cogitation pour retrouver l’évangile original, si tant est qu’il ait existé, nous pensons bien plus probable qu’il y en ait eu plusieurs dès le début. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui une chatte n’y retrouverait plus ses petits, mais à qui sait observer attentivement ces écrits, il y trouvera des perles et des témoignages d’un christianisme premier.
Avec le libre arbitre l’homme est responsable de ses actes devant son dieu créateur et juge. Pourtant une parole évangélique devrait nous faire dresser l’oreille, quand Jésus est mis en croix, n’est-il pas écrit qu’il demande à son Père de pardonner les légionnaires qui le crucifient parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font (cf. Luc 23 : 34) ? Ainsi Jésus qui est présenté comme l’image du Dieu invisible, n’accuse pas ni ne juge. Il pardonne. Il ne tient pas ces hommes responsables de leurs actes. Il n’y a donc pas de libre arbitre ici, très clairement, comme dans tous les écrits évangéliques. Vous ne trouverez le mot nulle part parce que le concept de libre arbitre est inconnu et postérieur au christianisme, c’est une invention judéo-chrétienne.
On le voit, le libre arbitre est extrêmement pratique. Il a permis de justifier les attachements ataviques aux vieilles idées bibliques du dieu créateur et du dieu juge. Idées chères à toutes les autres formes de paganisme. Le jugement et la vie après la mort sont un lieu commun de la pensée religieuse et même philosophique. Ce qui explique la « conversion », et je mets les guillemets, de l’Empire romain païen au christianisme, parce que précisément il n’y a pas eu conversion, il y a eu permanence d’une pensée qui a seulement changé de forme et de nom de dieu. Les églises ont remplacé les temples et le pontife romain païen est devenu le souverain pontife chrétien.
À l’inverse, les chrétiens qui considéraient seulement l’Évangile1, à l’exclusion des vieux textes bibliques, ne fondaient pas leur foi sur un dieu créateur et juge, mais sur un Dieu d’amour qui ne juge point et dont le royaume n’est pas de ce monde. Dieu est étranger au monde disait Marcion, et il nous faut bien reconnaître que ce constat de l’absence de Dieu dans le monde ne manque pas de pertinence. Nous pouvons constater qu’il n’y a pas d’amour dans le monde, ce n’est pas l’amour qui régit le monde, au contraire le monde est violent, il est même d’une extrême violence.
Pour Marcion, le monde et les hommes ne sont pas la création d’un Dieu d’amour mais la création d’un dieu qu’il disait juste mais non bon. En effet, la justice n’est pas de la bonté, la bonté est au-delà de ce qui est juste, la bonté est injuste pour la Loi. Jésus le dit dans l’évangile, comme le soleil brille pour les justes et pour les méchants, la bonté de Dieu fait de même (cf. Matthieu 5 : 45). Pour Marcion, le Père du Christ n’était pas ce dieu qui annonça la Loi à Moise. La Loi permet le jugement et la condamnation, elle est incapable d’amour. La loi est la preuve manifeste d’un dénuement absolu d’amour. Quel amour peut-il conduire quelqu’un à mettre à mort une femme à coup de pierre, si ce n’est par amour de la Loi d’un diable qui sépare les hommes en justes et injustes en purs et impurs ?
Pour ces chrétiens, plus connu sous le nom de marcionites que l’on appela mille ans plus tard cathares ou bogomiles, le mal prend racine dans le monde parce que le monde n’est pas de Dieu et parce que les hommes sont prisonniers de la nature de ce monde qui les revêt. Les hommes ne sont pas libres, parce que comme le confessait l’apôtre Paul, ils sont charnels, vendus au péché et à la mort (c.f. Romains 7 : 14) par nature. Encore une fois, il n’est pas ici question d’un mauvais usage d’un prétendu libre arbitre. Le mal et le bien relèvent en réalité d’une question de nature, de natures différentes et même antagonistes. Le charnel et le spirituel, le monde et le divin, Dieu et diable. C’est pourquoi l’auteur de l’épitre de Jean écrit : « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui ; et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu » (I Jean 3 : 9). Nous voyons bien que la nature, la nature charnelle issue du diable, conduit au mal alors que la nature, la nature spirituelle issue de Dieu, conduit au Bien. C’est ici extrêmement clair, il n’y a pas de libre arbitre mais des natures différentes qui s’opposent en l’homme. Ces natures sont parfaitement identifiées et identifiables. Les cathares l’énonçaient très clairement, le monde que nous contemplons et la vie qui est dans ce monde, ne sont pas de Dieu. La vie de ce monde est le pousse-au-crime par excellence ; c’est pour la vie que le pire est commis.
