Retrouvé dans le Liber contra Manicheos de Durand de Huesca, vaudois converti au catholicisme, ce traité — dont il ne reste que des extraits — est d’autant plus intéressant que ce moine catholique déploie de grands efforts pour tenter de le réfuter.
Entièrement construit à partir de références scripturaires, ce traité comporte très peu de commentaires de l’auteur, ce qui le rend d’autant plus utile pour valider sa démonstration.
L’auteur de ce traité serait Barthélémy de Carcassonne qui aurait pu être un représentant en Languedoc d’un haut dignitaire cathare de Bosnie.
Ce document semble être un outil préparé en vue de controverse ou d’enseignement et utilisant les sources scripturaires afin de conforter la doctrine cathare dyarchienne.
Le présent document est une traduction de René Nelli publié dans le recueil « Écritures cathares » publié par les éditions du Rocher dans une édition actualisée et augmentée par Anne Brenon en 1995. Pour respecter le droit des auteurs je ne vous livrerai ni la préface, ni les notices que vous trouverez dans le livre dès que celui-ci sera de nouveau édité. J’espère qu’en ne publiant que la traduction et les notes de bas de page je ne causerai aucun tort à personne et je permettrai à tous d’accéder à cet ouvrage essentiel à la compréhension de la doctrine cathare.
TRAITÉ CATHARE ANONYME
I
Comme quelques personnes nous adressent de mauvaises critiques, au sujet des œuvres et des créations divines, nous devons, pour cette raison, confesser de parole en même temps que de cœur, notre sentiment sur ces questions, afin que ceux qui nous attaquent ainsi, par ignorance, saisissent plus clairement la chose et en connaissent la vérité. En premier lieu : nous honorons au plus haut point le Dieu suprême et vrai, le Père tout-puissant, par qui, comme nous le lisons (dans l’Écriture) et comme nous le croyons — ont été faits le ciel, la terre, la mer et tout ce qui y est compris (Ps. 145, 6), selon ce que confirment les témoignages des Prophètes et que démontrent plus complètement encore les autorités du Nouveau Testament.
Car le Seigneur lui-même a parlé ainsi par la bouche de son prophète Isaïe : « C’est moi qui suis le premier, et qui suis le dernier. C’est ma main qui a fondé la terre ; c’est ma main qui a mesuré les cieux » (Is., 48, 12-13). Et il dit encore : « Car je m’en vais créer de nouveaux cieux et une terre nouvelle » (Is., 65, 17). Et l’ange dit dans l’Apocalypse : « Craignez le Seigneur et rendez-lui gloire, parce que l’heure de son jugement est venue ; et adorez celui qui a fait le ciel et la terre, la mer et toutes les choses qui s’y trouvent » (Apoc., 14, 7). Et encore les vingt-quatre vieillards (de l’Apocalypse) : « Vous êtes digne, ô Seigneur, notre Dieu, de recevoir gloire, honneur et puissance, parce que c’est vous qui avez créé toutes choses et que c’est par votre volonté qu’elles ont reçu l’être, et qu’elles ont été créées » (Apoc. 4, 11). Pareillement Paul et Barnabé disent, dans les Actes : « Amis, que voulez-vous faire ? Nous ne sommes que des hommes non plus que vous, et sujets aux mêmes infirmités ; et nous vous exhortons à quitter ces vaines superstitions pour vous convertir au Dieu vivant — et vrai — qui a fait le ciel et la terre, et la mer et tout ce qui y est contenu » (Act., 14, 14). Semblablement les autres apôtres disent aux mêmes Actes : « Seigneur, vous êtes le créateur du ciel, de la terre, de la mer et de tout ce qu’ils contiennent» (Act., 4, 24). Paul aussi, aux mêmes Actes : « Dieu qui a fait le monde et tout ce qui est dans le monde, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite point dans des temples bâtis par des hommes » (Act., 17, 24). Et David : « Soyez bénis du Seigneur qui a fait le ciel et la terre » (Ps. 115, 15). Et on lit dans l’Apocalypse : « Écrivez ceci à l’ange de l’église de Laodicée : voici ce que dit celui qui est la vérité même, le témoin fidèle et véritable, le principe de tout ce que Dieu a créé » (Apoc., 3, 14).
