La morale cathare

1 juin 2008 par Éric de Carcassonne

Elle est la fois la condition de vie matérielle en accord avec la doctrine et la condition de salut de l’esprit.
Elle ne s’applique qu’aux chrétiens consolés et les novices s’engagent à y souscrire totalement avant leur consolation.
Elle est permanente, sous réserve de modifications possibles selon les évolutions du savoir humain.

Je la résumerais en trois concepts :
- ne nuire à personne dans la mesure du possible ;
- ne participer en aucune façon à l’œuvre maléfique de génération matérielle ;
- être dans la justice et la vérité.

1- Ne nuire à personne dans la mesure du possible

Cela inclut de ne pas se nuire à soi-même, de ne pas nuire aux autres hommes, de ne pas nuire aux autres formes de vie animales et végétales sous réserve des deux points précédents.
Les commandements qui en découlent sont les suivants :
- ne tuer aucune forme de vie humaine ou animale ;
- ne pas consommer de chair animale ;
- ne consommer les végétaux que pour satisfaire ses besoins vitaux ;
- ne pas voler ;
- ne pas détruire le bien d’autrui ;
- ne pas nuire à autrui par calomnie ou médisance ;
- ne pas chercher à exercer de pouvoir sur autrui autrement que pour son intérêt immédiat ;
- limiter ses possessions au strict nécessaire ;
- n’avoir aucun conflit ou aucune dette envers quiconque.

1.1 – Ne pas tuer

C’est la règle d’évidence.
Cela concerne le suicide, l’euthanasie, le meurtre (y compris en légitime défense) et l’abattage des animaux.
Cela touche plus généralement au respect de toute forme de vie animale, végétale ou minérale dans la limite des nécessités vitales concernant sa propre vie.
Par conséquent la nécessité de se nourrir doit faire préférer une alimentation végétarienne (idéalement végétalienne) à l’alimentation pisci-végétalienne des cathares médiévaux.
Cette règle n’implique pas le maintien de la vie à tout prix. La mort fait partie de la vie et l’empêcher serait aussi empêcher potentiellement un esprit de se libérer de sa condition matérielle.
Dans le domaine de la santé, cela interdit l’euthanasie mais autorise de respecter la demande d’arrêt des soins – y compris vitaux – quand l’agonie est engagée.

1.2 – Ne pas nuire à autrui

Excepté la nuisance vitale qui ressort de l’article précédent, la nuisance à autrui doit être rejetée en ce qui concerne son intégrité morale et ses biens.
Il ne faut donc chercher, ni à s’approprier le bien d’autrui, ni à le détruire sans l’accord explicite du propriétaire.
Il ne faut pas non plus porter atteinte à son intégrité morale en portant sur lui des jugements moraux, fondés ou non, susceptibles de lui causer des torts.
De la même façon il ne faut avoir – de son fait – de conflit en suspens avec quiconque qui ne soit réglé définitivement (procès, contrat, dette, etc.).
Il ne faut pas non plus que, par son comportement personnel, l’on puisse nuire à une autre personne connue ou non.
C’est pour cela qu’il faut limiter ses possessions au strict nécessaire car, le surcroît de biens personnels se fait obligatoirement au détriment des autres et engendre l’envie.
Sauf pour des motifs visant à l’intérêt de l’autre, il faut s’abstenir de toute domination car nous sommes tous égaux.
Cependant, une domination temporaire visant à rendre à l’autre un service important est acceptable. Cela peut être un rapport de soignant à soigné, d’enseignant à élève, etc.

2 – Ne pas prendre part à l’œuvre de génération

Le christianisme cathare nous enseigne que le principe mauvais a enfermé les esprits dérobés à la création divine dans des prisons matérielles que nous appelons « tuniques de peau ».
Quand un de ces corps imparfaits meurt, l’esprit est réintroduit dans une autre prison de chair (transmigration).
Ainsi, l’esprit prisonnier demeure dans l’incapacité de retourner à la création à laquelle il appartient et le Mal se maintient ici.
Il y a donc deux règles à observer pour réduire au minimum les effets de ce processus  :
- ne pas avoir de relations sexuelles ;
- ne rien consommer qui soit obtenu via une relation sexuelle.

2.1 – Abstinence sexuelle

Elle doit être totale car le désir sexuel est profondément ancré en nous.
Étant le « moteur » principal du système mis en place par le principe mauvais, ce dernier ne peut se maintenir que par ce biais.
Pour  détacher notre part humaine de ce désir compulsif, il faut l’éloigner de nous le plus possible.
C’est pour cela qu’il faut rejeter, non seulement la pratique sexuelle potentiellement fécondante mais, aussi toute autre pratique sexuelle et toute pensée de sexualité.
L’abstinence sexuelle ne peut être efficace que si elle est totale.
En outre, cette abstinence ne doit pas constituer un effort et, encore moins, une douleur mais il faut parvenir à un état de satisfaction par l’abstinence.