Il nous faut insister, le libre arbitre est inconnu des évangiles, on ne trouve ni le mot ni le concept, y compris dans les écrits bibliques, c’est-à-dire dans ce que l’on appelle l’ancien testament. En effet dans les écrits du judaïsme, tout tourne autour du concept de Loi. Comme tous les dieux, le dieu biblique est auteur indifféremment du bien et du mal, et ce mal et ce bien sont à l’origine des maux et des biens des hommes. Le dieu biblique fait la pluie et le beau temps, il donne aussi bien la vie que la mort, la bénédiction que la malédiction.
Contrairement au christianisme la question du mal n’était pas problématique et surtout n’était pas incompatible avec la divinité. Elle était l’expression de la toute puissance de dieu ou des dieux.
En ce qui concerne les hommes, le propos est tout aussi simpliste, dieu avait transmis la Loi au peuple et celui-ci était tenu de l’observer, d’y obéir, et les contrevenants étaient passibles de la peine de mort. Point. Comme on le voit le souci de la liberté n’est pas la préoccupation de ce dieu-là et de ses disciples, les sophismes des théologiens ne peuvent rien y changer. Ces derniers présentent la Loi comme régulatrice du fameux libre arbitre. Pour eux la Loi est bien la preuve que l’homme dispose d’un libre arbitre car elle est censée aiguillonner au bien et sanctionner le mal. Notons au passage que nous retombons ici sur le jugement qui s’oppose à l’impératif catégorique du Christ : « ne jugez pas ! » (Matthieu 7 : 1). Autrement dit, n’ayez pas de Loi car c’est la Loi qui vous permet de juger.
La Loi n’est pas du tout une preuve de la liberté de l’homme elle est seulement la preuve que les sociétés humaines se fixent des interdits plus au moins arbitraires. La loi n’est pas plus la preuve du libre arbitre de l’homme que la camisole de force n’est la preuve de la santé mentale du fou. Le fou est prisonnier de sa nature et la camisole n’est au mieux qu’une tentative de juguler sa capacité de nuisance. L’homme n’est pas différent du fou, il ne peut être différent de sa nature. La Loi n’y change rien, elle ne le rend pas libre, elle permet seulement sa condamnation. La Loi permet le jugement. La loi est normative, elle fixe la norme, elle n’est pas l’expression d’un prétendu libre arbitre.
Nous arrivons ici à un point crucial de différentiation entre la pensée chrétienne et la pensée judéo-chrétienne. Pour cette dernière, la question du mal s’explique par une capacité à opter librement pour le bien et le mal, pour les autres, le mal comme le bien est une question de natures et de natures antagonistes. En effet dans l’Évangile le mal, le monde et la chair sont des synonymes et le Bien est lié à l’Esprit, il est le fruit de l’amour. L’amour est ce qui n’appartient pas à la nature, l’Amour est hors de celle-ci, il est ce Dieu étranger que Marcion prêchait.
Pour les chrétiens, Dieu qui est Esprit et Esprit d’Amour, n’est pas et ne peux pas être le créateur du monde et des hommes. Ignorant la Loi parce que tout Amour, il ne peut juger les hommes mais seulement les accueillir dans sa grâce. Il ne tient pas coupables les hommes du mal qu’ils commettent car ils agissent conformément à leur nature diabolique, de même le chrétien n’attend aucune récompense pour le bien qu’il fait, car il agit conformément à sa nature divine, il n’a aucun mérite. Ce christianisme ignore les concepts de sanction et de récompense, il ignore le saint et le damné, car le chrétien agit dans l’un ou l’autre cas conformément à sa nature duelle. Ce christianisme appelle à la rédemption tous les hommes, il ne voue personne aux gémonies, et cette rédemption commence par soi, par l’affranchissement à la puissance du péché qui est l’attachement à la vie en ce monde.