Ainsi, par ces témoignages et d’autres, aussi nombreux que possible, nous croyons que Dieu tout-puissant a fait, et aussi créé, le ciel, la terre, la mer, le monde et tout ce qui s’y trouve.
Ma lecture :
I – Après avoir rappelé le monothéisme absolu des chrétiens cathares, il tient à lever l’ambiguïté sur la notion de création divine : « En premier lieu : nous honorons au plus haut point le Dieu suprême et vrai… par qui… ont été faits le ciel, la terre, la mer et tout ce qui y est compris… ». « Ainsi, par ces témoignages et d’autres, aussi nombreux que possible, nous croyons que Dieu tout-puissant a fait et aussi créé, le ciel, la terre, le monde et tout ce qui s’y trouve. ».
II
Mais comme ils sont assez nombreux, ceux qui se préoccupent le moins possible de l’autre monde et des autres créatures, et ne s’intéressent qu’à celles que l’on peut voir dans celui-ci — mauvaises, vaines, corruptibles — et qui, de même qu’elles sont venues, sans aucun doute, du néant, retourneront au néant; nous disons, nous, qu’il existe un autre monde et d’autres créatures incorruptibles et éternelles, dans lesquelles consistent notre joie et notre espérance. Car leur substance est la foi, selon ce que dit l’Apôtre aux Hébreux : « La foi est ce qui nous rend présentes les choses qu’on espère et qui nous convainc de celles qu’on ne voit point » (Hébr., 11,1).
Ma lecture :
II – Cependant, il dénonce l’incompétence de ses détracteurs qui considèrent ce monde comme la création de Dieu : « …ils sont assez nombreux, ceux qui se préoccupent le moins possible de l’autre monde et des autres créatures, et ne s’intéressent qu’à celles que l’on peut voir dans celui-ci – mauvaises, vaines, corruptibles – et qui, de même qu’elles sont venues, sans aucun doute, du néant, retourneront au néant; nous disons, nous, qu’il existe un autre monde et d’autres créatures incorruptibles et éternelles, dans lesquelles consistent notre joie et notre espérance… ».
III
Le Fils de Dieu a encore parlé des deux mondes, lorsqu’il a dit : « Les enfants de ce siècle-ci épousent des femmes, et les femmes, des maris. Mais ceux qui seront jugés dignes d’avoir part à cet autre siècle, et à la résurrection des morts, ne se marieront plus, et les femmes n’auront plus de maris » (Luc, 20, 34-35).
C’est du siècle de ce monde-ci que parle l’Apôtre, s’adressant aux Galates : « Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu le Père et de Jésus-Christ, notre Seigneur, qui s’est livré lui-même pour nos péchés, afin de nous retirer de la corruption du siècle présent » (Gal., 1,3-4). Et aux Éphésiens il dit : « Et vous… lorsque vous étiez morts par les dérèglements et les péchés, dans lesquels vous avez autrefois vécu selon la coutume de ce monde » (Éph., 2, 1-2). Et ailleurs, s’adressant aux Romains : « Et ne vous conformez pas au siècle présent » (Rom., 12, 2). Ailleurs encore (lre Épître, aux Corinthiens) : « Nous prêchons la sagesse aux parfaits, mais ce n’est pas celle de ce monde, ni des princes de ce monde, dont l’empire se détruit, mais nous prêchons la sagesse de Dieu… que nul des princes de ce monde n’a connue » (I Cor., 2, 6-8).
