Histoire générale du catharisme

28 septembre 2007 par Éric de Carcassonne

Ce document temporaire provient d’une de mes interventions sur un forum internet.
Je vais le détailler plus tard.

I – Les origines

1) Christianisme et hérésie

L’hérésie est un comportement doctrinal qui est toujours considéré par rapport à l’orthodoxie qui le dénonce.
Le christianisme, longtemps persécuté avant de devenir religion officielle au IIIe et IVe siècle, devient à son tour persécuteur.
La date de référence est 325, qui vit au premier Concile de Nicée, fixées les premières règles dogmatiques d’une religion organisée autour du pape.
Immédiatement, cela provoque des rejets qui aboutissent de fait à des excommunications et à la mise en place dont la plus connue est celle d’Arius.
Le manichéisme, élaboré par le Perse Manus, n’est pas à proprement parler une hérésie car il est largement antérieur et il s’appuie sur plusieurs religions ou courants de pensée.
On est donc passé d’un christianisme qui permettait des interprêtations et des pratiques différentes à un christianisme dogmatique.
La mise en avant de l’œcuménisme empêche désormais les déviances entre différentes parties de l’empire et donne aux conciles une valeur universelle.
Les hérésies cathare et bogomile aurait pu prendre une partie de leurs principe à une déviance très ancienne, la gnose. On y retrouve en effet, la référence à un mauvais démiurge.
En fixant des règles intangibles, les différents conciles qui se succèdent créent autant de schismes et d’hérésies.
Voici les dogmes issus des premiers conciles (Wikipédia)
325 : Concile de Nicée I – Fils « vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non créé, consubstantiel au Père ».
381 : Concile de Constantinople I – « Saint-esprit consubstantiel au Père ».
431 : Concile d’Éphèse – Marie, Mère de Dieu
451 : Concile de Chalcédoine – « La double nature de Jésus » c’est-à-dire deux natures en une personne.
786 : Concile de Nicée II – Légitimité du culte des icônes.

Donc, quiconque prétend douter de ce que les conciles ont négocié est rejeté de la chrétienté. Il est dit hétérodoxe quand on envisage de le récupérer et hérétique quand on se contente de la pourchasser.

Après la séparation de l’empire romain, le christianisme se scinde en deux parties (1054). Le christianisme romain, qui deviendra le catholicisme après le concile de Trente par opposition aux thèses de Luther et christianisme de l’est, l’orthodoxe.
Chaque branche développera ensuite son propre dogme.

Après les dernières hérésies combattues au IVe siècle, le christianisme se développe dans un certain calme jusqu’en l’an mil.
L’église romaine s’installe dans un certain confort qui l’éloigne du peuple. Les évêques vivent à l’écart tous comme les moines bénédictins et les curés, nommés par les seigneurs, sont souvent des illétrés anciens paysans mariés.

2) Les bogomiles (voir l’article spécifique)

II – Les cathares en France

1) Mise en place

Au début du XIe siècle plusieurs témoignages relatent la découverte d’hérétiques en plusieurs points du pays tel que nous le connaissons aujourd’hui.
En Périgord, en Aquitaine, à Orléans, en Champagne et à Arras des cas d’hérésie identiques valent châtiments et exécutions (parfois sur des bûchers) à des laïcs mais aussi souvent à des moines pour leur adhésion à cette nouvelle hérésie.
Ils ont en commun leurs croyances que vous trouverez dans le sujet que j’ai ouvert dans le forum des religions.
Ils apparaissent dans tous les milieux et font tâche d’huile à une époque où la chrétienté a soif de salut.

À Lyon c’est une autre église qui se développe, les vaudois – du nom de son créateur, Vaudès de Lyon, qui seront souvent frères de misère des cathares. Les vaudois survivront au Moyen-Âge pour finir par se fondre dans le protestantisme.

Le courage de ces cathares face aux persécutions et à la mort impressionne fortement le clergé et explique que de nombreux clercs aient pu être séduits.

Bernard de Clairvaux, alerté, tente de prêcher contre les cathares à l’occasion d’un voyage dans le midi, mais en vain.