Il faut ici s’arrêter un instant sur ce que signifie exactement en christianisme la puissance du péché. Pour Paul, « la puissance du péché c’est la Loi » (I Co 15 : 56), c’est elle qui permet la mise à mort de l’Esprit d’Amour. L’esprit de la loi n’est pas la loi de l’Esprit d’Amour. L’Amour n’a pas de Loi, c’est pourquoi l’apôtre Paul dit que l’Amour endure tout, supporte tout. Mais la puissance du péché, c’est encore plus que cela, la puissance du péché c’est la vie. Oui, la vie, la vie, partout chantée, partout honorée, partout élevée au pinacle, partout promise ad vitam æternam par les religions. C’est la vie qui est le pousse-au-crime par excellence. Inutile de développer longuement ce point, Henri Guillaumet, pionnier de l’aviation qui se “scratcha” dans les Andes avec son appareil l’a parfaitement exprimé « Ce que j’ai fait [pour vivre], jamais aucune bête ne l’aurait fait ». La vie est animale, elle exige le crime, elle se nourrit de la mort, au sens propre. La vie est en réalité une puissance de mort. C’est pourquoi Jésus dit que : « Celui qui conservera sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi la retrouvera » (Matthieu 10 : 39). Cela fait partie des paroles dures à entendre.
Avec la figure du Christ les évangélistes ont eu recours à une image extrêmement forte de la pensée chrétienne, le Christ qui est présenté comme l’essence de la vie : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14 : 6), est précisément celui qui accepte de mourir en ce monde. Les dieux ne meurent pas habituellement, surtout sur le coup des hommes, le christianisme invente une première, en Christ, Dieu est mis à mort par les hommes, il est vaincu par eux, alors qu’habituellement c’est l’inverse qui se produit. Ce sont les hommes qui trépassent sous les coups des dieux. Les vieux récits bibliques le démontrent à longueur de pages, ils nagent dans le sang dont dieu semble apprécier l’odeur. Il ne réclame pas seulement le sang de l’impie, mais il exige que lui soit offert continuellement le sang des victimes apportées en sacrifice, mais c’est valable pour toutes les religions antiques. Il y a pas hélas ici un fait unique, c’est une constante des religions humaines que l’on retrouve partout dans les religions sacrificielles.
Mais revenons au libre arbitre tel qu’il fut pensé et développé par les cathares médiévaux, parce que nous avons un document extrêmement précieux de la main même d’un théologien cathare. Il s’agit du Livre des deux principes de Jean de Lugio. Ce livre commence, bille en tête, en réfutant point par point le libre arbitre. Nous voyons bien ici, comme nous l’avons dit au début, que ce sujet est capital. Il conteste le socle sur lequel repose toute la théologie judéo-chrétienne. Véritable château de carte qui ne tient debout que si on ne le touche pas.
Pour déployer ses arguments Jean de Lugio prend pour point de départ le mythe de la chute des anges, idée partagée par l’ensemble du christianisme médiéval, aussi bien romain, orthodoxe que cathare depuis Origène, théologien du IVe siècle, parce que la chute des anges est le point de départ du mal et du diable. Ce mythe est censé expliquer l’origine du mal dans le monde. Ce n’est pas parce que le sujet est mythologique qu’il est dénué de sens, bien au contraire, nous avons ici une formidable réflexion qu’un philosophe ne démentirait pas. Il suffit d’ailleurs de remplacer le mot “anges” par le mot “hommes” pour comprendre sur quoi une telle réflexion débouche.
Jean de Lugio commence par développer la position catholique. Il rappelle tout d’abord qu’elle consiste à définir Dieu comme « tout-puissant », c’est-à-dire capable de faire le bien et le mal et de connaître l’avenir. Ce dieu a créé les anges à son image, c’est-à-dire capables comme lui de faire le bien et le mal. Ils sont doués du libre arbitre, ils sont libre d’opter pour le mal ou pour le bien en toute connaissance de cause. Ensuite il explique que certains anges ont péché par libre arbitre, ils ont choisi le mal en toute connaissance de cause. C’est pourquoi dieu peut à juste titre juger les bons et les mauvais anges selon l’usage qu’ils ont fait de leur libre arbitre.
Jean de Lugio tire les conclusion d’une telle proposition. Si Dieu a créé les anges en connaissant exactement ce qu’ils feront à l’avenir, Dieu en créant les anges savait délibérément qu’ils allaient opter pour le mal ; Dieu a ainsi délibérément permis et nécessairement voulu que le mal prenne corps et vie dans son royaume. Mais c’est plus grave encore, ce dieu a su pertinemment toutes les causes, dont il est à l’origine, ne l’oublions pas, qui ont conduit des anges à opter pour le mal. Ainsi donc, certains anges ont opté pour le mal de manière inéluctable. En conséquence il ne peut y avoir de libre arbitre et c’est à mauvais droit qu’il punit ces anges. Il est lui, seul responsable du mal.