2.2 – Rejet de la nourriture obtenue par relation sexuelle

Cette règle vient en surimpression avec celle interdisant la nourriture animale et limitant la nourriture végétale.
Logique dans les mentalités et l’époque médiévale, elle mérite un plus large développement qui justifiera un document spécifique de ma part.
Ce que l’on peut dire de façon simple est que, la nourriture nécessitant un acte sexuel et ne résultant pas de la mise à mort d’un animal, est cause d’une nuisance faite à des animaux dans leurs conditions de vie et d’élevage. En cela elle est préjudiciable aux préceptes cathares.

3 – Être dans la justice et la vérité

Le chrétien cathare ne peut espérer accéder à un salut quelconque s’il n’est pas capable de cheminer sur la sente étroite et pentue de la justice et de la vérité.
Or, ce chemin demande une véritable révolution des mentalités qui ont cours dans ce monde.
Voici les points qu’il faut observer :
- ne pas mentir volontairement ou par omission ;
- ne pas prêter serment ;
- ne pas porter de jugement ;
- ne pas nourrir de rancune ;
- veiller à la justice dans ses rapports aux autres ;
- n’avoir aucun conflit en suspens de son fait
- gagner sa vie par son travail personnel ;
- se maintenir dans un état de suffisance simple.

3. 1 – Être dans la vérité

Tout ce qui contrevient à ce principe ramène le bon chrétien à son état antérieur de mondanité entièrement organisé autour du mensonge et de la duplicité.
Il ne faut donc mentir, ni par action volontaire, ni par omission. Cela n’impose pas de révéler plus que ce qui est nécessaire et la discrétion n’est pas le mensonge.
Les bons chrétiens prisonniers de l’Inquisition révélaient tout ce que l’inquisiteur leur demandait sur leur entourage et leur activité au grand dam des croyants qui les soutenaient et qui, eux, subissaient parfois la torture sans révéler quoi que ce soit pour protéger les bons hommes dont ils se sentaient moralement responsables.
Même si cela peut choquer nos esprits cartésiens, n’oublions pas que nous sommes tous égaux et que les considérations de préférence qui nous sont inculquées par la famille, la société et les contingences matérielles n’ont plus cours quand on est entré dans la voie cathare.
La vérité est un état et non une disposition verbale.
On est vrai car, en ayant reçu la manifestation de l’esprit on n’est déjà plus tout à fait de ce monde.
Des considérations mondaines – qui ne sont que des considérations à courte vue – n’ont plus cours désormais.

De la même façon, le serment est un mensonge potentiel, soit parce que ce à quoi l’on s’engage formellement ne sera pas réalisé pour diverses raisons, soit parce que l’on n’est pas absolument certain de la validité de ce que l’on va jurer.
Cela n’empêche pas d’engager sa bonne foi par une promesse émise sous réserve.

3. 2 – Être dans la justice

Notre position nous met dans l’incapacité de porter un jugement valable car nous sommes aveugles de nos propres tares mais attentifs aux défauts des autres.
Tout jugement est donc faux et mensonger.
Nous ne pouvons même pas juger de la gravité des torts qui nous sont faits.
En garder rancune serait donc leur attribuer une fausse valeur. Le pardon sincère et modeste est donc la seule attitude valable.
En outre, le bon chrétien sait que, seul peut pécher celui qui a l’entendement du Bien. Donc, seul le parfait revêtu peut connaître le péché.
La relation à autrui doit donc être empreinte d’équité et de bienveillance.
Tout problème doit se résoudre par un arbitrage équilibré et honnête.
Ce principe d’équité interdit de vivre en profitant des autres ou en leur causant du tort.
Il faut donc travailler de ses mains au sens où le travail personnel doit résulter d’un effort personnel et non s’appuyer sur des systèmes visant à l’exploitation des autres ou de leurs biens.
Bien entendu, le jeu est un mode gain qui nuit à autrui et est donc interdit.
Le bon chrétien rejette tout emploi imposant le recours à la violence ou nécessitant de prêter serment ou de juger autrui.
Pour rester au plus près des principes d’équité qui sont les siens, le bon homme organise sa vie de façon à disposer du strict nécessaire à une vie saine et détachée. Il dispose du surplus à sa convenance.

J’espère avoir, par ce document, apporté quelques éclaircissements quant à la façon dont je crois qu’il faut comprendre la doctrine cathare dans son application aux personnes ayant fait le choix ultime de vivre dans son esprit et sa lettre.
Ce texte n’est pas définitif et pourra évoluer car le dogmatisme n’est pas cathare.

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