Ma lecture :
III – Il appelle à témoigner le Christ et Paul : « Nous prêchons la sagesse aux parfaits, mais ce n’est pas celle de ce monde, dont l’empire se détruit, mais nous prêchons la sagesse de Dieu… que nul des princes de ce monde n’a connu. (I Cor., 2, 6-8) »
IV
De ce présent monde, mauvais, malin « et tout entier posé dans le mal » (I Jean, 5,19), Jacques dit dans son Épître : « Âmes adultères, ne savez-vous pas que l’amour de ce monde est une inimitié contre Dieu ? Ainsi quiconque voudra être ami de ce monde se rend ennemi de Dieu » (Jac., 4,4). Paul dit de même : « La figure de ce monde passe » (I Cor., 7, 31). Et Jean : « N’aimez ni le monde, ni ce qui est dans le monde… car tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, etc. » (I Jean, 2,15-16). Et le Christ : « Le Prince de ce monde va venir » (Jean, 14, 30). Et il ajoute : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean, 18, 36). Ailleurs : « Je ne prie point pour ce monde » (Jean, 17, 1). Ailleurs encore : « Père, le monde ne vous a point connu » (Jean, 17, 25). Il dit, en outre, de ses apôtres : « Ils ne sont point du monde, comme je ne suis point moi-même de ce monde » (Jean, 17, 16). Et encore : « Vous aurez à souffrir bien des afflictions dans le monde » (Jean, 16, 33). Et ceci encore : « Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait à lui » (Jean, 15, 19). Et enfin : « Le monde les a haïs » (Jean, 17, 14). Jean a déclaré : « Ne vous étonnez pas si le monde vous hait » (I Jean, 3, 13-14). Et ailleurs : « La raison pour quoi le monde ne nous connaît point, c’est qu’il ne connaît point Dieu » (I Jean, 3, 1).
Si le monde est placé sous l’empire du mal (I Jean, 5, 19), s’il est défendu de l’aimer, ainsi que les choses qu’il contient, il ne faut donc pas croire qu’il appartienne en propre au Christ, car il ne procède pas du Père. Et si le monde n’est pas du Père, il n’est donc pas du Fils. Car le Christ a dit lui-même au Père : « Tout ce qui est à moi est à vous, et tout ce qui est à vous est à moi » (Jean, 17, 10). Si donc le « royaume » du Christ n’est pas de ce monde, si ce n’est pas pour lui « qu’il prie » ; si les « siens », qui lui appartiennent en propre, ne sont pas, non plus, de ce monde ; bien plus, si le monde les hait, les plonge dans les afflictions, les persécute et les combat, eux et le Christ, il faut rejeter la croyance que ce monde est au Christ, ce monde qui, d’ailleurs. l’a ignoré et ne le connaît point.
Mais parce que nous savons ainsi que le monde est mauvais dans son « siècle », dans ses jours, dans ses œuvres, dans ses hommes, dans son prince, dans ses recteurs, dans certaines de ses nourritures et boissons, nous poursuivrons notre exposé, selon la mesure de nos forces.
Ma lecture :
IV – Ce faisant, il démontre par les sources que ce monde, visible et corruptible n’est pas la création divine mais celle du malin : « De ce présent monde, mauvais, malin « et tout entier posé dans le mal » (I Jean, 5,19), Jacques dit dans son Épître : « Âmes adultères, ne savez-vous pas que l’amour de ce monde est une inimitié contre Dieu ? Ainsi quiconque voudra être ami de ce monde se rend ennemi de Dieu » (Jac., 4, 4)… ». Cet exemple, parmi beaucoup d’autres est clair quant à l’approche qu’un cathare doit avoir de ce monde. Rien ne peut en être vu comme venant de Dieu car il n’est que corruption dans la nature et dans la durée.
Il appelle Jean à l’appui de ses dires : « Père, le monde ne vous a point connu (Jn, 17, 25). » et « Ne vous étonnez pas si le monde vous hait (I Jn, 3, 11). »
V
Nous croyons que là est le royaume dont le Christ a dit : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean, 18, 36), comme il a été dit plus haut, au chapitre précédent. Daniel, parlant de la puissance de Dieu et de son royaume, affirme : « Sa puissance est une puissance éternelle qui ne lui sera point ôtée, et son royaume ne sera jamais détruit » (Dan., 7, 14). L’Ange dit à Marie : « Et son règne n’aura point de fin… Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père et il régnera dans la suite de tous les siècles sur la maison de Jacob » (Luc, 1, 33 et 32). Et David : « Votre règne est le règne dç tous les siècles » (Ps. 144, 13). Paul déclare, parlant de la résurrection : « Je veux dire, mes frères, que la chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu » (I Cor., 15, 50) ; et à un autre endroit : « Sachez bien que nul fornicateur, nul impudique, nul avare — vice qui est une idolâtrie — ne sera héritier du royaume du Christ et de Dieu » (Éph., 5, 5).