Nous pouvons ajouter que cela revient à dire également que le mal qui est en dieu a trouvé son débouché dans la création des anges, du monde et des hommes, puisque toutes ces créations amènent à l’existence du mal et à la multiplication de celui-ci. Ce dieu ne peut qu’être le seul auteur et responsable du mal.
Par une série d’arguments affutés, que nous avons ici résumé à l’extrême, Jean de Lugio démontre que la question du mal ne peut être résolu en partant d’un principe unique. De l’un ne peut apparaître que le multiple. Et si Dieu est amour et bon, comme le dit l’Évangile, il ne peut engendrer ce qui est contraire à lui-même, c’est-à-dire le mal et la haine. Pour Jean de Lugio, le mal a pour origine un autre principe que celui de Dieu, c’est d’ailleurs précisément la raison même de tout son Livre des deux principes. Maintenir un seul principe au bien et au mal est en soit une aberration que nulle circonvolution ne peut réduire ou masquer. Les contraires ne peuvent avoir que des principes contraires. Alors pourquoi un tel acharnement à tenter de justifier l’impossible ? Tout simplement pour justifier de vieilles croyances qui s’enracinent dans la vieille bible, l’Ancien Testament. Mais pas seulement, elle s’enracine également dans notre attachement à ce monde ; inconsciemment nous défendons le dieu créateur de ce monde parce que nous sommes attachés à la vie en ce monde. Alors, il nous faut trouver des excuses ou pire encore trouver une justification du mal.
Les théories new age puisées dans différentes traditions religieuses, justifient le mal parce qu’il serait un processus évolutif nécessaire. Mis à la sauce chrétienne, le mal est donc voulu de Dieu pour amener sa création à la perfection. Mais on se demande bien quel esprit retors, ferait exister des êtres qui n’ont rien demandé à personne pour les soumettre à l’épreuve afin qu’après bien des souffrances et des crimes, ils puissent arriver à la perfection divine.
En fait toutes ses théories abracadabrantes tentent de concilier de vieilles croyances ataviques, telles que celle du dieu créateur et de la positivité du monde, au lieu de rompre avec elles. Et ce parce que cela revient à mettre en question notre existence en ce monde. En dernier ressort c’est l’instinct de vie qui trouve des raisons de vivre en ce monde. Il justifie le monde et les croyances qui le soutiennent.
À l’inverse, rompre avec le monde, c’est rompre avec la vie et les vieilles croyances bibliques. Cette rupture crée un être nouveau, parce que cela revient à penser de manière nouvelle. On comprend par là le sens étymologique du mot “évangile”, qui veut dire “bonne nouvelle”. Et c’est une nouvelle bonne parce qu’il y en a une ancienne et mauvaise.
Les cathares ont témoignés dans leur style de vie combien ils n’étaient pas attachés à ce monde. Leur vie dans ce monde ne valait pas un mal, pas même un petit mensonge qui aurait pu les sauver de la mort atroce sur le bûcher.
Dans son chapitre intitulé pourquoi « il faut éliminer la notion de libre arbitre », Jean de Lugio rend compte de cette attitude des cathares face à ce que les hommes craignent par-dessus tout, c’est-à-dire la mort au lieu de la crainte absolue de faire le mal. Il écrit : « Nous n’avons pas le pouvoir de servir Dieu par libre arbitre, en faisant quelque Bien dont il aurait à nous savoir gré, comme s’il provenait de notre propre vertu et puissance, c’est-à-dire sans que Dieu fût lui-même la cause et le principe de ce Bien, parce que, écrit-il, nous n’avons absolument pas d’autre force en nous que celle qui nous vient de Dieu. Il est donc évident, poursuit-il, que tout ce que l’on trouve de bon dans les créatures de Dieu, vient directement de lui et par lui. C’est lui qui a donné son être au Bien et qui en est la cause […] Mais le mal, s’il se rencontre dans le peuple de Dieu, ne provient pas du vrai Dieu, ni ne se manifeste par lui : ce n’est pas Dieu qui l’a fait exister, car il n’est pas sa cause et ne l’a jamais été ».
On comprend alors pourquoi le peuple croyant faisait son melioramentum devant ces humbles bons-hommes, car ils portaient en eux ce Bien de Dieu.
Merci pour votre écoute.
1 – Il s’agit là de l’annonce évangélique et non des textes dont le nom s’écrit alors avec un é minuscule.