Dès 1167 (Concile cathare de Saint-Félix), l’église cathare du sud s’organise sous la présidence du patriarche des bogomiles, le père Nicétas. Quatre évêchés sont constitués et leur hiérarchie est ordonnée. Le sacrement de baptême y est décrit pour la première fois sous le nom latin de consolamentum, consolament en occitan. Cette église du sud s’étend de l’Agenais jusqu’à la Médittérannée et du Quercy jusqu’aux Pyrénées ariégeoises.

2) La pré-croisade

Les tentatives visant à confondre les cathares échouent, qu’elles soient privées ou publiques (confrontation de Lombez).
L’église romaine durcit le ton lors du IIIe concile de Latran (1179) en interdisant tout commerce et complicité avec les hérétiques.
La nature agressive de l’époque fera le reste.
Au nom du canon 27 de l’église romaine, les chevaliers sont invités à prendre spontanément les armes contre les hérétiques.
C’est ainsi que Lavaur est prise en 1181.
La chasse aux hérétiques de tous poils est lancée par la décrétale de Vérone en octobre 1184.
Ces mesures ne purent s’appliquer en Languedoc en raison de la faible autorité des évêques en ces terres cathares.
Mais l’arrivée sur le trône de Saint Pierre du pape Innocent III, le 8 janvier 1198, allait changer la donne.
Contrairement de ses prédécesseurs, ce pape veut étendre le pouvoir du Saint-Siège aux affaires temporelles.
Il essayat d’imposer la paix à la France et à l’Angleterre afin d’augmenter les effectifs de la croisade en terre sainte mais Philippe Auguste ne tint aucun compte de ses exigences.
Contrairement à une idée reçue, si la croisade albigeoise ne fut déclenchée que plus de dix ans après son accession au trône de Saint-Pierre, ce n’est pas en raison d’une retenue du pape mais faute d’avoir réussi à imposer la croisade aux seigneurs de l’époque.
Dès le mois d’avril 1198, il demandait le recours aux armes contre les hérétiques.
C’est donc par défaut qu’il organisat une « croisade spirituelle » pendant onze ans.
Cette croisade fut réalisée par des légations envoyées en pays hérétique mais, dans le même temps une épuration du haut clergé fut mise en place afin de préparer le terrain de la croisade militaire.
Plusieurs légats se rendirent donc dans le midi pour tenter de ramener à la « vraie foi » les brebis égarées. Le plus célèbre d’entre-eux fut Pierre de Castelnau qui fut – à son corps défendant – à l’origine des hostilités.
N’oublions pas que, si le pape a bien du mal à déclencher la lutte contre les cathares du sud, le reste de la France connaît un tel zèle dans la répression, qu’il est parfois obligé de calmer les ardeurs des fournisseurs de bûchers en tous genre.
En 1204, n’ayant pas réussi à intéresser Philippe Auguste à ses projets et craignant que le roi d’Aragon ne gêne ses menées, le pape prend prétexte de l’échec de la légation pour nommer en Occitanie le responsable de l’abbaye de Citeaux, Arnaud Amaury chargé de superviser les deux autres légats dont Pierre de Castelnau.
Pendant deux ans ils s’épuisent en vain. Alors qu’ils font escale à Montpellier, ils rencontrent deux moines espagnols, Diègue d’Acébès – évêque d’Osma – et le sous-prieur de son chapitre Dominique de Guzman.
Ces deux renforts leur proposent alors de joindre le geste à la parole en se comportant comme les cathares afin que leurs paroles soient mieux considérées.
En effet, les cathares vivaient pauvrement et appliquaient les règles qu’ils enseignaient ce qui était loin d’être le cas des représentants de l’église de Rome.
Mais ce conseil ne fut que modérément goûté par les légats qui laissèrent néanmoins les espagnols tenter l’expérience.
C’est ainsi que Diègue et Dominique partirent sur les routes jusqu’à rejoindre la région de Fanjeaux.
C’est à côté de cette localité toute acquise au catharisme qu’il fonda un monastère destiné à accueillir des femmes arrachées au catharisme. Le monastère de Prouilles devint un haut lieu de l’action de Dominique.
Mais la situation n’était pas de nature à favoriser l’expérience de Dominique. Le pape persistait à vouloir organiser une croisade et installait des prélats anti-cathares dans toutes les localités ce qui faisait monter le mécontentement des habitants envers tout ce qui venait du côté catholique.
Malgré tout il réussit à obtenir quelques conversions jusqu’en 1209.

3) Le déclenchement de la première croisade

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