C’est pourquoi nous disons que si le royaume d’ici-bas, dont nous savons que le prince est inique, était le royaume du Christ et de Dieu, jamais il n’aurait de tels héritiers, jamais il ne serait voué à telle corruption.
De l’autre monde vrai et de sa « création » (factura), Jean nous dit dans l’Apocalypse : « Les royaumes de ce monde sont enfin soumis à Notre Seigneur et à son Christ (Apoc., 11, 15). Et c’est dans le ciel qu’étaient ces paroles, et le monde et le royaume.
Mais, opposé à ce royaume, qui est céleste, on en trouve un autre, qui est de Satan, et dont le Christ a dit : « Que si Satan chasse Satan, il est divisé contre lui-même : comment donc son royaume subsistera-t-il ? » (Matth., 12, 26). Et : « Les enfants de ce royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Matth., 8, 12).
Ma lecture :
V – Maintenant, il oppose par les textes, les deux mondes : « Paul déclare, parlant de la résurrection : “ Je veux dire, mes frères, que la chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu”. et « De l’autre monde vrai et de sa “création” (factura), Jean nous dit dans l’Apocalypse : “Les royaumes de ce monde sont enfin soumis à Notre Seigneur et à son Christ” (Apoc., 11, 15). »
VI
Dans ce « siècle (divin), nous croyons qu’il y a un ciel nouveau et une terre nouvelle, desquels le Seigneur parle ainsi à son peuple dans Isaïe : « Car, comme les cieux nouveaux et la terre nouvelle que je vais créer subsisteront toujours devant moi (dit le Seigneur), ainsi votre nom et votre race subsisteront éternellement » (Is., 66, 22). Pierre dit aussi dans son Épître : « Car nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera » (II Petr., 3, 13). Jean, dans l’Apocalypse : « J’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Apoc., 21, 1).
C’est là que sont le soleil et la lune dont Isaïe a dit : « Votre soleil ne se couchera plus et votre lune ne souffrira plus de diminution » (Is., 60,20). Le Livre de la Sagesse dit de même : « Le soleil de la Justice ne s’est point levé pour nous » (Sap., 5,6).
Là se trouve la cité dont Jean parle dans l’Apocalypse : « Et moi, Jean, je vis (descendre du ciel) la cité sainte, la nouvelle Jérusalem » (Apoc., 21, 2) ; et il ajoute, plus loin, « qu’elle était d’un or pur semblable à du verre très clair » (Apoc., 21, 18). L’Apôtre, de son côté, déclare : «… Au lieu que Jérusalem d’en haut est libre et que c’est elle qui est la mère de nous tous » (Gai., 4, 26). Là se trouve l’arbre de Vie au sujet duquel Jean nous dit dans l’Apocalypse : « Je donnerai au victorieux à manger du fruit de l’arbre de Vie, qui est dans le paradis de mon Dieu » (Apoc., 2, 7). Là est le fleuve d’eau vive (vitae) dont Jean dit dans l’Apocalypse : « L’ange me montra encore un fleuve d’eau vive, clair comme du cristal, qui sortait du trône de Dieu et de l’Agneau. Au milieu de la place de la ville, sur les deux rivages du fleuve, est l’arbre de Vie qui porte douze fruits, et rend son fruit chaque mois (Apoc., 22, 1-2).
C’est là que se trouve la cour sainte et angélique du Père, dont Daniel déclare : « Un million d’anges le servaient et mille millions assistaient devant lui » (Dan., 7, 10).
Quant aux œuvres et aux créatures qui sont là, l’Apôtre dit que « l’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, et le cœur de l’homme n’a point conçu, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (I Cor. 2, 9).
Ma lecture :
VI – Mais une autre création existe de tous temps elle et dispose des qualités de toute création divine. Là encore, l’auteur déploie de nombreuses citations à l’appui de ses dires : « …Dans ce « siècle (divin), nous croyons qu’il y a un ciel nouveau et une terre nouvelle, desquels le Seigneur parle ainsi à son peuple dans Isaïe : « Car, comme les cieux nouveaux et la terre nouvelle que je vais créer subsisteront toujours devant moi (dit le Seigneur), ainsi votre nom et votre race subsisteront éternellement » (Is., 66, 22). Pierre dit aussi dans son Épître : « Car nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera » (II Petr., 3, 13). Jean, dans l’Apocalypse : « J’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Apoc., 21, 1)…. ».
