« Au terme de sept cent ans, le laurier reverdira »
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Comme l'a très bien expliqué Ruben dans son article sur le docétisme, le Christ ne s'est pas incarné pour venir nous délivrer son message.
Mais qu'en est-il des personnages centraux du nouveau testament ?
Marie était-elle un Esprit à l'instar du Christ, venu l'aider dans sa mission ?
Jean-Baptiste était-il du côté du mauvais principe en raison de son baptême d'eau ?
Qui étaient vraiment les disciples ?
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Guilhem a écrit:
Comme l'a très bien expliqué Ruben dans son article sur le docétisme, le Christ ne s'est pas incarné pour venir nous délivrer son message.
Ce que je cherche à expliquer plus exactement c'est que le Christ n’est pas un homme de chair et de sang qui serait identifiable à un certain Jésus qui serait né et mort en Palestine vers le début de notre ère. Le Christ n’a aucune réalité physique et historique, c’est comme le dit Paul, une « image du Dieu invisible ». Il est l’illustration visible d’un Logos, c'est-à-dire d’un raisonnement, d’une pensée, autrement dit d’un Esprit. Il y a une fine nuance à saisir. C’est pourquoi je considère que les docétes avaient raison si on ne prend pas leur propos antique radicalement au pied de la lettre.
Le Christ n’est pas Jésus, mais le Jésus que l’on nous donne à voir dans les évangiles, il nous est présenté comme le Christ. Il faut comprendre la mentalité antique, qui ne se basait pas du tout sur les mêmes critères éthiques que nous. Dans la tradition philosophique grecque, ce n’est pas tant le propos d’un maître qui compte mais sa façon de vivre et le disciple se pénétrait de la pensée du maitre qu’en partageant une communauté de vie avec le maitre. Le philosophe prêchait avant tout par son style de vie. C’est son style de vie qui est le Logos vivant du maitre. C’est pourquoi Platon met en scène Socrate dans ses traités philosophiques. Ce n’est pas que Platon se borne à donner une biographie de Socrate, mais il met littéralement en scène Socrate pour illustrer sa philosophie. Socrate est à la fois l’annoncé et l’annonceur, à travers lui se dit quelque chose que le lecteur doit saisir. Et à mon sens les Évangiles appartiennent à ce même genre littéraire, on se sert d’une base des faits et gestes de Jésus pour les transfigurer, et les transfigurer au sens propre et littéral du terme, puisque les évangiles transfigurent Jésus/Christ, et ce à fin d’illustrer toute une pensée spirituelle. Le Christ est l’incarnation d’une pensée, d’une spiritualité et non l’incarnation d’un Dieu dans un être de chair. Je ne sais pas si mon explication est très claire. Le Christ n’est rien d’autre qu’un media, un médiateur pédagogique, pour partir du point de vue des lecteurs de l’époque et les amener, les élever, à d’autres cieux pour ainsi dire. Tatien l’apologète, le dit presque expressément, il dit que la foi chrétienne repose comme dans la religion grecque, sur un mythe… et lui qui est censé présenté la foi chrétienne ne parle jamais de Jésus, celui qui est censé précisément être le cœur de la nouvelle religion naissante ! Troublant n’est-ce pas ?
En effet si dans le judéo-christianisme le Christ est l’objet de la foi, chez les docétes, il n’est qu’un ange, aggelos en Grec, autrement dit un messager. Il n’est pas le cœur de la foi, ce qui est au cœur de la foi cathare c’est l’Esprit, pas le Christ. Ce dernier n’en est que l’annonceur, l’éveilleur…
Et l’Évangile de Jean l’exprime on ne peut plus clairement quand il fait dire au Christ : « Je vous dis la vérité : il est avantageux pour vous que je parte, car si je ne pars pas, le Paraclet (L’Esprit Saint consolateur) ne viendra pas vers vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai » (Jean 16 :7)… Autrement dit Jésus s’efface pour faire place à L’Esprit.
Dernière modification par Bernard de Lamothe (08-10-2007 22:02:22)
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Sur le fond je ne peux que te suivre mais, j'essaie aussi de comprendre quelle est la proximité des textes avec cette réalité.
Car, autant l'on peut suspecter à juste titre les évangiles qui en parlent quant à la naissance et à la jeunesse de Jésus, autant on ne peut nier que les quatre (et les autres) nous parlent d'un Jésus adulte.
Quel serait donc le lien entre Jésus et le Christ ?
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Guilhem a écrit:
Quel serait donc le lien entre Jésus et le Christ ?
Il est bien là le problème, le Jésus historique, appelons-le comme cela, aucune des sources dont nous disposons aujourd’hui ne peuvent nous en donner un profil certain. C’est pourquoi Il existe une multitude de thèses historiques sur lui. C’est surtout affaire d’appréciation personnelle d’interprétation des sources.
Les récits de la nativité, sont sans aucun doute pour moi des pièces rapportées visant à contredire l’evangelion marcionite.
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Oui mais, sauf à considérer les évangiles (canoniques et apocryphes) comme pures œuvres mythomaniaques il faut considérer qu'un Jésus semble avoir eu un lien avec le Christ.
Alors, était-ce la "doublure" terrestre que se donnait le Christ auprès des humains ou s'agit-il d'un rapprochement effectué a posteriori par les auteurs ?
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Guilhem a écrit:
Oui mais, sauf à considérer les évangiles (canoniques et apocryphes) comme pures œuvres mythomaniaques
Non les évangiles ne sont pas des œuvres de mythomanes. C’est un style de rédaction comparable au style le plus fin de la tradition philosophique platonicienne. C‘est pourquoi pour simplifier je fais souvent le parallèle avec le petit Prince de Saint Exupery, même si ce n’est pas tout à fait comparable. Si on « croit » au Petit Prince on n’a rien compris à ce qui était dit a travers le petit Prince. J’en parle d’expérience, puisque mon professeur de primaire avez eu la mauvaise idée de nous faire lire le Petit Prince et moi je ne comprenais absolument pas pourquoi mon professeur s’extasiait sur un truc aussi débile et simplet. C’est bien plus tard que un peu forcé, je me suis mis à relire le Petit Prince est là, parce qu'à ce moment là j’avais suffisamment de vécu, que j’ai pu comprendre et m’extasier à mon tour.
Les Évangiles sont de la même trempe, à les comprendre au premier degré, c’est dangereux, ça a donné ce que l’on connaît !
Guilhem a écrit:
il faut considérer qu'un Jésus semble avoir eu un lien avec le Christ.
Oui, le premier sert de tremplin au second, parce que le second renvoie probablement, d’une manière ou d’une autre, à la pensée du premier. Je répète il faut faire le même parallèle avec le Socrate de Platon.
Guilhem a écrit:
Alors, était-ce la "doublure" terrestre que se donnait le Christ auprès des humains ou s'agit-il d'un rapprochement effectué a posteriori par les auteurs ?
Non Jésus est bien le Christ, l’envoyé de Dieu, comme le dit l’évangile de Jean, ou bien, l’aggelos « celui qui annonce », le messager, l’ange de Dieu comme le disait les docétes. Autrement dit, le Christ est exactement ce que prêchait encore un certain Pierre Authié d’une manière fort bien imagée à Jacques Maury, quand il disait : « Il était venu, de la part du Père, celui qui nous avait rendu la mémoire, à l’aide de l’écriture qu’il nous a révélée ».
Dernière modification par Bernard de Lamothe (15-10-2007 12:56:48)
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