Les bogomiles (Xe au XVe siècle)

28 octobre 2007 par Éric de Carcassonne

Autant les premiers siècles du christianisme virent nombre d’hérésies se manifester, autant dès la fin du IVe siècle et l’exécution de l’évêque Priscillien d’Avila et de ses quatre compagnons, le calme sembla régner sur la chrétienté.

À l’approche de l’an mil, c’est dans les Balkans – en Bulgarie – que furent identifiés de nouveaux hérétiques, sous le règne de Pierre (927 – 969). Cette hérésie fut confirmée par Théophylacte, patriarche de Constantinople, comme étant récente. Or ce dernier exerça son ministère de 933 à 956.

À l’époque, le prêtre Cosmas décrivait dans un de ses textes (slovo) les agissements d’un pope nommé Bogomil par un mélange de paulinisme et de manichéisme.
Le nom du pope (ou papas) – termes semblant désigner un ecclésiastique de bas rang (curé de campagne) – pose question car il correspond à la traduction du grec Théophyle (ami de Dieu). On ne sait s’il s’agit de son nom ou d’un surnom.
Ce pope eut plusieurs successeurs et disciples : Michel, Théodore, Dobri et Étienne.
Présentés comme rebelles à l’autorité, les bogomiles furent pourchassés et emprisonnés. Cosmas précise qu’ils connurent « les fers et les prisons ».

En raison des grands bouleversements que connut la région (invasion grecque et russe) on n’a pas beaucoup d’informations sur cette église dans les décennies qui suivirent.
On trouve trace des deux premiers évêques bogomiles aux environs de l’an mil. Il s’agit de Jérémie et Lazare.

Au douzième siècle les bogomiles se disent issus de deux églises, celle de Bulgarie (mitigés) et celle de Dragovitie (absolus).
En 1167, lors du concile cathare de Saint-Félix de Lauragais, Nicétas de Constantinople (ou Niquinta selon les sources), décrit trois églises bogomiles slaves : Bulgarie, Dragovitie et Mélinguie. On parle également d’une église de Dalmatie.

N.B. : La Mélinguie correspond à peu près à la péninsule grecque et la Dalmatie à la Macédoine. La Bulgarie était beaucoup plus étendue qu’aujourd’hui.

À la fin du douzième siècle, apparaît l’église cathare d’Italie dont les liens avec les églises slaves sont très nets.
Marc, premier évêque cathare de Lombardie, quoique confirmé à Saint-Félix en 1167, dit avoir été ordonné en Bulgarie.
Cette confirmation fut d’ailleurs remise en question (d’après l’auteur anonyme du De Heresi catharorum in Lombardia) par un bogomile nommé Pétracius au motif que Nicétas devait son ordination d’évêque à un bogomile, Simon, qui fut surpris dans le péché.

Pour les bogomiles (et plus tard chez les cathares), le sacrement perd sa valeur si celui qui le transmet n’est pas lui-même digne de sa fonction.

À la suite de ces perturbations, l’église d’Italie subit un schisme qui vit l’église de Concorezzo se rapprocher de la Bulgarie mitigée et celle de Decenzano se rapprocher de la Dragovitie absolue.
C’est grâce à ces relations que l’Interrogatio Johannis (cène secrète de Saint-Jean) passa de Bulgarie à Nazaire (vraisemblablement fils majeur de Garatto).

On entend encore parler des bogomiles au XIIe siècle dans les lettres du pape Grégoire IXe et au XIVe siècle par le biais des franciscains de Bosnie.
L’invasion turque semble en avoir eu raison dès la fin du même siècle.

Sur le plan religieux, le bogomilisme fut clairement influencé par d’autres religions comme le manichéisme dont les centres d’infuence étaient très proches de cette région des Balkans.
Le paulinisme avait également des membres dans la région comme cela fut attesté.
Cependant, la religion bogomile était bien unique dans sa présentation des éléments de sa foi, dualiste mais non manichéenne, elle connut dès le début la division mineure entre dualisme absolu et dualisme mitigé qui sera mise en évidence au XIXe siècle.
Le paulinisme quant à lui semble n’avoir concerné que les arméniens.
La cohabitation des bogomiles avec d’autres religions soit identiques, soit partageant certains points de vue confirme d’une part la non miscibilité de ces religions (bogomiles, manichéens et pauliniens) et l’absence d’ascendance entre bogomilisme et catharisme.
Dans l’empire byzantin, les bogomiles étaient appelés des Phoundaïtes.

Bibliographie non exhaustive :
Jean Duvernoy : L’histoire des cathares, éd. Privat
Anne Brenon : Les cathares. Une église chrétienne au bûcher, éd. Milan
Collectif : Les cathares devant l’histoire, éd. L’Hydre

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