Pâques est un moment fort de la division entre la vision cathare et la vision judéo-chrétienne, entre autres.
Pâques moment où l’esprit prend le dessus sur le corps, après que le corporel ait semblé prendre le dessus sur l’esprit !
En effet, la Passion semble donner raison aux détenteurs du pouvoir politique (les romains) et religieux (les chefs juifs) et ce dernier semble vaincre celui qui était venu annoncer la suprématie de l’esprit.
Puis, par un coup de théâtre — qui d’ailleurs a beaucoup inspiré les faiseurs de spectacles — cet esprit surmonte les obstacles du corporel pour démontrer la suprématie du spirituel. Mais il le fait selon les codes du corporel, c’est-à-dire qu’il se laisse martyriser, tuer, ensevelir avant de réapparaître en surmontant des obstacles physiques qui démontrent ainsi l’échec du corporel (pierre roulée, déplacement à travers les obstacles, etc.).
C’est en cela que Pâques m’apparaît comme une erreur.
Si, comme le pensent les bons hommes du Moyen Âge et les croyants cathares d’aujourd’hui, le Christ est toujours demeuré un pur esprit — c’est-à-dire qu’il ne s’est pas fait chair lui-même mais aussi qu’il n’a aucune part à la chair — peu lui chaut d’apparaître comme vainqueur de la matière ! En effet, il n’est pas venu en compétiteur, mais en éveilleur.
S’il était venu en compétiteur, comme le pensaient et l’attendaient les juifs, les prophètes de l’Ancien Testament et Jean le baptiste lui-même, il serait venu en Messie libérateur à la tête de l’armée de Dieu.
Or il n’en fait rien. Il vient comme le plus petit de tous, dans le plus humble équipement — seul, sortant de nulle part, en l’an 15 de Tibère — et si peu reconnaissable que celui qui l’annonce à tout rompre depuis des années, va même douter de sa réalité au point de lui envoyer ensuite ses disciples pour s’assurer qu’il est bien l’envoyé de Dieu.
Non, le Christ est esprit et agit en esprit qu’aucune matière n’a jamais corrompu et ne corrompra jamais.
Quand il nous dit qu’il est en nous, c’est en esprit et non pas dans notre chair qu’il s’insinue.
Cela confirme aussi que si notre esprit est prisonnier de la matière et du corps de chair, il n’y a pas la moindre part. Il n’y a pas de corruption entre l’esprit que nous sommes et la chair qui le contraint. La barrière entre les deux est infranchissable car l’un et l’autre appartiennent à deux créations inconnaissables l’une à l’autre.
Il est donc évident que Pâques est un non-sens pour un croyant cathare, car Pâques prétend au contraire créer le lien entre l’esprit et la matière et, comme par hasard, ce lien est un lien de violence, violence qui va dans un sens d’abord et se retourne dans l’autre enfin, au point d’estourbir les gardes du tombeau.
Non, vraiment, il y a plus d’un abîme entre cette approche du christianisme anthropomorphique et mondaine et notre vision spirituelle et détachée du monde.
Comment s’étonner d’ailleurs que les tenants de cette approche guerrière aient trouvé naturel de la reproduire contre ceux qui menaçaient l’hégémonie qu’ils voulaient imposer et comment s’étonner que ceux qui, au fil des siècles — de Marcion aux cathares —, concevaient les choses de façon radicalement inverse n’ont eu d’autre choix que de fuir (soit en s’isolant dans des contrées lointaines comme les marcionites, soit en se cachant dans des bois ou des grottes comme les cathares) et de pardonner, puisque c’était tout ce que leur église leur enseignait ?
Dissocier le Christ de la chair, sous quelque angle qu’on l’envisage, c’est dissocier l’esprit de la matière, c’est donc rejeter toute idée de corruption de l’esprit par la matière et c’est donc se prémunir des pièges de la matière.
C’est pourquoi je peux affirmer sans difficulté que Dieu est étranger à ce monde, puisque ce monde est aux antipodes de l’idée que l’on peut se faire de Dieu et que le Christ n’y a eut aucune part, se contentant d’être un lien immatériel entre les esprits prisonniers et le souvenir de leurs origines.
C’est ainsi que je reçois toutes les évangiles et leurs descriptions anthropomorphiques et mondaines.