VII
Ces choses, qui appartiennent au Christ, et à propos desquelles Jean nous dit : « II est venu chez soi » (Jean, 1, 11), beaucoup soutiennent que c’est ce monde-ci. Mais ce que Jean dit dans son Épître va à rencontre de ce qu’ils affirment : « N’aimez pas le monde ! » (Jean, 2, 15). Et ailleurs : « Tout le monde est sous l’empire du malin » (I Jean, 5, 19). Ce qui appartient au Christ, nous prouvons par des témoignages authentiques que c’est sa Mère et le peuple de Dieu. La Vierge elle-même affirme qu’elle est à Lui, s’adressant à l’Ange : « Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole » (Luc, 1, 38).
Ma lecture :
VII – Il nous rappelle que, si ce monde est sous le pouvoir du malin, le peuple lui est de Dieu, y compris Marie.
VIII
Les fils de ce siècle, nés de la chair du péché, « nés de sang, de la volonté de la chair et de la volupté (voluptate) de l’homme » (Jean, 1,13), c’est le diable qui les a semés, comme le Christ l’a dit : « Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé de bon grain dans son champ… » (Matth., 13, 24) : parabole qu’il explique en ces termes : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ est le monde ; le bon grain, ce sont les enfants du royaume, et l’ivraie, ce sont les enfants du mauvais esprit. L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable » (Matth., 13, 37-39).
Mais les faux commentateurs affirment que ce champ, c’est le monde présent, que le Seigneur dit être le sien : cela nous paraît contraire à la vérité. En effet, dans le monde dont parle le Seigneur, il y eut d’abord les bons, puis les mauvais. Au contraire, dans ce présent monde, il y eut d’abord les mauvais, puis les bons. Jean le dit bien dans son Épître : « C’est en cela que l’on reconnaît les enfants de Dieu et les enfants du Diable » (I Jean, 3, 10). En quoi ? En cela que les uns sont bons et les autres, mauvais.
En outre, le Seigneur dit aux pharisiens dans l’Évangile : « Vous autres, pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, mais au-dedans, vous êtes pleins de rapine et d’impureté » (Luc, 11, 39). « Fous et aveugles ! Celui qui a fait le dehors, n’a-t-il pas fait aussi le dedans ? » (Luc, 11, 39).
Nous croyons, en effet, que c’est un seul et même Dieu qui a fait le dehors et le dedans ; mais certains de moins doctes aboient contre nous : ils soutiennent qu’il s’agit ici de la chair et de l’esprit, que l’esprit serait l’intérieur et la chair, l’extérieur. Et ils prétendent ainsi que le Seigneur a établi que celui qui a fait la chair a fait aussi l’esprit. Mais on ne peut concéder que le Christ, s’adressant aux pharisiens, ait voulu parler de l’esprit, puisque ces derniers ne purifiaient leur esprit ni au-dedans ni au-dehors. Ils nettoyaient ce qui est à l’extérieur de la coupe et du plat, en ce sens qu’ils paraient leur corps en le nettoyant extérieurement. Mais ce qui est à l’intérieur de la coupe, ils ne le purifiaient nullement, ce qui revient à dire qu’ils ne purifiaient pas leur cœur des souillures. Des souillures dont le Seigneur a dit : « C’est du cœur que partent les mauvaises pensées, les homicides, les adultères, les fornications, les larcins, les faux témoignages, les blasphèmes : ce sont là les choses qui rendent l’homme impur » (Matth., 15, 19). [Cf. Marc : « Tous ces maux sortent du dedans et souillent l'homme » (Marc, 7, 21).]
Ma lecture :
VIII – Cependant il critique ceux qu’il considère comme les enfants du diable et s’appuie sur la parabole du bon grain et de l’ivraie (Matth., 13, 24 – 39).
IX
Nous disons également que les jours de ce monde présent sont mauvais, d’après la pensée de Paul : « Ayez soin, mes frères, de vous conduire avec circonspection, non comme des personnes imprudentes, mais comme des hommes sages, et rachetez le temps, parce que les jours sont mauvais » (Éph., 5, 15-16). Et il dit encore : «… afin que vous puissiez résister au jour mauvais » (Éph., 6, 13). Et on lit dans l’Évangile : « À chaque jour suffit son mal » (Matth., 6, 34).
Le Psalmiste parle lui aussi de ces jours : « Mes jours sont comme une ombre qui s’évanouit » (Ps. 101, 12), et Job : « Mes jours sont passés plus vite que le fil de la toile n’est coupé par le tisserand ; et ils se sont écoulés sans me laisser aucune espérance » (Job, 7, 6). Celui qui est placé dans les misères des jours d’ici-bas dit en soupirant : « Qui m’accordera d’être encore comme j’ai été dans ces mois qui m’ont été donnés au commencement, dans ces jours où Dieu lui-même me conservait ? » (Job, 29, 2). Pierre dit à ce sujet : « Qui veut aimer la vie et voir des jours heureux ? » (I Petr., 3, 10). Et ailleurs : « Aux yeux du Seigneur un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour » (II Petr., 3, 8).
Ma lecture :
IX – Il dénie également la moindre qualité aux jours passés dans ce monde. C’est pourquoi il rappelle que le sage doit vivre ces jours en sachant ce qu’ils valent.
X
Mais, que les œuvres du monde soient mauvaises, le Christ lui-même l’affirme, lorsqu’il dit : « Le monde me hait, parce que je rends témoignage contre lui que ses œuvres sont mauvaises » (Jean, 7, 7). Et une seconde fois : « Le sujet de cette condamnation est que la lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière ; parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal, hait la lumière et ne s’approche point de la lumière (Jean, 3, 19-20) (c’est-à-dire du Christ, qui est la « lumière » véritable) de peur que ses œuvres ne soient condamnées » (Jean, 3, 20). Et encore : « Quiconque commet le péché est esclave du péché » (Jean, 8, 34), c’est-à-dire du diable, qui est appelé le péché, comme il est dit dans l’Épître de Jean : « Celui qui commet le péché est du diable, parce que le Diable pèche dès le commencement (I Jean, 3, 8). Mais c’est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu a paru dans ce (monde) » (I Jean, 3, 8).
C’est de ces œuvres qu’il est écrit au Livre de la Sagesse : « Tout ouvrage corruptible sera enfin détruit et celui qui l’a fait s’en ira avec lui » (Eccl., 14,20). L’Apôtre dit : «… Cet esprit qui agit maintenant sur les fils incrédules et rebelles » (Éph., 2, 2), et il dit encore ailleurs : « Car ce sont des ouvriers trompeurs » (II Cor., 11, 13). Et l’Ecclésiaste : « J’ai vu tous les ouvrages qui se font sous le soleil, et j’ai vu que tout n’est que vanité et affliction d’esprit » (Eccl., 1, 14) ; et encore : « Tout est soumis à la vanité et tout tend en un même lieu : tout a été fait de poussière, et tout retourne en poussière » (Eccl., 3, 19-20).
Mais des œuvres bonnes et éternelles, nous lisons ceci dans le Livre de la Sagesse : « Les ouvrages du Seigneur sont tous très bons » (Eccli., 39, 21) ; et encore ceci : « Vous aimez, Seigneur, tout ce qui est, et vous ne haïssez rien de tout ce que vous avez fait, car vous n’avez rien établi ni fait dans la haine » (Sap., 11, 25). Et encore : « Tout ce qu’il a fait est bon en son temps » (Eccl., 3,11). Et, à nouveau : « Tout ouvrage excellent sera enfin reconnu pour ce qu’il est, et celui qui l’a fait y trouvera sa propre gloire » (Eccli., 14, 21). Et l’Apôtre : « Car c’est Dieu qui opère en vous » (Phil., 2, 13).
Ma lecture :
X – De même, il rappelle que les œuvres de ce monde sont mauvaises alors que les œuvres de Dieu, ou inspirées par Lui, sont bonnes.
Mise à jour de la version du 30 août 2009

